Publication : 08/09/2016
Nombre de pages : 304
ISBN : 979-10-226-0513-7
Prix : 18 €

Rome brûle

Suburra 2

Carlo BONINI • Giancarlo DE CATALDO •

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Titre original : La notte di Roma (Suburra 2)
Langue originale : Italien (Italien)
Traduit par : Serge Quadruppani

Carlo Bonini et Giancarlo De Cataldo poursuivent le bouillonnant feuilleton sur les dessous de Rome : Samouraï, le chef des mafias de la capitale, est en prison, peut-être pour toujours. Sebastiano, son représentant, tente de maintenir son emprise sur les différentes bandes, Siciliens, Calabrais, Napolitains et Gitans, qui mettent la ville en coupe réglée. L’annonce par le pape François d’un nouveau Jubilé qui va attirer des millions de pèlerins et relancer des travaux publics aiguise les appétits et Fabio, l’étoile montante du trafic de drogue, commence à remettre en cause la suprématie des chefs du moment.
Martin Giardino, le nouveau maire de Rome, veut quant à lui nettoyer les écuries d’Augias. Les coups bas et les violences des truands sont peu de choses à côté des manigances à l’œuvre dans les coulisses du Capitole, où sévissent les vieux ripoux représentant les intérêts des constructeurs.
Coincé entre des politiciens honnêtes et des mafieux turbulents, Sebastiano déclenche une opération d’obstruction apocalyptique, et bientôt Rome brûle !
Un récit qui opère aujourd’hui quasiment en temps réel (quiconque suit l’actualité de la capitale italienne reconnaîtra sans mal la plupart des protagonistes), et que les auteurs réussissent par leur talent à transformer en œuvre d’art.

« Une fable noire sans pitié dont on voudrait se réveiller comme d’un cauchemar. Mais, souvent, la réalité dépasse la fiction. » M. Serri, La Stampa

  • "De Cataldo, le juge impitoyable" Lire l'article ici

    Julie Malaure
    Le Point (Spécial polar)
  • "Immigration, chasse aux Gitans, Rome brûle et c'est toute l'Europe qui transpire." Lire l'article ici

    Lionel Germain
    Sud-ouest
  • "Rome brûle évoque le combat de quelques idéalistes pour assainir le système et éclaire d'une logique implacable l'histoire récente de la capitale italienne." Lire l'article ici

    Béatrice Arvet
    La Semaine de Nancy
  • "Plus resserré que Suburra, le nouveau roman de Carlo Bonini et Giancarlo de Cataldo ne sacrifie pas pour autant la complexité de l’intrigue et des manœuvres qui se jouent pour le contrôle de Rome ; une fois de plus les personnages foisonnent, se croisent, se heurtent, se trahissent ou s’allient selon les circonstances" Lire l'article ici

    Yan Lespoux
    La Cause littéraire
  • "C'est l'un des rares polars qu'on lit d'une traite, avec l'envie de recommencer à la première page dès qu'on a fini!" Lire l'article ici

    François Forestier
    L'Obs
  • "Nous, lecteurs, sommes happés par les plumes acérées du duo d’écrivains" Lire l'article ici

    BLOG NYCTALOPES
  • "L’oeuvre en deux tomes du duo Bonini-De Cataldo touche au sublime" Lire l'article ici

    Philippe Lemaire
    Site Onlalu
  • "Jubilatoire, encore une fois !" Lire l'article ici

    Blog Lectrice en campagne
  • "Rome brûle raconte une société en crise, à la fois morale et politique. Une ville qui tarde à mettre fin à l'ancien monde."  Lire l'article ici

    Abel Mestre
    Le Monde des livres

Prologue

8 AVRIL 2015.

Sebastiano Laurenti contemplait le spectacle du chaos derrière les vitres fumées de l’Audi A6 noire.
Rome brûlait.
Depuis cinq jours, la ville était à genoux. Immobilisée par une grève sauvage des transports. Submergée par le blo­cage total du ramassage des ordures. Infectée par la puanteur des feux que les citoyens exaspérés allumaient aux coins des rues.
Tout avait commencé quand une gamine de Tor Sapienza avait porté plainte pour avoir été agressée par deux noirs. Les banlieues s’étaient immédiatement révoltées.
Rome brûlait.
La révolte contre les centres d’accueil pour immigrés avait explosé. Dans les faubourgs, la chasse aux Gitans avait été lancée. Les petits Roms désertaient les écoles. Autour des camps de nomades, on dressait des barrages. Ça sentait le pogrom.
La presse du monde entier accourait à Rome. Dans ses récits, un cauchemar sur neuf colonnes. Un polar de série B en cinémascope. Le souvenir de Naples enfouie sous les déchets pâlissait. Dans son homélie de Pâques, le pape François avait lancé un appel à la miséricorde des hommes. Et plus encore, à leur humanité, s’il leur en res­tait. Le président du Conseil avait formé une cellule de crise permanente au Viminal , avec la Protection civile, les forces de l’ordre, les pompiers, l’armée.
Mais aucun bulldozer, aucun poste de contrôle, aucun blindé, aucune intervention dans la rue ne pouvait inverser ou au moins arrêter l’effondrement.
C’était comme si la ville avait décidé de se refermer sur elle-même, avalant tout et tout le monde dans son sous-sol de rancœur, de haine, de misère.
Des bandes de supporters ultra, oubliant leurs haines réci­proques, s’étaient adonnées à la dévastation systéma­tique de la capitale. La gare de Vigna Clara, d’une impor­tance stratégique pour l’ouverture imminente du jubilé de la Miséricorde, proclamé un mois plus tôt par François, avait sauté.
Des revendications anarchistes étaient apparues sur les murs.
Mais personne n’y croyait.
Les autorités, maire en tête, erraient d’un poste de contrôle à l’autre. Les autorités encourageaient, rassuraient, faisaient des promesses destinées à ne pas être tenues. Les autorités ne comprenaient pas. Ce qui était en train de se passer à Rome défiait toute logique.
Et c’était lui, le moteur de tout cela. Sebastiano.
Un jeune homme de haute taille, sérieux, sobre. Détruire Rome n’était pas un objectif, mais un moyen.
Dans son cœur, il souhaitait que tout se résolve au mieux.
Les incendies rougissant dans le couchant ne lui pro­curaient ni plaisir ni orgueil. Plutôt une souffrance ténue, pénible.
Sebastiano n’aimait pas la guerre.
Sebastiano était un constructeur de paix.
Il composa un numéro de téléphone à Londres.
Il avait à peine dépassé l’adolescence quand on lui avait volé sa vie. Il avait vite appris qu’il n’y avait qu’un seul moyen pour se la réapproprier.
La violence.
À la quatrième sonnerie, une voix féminine répondit. Alex.
Les comptes avaient été transférés dans les nouvelles filiales de différentes banques des îles Turks et Caicos. Aucun inci­dent de parcours. La dame romaine avait télé­phoné. Elle était bouleversée par la fin soudaine et tragique de Frodon.
– Et toi ?
– Je lui ai dit que tu es très en colère contre elle, Sebas­tiano.
– Merci, Alex.
– Seba…
– Oui ?
– Ne lui fais pas de mal, d’accord ? Si ce n’est pas stric­tement nécessaire, je veux dire.
Sebastiano ne répondit pas. Ce n’est pas la question, Alex.
La question, c’est le mal qu’elle m’a fait à moi.

Un mois plus tôt

I.
Jeudi 12 mars 2015
Saint Grégoire I

VIA SANNIO, BASILIQUE SAINT-JEAN-DE-LATRAN. 6H.

Le panneau annonçait : “Gare en construction maître d’œuvre Société Roma Metropolitane. Entreprise adjudi­cataire Mariani costruzioni s.p.a. du Consortium Metro C. Travaux pour la réalisation de la ligne C. Lot T3. Section Saint Jean-Forums Impériaux.”
L’homme tira le bonnet de laine sur ses oreilles, se serra dans son bombers noir brillant et observa impatiemment les feux clignotants qui illuminaient le désert de la place Saint-Jean. À côté de lui, son acolyte, une montagne de muscles au cou enfoncé entre les épaules, secoua la tête. Il tira son smartphone de sa parka, regarda l’heure. 6h. Ce connard ne s’était pas encore pointé. Au moins la pluie avait cessé.
L’arrivée de la Panda rouge du géomètre Lucio Manetti fut couverte par le ferraillement d’un tram vide. Manetti se gara à sa place habituelle. Et, comme chaque matin, il ne quitta pas la voiture sans avoir exécuté une curieuse danse névrotique. Portes fermées, oui. Feux éteints, oui. Lumière intérieure éteinte, oui. Alors, d’une légère pression de l’index, il remonta sur l’arête de son nez la monture de ses épaisses lunettes de myope, vérifia la chemise porte-documents et accrocha le grand parapluie à pointe à son avant-bras. Il était en retard. Il n’eut pas besoin de regarder sa montre pour le comprendre. Il lui suffit de remarquer les premières fentes de lumière de cette aube blême qui se levait sur la basilique Saint-Jean et sur la perspective qu’il avait appris à détester durant ces années de chantier. La vue de la coupole était bloquée par la gigantesque structure de soutien de la foreuse posée à trente mètres de profondeur depuis Dieu sait quand. Des mois ? Non, des années. Il avait perdu le compte. D’abord les ruines d’une villa romaine. Puis des poches d’eau, pire que s’ils étaient sur le Carso. Puis l’argent qui n’arrivait plus. Les pelleteuses s’étaient arrêtées. Les ouvriers calabrais et napolitains des entre­prises sous-traitantes avaient disparu. Pour garder le Grand Trou, il n’était plus resté que lui. Directeur d’un chantier fantôme. Du coup, pensa-t-il, ça ne poserait pas de problème de se faire un bon café avant de commencer à ne rien faire. Au diable le retard. Cinq minutes, qu’est-ce que c’était, à côté de l’éternité de l’Inachevé ?
Il entra dans le bar.
Cinq minutes plus tard, appuyés au panneau du chantier, les deux hommes le virent enfin apparaître.
Calmos, putain, de toute façon, où tu vas comme ça ?
Le géomètre traversa la rue d’un pas rapide en cherchant dans la poche de son imperméable les clés du chantier. La matinée était remplie de trucs à faire. Pour commencer, téléphoner à la préfecture. Il fallait renouveler les certificats antimafia des deux nouvelles entreprises sous-traitantes. Le dottor Danilo Mariani avait insisté pour les faire entrer dans les travaux d’excavation. Eh oui, les certificats antimafia. Un bien beau mot. Ces types, ils l’avaient écrit sur le front, “Camorra”. Mais le “dottore” ne voulait rien entendre. Il avait même été un peu brusque, en vérité.
– Mêlez-vous de vos oignons, géomètre. Je vous paie pour faire ce que je vous dis. Le chef d’entreprise, c’est moi. Et si ça ne vous va pas, des géomètres c’est pas ça qui manque, ils font la queue devant ma porte. Donc, vous pre­nez votre téléphone et vous demandez Mme Giada à la pré­fecture. Elle est déjà au courant.
Il ouvrit le portail du chantier. Et n’eut même pas le temps de les entendre arriver.
Ils se jetèrent sur lui avec une fureur de chiens enragés.
Le premier coup l’atteignit à la tempe, faisant voler ses lunettes.
Le deuxième lui cassa les incisives, inondant sa bouche de sang.
Le troisième arriva en plein dans le globe de l’œil gauche, le faisant presque exploser.
La douleur fut si violente qu’il ne parvint même pas à crier. Les deux hommes le soulevèrent comme un paquet et le traînèrent vers la grosse pelleteuse jaune au centre du chantier.
Ils l’attachèrent à la benne du mastodonte comme un Christ en croix. Ce fut alors que, de son seul œil droit, le géomètre Manetti réussit à distinguer la silhouette de ses agresseurs. Ils fouillaient dans la terre.
Eh, mon Dieu… Non, pas à moi. Pourquoi ? Pourquoi ?
Le plus trapu des deux avait agrippé un paquet de fers à béton. Il les serrait dans la main droite comme s’il agitait une poignée de spaghettis. Et il s’approchait. Toujours plus. Jusqu’à ce que le géomètre sente une haleine puant la nicotine et entende des mots qui trahissaient un léger accent slave.
– Alors, dottore… Tu n’as rien pour nous ? Parce que tu le sais, sale tarlouze, que c’est notre argent, pas vrai ?
Crachant le sang, il réussit à balbutier quelque chose qui ressemblait à une dernière prière aussi inutile que désespérée.
– Je vous en prie… je vous en prie… La caisse… dans le cagibi… mais il n’y a pas grand-chose…
L’ogre serra le faisceau de fers dans ses deux mains en les portant à la hauteur de son nez.
Et ce fut alors que le géomètre Manetti remarqua le tatouage bleuâtre. Une lettre pour chaque doigt.
N-O-N-H-O-A-M-I-C-I.
Je n’ai pas d’amis.
Le géomètre jeta la tête en arrière, puis regarda vers le haut. L’œil indemne se fixa sur la foreuse.
La miséricordieuse coupole de la basilique.
La clarté grise de l’aube.
Le coup arriva avec toute la violence du monde.
Il cessa de sentir ses jambes. Mais réussit à saisir les paroles de l’animal.
– T’as le bonjour de Fabio.

ROME, VIA LUDOVISI. BUREAUX DE LA FUTURE CONSUL­TING SRL. 9-10H.

Sebastiano avait la nausée. Le promoteur n’en finissait pas de renifler et il arrosait de sueur le plateau de sa table en onyx arc-en-ciel. Quelle saleté, la drogue. Sebastiano ouvrit en grand la vaste fenêtre qui donnait sur la terrasse d’où l’on dominait l’élégant quartier de Ludovisi. Autour du pavillon blanc, c’était une débauche de mimosas en fleur. Avec une lenteur étudiée, il alla s’asseoir de l’autre côté de la table ovale. Et se mit à fixer Danilo Mariani. Ses mains se déplaçaient de la tasse de café à l’iPhone. Leur rou­geur fatiguée contrastait avec le teint jaunâtre du visage. Le costume de laine sèche peinait à contenir une masse cor­porelle ramollie par les abus. Le visage gonflé était enca­dré de cheveux précocement gris qui vieillissaient de dix ans ce quadragénaire. Le voilà, l’héritier d’une des plus anciennes dynasties de constructeurs romains. Un débau­ché. Quelqu’un, deux heures plus tôt, avait massacré son chef de chantier à Saint-Jean.
Sebastiano voulait comprendre pourquoi.

– Sebastia’, moi je…
L’attente avait assez duré. D’un geste exténué, Sebastiano l’autorisa à vider son sac.
– Tout ça c’est la faute de ce fils de pute d’Allemand…
Le jeune Mariani était dans le consortium des entreprises qui, en 2006, avaient remporté l’appel d’offres de 3 milliards d’euros pour la construction de la ligne C du métro. Le plus gros chantier d’infrastructures du troisième millénaire. La loi de planification des travaux le désignait comme general contractor. Tenu de livrer le chantier achevé “clés en main”. Des conneries juste bonnes pour les caves qui voulaient bien les avaler. En huit ans, le projet avait maigri, passant de quarante à vingt stations et les coûts, naturellement, avaient grimpé dans la stratosphère. De 3 milliards à l’infini, et au-delà. Comme dans ce film sur les jouets qui ont une âme. Et qu’est-ce que c’était, le métro, sinon un grand jeu ? Tout le monde savait comment ça marchait. Il ne s’appelait pas Mariani par hasard, lui. Il avait remporté le marché sans avoir le pre­mier sou du pré­financement nécessaire au démarrage du chan­tier. Et le jour même de sa victoire, il avait commencé à foutre le bordel en réclamant un arbitrage. Il cria à ces couillons de la commune que l’appel d’offres prévoyait autre chose. Qu’on n’avait pas encore commencé qu’il y avait déjà des modi­fications. Que le sous-sol de cette sacrée Rome n’est qu’un tas de débris avec Dieu sait combien d’em­merdants ves­tiges archéologiques. En somme, il expli­qua qu’ils devaient mettre la main à la poche. Et que je demande, et rede­mande, et redemande encore. Vu que, de toute façon, ils casqueront. Les Romains pestent et le Grand Trou ne se remplit jamais.
Ça avait toujours marché. Jusqu’à ce qu’arrive ce maire débile. Martin Giardino, dit “er Tedesco”, l’Allemand. Il avait bloqué tous les versements.
– Je n’accepte pas de chantages, avait-il proclamé.
Juste pour commencer, il avait bloqué le paiement du “solde pour avancement des travaux”. Ainsi avait été trouvé, en serrant les dents, un accord “tombal”, invariable. En pratique, il s’en était débarrassé avec une poignée de cerises. Mais, mortacci sua , l’Allemand ne payait pas.
– L’Allemand n’a plus rien à y voir. La question est passée au gouvernement.
– Bon, ben, c’est pareil. Moi, en tout cas, je suis dans le rouge.
– De combien ? ­
– Pas grand-chose. Genre 500, lâcha Mariani.
Sebastiano devint un bloc de glace. Puis il articula.
– Cinq. Cent. Mille. 500 000 euros. Bravo !
Danilo se répandit dans des débordements de justifica­tions. Phrases mâchonnées, filet de bave au coin de la bouche, sueur abondante, autocommisération à la tonne.
– Le paiement des entreprises sous-traitantes. Des ouvriers, du matériel des fournisseurs, par leurs sales morts, l’aug­­mentation de la TVA qui te prend à la gorge… J’ai eu une crise de liquidités, tu comprends, c’est des choses qui arrivent…
– Moi, je parlerais plutôt de crise respiratoire, murmura Sebastiano, glacial. Et il renifla d’un air provocant.
Mariani écarta les bras.
– C’est bon, c’est pas une nouveauté, de temps en temps je me sniffe un peu de dope, mais bon, c’est pas grand-chose, tout le monde le fait, Sebastia’, ne me dis pas que toi tu…
– Non. Moi non, Danilo. Moi, non.
Ah, la coke ! La Reine de la Nuit, avec son complément de cul ! L’éternelle bacchanale à la Pétrone de l’incorrigible Suburra. La Triade Capitoline : la coke-le cul-le jeu… tara-ta-ta… de quoi faire une chansonnette, l’hymne de Rome Capitale… Tout tellement banal, tellement prévisible. En choisissant Sebastiano parmi tous ceux qui se vautraient à ses pieds, Samouraï avait été catégorique : le vice, c’est pour les autres, nous, on contrôle. Le vice fait perdre le contrôle, et si la distinction entre l’homme et le surhomme a un sens, le vice en constitue la frontière. Inutile d’insister, de toute manière. Le sens des limites, Sebastiano l’avait en lui depuis toujours. C’était son père qui le lui avait inculqué. Son pauvre père honnête, mort d’honnêteté.
– Sebastia’, tu m’entends ?
– Tu ne m’as pas encore expliqué pourquoi ils ont mas­sacré ton chef des travaux. Surtout, tu ne m’as pas dit qui l’a fait. Parce que c’est toi, et toi seulement, qui peux me le dire, Danilo. Tu sais bien que toucher à ce chantier, c’est te toucher toi et que te toucher toi, c’est me toucher moi, et me toucher moi signifie toucher Samouraï. Donc…
– Fabio Desideri, lâcha Danilo.
Il plongea la main dans la poche de son veston pour en retirer une boîte en argent.
– Pas chez moi, le pétrifia Sebastiano.
– Allez quoi, un petit rail… j’en ai besoin…
– Finis d’abord ton histoire.
– Bah, quoi, t’as pas compris ? J’avais besoin de liquide, chuis allé voir Fabietto, j’espérais me refaire à temps, j’ai pas pu, et c’te con m’a monté c’t’embrouille.
– Pourquoi t’es pas venu me voir, pauvre connard ?
– Je voulais pas te créer de problèmes pour ces trois ronds, avec tout ce que t’as à faire… et puis, Fabio est des nôtres, non ? Du moins, c’est ce que je croyais… maintenant je peux ? implora-t-il en déclenchant le couvercle du boîtier.
– Dégage.
– Sebastia’…
– Dégage.
Sebastiano craignait que l’autre se mette à pleurnicher. Auquel cas, il n’aurait pas pu contrôler ses réactions. Mais Danilo reçut le message. Il empocha la boîte et recula jus­qu’à la sortie, libérant la pièce de sa puanteur acide.