Publication : 01/01/1991
Pages : 312
Grand Format
ISBN : 2-86424-100-5
Poche
ISBN : 2-86424-574-4

La Nuit des monstres

Chronomachie 1

Jean-Marie THIVEAUD

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Chaque mois, pendant "la nuit des monstres", les poubelles municipales de banlieue ramassent les objets encombrants, mais pourquoi retrouve-t-on la vénérable spécialiste de la Grèce antique dans un congélateur déglingué? La guérilla ravage Paris, des bandes de jeunes au chômage attaquent les retraités fringants tandis que l'ordinateur général des retraites est atteint par un virus et qu'un charter réservé au troisième âge explose en plein ciel. Tous les attentats sont placés sous le signe de mystérieux vers antiques.

Drôle d'enquête menée par un jésuite italien, gourmand et danseur de tango, une jeune commissaire mal embouchée, un capitaine de la police montée canadienne et un prof de droit à nœud papillon.

Qui a intérêt à une guerre des générations dans un pays qui n'a jamais su lire une pyramide des âges?


1

Sur l'ordre muet de Votre Éminence, en ce dimanche de la Quinquagésime de l'an passé, j'ai rallié sans délai la capitale de la France, en fin de soirée.

Je garde le goût amer de ce premier matin, la longue nuit de voiture et de train depuis ma retraite aragonaise, le bruit et le crachin, le mauvais café parisien, tout s'accordait pour donner à ma mission la couleur résignée des mortifications rituelles. Avec tout le respect que je dois à la sagacité des proches collaborateurs de Votre Éminence et aux méthodes canoniques de la Sainte Inquisition, le dossier que me remit en hâte l'un de nos agents, à la frontière, ne sut éveiller en moi ni conjectures ni soupçons. Dans leur obscur résumé, les trois affaires, dont je lus maintes fois le détail, la nuit entière, offraient la banale tristesse du fait divers. Et mon esprit qui, pour le désespoir si patient de Votre Éminence, s'enflamme volontiers et tout soudain en extravagances imaginaires, ne répondait qu'aux devoirs réguliers de l'obéissance. Ces transports foisonnants qui m'agitent souvent au début d'une enquête cédaient le pas aux tressaillements fébriles d'une nuit blanche par voie ferroviaire. Dès la halte en gare de Toulouse, j'avais assigné à cette nouvelle entreprise le rythme pesant des processions pénitentielles, sans soupçonner, l'espace d'un fugace instant, les détours inhumains providentiellement promis à mon chemin. Votre Éminence me confiera-t-elle un jour ce qu'avait pu entrevoir Sa sublime prévoyance?

Le ciel de Paris remâchait le tissu incertain des giboulées printanières mais dans l'échancrure d'un nuage clignait pourtant l'étoile du matin.

Les trois compagnons désignés pour conduire avec moi cette opération, en apparence bassement policière, semblaient tout comme moi, dans la fatigue inquiète des petites heures, innocents et aveugles, en lisière d'une civilisation qui jouait déjà pourtant son destin.

- Moi, les coïncidences, vous savez, dit Frédéric Argeliès. Oui, pardon, vous disiez quelque chose, mon père? Ah! La loi de Claude Bernard? Oui, oui, je connais. Il était médecin… médecin et pas flic, quoi?

- Peut-être les astres? suggère Catherine Bousquet.

- Les astres, les astres, rugit Frédéric Argeliès, la jolie sorcière en effet! Non mais!

- La lune parfois, lance Réjean Duplessis, t'sais! Les juments lunatiques, tenez. Quand j'étais dans la Police montée…

- De grâce, président! coupe Frédéric Argeliès. Non, je suis désolé. Les drames ne suivent pas les quartiers de la lune. Trop simple, vous pensez. Depuis dix jours toutes nos brigades s'y cassent le nez. Et personne n'a rien revendiqué.

- Pas la première fois que l'on se cogne à des mystères inexpliqués, interrompt Catherine Bousquet.

(Un brouhaha de voix et de bruits métalliques gêne une lecture correcte de l'enregistrement, cinq secondes à peine.)

- L'une de nos affaires me concerne directement, reprend Duplessis, enfin, notre police canadienne. Mais l'autre m'affecte intimement, une vieille amitié… Pourtant, je ne comprends rien. Non, rien du tout. Voilà des nuits… Je suis venu aussi vite que vous le souhaitiez, mais vous m'excuserez. Dans ce sens, avec le décalage horaire, je suis un peu crevé.

- Navré de vous avoir tous bousculés, s'excuse Argeliès. L'urgence est une idée fixe, je le reconnais. Le ministre m'a écouté, il a le feu vert du Premier. Notez que je peux me tromper, quoi. Mais nous avons besoin de vos lumières…

- Parce que vous vous figurez que c'est une même affaire? coupe Duplessis. Je n'y avais pas pensé. J'ai encaissé le coup quand j'ai appris que mon vieux pote Ibn Al Rafid s'était fait poignarder mais j'étais déjà écrapouti par le kidnapping de votre vedette de télé. Là, sous mon nez, vous vous imaginez…

- Et la vioque du Vésinet, interrompt Catherine Bousquet, vous voulez la coller dans le même paquet? Une vieille de plus qui s'est fait repasser. Plutôt une banalité, non? Faudrait aussi m'expliquer. Parce que je suis aux RG, moi, pas à la crim'. Juste que ça fasse pas désordre…

- Je sais, je sais, s'impatiente Argeliès, et c'est même pour cela que je vous ai convoquée. Entre parenthèses, j'avais pas réalisé que… que vous étiez…

- Faites pas semblant, allez, rit Catherine Bousquet. Depuis le temps, j'ai pas dû vous laisser un souvenir. J'étais quand même pas votre meilleure étudiante à la fac de Montpellier.

- J'avais des doutes, remarquez, répond Argeliès, quand j'ai vu votre dossier. Vous n'avez pas changé. En fait, sans faire le lien, bien sûr, j'avais été séduit par votre rapport de l'an dernier, votre théorie des nuées. C'est malin, votre truc. J'ai eu envie de tester cette méthode sur ces trois dossiers

- Super honorée, admet Catherine Bousquet, mais vous me paumez. Putain, vos trois affaires ne font pas ce que j'appelle une constellation de faits. Sauf votre respect, professeur, l'hypothèse est plutôt échevelée. Quelle était cette expression? Vous en abusiez autrefois, à la fac. Il était question de comètes.

- Écoutez, fait Argeliès, c'est pas le moment de… vous conviendrez, tous, que ces trois affaires se sont passées le même jour, qu'elles ont entre elles comme un… quoi? Prenez-les dans tous les sens…

- C'est pas faute d'avoir essayé, riposte Catherine Bousquet, mais je vois pas le rapport. Les sites sont éloignés, les sujets n'ont rien à voir entre eux, et les techniques…

- Vous ne vous êtes pas fatiguée, tranche Argeliès, les sujets n'ont rien à… le secrétaire général du Programme mondial du vieillissement est poignardé. Mansur Ibn Al Rafid, je le connais bien comme vous, président. Puis, comme vous l'avez rappelé, sous votre nez, Sabine Lhôte, la présentatrice-vedette des émissions pour les aînés, se fait enlever en débarquant au Québec et cette pauvre Marcelle Puech est sauvagement agressée. Mince, une vioque comme une autre, disiez-vous? Elle a présidé les politiques vieillesse des Communautés pendant des années. Vous ne pouvez pas le nier, les trois victimes sont des personnalités du monde gérontologique. Trois attentats en moins de vingt?quatre heures contre trois responsables du secteur des personnes âgées… plutôt sidérant, quoi?

- Sidéral, plutôt sidéral, intervient Fabio Caraffa. Pardonnez-moi, monsieur, tous ces mots… c'est une manie chez moi, jouer avec les mots, associer les idées. En fait, je suis d'accord avec vous… mais non, rien à voir… je veux dire… vous savez, le jour sidéral, en bonne astronomie, compte moins de vingt-quatre heures. Alors, voilà, sidérant, sidéral…

- Bravo, mon père, bravissimo, soupire Argeliès, j'aime mieux ça. Pour ce qui est d'associer les idées, croyez-moi, nous avons du pain sur la planche. Mais j'apprécie, quoi? Oui excellent, sidéral, sidérant. Ma foi, devant cette constellation de faits… et mademoiselle Bousquet avec ses comètes… drôle, en effet… heureux présage…

Que Votre Éminence daigne considérer avec Son indulgence coutumière l'exorde que j'ai choisie pour introduire cette version réservée de mon rapport.

Malgré mon goût délictueux pour les gâteries lexicales, Votre Éminence sait que ce n'est point sans motif que j'ai ainsi inscrit un piètre jeu de mots à l'exergue de ce dossier confidentiel. D'un équinoxe de printemps à l'autre, comment pourrais-je mieux résumer le cours de ma mission d'un an sinon en lui appliquant ce qualificatif de "sidéral qui m'échappa, lors de la première réunion, comme inconsciemment?

Cette référence à l'étoile qui organise la course des jours et des ans m'obsède, à présent, bien au?delà des conventions rhétoriques.

Tandis que je réunis les derniers fragments de cette relation officieuse, je récite à mi-voix, pour me donner du courage, ces vers si lointains d'Euripide où le poète affirme que les matelots savent toujours retrouver l'étoile derrière les nuages.

Votre Éminence décidera de transmettre ou non ce rapport aux archives de la Secrétairerie, mais je dois toutefois sacrifier aux règles classiques de notre confrérie et assurer à mon propos une relative clarté d'exposition, avant de laisser courir le récit tragique. J'ai donc collationné ici l'ensemble des matériaux réunis au long de cette aventure et parcouru, avec eux, en retour, le cycle complet d'une année d'enquêtes.

D'une manière générale, dans ce rapport prioritairement destiné à la seule confidence de Votre Éminence, je n'ai retenu qu'une sélection d'extraits, parmi les plus significatifs de nos errances mutuelles au fond du mystère brutal d'un monde sans étoile. En tout état de cause, la totalité des pièces originales, bandes d'écoute, transcriptions, documents primaires de toute sorte, a été adressée par mes soins et à rythme quasi quotidien à nos services.

Ainsi, Votre Éminence qui se plaît aux fragments que l'esprit librement recompose trouvera, peut?être, plus d'agrément dans cette présente version en forme de spicilège. J'y ai résumé nos faits, nos dires, en les ornant parfois de mes impressions, à toutes fins aussi de servir ou non à l'instruction de ceux de mes plus jeunes frères qui pourraient avoir à connaître, dans le futur, de semblables affaires. Je prie le ciel, de tout mon cœur, d'en préserver notre terre.

Connaissant cependant la prudente réserve de Votre Éminence à l'endroit des supports modernes de communication ou de mémorisation et Sa sainte répulsion pour les images mouvantes, j'ai apporté tous mes soins à transcrire les innombrables pièces audiovisuelles qui composent, de nos jours, un dossier d'enquête. J'ai pris encore, quelquefois, l'initiative de transpositions littéraires pour les trop longs vidéogrammes et certains documents filmés. Le récit que je soumets, avec une grande humilité, à la clairvoyance de Votre Éminence constitue, assurément, une somme peu orthodoxe. J'ai tenté, pourtant, de concilier les effets des progrès techniques auxquels les appareils de police modernes sacrifient nécessairement avec la stricte observance de notre respect, vertueusement maniaque, des traditions classiques et de l'écriture.

En outre, Votre Éminence aimant à discerner les mœurs et les qualités d'un sujet sur la foi d'un portrait, comme en usaient les princes autrefois, j'ai pris la liberté d'insérer, dans ces pages, quelques photographies que j'ai prises moi-même. Dans l'espoir timide d'une éventuelle exploitation pédagogique de ce recueil, selon les sages mais imprévisibles décisions de Votre Éminence, et pour favoriser mes plus jeunes lecteurs peu familiers de la science de Lavater, j'ai complété ces clichés par quelques commentaires. La surprise qui s'exprime sur la plupart des visages, du sourire esquissé à la franche stupeur, tient à la soudaineté de mon geste de reporter et à l'éclair inattendu de mon Polaroïd extra-plat, en forme de bréviaire.

Enfin, toujours dans l'éventualité d'une finalité didactique, j'ai ainsi parsemé ce rapport de quelques indications purement pratiques et technologiques, ces tours de main du métier, ces modestes astuces de la profession qui garantissent souvent la bonne fin d'une mission. Qu'il me soit permis une réflexion préliminaire, à l'intention de nos jeunes agents, sur le port de la soutane auquel je me suis astreint lorsque les circonstances n'exigeaient point de plus commode vêtement. L'habit ecclésiastique, trop méprisé à présent, offre de grands avantages pour dissimuler des objets compromettants. Son caractère insolite attire les regards étonnés et autorise des attitudes ou des gestes intrigants et, dans ses plis, l'on peut cacher facilement les appareils photographiques ou d'enregistrement qui font la panoplie de l'inquisiteur moderne.

Au terme de ce préambule méthodologique, je peux engager la narration des événements et commencer, selon les préceptes de notre compagnie, par une composition des lieux où se tiennent les principales scènes. Votre Éminence, quoique relevant d'une autre obédience, retrouvera dans ce spirituel exercice, les règles antiques de la mnémonique si pieusement détournées de leur profane destination par ses pères fondateurs qui avaient voué leur Ordre à la divine prédication.

Dès ce premier matin, nos réunions plénières parisiennes se sont tenues dans un lieu sans enseigne policière, à deux pas de la tour Eiffel. L'immeuble appartenait au ministère de la Guerre et avait abrité les services de santé d'outre-mer. Nous nous retrouvions discrètement dans la bibliothèque vétuste et abandonnée qui avait conservé, par le miracle de l'appauvrissement culturel de ce temps, la majeure partie de ses vieilles collections. Je pris rapidement l'habitude d'arriver une demi-heure plus tôt à nos rendez-vous pour rêver un moment parmi les livres, paisiblement. J'y caressai de rares ouvrages scientifiques, ces monumentales souscriptions du gouvernement, recueils d'explorations ou relevés archéologiques, publiés sous la monarchie de Juillet ou le Second Empire. Une tendresse particulière m'attirait souvent vers quelques éditions princeps, aux reliures en bois sculpté, aux pages en matériaux exotiques, des poésies de Victor Segalen, médecin et marin, passionné des étoiles. La tentation de dérober, en toute impunité, certains de ces trésors me fût une fréquente et pénible torture. Votre Éminence me saura gré de n'y avoir jamais cédé.

Nombre des informations m'ont été fournies par la Secrétairerie et sont connues de Votre Éminence mais leur bref résumé, en forme de caractères, favorisera la compréhension des autres éventuels lecteurs de ce rapport.

Frédéric Argeliès est né voici un peu plus de quarante ans sur les rivages de notre mer latine, à Agde, ancien évêché de la Narbonnaise. Ce berceau aux antiques soubassements justifie peut?être cette similitude qu'offre son visage avec les représentations sculptées d'Octave Auguste. J'ai revu aussitôt, en le saluant, cette statue du musée des Thermes où, drapé dans la majesté, l'imperator figure en grand pontife. Le nez d'Argeliès est cependant plus busqué et surchargé d'une paire de lunettes d'un goût discutable. Il n'est pas indifférent de noter que, dans les derniers mois de l'enquête, Frédéric Argeliès a adopté des lentilles de contact, modifiant ainsi la largeur de ses vues. Pour le reste il ne jouit pas de la stature du premier empereur de Rome, plus grand qu'Auguste il est aussi bien plus maigre et déjà presque chauve.

Agrégé d'histoire du droit, il enseignait à l'université de Montpellier avant de suivre à Paris les bagages d'un ministre radical-socialiste et de glisser des cabinets politiques aux grandes manœuvres de la police secrète. Il s'était illustré, dans sa jeunesse studieuse, par plusieurs articles brillants sur des points délicats du droit canon. Comme en témoignent les premiers extraits de mes enregistrements, Argeliès souffre d'un tic oratoire, héritage désuet des modes postromantiques, et ponctue volontiers ses phrases d'un "quoi interrogatif et toujours déplacé. L'effet comique du procédé m'a longtemps tourmenté puis je m'y suis peu à peu accoutumé. A la façon de nombre d'universitaires, surtout lorsque ceux-ci ont déserté leur chaire, il affecte un ton d'autorité savante dans les conversations les plus anodines. Le nœud papillon qu'il porte à tout moment n'a pas connu de métamorphose au long de notre collaboration. Je ne saurais induire un jugement précipité dans le petit cénacle des futurs scrutateurs en indiquant qu'Argeliès appelle au premier regard ce que notre père Ignace nomme un présupposé de sympathie. Après une année de compagnonnage mouvementé, je peux confirmer, ex post, ma première impression de notre première rencontre; Votre Éminence prétend que c'est le plus souvent la bonne.

Le président Réjean Duplessis, à gauche sur la seconde photographie de groupe, rutile moins au naturel. Quoique doué d'une forte complexion sanguine, il est moins rubicond que ne l'accuse ce mauvais cliché mais son aspect, pourtant colossal, inspire une aimable pondération en harmonie avec ses rondeurs. Canadien français de Montréal, il est parfaitement criblé par tous nos services et un dossier très complet qui lui est consacré repose dans les armoires de la Curie. Il a reçu récemment, en effet, les ordres de chevalier de Saint-Grégoire et cette distinction autorise cet ancien officier de la Police montée à jouir du dernier privilège en pénétrant à cheval même dans les églises. Président d'une puissante institution de prévoyance fédérale, il nous a assistés de toute la force de ses multiples compétences, gérontologiques et policières. Émissaire secret de son gouvernement, Duplessis rivalisa avec moi dans l'art de tromper le monde mais son apparence débonnaire et son volume envahissant ne sauraient aveugler l'œil averti des vrais conspirateurs. Sa grande bonhomie ne peut cacher un certain air de famille.

J'admets qu'au premier regard, Catherine Bousquet, la jeune femme assise à la droite d'Argeliès sur deux photographies, évoquera pour le moindre de nos agents tous les bûchers expiatoires. Ses longs cheveux noirs, ses joues creuses, l'ovale aigu de son visage, le nez à l'arête vive, son port raidi par les tensions de l'âme raniment, avec vigueur, nos vieux atavismes d'inquisiteurs. Au prix de quelques recherches archivistiques dans les liasses des officialités du midi de la France, l'on retrouverait sans doute dans son arbre généalogique quelques branches qui furent jadis livrées au feu vengeur. Issue des contrées désertiques entre Rouergue et Languedoc, elle compte assurément au cercle de ses aïeux bon nombre d'hérétiques. Ses yeux gardent pour moi, cependant, la pureté des prairies édéniques, la couleur du paradis musulman. L'atroce cliché ne livre qu'un mauvais reflet, rougeâtre et falsificateur, mais j'atteste devant les cieux que ses yeux pétillent d'un éclat angélique. Elle a juste trente ans, un petit bagage juridique qui, par un sort plaisant, rassemble les reliefs des leçons d'Argeliès quand la pluie ou les vents interdisaient les plages proches aux étudiants. Inspecteur divisionnaire à la direction centrale des renseignements généraux, Catherine Bousquet a su déconcerter, incessamment, mes réflexes de Napolitain et de jésuite par sa candeur toute séraphique.

Notre première réunion, à l'équinoxe de printemps de l'année dernière qui me paraît aujourd'hui éloignée de mille ans, fut honorée de la présence du ministre de la Prévoyance publique, venu nous accueillir officiellement. La photographie ci-jointe révèle l'expression de contentement qui convient à tout démiurge politique, habile aux mises en scène. J'ai conservé pour le seul plaisir de Votre Éminence ce mince fragment dont la transcription ne peut évidemment traduire les inflexions théâtrales de la voix du ministre ni le sifflement poitrinaire qui rythmait ses périodes, particulièrement sensible sur l'enregistrement.

Né en 1946 à Saint-Céré (Lot), Jean-Marie Thiveaud est historien et économiste.
De 1971 à 1974, il est chargé de mission au Ministère de l'Education nationale, puis conseiller technique du Directeur délégué à l'orientation et à la formation continue. Avec l'équipe de Jacques Delors, il participe alors à l'élaboration des lois sur la formation continue (1971) et à leur application dans l'enseignement supérieur (1972). En 1973, il collabore à la conception et à la création de l'Agence Nationale pour le Développement de l'Education Permanente (ADEP). Avec L. Tissot et F. Bloch-Lainé, il crée, en 1977, l'Association des âges (C.D.C., C.N.R.S., Sécurité sociale, Plan, Délégation à l'emploi, ARRCO, institutions financières, Fondation de France...) dont il est délégué général jusqu'en 1984. En 1984, il est conseiller historique du Directeur général de la Caisse des dépôts et consignations.
Parallèlement, il est enseignant en sciences de l'éducation à Paris VIII (1970-1973), en sociologie de la coopération et du développement à l'EHESS (1976-1979), et en sciences économiques, puis en histoire économique à Paris X de 1980 à 1990. Il mène également plusieurs missions d'études pour l'OCDE, l'UNESCO, le BIT, l'ONU, la DATAR, ou encore, la Fondation nationale de gérontologie.
Outre de nombreux articles et ouvrages sur les questions sociales, l'éducation, l'emploi, ou les retraites (1972-1984), et plus particulièrement, sur l'histoire financière depuis 1984, il a publié une Histoire de la Finance en France (P.A.U., 1995) et, il a collaboré à une série d'ouvrages traitant de la confiance fiduciaire.

Bibliographie