Publication : 14/01/2004
Nombre de pages : 294
ISBN : 2-86424-488-8
Prix : 9 €

Les Sept fils de Simenon

Ramon DÍAZ-ETEROVIC

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Titre original : Los siete hijos de Simenon
Langue originale : Espagnol
Traduit par : Bertille Hausberg

Heredia le privé, fauché, grand buveur, toujours dans de mauvais draps, a perdu son grand amour, Griseta Il vit en compagnie de son chat Simenon, un philosophe qui ne manque jamais de le ramener à la réalité, si dure soit-elle. Et elle n’est pas de tout repos à Santiago du Chili, alors que les milieux du pouvoir empêchent toute enquête sur les attributions de marchés publics susceptibles de rapporter gros, aux dépens de l’écologie et de la population.

Heredia, suspecté, doit malgré lui faire la lumière sur l’assassinat d’un fonctionnaire exemplaire. Il ne peut compter que sur l’aide de sa voisine, la voyante sur le retour, de son ami, le kiosquier-turfiste au grand
cœur, et du gringo écolo grand buveur de bière.

Ce n’est déjà pas si mal.

 »
Un bon détective est rarement du côté des gagnants. Heredia est un bon détective. Ce privé du Chili
est né, vers 1987, des désillusions talentueuses de Ramón Díaz-Eterovic. Il vit seul avec son chat Simenon, un « précaire
sentiment de justice » dans ce « pays foutu », et il aurait plu à Jean-Patrick

Manchette. « 

Philippe Lançon,
Libération

 »
Cette histoire tonique met le lecteur à bout de souffle et mène jusqu’au palais présidentiel, la Moneda, reconquis par la démocratie. »

Ruth Valentini, Le nouvel Observateur

  • « Cette histoire tonique met le lecteur à bout de souffle et mène jusqu'au palais présidentiel, La Moneda, reconquis par la démocratie. »
    Ruth Valentini
    LE NOUVEL OBSERVATEUR
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    L'OURS POLAR

 

I

Du rouge, beaucoup de rouge. Un fragment de soleil sur le sable et les planches desséchées. Rouge comme le sang du passé tant de fois revécu pendant des nuits d’insomnie et de cigarettes. Un rouge, précis et parfois lumineux, glissant entre mes doigts et les planches des cabanons tandis qu’au fond de moi bouillait l’inquiétude, l’envie de me trouver dans mon officine proche de la gare Mapocho, avec son bureau métallique, ses deux pièces, la cuisine aux murs couverts d’ustensiles et mes livres, humides et poussiéreux, à l’image des souvenirs.

J’étais là depuis six mois. Négligé, pas rasé du lundi au vendredi, résigné à travailler dans ces cabanons que j’avais accepté de peindre en échange de quelques pesos et d’un endroit où dormir. La mer se livrait à son jeu habituel, noircie d’immondices jetés par les gens sur la côte, prenant la suite des dévastateurs de forêts, elle transformait le poisson en farine et rejetait ses déchets, ici et là, réunissant l’air et l’eau. Une mer qui m’obligeait à penser à la ville où se trouvait Griseta, la jeune fille qui m’aimait, disait-elle, mais s’en était allée afin de compléter la dose de désillusions dont elle avait besoin pour rester à mes côtés, prête à accepter que la vie, tout au moins la mienne, se joue avec des dés pipés.

J’étais dans la station balnéaire de Las Cruces, il manquait encore deux mois avant l’arrivée des premières vagues d’estivants qui transformeraient la plage, comme chaque été, en un enfer de peaux en sueur, de crèmes, de parasols et de vendeurs de palmiers et de brioches. Les cabanons se trouvaient à cinq cents mètres de la maison du poète Parra ; un après-midi d’alcool et de brise, il m’avait offert une serviette de table où il avait écrit une citation du grand chef Seattle :  » L’homme n’a pas tissé le filet de la vie, il n’en est qu’un des fils. Tout ce qu’il fera au filet, il se le fera à lui-même. Ce qui touche la terre touchera les fils de la terre. « 

Je me levais à huit heures du matin. Je faisais du café et le buvais en observant les rochers sur lesquels venaient se poser les mouettes et les cormorans. J’allais marcher sur la plage, je ramassais des galets, des brindilles sèches, des scories et, quand le soleil commençait à me brûler la peau, je nageais vingt ou trente minutes en sentant le frôlement de l’eau glisser doucement sur mon corps vers un horizon souterrain. J’aimais avancer sur l’eau en m’imposant des brasses vigoureuses pour ensuite flotter, le visage face au ciel, en sentant que j’étais infiniment libre et que l’eau m’enveloppait comme les caresses d’une amante insatisfaite. Je retournais ensuite à la plage et tout redevenait rouge : la couleur du travail et de la colère. Le va-et-vient du pinceau jusqu’à ce que les ombres de la nuit viennent faire leur inspection et que les épaules marquent l’heure de la fin du travail et celle de trouver sur la plage de Las Cadenas un petit bistrot pour y siroter du vin en me remémorant une chanson de Leo Dan que je chantais dans le foyer pour enfants où j’avais vécu jusqu’à quatorze ans.

Griseta, la jeune fille arrivée quelque temps auparavant dans mon bureau était plus qu’un souvenir. La nuit, je l’imaginais dans mes bras jusqu’au moment où, vaincu par le sommeil, je pouvais me sentir satisfait d’avoir survécu un jour de plus. Son optimisme, son rire, la fraîcheur de ses rêves m’avaient fait baisser la garde. C’était bon de s’abandonner et de croire – même si son départ avait eu lieu trop tôt – en une aube rassasiée après l’amour ; d’allumer une cigarette et de l’accompagner à l’arrêt du bus. Le reste, c’était ma tristesse connue, mes soliloques répétés, la décision de finir le travail et de retrouver mon quartier aux vieilles maisons fidèles, tout comme mon chat Simenon qui, allongé près des pots de peinture, me regardait travailler cet après-midi-là.

– Encore un bidon et c’est fini, l’entendis-je dire.

J’ai observé son pelage blanc et ses yeux verts d’où semblait couler une larme.

– Juste le temps de finir le travail, d’encaisser et de rentrer à Santiago. Tu retournes à tes toits, moi aux miens.

II

Je n’avais pas grand-chose à dire. Je m’étais expliqué avec Garrido et attendais que le propriétaire des cabanons ait fini de contrôler le travail et me paye mon dû. Je l’ai observé en cherchant dans ma veste la quatrième Derby de la dernière demi-heure. Garrido ne mesurait pas plus d’un mètre cinquante. Il était chauve, avec des yeux bridés et cette façon de marcher le corps bien droit propre aux gens trapus ou à ceux qui ont fait plusieurs séjours dans une école militaire, à trotter du matin au soir, préoccupés par l’inutile éclat de leurs bottes. Il a parcouru les cabanons, a touché deux ou trois murs pour vérifier que la peinture était sèche et, finalement, s’est arrêté près de moi, a souri de mauvaise grâce et a sorti une enveloppe de son porte-documents.

– Ça m’a l’air bien, dit-il : les cabanons et les fenêtres. Le plus embêtant ce sont les fenêtres. Elles ont beaucoup de détails, ça demande de la patience et un poignet sûr.

– Et si vous vous décidiez à me payer une bonne fois pour toutes, ai-je dit, peu désireux de m’empêtrer dans une réflexion sur le travail de peintre en bâtiment. Mes ongles couverts de peinture rouge suffiraient largement à me rappeler pendant plusieurs jours l’endroit où j’avais passé les six derniers mois.

– Votre démission ne m’amuse pas. Je comptais sur vous pour toute la saison. Je dois maintenant chercher un autre employé.

– La place est attrayante : gérant de cabanons. Il vous sera facile d’embobiner un naïf qui voudra la prendre.

Garrido a souri de mauvaise grâce, a regardé l’enveloppe dans sa main gauche et me l’a tendue.

– Deux cent mille, dit-il.

– Nous avions convenu du double.

– En démissionnant vous avez perdu une bonne partie de vos droits. C’est stipulé dans le contrat.

– Et personne à qui me plaindre, n’est-ce pas ?

– Prenez vos affaires et restons-en là, affirma-t-il d’un ton sans réplique.

En d’autres temps, je lui aurais secoué les puces mais je m’étais réfugié sur cette plage pour m’éloigner de la violence. J’en avais marre de la douleur. Marre de vouloir changer le cours des choses, de faire la lumière pour voir, en fin de compte, les éternels profiteurs garder le beurre et l’argent du beurre. J’étais fatigué et ne voulais plus me faire rouler car, même dans le domaine privé, le plus tendre et le plus doux – l’amour -, j’avais mal joué. C’est pourquoi, tout en écoutant Garrido, je pensais à ce que j’avais lu des mois plus tôt :  » Je ne veux pas changer le monde, j’essaye seulement de faire en sorte que le monde ne me change pas.  » J’ignorais l’origine de la citation et j’ai maudit ma mauvaise mémoire, mon incapacité absolue à retenir trois chiffres et un nom inconnu. Mais, sans aucun doute, lutter contre les changements imposés par ce que j’appelais le monde m’obligeait à ne pas être complaisant avec mon entourage, à protester et à chercher cette vieille révolte qui permet finalement de relier un jour à l’autre.

– N’oubliez pas le chat, a dit Garrido en montrant Simenon qui nous observait sur le seuil du cabanon où nous avions logé jusqu’à cet après-midi. L’air marin lui convenait. Son pelage immaculé brillait et son corps avait pris un poids qui ralentissait son pas.

J’ai mis l’argent dans ma poche et installé Simenon sur mon bras gauche tandis que je ramassais, de la main droite, le sac contenant mes maigres biens : trois chemises délavées, un nombre égal de caleçons et de chaussettes, deux gros pulls, un exemplaire assez mal en point de Piano-bar de solitaires, un carnet de notes, la brosse à dents et deux lettres de Griseta.

J’ai pris congé de Garrido qui a claqué les talons en souriant, heureux de me voir disparaître de son fief. J’ai respiré l’air salin et suivi le sentier de sable conduisant à Santiago.

Arrivé sur la route, au lieu d’aller jusqu’à l’arrêt du bus, j’ai levé la main droite pour faire du stop mais le fourgon est passé près de moi sans s’arrêter.

Une demi-heure plus tard, après une dizaine d’essais infructueux, une camionnette verte s’est arrêtée. Elle était conduite par une femme à la peau brune et aux grands yeux qui a étudié ma dégaine avant de baisser la vitre du passager.

– Je vais à Santiago, lui ai-je dit.

– Montez, mais sachez que je dois d’abord passer par Valparaíso. Il me faut prendre livraison d’une commande.

– Je ne suis pas pressé et observer les collines de Valparaíso, c’est toujours bon pour le moral.

La femme a rangé un sac qui se trouvait sur le siège et m’a fait signe de monter.

– Vous aviez un air tendre avec votre chat dans les bras, dit-elle après avoir remis en marche le véhicule, tendre et inoffensif.

J’ai répondu en souriant :

– Je le suis. Plus tendre et plus inoffensif chaque jour. Ce doit être l’âge.

– Je n’ai pas dit que vous faisiez vieux. Seulement que vous n’avez pas l’air d’un routard : vêtements noirs, crâne rasé, gros godillots et manque de propreté évident. Il y en a des tas et on ne peut pas leur faire confiance. Puis elle a ajouté : Je m’appelle Verónica Jéldrez et je travaille dans une agence spécialisée dans l’étude de l’environnement. Pollution, déchets toxiques, protection de la faune. Comme vous pouvez l’imaginer, le travail ne manque pas.

– Heredia, ai-je dit sans savoir quoi ajouter. J’étais sans domicile et n’avais pas envie de dévoiler mon passé à une inconnue.

– Le chat a un nom ?

– Simenon.

– Comme le footballeur ?

– Oui, il faisait partie d’une ligne d’avant du tonnerre avec Soriano et Onetti.

– J’ai fait une gaffe ? a-t-elle demandé avant de prendre un tournant plus vite qu’il n’était conseillé.

La femme était aimable et bavarde. Elle était mariée à un technicien des Eaux et Forêts nord-américain qu’elle avait connu quand elle faisait ses études à l’université de Waco, au Texas. Elle avait deux fils adolescents et semblait prendre plaisir à son travail. Elle venait de Cartagena et de Las Cruces, des plages où elle procédait à des examens concernant la pollution des eaux et l’émission d’excréments.

– C’est un problème économique. Personne ne veut perdre. Ils veulent tous des bénéfices rapides à partir de moyens qu’ils ne renouvellent pas ou mettent des années à renouveler. C’est partout pareil. Elevages de saumons qui polluent les eaux dans le Sud, forêts détruites, industries qui empoisonnent l’air de Santiago. A Cartagena, on pourrait améliorer l’environnement mais il faudrait pour cela limiter le nombre d’estivants, chose qui ne plaît pas aux propriétaires de restaurants et de pensions.

– Ma bataille écologique s’est terminée le jour où la seule plante de mon appartement est morte. J’en avais pris soin pendant des mois mais la pollution de Santiago a gagné la partie.

– Personne n’a de conscience écologique, a commenté Verónica et elle s’est tout de suite lancée dans une longue dissertation. Je me suis rappelé mon aversion pour les raseurs mais je n’ai rien dit. Je n’ai pas non plus osé la contrarier quand, ayant essayé d’allumer une cigarette, elle m’en a empêché de trois non successifs avant d’ajouter :

– Dans cette camionnette, on ne fume pas. Si vous ne pouvez pas tenir, vous n’avez qu’à descendre.

– Je sais contrôler mes vices, ai-je concédé avec résignation.

Je me suis souvenu d’un ami auquel je rendais régulièrement visite pour son anniversaire. Il organisait des fêtes sympathiques jusqu’à son mariage avec une biologiste qui lui avait interdit de fumer et d’offrir de l’alcool aux invités. Elle servait du jus de carotte et il fallait aller fumer dans le jardin. J’ai cessé de voir mon ami après deux anniversaires de ce genre et je n’ai jamais su s’il était toujours malheureux ou avait divorcé.

– Vous travaillez dans quoi ? m’a-t-elle demandé en me regardant du coin de l’œil. Vous êtes habillé comme un manœuvre mais quelque chose me dit que ce n’est pas votre métier.

– Ces derniers temps, j’ai été peintre en bâtiment…

– Ne me répondez pas si vous n’en avez pas envie, m’a interrompu la femme. C’était juste une question pour rendre le voyage plus court.

J’ai dit :

– Avant, j’étais détective privé – et, pendant quelques secondes, j’ai observé le visage de la femme. Ses yeux se sont ouverts plus que nécessaire, mais j’ai remarqué que sa curiosité prenait le pas sur sa peur.

– Comment en êtes-vous arrivé à exercer ce métier ?

– Hasard ou destin, je ne sais pas très bien. Il y a des années, j’ai fait des études de droit. Pas plus de deux semestres. A ma sortie de l’université, j’ai rencontré l’oncle d’une amie qui désirait savoir où se trouvait sa fille aînée. La jeune fille avait quitté la maison avec un amoureux. L’oncle m’a offert quelques pesos pour la retrouver et j’ai réussi. La jeune fille est rentrée chez elle et j’ai gardé le goût de ce travail. J’ai loué un bureau et mis une annonce dans le journal. Longtemps j’ai cru que c’était le travail idéal. Sans patron et du temps de reste pour lire et écouter de la musique.

– Vous êtes sûrement tombé sur des affaires intéressantes.

– Beaucoup de fugues, des gens qui veulent récupérer des choses, des crimes que la police ne veut pas élucider. Comme je ne suis pas ambitieux, je ne me débrouillais pas trop mal. Je payais mon loyer, je mangeais quand j’en avais envie et il en restait toujours assez pour boire un coup et acheter des livres. Mais je me suis lassé, j’ai eu peur, ou peut-être l’influence d’une femme. Un jour, il y a six mois, j’ai tout abandonné.

– Et la femme vous a quitté, a-t-elle affirmé en m’interrompant une fois de plus. Je me trompe ?

– Madame, pour ce qui est des femmes, ma vie ressemble à un salon de coiffure. Elles entrent, se font les ongles et s’en vont. Je ne m’en soucie pas ou presque.

– Presque. Ça ne sonne pas très juste.

– J’ai lu un jour qu’un bon détective ne se marie jamais.

– Bravo ! Et qu’est-ce que vous allez faire maintenant ?

– On verra bien ! me suis-je exclamé et j’ai regardé en direction de l’horizon d’arbres et de collines qui commençait à s’obscurcir. Santiago offre toujours quelque chose de nouveau. Avec un peu de chance, je peux peut-être rouvrir mon officine. Je n’ai pas de gros besoins. Un bureau, un téléphone et un fauteuil confortable pour m’asseoir et attendre les clients.

– Je vous souhaite bonne chance. Si vous pensez que je peux vous aider, cherchez mon nom dans l’annuaire, m’a dit la femme et son offre m’a paru sincère.

Nous sommes arrivés à Santiago à la tombée de la nuit. La camionnette a dépassé rapidement la ville satellite avant d’être arrêtée par un embouteillage devant L’Auberge de l’Oie. On voyait sur les trottoirs des gens rentrant chez eux et quelque chose dans l’expression fatiguée de leur visage m’a fait regretter la tranquillité de la plage ; ces heures où je m’asseyais devant la mer pour regarder le vol des mouettes tandis qu’à l’horizon le soleil se retirait lentement, gros et rouge comme un contremaître ivre.

On s’est séparés devant la Gare centrale. Je l’ai vue passer entre deux bus avant de se perdre dans les couleurs artificielles et vertigineuses de la rue baptisée Promenade des Délices par un humoriste du passé.

J’ai marché, émerveillé par les lumières des panneaux publicitaires et de la demi-douzaine de restaurants encore ouverts. La nuit était fraîche et un fumet insidieux de viande grillée, de café et de frites sortait des bistrots proches de la gare. Ne sachant que faire, je me suis arrêté devant quelques étals qui proposaient des cassettes bidouillées, des chaussettes chinoises, des t-shirts à l’effigie du Che, des coupe-ongles et une infinité de babioles à petit prix. J’ai regardé à l’intérieur d’un snack et j’ai vu une trentaine de clients, ils buvaient de la bière et mangeaient des hot dogs multicolores, bourrés de mayonnaise et de sauce américaine. J’ai décidé de retourner dans mon quartier. J’ai arrêté un taxi et demandé au chauffeur de me laisser au carrefour des rues Bandera et Allavillú. Le type, maigre et gominé, m’a observé dans le rétroviseur et a tenté pendant quelques minutes une manœuvre qui nous aurait entraînés dans un parcours superflu.

Je lui ai dit énergiquement :

– J’arrive de la plage, j’ai un sac de voyage mais je ne suis pas un provincial. Je sais où je vais et je connais le chemin le plus court pour y arriver. Prenez l’Alameda jusqu’à Amunátegui. De là, le carrefour des rues San Pablo et Bandera. Allavillú est à un pâté de maisons de la gare Mapocho.

Le chauffeur m’a adressé un sourire de doberman et a accéléré, dépassant une Daewo bleue.

– J’ai été chauffeur de taxi et j’aimais moi aussi faire suivre à mes passagers le chemin le plus long, ai-je ajouté à voix basse. Simenon s’est blotti dans mes bras et m’a jeté un regard compréhensif. Il était fatigué et avait sûrement besoin d’un coin tranquille pour s’y pelotonner, en forme de cercle parfait, symbole du bien et du mal, du début et de la fin de la vie, comme le pensaient les Egyptiens quand, en des temps reculés, ils avaient fait du chat un dieu.

Mais cette nuit je ne pouvais lui promettre la paix.

Né à Punta Arenas en 1956, Ramon Díaz-Eterovic est l’un des leaders incontestés de la nouvelle génération d’écrivains -nés depuis 1948- qui symbolisent le mouvement artistique le plus attrayant de la scène culturelle du Chili des années 90. Parallèlement à son travail d’écriture, Díaz-Eterovic participe activement à la Société des Ecrivains du Chili, qu’il a présidé de 1991 à 1993. Ramon Díaz-Eterovic est un écrivain très prolifique, il a publié un grand nombre de nouvelles et de story-boards pour des dessins animés et de la poésie. Il manifeste un intérêt profond pour la psychologie humaine et une forte intuition pour les histoires à intrigues. Ramon Díaz-Eterovic a été récompensé par de nombreux prix littéraires, et parmi eux, par le prix renommé Anna-Seghers 1987 en Allemagne, le prix Dashiel Hammett en Espagne et en 2007, le prix municipal de Littérature de Santiago (Chili).

Bibliographie