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Bibliothèque écossaise
Paru le 11/10/2007
352 pages, 21 €
ISBN 978-2-86424-628-2
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Extrait de Le Tour maudit  -  Louise WELSH

GLASGOW

Les roues de l’avion ont touché la piste, et la secousse m’a réveillé.
“Je vous envie, c’est un don du ciel.”
La blonde assise à côté de moi a souri. Je me suis passé la main sur le visage.
“Pardon_?”
“Vous avez dormi comme une souche depuis Tegel. Vous avez de la chance, je ne dors pas comme ça dans mon propre lit.”
En temps normal, je lui aurais peut-être demandé comment elle dormait dans le lit des autres, mais j’ai gardé ma brillante remarque pour moi et j’ai attendu que le pilote nous pose en douceur après quelques à-coups_: un vol comme_les autres. Le signal des ceintures de sécurité s’est éteint et les commerciaux se sont levés pour récupérer leurs sacs dans _les coffres à bagages situés au-dessus. Un téléphone portable s’est allumé en carillonnant et un homme a dit_: “Je te rappelle dans dix minutes. Je suis dans l’avion.” Il a ri. “Non, c’est bon, on a atterri.” Ma voisine insomniaque s’est levée et j’ai sorti ma valise d’accessoires rangée sous le siège devant moi. Elle m’a semblé lourde, mais je n’y avais rien ajouté à Berlin, à part l’enveloppe bourrée à craquer de billets de banque que je n’avais pas pris la peine de compter.
La queue de passagers a avancé lentement dans l’allée avant de descendre l’escalier métallique puis sur le tarmac. Personne n’a embrassé la piste d’atterrissage. J’ai resserré mon manteau autour de moi et j’ai gardé les yeux baissés.
Une longue file de bagages tournait en brinquebalant sur le tapis roulant, mais j’avais laissé ma valise cassée ainsi que son contenu dans une chambre d’hôtel à Berlin.
Le contrôleur de la station de taxis était protégé des éléments par une veste fluorescente qui semblait être une pièce de son uniforme et par une vieille casquette à carreaux qui n’en faisait pas partie. Il a claqué la portière du taxi derrière _le passager installé en toute sécurité à l’avant puis s’est tourné vers moi.
“Vous allez où_?”
“Glasgow.”
Il a affiché un sourire patient, en homme habitué au déca­lage horaire et au mauvais anglais.
“Où ça, à Glasgow, jeune homme_?”
“Au centre-ville.”
Il a écrit quelque chose sur la feuille fixée sur sa planchette en disant_:
“Ça ira.”
Puis il a fait signe d’avancer à l’un des taxis blancs.
Le chauffeur m’a posé la même question que son supérieur. Cette fois-ci, j’ai dit_:
“Vous savez où je pourrais louer une chambre meublée dans le centre_?”
Il m’a regardé dans le rétroviseur, où il pouvait voir le visage que j’avais aspergé d’eau fraîche dans les toilettes pour hommes à peine quelques minutes plus tôt. Un visage quelconque avec un profond sillon au milieu du front qui pouvait suggérer une nature impitoyable ou inquiète, mais rien qui soit susceptible de me faire remarquer au milieu d’une foule.
“Il y aura un petit billet pour vous.”
Et il nous a fait quitter l’aéroport, entrer dans Glasgow et prendre la direction du Gallowgate.
Assis à l’arrière, j’ai fermé les yeux, me demandant comment j’avais pu me mettre dans une galère pareille et ce qui m’attendait dans cette ville qui autrefois était la mienne.



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