Publication : 15/01/2003
Nombre de pages : 156
ISBN : 2-86424-448-9
Prix : 15 €

Le Phare de l’Atlantide

Vagn Predbjørn JENSEN

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Titre original : Tarnet i atlantis
Langue originale : Danois
Traduit par : Bénédicte Bruun

Un jour d'hiver de l'année 1900, les trois gardiens d'un phare isolé sur une petite île rocheuse aux confins de l'Atlantique ont mystérieusement disparu. Ils n'ont laissé derrière eux qu'un énigmatique livre de bord décrivant, entre autres faits étranges, une tempête d'une violence extraordinaire qui n'a pourtant pu être observée nulle part ailleurs. Que s'est-il passé sur l'île d'Eilean Mor ce jour-là? Qui sont ces trois hommes, trois fugitifs poursuivis par leur passé et qui, un jour, croisent leurs propres traces?
Ce roman est avant tout un récit haletant où trois hommes se débattent entre les griffes de puissantes forces naturelles, d'une solitude aliénante et d'un passé invincible. Peut-être accomplissent-ils une destinée, celle qui devait être la leur et vers laquelle ils se dirigeaient déjà avant de se connaître? Ou peut être tout cela procède-t-il de la folie liée à l'isolement? Un dramatique huis clos au milieu de l'immensité de l'océan, aux portes de l'Atlantide et aux limites des forces humaines.

  • « Un huis clos haletant. [...] Une étrange et belle histoire de solitude et de folie. »
    Corinne Bourbeillon
    OUEST FRANCE
  • "Eilean Mor, un rocher abandonné à la fureur de l'Atlantique au large de l'Ecosse. Portés par des destins contraires, trois marins échouent sur ce rocher désolé avec pour mission de surveiller le phare. Un jour de décembre 1900, ils disparaissent mystérieusement pendant une tempête. En feuilletant leur livre de bord, on découvre comment, l'isolement aidant, une tension quasi mystique a fini par s'installer sur cet îlot qui depuis des siècles recèle un secret. Un thriller prenant."
    OH LA!
  • "Sur la base d'une histoire vraie, ce court récit d'un des auteurs phares de la scène littéraire danoise, construit comme un huis clos oppressant, conte la violente et mystérieuse disparition de trois gardiens de phare aux prises avec la solitude, l'angoisse et une tornade apocalyptique sur l'île d'Eilean Mor. Reste en guise d'ultime témoignage, un livre de bord abandonné par les trois disparus, livre à décrypter comme on suit une enquête criminelle, fourmillant d'indices et d'enseignements. Haletant !"
    VIRGIN MEGAPRESSE

Le Mystère d'Eilean Mor

De l'autre côté du bord le plus reculé du monde, s'élève de la profondeur de la mer un rocher comportant sept sommets. Ils percent la surface de l'eau et forment des îles abruptes, battues par le vent, nommées Seven Hunters ou Flannan Islands. A l'est, la terre la plus proche est l'île Lewis, la plus grande des Hébrides, à une distance d'à peu près trente kilomètres. A l'ouest, l'océan Atlantique s'étire sans interruption jusqu'à la côte de l'Amérique du Nord. Six de ces petites îles sont habitées par les mouettes et les eiders. Sur la septième et la plus grande, nommée Eilean Mor, se dresse un phare.

Le 26 décembre de l'année 1900, le bateau à vapeur Hesperus s'approcha des îles Flannan. C'était un bateau gigogne qui appartenait à la Northern Lighthouse Board. L'Hesperus aurait dû arriver avec l'approvisionnement, le courrier et le remplaçant six jours plus tôt. Mais pendant trois jours et trois nuits, il avait essuyé une tempête. Lorsque le vent était enfin retombé, les vagues avaient continué de fouetter la falaise rocheuse d'Eilean Mor avec une telle force qu'il était impossible d'y faire accoster un bateau. L'Hesperus avait été obligé de tourner autour des îles pendant encore deux jours et deux nuits.

Maintenant la mer était calme, semblable à une lande de couleur grisâtre sous laquelle des collines longues et rondes roulaient jusqu aux cotes d'Eilean Mor. Un soleil rougeoyant s etait levé. Ombre et lumière se succédaient sur les versants noueux de l'île. Au sommet était planté le phare solide comme un défi solitaire à la mer, au vent, au froid et à l'obscurité.

Le capitaine Richard Sullivan et le second gardien-chef du phare se tenaient sur la passerelle. Le bateau venait à l'instant d'interrompre le silence de plusieurs coups de sifflet et le capitaine ordonna que l'on hisse le pavillon: homme prêt à aborder.

Les pavillons à signaux de l'Hesperus flouaient dans la brise matinale, chiffons colorés sur un cordage incliné. A terre, c'était le moment où ils devaient répondre à l'aide du même signal. Mais les minutes passaient et rien ne se produisait.

Le capitaine fit de nouveau retentir le sifflet. Seul l'écho lui répondit. Il n'y avait aucun signe de vie là-haut.

Sullivan se gratta la nuque et jeta un regard interrogateur vers Joseph Moore. Mais celui-ci fixait avec intensité le phare et ne le remarqua pas.

Le capitaine Sullivan fit réduire la vitesse de moitié, puis arrêter le bateau.

Il n'y avait toujours personne en vue. Ils avaient pourtant l'habitude tous les trois de faire la course pour arriver le premier à l'escalier dont les marches descendaient en serpentant le promontoire ovale sur lequel était construit le phare.

- Curieux, dit Sullivan.

- Ça ne leur ressemble pas, pourtant.

Le sifflet émit encore quelques sons plaintifs. Les rochers renvoyaient l'écho. L'Hesperus tanguait au bout de son ancre. La houle légère battait mollement contre le rocher.

Toujours pas d'homme en vue.

- Il y a quelque chose qui m'a étonné, capitaine.

Sullivan le regarda, interrogatif.

- Ça fait deux jours que nous naviguons autour de ces îles. Et je n'ai jamais vu le phare allumé. Je veux dire, le brouillard n'était pas épais à ce point-là, quand même?

- Notre visibilité était de modérée à bonne.

- Mais... et alors?

- A quoi ça sert, nom de Dieu, d'avoir un phare s'ils sont trop fainéants pour s'en occuper?

L'équipage alla au bossoir et descendit le canot à l'eau. Moore ainsi que six hommes de l'équipage s'y installèrent.

La houle se dirigeant vers l'ouest, le plus pratique était d'aborder par le quai situé sur le côté est.

Joseph sauta sur la terre ferme avec son sac de marin:

- Vous restez ici jusqu'à ce que je revienne.

Oui, oui, ils allaient l'attendre. Les hommes attachèrent le canot, se mirent à l'abri sous le rocher, puis ils allumèrent leurs pipes.

Il posa son sac de marin sur l'épaule et entreprit de monter l'escalier. A mesure qu'il approchait du sommet, il ralentissait l'allure.

A présent, il était arrivé tout en haut. Il se trouvait devant le phare. La porte de la maison était encore fermée. il approcha, hésitant. L'ouvrit doucement.

Les manteaux étaient suspendus dans le couloir, comme d'habitude.

Il ouvrit la porte du salon. Désert et froid. Il toucha le poêle. Glacé. Il ouvrit la grille. Les cendres grisâtres voletèrent doucement autour de quelques restes de bois carbonisés.

Il y avait des cartes à jouer sur la table. Les chaises étaient poussées en dessous et le salon était en ordre. il n'y avait pas eu de bagarre ici. Avaient-ils mangé quelque chose de mortel? Peut-être allait-il les trouver morts à l'intérieur?

Il ouvrit doucement la porte de la chambre à coucher. Son cœur battait dans ses oreilles.

Les lits étaient vides. Faits. il claqua la porte et courut à la cuisine. Déserte, froide et rangée. Puis il sortit de la maison en courant, laissant toutes les portes ouvertes, il faillit tomber dans l'escalier.

- Attendez! Attendez! Je veux venir avec vous!

- Mais pourquoi ta cries comme ça, bon Dieu? demanda le maître d'équipage d'un air maussade.

- Ils ont disparu.

- Tu dois être fou.

- Disparu! Je ne reste pas sur cette île maudite. Pas même une minute.

- Tu en parleras avec le capitaine.

Ils revinrent à l'Hesperus à la rame. Joseph Moore monta l'échelle en premier, et se précipita vers Sullivan.

- Ils ont disparu. Sans laisser de trace. (Les mots se bousculaient pour sortir.) Et ça fait longtemps qu'ils ne sont plus là. Je ne reste pas ici. Pas un instant de plus.

- Il faut examiner les lieux. Pour le rapport.

A contrecœur, Joseph Moore dut se faire ramener sur l'île avec le capitaine. Ils entamèrent une fouille approfondie de la maison.

Tout indiquait que les pièces n'avaient pas été habitées depuis plusieurs jours. il n'y avait de braises ni dans le poêle, ni dans le four. Dans le salon, la pendule qu'on remontait chaque dimanche était arrêtée. Tous les vêtements étaient encore là, mis à part les bottes de marin et les cirés de Thomas Marshall et James Ducat.

Ils montèrent dans le phare en empruntant l'escalier à vis. Les mèches étaient nettoyées et taillées, et les lentilles lustrées ainsi qu'on le faisait chaque jour, juste après le lever du soleil. Pourtant, on avait dérogé au règlement sur un point important. Le linge qui devait recouvrir les lentilles durant la journée était replié et posé à côté. Était-ce de la négligence? Ou bien le gardien de phare avait-il été appelé pendant son service et n'avait-il jamais eu le temps de terminer son travail?

L'équipage de l'Hesperus inspecta les ruines effritées de la chapelle de Flannan ainsi que chaque pouce de la surface de l'île sans rien trouver de significatif. Ils firent également le tour de l'île à la rame en examinant avec soin les rochers. Il n'y avait aucun signe des disparus.

Près de l'escalier, à cent dix pieds de hauteur, on avait taillé dans le rocher une niche où l'on entreposait du bois flotté. Maintenant, la balustrade était brisée et le bois avait disparu. Y avait-il vraiment eu des vagues si puissantes qu'elles puissent briser la rampe et balayer le bois?

Pourtant la niche était orientée plein est et la dernière tempête était arrivée de l'ouest. Elle n'avait pas pu causer ce dommage. Alors comment?

Joseph Moore soutint que cela avait dû arriver après qu'il ait quitté l'île. Parce que quand il était parti en permission, il avait pris appui sur la rampe tout le long pour descendre jusqu'au dock côté est. Ça, il s'en souvenait avec certitude.

- Mais il n'y a pourtant pas eu de tempête entre ton départ et celle qu'on vient juste de traverser.

Joseph Moore haussa les épaules avec résignation.

Puis il se souvint du journal de bord.

Ils revinrent à la maison. Le livre était posé à sa place habituelle sur le pupitre en dessous du portrait de la reine Victoria. Les dernières notes avaient été consignées de l'écriture ferme et facile à lire de Thomas Marshall.

Le 12décembre. Tempête, nord à nord-nord-ouest. La mer est déchaînée. Implacable.

9 heures, le soir. Jamais vu une tempête pareille. Vagues immenses. Elles ébranlent le phare. Tout est en ordre. Ducat irritable.

Sullivan redressa la tête:

- Pourquoi Ducat était irritable? Il revenait juste de permission?

- Je ne le connais pas comme ça non plus.

Joseph Moore secoua la tête.

Ils continuèrent la lecture à la même date:

Minuit. La tempête fait encore rage. Vent toujours présent. Implacable. On ne peut pas sortir de la maison. Bateau passé avec corne de brume hurlante. On a vu de la lumière dans les cabines. Ducat silencieux. McArthur pleure.

Ils se regardèrent, incrédules. Puis ils replongèrent avec empressement dans la lecture:

Le 13 décembre. La tempête a duré toute la nuit. Le vent tourne à l'est. Ducat silencieux. McArthur prie.

Sullivan secoua la tête:

- McArthur, prier!

- Il était plus ou moins athée.

- Et puis le 13 décembre... (les yeux de Sullivan se perdirent dans le lointain).., je ne me souviens d'aucune tempête ces jours-là.

- C'était calme à Stornoway. En tout cas, il n'y avait rien de plus qu'une brise fraîche.

- L'Hesperus était en route pour les Orcades. On avait un vent calme et la mer était modérément agitée.

A cette même date, Thomas Marshall avait écrit:

Midi. Lumière du jour grisâtre. Moi, Ducat et McA rthur avons prié.

- Si je ne connaissais pas Marshall, je pourrais croire qu'il se moque de nous, dit Sullivan.

- Je n'ai jamais entendu quelque chose de semblable.

Joseph Moore était stupéfait.

il n'y avait pas de notes pour le 14 décembre. Puis vint la dernière annotation, confuse:

Le 15 décembre, 1 heure du matin. La tempête est passée. La mer est calme. Dieu règne sur tout.

Sullivan referma le livre. Joseph Moore devait le laisser là jusqu'à ce qu'une commission d'enquête arrive - ainsi que tout le reste, dans la mesure du possible.

Moore jurait qu'il ne resterait pas ici. il voulait retourner sur la terre ferme, dut-il suivre l'Hesperus à la nage jusqu'au port.

Sullivan maintint que le phare devait être gardé. La résistance de Moore était si vive qu'il fallut le menacer du paragraphe relatif à la mutinerie.

il s'apaisa un peu en apprenant que quatre hommes de l'équipage allaient rester avec lui.

Une semaine plus tard, l'Hesperus aborda Eilean Mor avec, à son bord, une commission d'enquête royale. L'île fut minutieusement fouillée, après quoi on interrogea Joseph Moore sous serment.

Ce qu'il leur apprit montrait que l'équipage avait mené une existence monotone et routinière.

La commission ne parvint à aucune conclusion déterminante.

Les trois hommes avaient apparemment disparu le 15 décembre 1900 à un moment indéterminé de la journée. Le phare avait été préparé après le lever du soleil, à 8h40, et le capitaine du SS Archer avait porté plainte lorsque, le soir même, son navire avait manqué percuter Eilean Mor à cause du phare qui n'était pas allumé.

En ce qui concernait la tempête des 12, 13 et 14 décembre, qui n'avait nullement été signalée ailleurs, la commission ne se prononçait pas.

On devait considérer les trois hommes comme portés disparus dans des circonstances inconnues.

Joseph Moore maintint avec entêtement qu'il voulait quitter le service des phares. A moins qu'ils ne le placent ailleurs! En tout cas, il n'avait plus le courage de rester ici. Il n'allait pas risquer de trouver la paix éternelle à Eilean Mor, comme ses camarades.

Superstition de marin, jugea la commission.

Ces messieurs pouvaient appeler cela comme ils voulaient. L'île était un endroit bizarre.

On s'en rendait compte dès le premier instant.

On lui demanda de préciser. Dans le compte rendu, il fut consigné:

"Nous étions seuls lorsque le navire repartit pour l'Écosse. Ce soir-là, nous avions allumé la grande lanterne pour la première fois. Les rayons de lumière se projetaient sur la mer. C'était grandiose. On s'entendait bien, parce qu'on était tous les trois marins et nous savions ce que ça signifiait pour les marins, de voir la lumière et de pouvoir se diriger en évitant les rochers.

Mais il y avait quelque chose d'étrange dans l'air. Non pas horrible ni effrayant, mais un curieux silence au milieu du mugissement de la mer, une paix que nous n'arrivions pas à comprendre. Du phare, on pouvait voir les ruines de la vieille chapelle couverte de neige. Et le vent hurlait. Nous le ressentions tous. Mais on croyait que c'était l'étrangeté de l'endroit, sa nouveauté"

Vagn Predbjørn Jensen est né au Danemark en 1936. Il a publié à ce jour une dizaine de romans, tous salués par la presse danoise, ainsi qu’un recueil de nouvelles.

Bibliographie