Publication : 07/10/2021
Pages : 280
Grand Format
ISBN : 979-10-226-1160-2
Couverture HD
Numerique
EAN : 9791022611664

Un tueur sur mesure

Sam Millar

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21,50 €
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12.99 €
Titre original : The Bespoke Hitman
Langue originale : Anglais (Irlande du Nord)
Traduit par : Patrick Raynal

Braquer une banque à Belfast le jour d’Halloween déguisés en loups semblait être une bonne idée. Se rendre compte que le coffre avait été vidé avant leur arrivée, un peu moins. Mais voler une mallette à un client de la banque qui leur avait gentiment suggéré d’aller se faire voir, c’était signer leur arrêt de mort.

À Belfast, on sait qu’il faut être fou pour ne pas perdre la tête, et qu’il ne faut pas s’attaquer à ceux qui ont « l’Alzheimer irlandais » : ceux qui oublient tout sauf la vengeance.

Une course-poursuite en enfer entre braqueurs, ex-taulards, flics pourris, petites frappes, tueurs à gages et… la redoutable Fraternité pour la liberté irlandaise !

Des règlements de comptes, du suspense, de la violence et un humour très noir.

  • Comme toujours, Sam Millar nous régale avec un mélange d’humour et de noirceur totale et dérangeante ! C’est trash, assez grossier, mais l’auteur, toujours à l’équilibre, alterne des passages d’une cruauté impitoyable à ceux d’une franche tendresse pour ses voyous à la petite semaine, pris dans un engrenage effroyable. Âmes sensibles s’abstenir !
    Katia Leduc
  • « Un bijou d’humour et de noirceur, porté par une traduction aux petits oignons de Raynal. »
    « Un tueur sur mesure est un ouvrage qui se lit d’une traite, sans le moindre temps mort. »
    Bruno Corty
    Le Figaro Littéraire
  • « Le dernier roman de Sam Millar sent le sang, la pinte et l'accent gaélique. Un polar pur jus à l'humour très noir. » Voir l'interview ICI
    Olivier Van Vaerenbergh
    Focus Vif
  • « Un roman noir implacable, mené up-tempo et remarquablement servi par une traduction "sur mesure" du romancier Patrick Raynal. »
    Philippe Blanchet
    Rolling Stone
  • « Noir c’est noir et l’Irlandais Sam Millar s’impose une nouvelle fois en prince des ténèbres ! » Lire la chronique ICI
    Anne Lessard
    Télégramme.fr
  • "Un sombre voyage en Irlande à ne pas manquer !" Lire la chronique ici
    Site Encres vagabondes
  • "Un chef-d'œuvre de noirceur, d'humour, de sexe et d'une violence rarement atteinte dans un roman noir."
    François Barrère
    Midi libre
  • "Sam Millar nous régale avec un mélange d’humour et de noirceur totale et dérangeante !"
    Katia Leduc
    Page des libraires - Librairie L’Embarcadère
  • "Cette œuvre magistrale est un petit bijou d’humour noir terriblement jouissif."
    Alain Raimbault
    Site 20 minutes
  • "Dans ce violent roman noir, Sam Millar utilise avec talent toutes ses expériences passées."
    Jean-Paul Guéry
    Le Courrier de l'ouest
  • "Un régal d’humour, de suspense et de rebondissements, entre ex-taulards, flics pourris et grands méchants, bien noir comme on les aime. Le livre va à cent à l’heure et on retrouve le plume acérée de Sam Millar, servie par une très bonne traduction de Patrick Raynal."
    Alice Monéger
    Alibi
  • "On passe un très agréable moment avec cette lecture qui décoiffe. Décidément oui, ça fait du bien de lire du Sam Millar de temps en temps." Lire la chronique ici
    Blog Evadez-moi

PROLOGUE

 

Les dieux nous envient parce que nous sommes mortels, parce que chacun de nos instants peut être le dernier et que tout est beaucoup plus beau car nous sommes condamnés.

Homère, L’Iliade

 

C’est la nuit. Les dieux sommeillent et les démons complotent. Stephen Garland ouvrit les yeux dans la chambre de son logis dans le nord de Belfast. Quelque chose l’avait réveillé, mais il ne savait pas trop quoi. Se tournant sur le dos, il perça l’obscurité du regard, à la recherche de quelque présence qui y serait tapie. Des ombres s’assemblaient, comme des flaques de chair sans os.

– Stephen… ? Qu’est-ce qui ne va pas ?

La voix de sa femme était légèrement altérée par la fatigue et le rhum Havana Club.

– Oh… c’est rien, Grace. J’arrive pas à dormir. Je vais juste me prendre une clope.

– J’aimerais vraiment que tu ne fumes pas au lit. C’est dangereux.

– Pas plus que d’être flic, dit-il avec un petit rire.

– Ne sois pas sarcastique.

– Rendors-toi, mon amour. – Il l’embrassa tendrement sur la tête. – Je vais faire vite… et prudemment.

Un peu plus tard, son doux ronflement repartit, comme celui d’un chat asthmatique.

Il tendit le bras vers la table de nuit, pêcha son briquet Ronson et un paquet de Park Drive. Il sortit une clope du paquet et se l’expédia entre les lèvres. S’installa confortablement. Alluma le mini-enfer du briquet et donna vie au tabac.

Il laissa sortir la fumée de ses narines et soupira d’aise.

Ah… quel pied…

Sur le point d’éteindre la flamme, Stephen le vit debout, là, dans les ténèbres impies, le visage impassible, aussi éclaté que sur la toile de Bacon, Head of a Man, no 1.

– Qu’est-ce… Tu m’as flanqué une de ces trouilles… – La voix de Stephen se fit soudain murmure. – Qu’est-ce que tu fais avec mon arme de service, fils ?

Le gamin de onze ans se tenait dans l’obscurité, l’arme pointée droit sur le visage de Stephen. Elle avait l’air ridiculement grosse et vulgaire dans les deux poings à moitié serrés.

– Je t’en prie… fils, pose cette arme avant qu’un accident arrive… quelqu’un pourrait être blessé. Tu… tu ne veux pas mettre ta mère en colère, n’est-ce pas… ? Si elle te voit jouer avec ça…

Le petit pouce du gosse se mit à tirer maladroitement sur le chien en faisant un bruit de vieil os que l’on casse.

Stephen tressaillit, se tortillant comme un rat pris au piège.

L’œil concentré et déterminé, le gamin se mit à presser sur la détente.

– S’il te plaît, fils… Ne fais pas…

La balle effaça une bonne partie du visage de Stephen, le rejetant violemment contre la tête de lit. Le garçon fit feu une seconde fois, ce coup-ci chopant sa mère en plein philtrum juste au-dessus de la lèvre supérieure. Elle marmonna quelque chose d’incohérent avant de se tenir tranquille. Mortellement tranquille.

L’odeur de poudre brûlée commença à se répandre dans la pièce, chassant les restes du parfum coûteux dont sa mère s’était vaporisée avant le dîner dansant du club de la police.

À l’origine, il avait planifié de les tuer plus tôt dans l’après-midi, quand ils étaient nus, baisant et gueulant comme de sales bêtes en chaleur sur le couvre-lit. Il s’était faufilé sur la pointe des pieds jusqu’à la fente de la porte de la chambre et il l’avait vue en train de le sucer avidement.

Le spectacle l’avait fait bouillir de rage et de dégoût, mais il avait aussi fait naître une étrange sensation du côté de l’aine. Quelque chose d’interdit et de dangereux qui l’avait rendu perplexe, le cœur battant la chamade dans ses oreilles. Il s’était alors éloigné de la porte. Un esprit plus clair, une modification du planning lui donneraient une meilleure opportunité.

Cette nuit.

Cette nuit, il attendrait qu’ils rentrent dans le noir, gloussant sous l’effet de l’alcool et ronflant comme des scélérats victoriens cachant un secret sinistre.

Un secret vraiment sinistre, en fait.

Malheureusement pour eux, ce secret, il l’avait appris depuis très longtemps.

Depuis vraiment très longtemps, en fait.

À l’extérieur de la charmante maison individuelle, la nuit était comme une armée de vieillards sans âme et en haillons. Une sale pluie cognait contre les fenêtres, comme des ongles tambourinant dans un cercueil. Ou deux. C’était pour l’instant le seul bruit, à un moment où les frontières avaient été tordues et abandonnées, où la dynamique du pouvoir avait été passée au hachoir.

Longtemps, il se tint debout dans la chambre du carnage, se contentant d’écouter se mêler le roulement de tambour de la pluie et les battements de son cœur. Il fixait l’arme dans ses mains comme s’il la voyait pour la première fois, un masque de peur plaqué sur son jeune visage.

Au bout d’un moment, il s’avança vers le lit conjugal et examina avec étonnement et délice cette toute nouvelle création de destruction et de meurtre.

Un cramoisi choquant s’étendait rapidement sur le duvet blanc nuage. Au-dessus de lui, les plumes d’oie sanglantes de l’oreiller flottaient doucement. On aurait dit une boule neige de Noël, pleine de flocons et de poinsettias en fleurs, à moins que ce ne fussent des entrailles dépecées sur un billot de boucher préparant les fêtes.

Les impacts avaient été terribles, les visages n’étaient plus qu’une bouillie sanglante de chair et d’os. Ça ressemblait plus à du papier mâché qu’à de la chair. Un gâchis bien pire que ce qu’il avait imaginé, mais ça ne diminua en rien l’euphorie qui résonnait au fond de ses vertèbres.

Désireux de garder chaque détail en mémoire, il se pencha sur la scène et l’explora d’un œil avide. Le visage de Grace, ou du moins ce qu’il en restait, semblait paisible. En revanche, celui de Stephen affichait une grimace d’horreur gravée dans l’œil gauche, le droit ayant définitivement disparu.

Un bulle d’air sanglante sortait de sa narine gauche, et le gamin la regardait gonfler et dégonfler avec fascination, comme animée par le souffle d’un homme mort. Il aperçut même son propre visage capturé par un reflet de la bulle, distordu au-delà de l’humain.

En souriant, il tendit le bras et creva la bulle de la pointe du canon. Puis, il lâcha sa prise et le revolver dégringola sur le tapis en peluche avec un bruit mou. Soulagées du poids du métal, ses mains et son âme se sentirent soudain légères, débarrassées du fardeau de la culpabilité.

Bizarrement, la cigarette de Stephen restait plantée entre le v de la victoire de ses doigts et laissait encore échapper quelques volutes de fumée. Le garçon arracha la cigarette des doigts morts en prenant garde de ne pas la déchirer. Il étudia sa forme fine et pâle – tachée d’une éclaboussure de sang – comme un entomologiste étudierait une nouvelle espèce d’insecte.

Portant la clope à ses lèvres, il aspira un grand coup en écoutant le papier et le tabac grésiller et siffler. Il garda la fumée quelques secondes dans sa bouche avant de replacer la clope entre les doigts de Stephen.

Il avait eu tort : le sang n’avait pas le moins du monde altéré le goût du tabac.

Satisfait du cauchemar qu’il avait orchestré, il retourna dans sa chambre, s’allongea sur son lit, les bras étendus comme dans une crucifixion sans clous.

Il écouta son cœur. Il avait maintenant retrouvé un rythme normal. Un métronome de calme. Tout, dans le monde, était à nouveau en ordre. Comme cela devait l’être au commencement. Avant que les ténèbres ne viennent étouffer la lumière en lui.

De sous son oreiller, il sortit l’illustré qu’il avait abandonné pour une heure, alors qu’il élaborait son plan de vie. De mort, plutôt.

Il sourit de son propre jeu de mots, puis se retourna pour relire Fantastic Fabulous Fables no 1, le numéro spécial introduisant pour la première fois Dark Avenger et son coursier ailé, Mercure.

Il caressa tendrement l’illustré. C’était devenu une icône sacrée, un talisman qui tenait à distance les démons pendant les heures les plus impies de ses nuits diaboliques.

– Je t’avais dit que je le ferai, hein ? murmura-t-il avec déférence, la voix pleine d’admiration. Dark Avenger lui sourit depuis une page tachée.

Le Diable avait beau être à l’œuvre cette nuit dans cette maison de l’Enfer, le gamin souriait comme un Séraphin céleste touché par la main d’un dieu scélérat. Il n’avait pas seulement le sourire d’un ange, il en avait l’apparence :

Lucifer.

 

1

“Ne tentez jamais votre chance sur la chance. Ça vous baisera à la première occasion.”

Karl Kane

 

Halloween. Des lumières dansaient dans l’hôtel de ville de Belfast, comme les chandelles des grandes espérances de Miss Havisham[1] se liquéfiant sur son gâteau de noce pourrissant.

La pluie, lourde et oppressante, qui avait commencé tôt le matin comme une vengeance, continuait à dégringoler dur et à cascader sur le toit majestueux de l’impressionnant bâtiment et sa pelouse saturée d’eau. Les gens attifés d’invraisemblables déguisements inondaient les rues en même temps que la pluie.

Juste en face de l’hôtel de ville, un inénarrable tas de rouille était garé en sandwich entre deux gros camions et quatre bennes archi bourrées de saloperies diverses.

Trois compères, sommairement déguisés en loup – Charlie Madden, Jim McCabe et Brian Ross –, attendaient patiemment dans le tas de rouille ce qu’ils espéraient être le plus gros jour de paye de leurs vies : net d’impôts. Des sacs de fric.

– Il s’arrête jamais de pisser dans cette bon Dieu de ville, et ces enfoirés de bâtards de Stormont[2] ont le culot de vouloir nous taxer sur la flotte !

Charlie, le plus vieux de la bande, grommelait tout en lançant des coups d’œil au ciel pourri par la fenêtre arrière du fourgon. Un Colt Anaconda .44 Magnum était posé sur ses genoux, comme un serpent de compagnie roupillant paisiblement.

– Ils finiraient par taxer les pets si on les laissait faire. Putain de politiciens et putain de pluie, je les hais tous les deux.

– Arrête de râler contre la pluie. C’est un temps parfait, s’enthousiasma Brian, le plus jeune des trois. Un Beretta Px4 Storm semi-automatique était accroché à sa hanche droite. Il le caressait tendrement, comme si c’était une extension de lui-même. – La pluie est une bonne copine par une nuit pareille. Surtout quand on a un Storm[3] à ses côtés.

Le chef de cette fine équipe, Jim McCabe, alluma un nouveau cigare – son troisième en une heure. Il jeta un coup d’œil à sa montre, tira sur son cigare, avant de s’envoyer deux pilules antidouleurs, du genre costaud, qu’il avala à sec.

Il fallait qu’il fasse gaffe à ne pas en prendre trop – ça pouvait causer une somnolence et c’était bien la dernière chose dont il avait besoin cette nuit –, mais cette impitoyable saloperie de rage de dents ne voulait pas le lâcher. Il aurait juste fallu qu’il trouve le courage d’aller chez le dentiste. Il frissonna à cette idée. Il aimait mieux braquer une banque tous les jours de la semaine plutôt que d’avoir affaire à l’un de ces sadiques de la roulette.

– Il faut vraiment que tu fumes autant de ces machins puants dans le fourgon ? grommela Charlie en agitant la main pour chasser la fumée. Je peux à peine respirer.

Jim l’ignora et continua à se masser le côté de la bouche sans cesser de tirer sur son cigare.

– Sois pas si nerveux, Charlie, sourit Brian. C’est bientôt fini.

– Nerveux, moi ? s’offusqua Charlie. Je braquais déjà des banques quand tu pissais encore dans tes langes.

– C’est vraiment le putain de truc le plus putainement philosophique que t’aies jamais dit, monsieur le Maître Braqueur.

– Et tu as fait quoi, toi ? Six mois de prison pour vol d’illustrés. T’es vraiment pas le truand du siècle.

– Si on considère que les illustrés rares en question valaient plus de quatre-vingt-dix mille livres et que j’étais dehors après six semaines pour bonne conduite, je pense que c’était un très bon coup. En comparaison, ton dernier, il t’a rapporté combien ?

– Laisse tomber, se hérissa Charlie. À sa voix, on sentait qu’il avait les boules.

– Ah oui, c’est vrai, une impressionnante somme de huit cents livres, et trois ans de prison pour la peine.

– Putain de cigares, fit Charlie en s’éventant à nouveau de la main.

– Pense un peu à Jim, merde, coupa Brian. Tu vois pas qu’il souffre d’une dent pourrie de la taille d’un berlingot ?

– Je n’ai aucune pitié pour lui. Il devrait faire comme moi et s’occuper de ses dents, dit Charlie en exhibant une rangée de dents jaunes.

– Tu sais bien qu’il est terrifié par le dentiste, pauvre petite chose. Pas vrai, Jim ?

Ignorant les sarcasmes, Jim continuait à masser la partie douloureuse.

– Tu connais le film favori de Jim, Charlie ? C’est Marathon Man.

– Et c’est reparti, soupira Charlie. Encore des films sanglants, pour changer un peu.

– Tu te souviens de l’affreux Docteur Szell, ce sadique brillamment interprété par Laurence Olivier, qui torture Dustin Hoffman avec une roulette ? “Je ne vais pas aller dans cette carie. Le nerf est déjà mourant. Un nerf fraîchement coupé est infiniment plus sensible. Je vais donc percer une dent saine jusqu’à ce que j’atteigne la pulpe.”

Charlie frissonna et hocha la tête.

– Bon Dieu, j’ai horreur de mater cette scène. Je suis obligé de baisser le son et de regarder ailleurs.

– Zzzzzzzzzhhssshssssss, fit Brian en imitant le bruit de la roulette.

– Tire-lui une balle dans le crâne, ordonna froidement Jim. Je ne suis vraiment pas d’humeur.

– C’est l’heure, Jim ? demanda Charlie en regardant une énième fois par la fenêtre. Cette attente commence à me faire fondre les neurones. On étouffe dans ce putain de costume.

– On étouffe tous. Le timing doit être parfait. Encore une quinzaine de minutes et ce sera bon.

– Et si on se faisait un petit quiz cinoche, Charlie, avant d’aller s’adonner au trick-or-treats[4] ? dit Brian. Ça tuera au moins un peu de temps.

– Ok. Vas-y, balance.

– Le nom des sept mercenaires ?

– Ha ! Fastoche. Steve McQueen et Charles Bronson. Ensuite James Coburn, Yul Brynner et Robert Vaughn. Et le plus difficile à trouver, c’est Brad Dexter dans le rôle de Harry Luck, fit Charlie avec un sourire triomphant.

– On les appellerait les six mercenaires.

– Quoi ?

– T’en as nommé que six. Tu as oublié le vraiment difficile, celui que personne ne trouve jamais.

– Mes couilles. J’ai cité les sept. – Charlie ôta ses gants de loup et commença à compter sur ses doigts. – Oh… le petit Mexicain. Je l’avais oublié. Merde, c’est quoi son nom ?

– Langue au chat ?

Charlie réfléchit un bon moment avant d’abandonner.

– Oui, sinon je vais me casser la cervelle à essayer de trouver.

– Horst Buchholz dans le rôle de Chico, et pour ta gouverne, il était allemand. Il n’y a que dans ce film qu’il a joué un Mexicain.

– Ne dis pas de conneries. Comment pourrait-il être allemand ? Tu n’as qu’à regarder sa peau pour voir qu’il était mexicain.

– Ça, Charlie, c’est une remarque quasi raciste, rigola Brian.

– Je ne suis pas un putain de raciste. Je dis juste que ce type était mexicain et qu’il devait en être fier. Le Mexique a une grande histoire. J’ai lu quelque chose sur le révolutionnaire José Doroteo Arango Arámbula.

– C’est qui, ce mec ? Jamais entendu parler.

– Connu aussi sous le nom de Pancho Villa.

– Marlon Brando, tu veux dire. Un grand film.

– Brando n’a pas joué Villa. Il a joué Zapata, espèce de crétin.

– De toute façon, tu as tort. Horst Buchholz était allemand.

– Et moi je te dis qu’il était mexicain, et…

– Remets tes gants, Charlie, fit Jim d’un ton qui n’admettait pas de contestation.

– Quoi ? Oh, désolé, mon pote, j’y pensais plus.

Brian sourit malicieusement devant la figure contrite de Charlie.

– Il est temps d’y aller. Vérifiez vos armes. – Et il chargea avec toute l’expertise d’un vétéran un fusil à canon scié à l’aspect meurtrier. – Souvenez-vous, nous n’avons que cinq minutes, six max, pour entrer et sortir. Pile-poil. Quand je dirai qu’il faut plier les gaules, on plie les gaules. Pas de si ni de mais. Ne soyez pas trop gourmands.

[1] Miss Havisham est un personnage central dans le roman de Charles Dickens Les Grandes Espérances. (Toutes les notes sont du traducteur.)

[2] Le palais de Stormont accueille le siège de l’Assemblée nord-irlandaise ainsi que le cabinet gouvernemental nord-irlandais.

[3] Storm signifie “tempête”.

 

[4] En français : un bonbon ou un sort. Phrase rituelle des enfants pendant la nuit d’Halloween.

 

Né à Belfast en 1958, Sam MILLAR a fait de la prison en Irlande du Nord comme activiste politique au sein de l’IRA et aux États-Unis comme droit-commun après y avoir perpétré l’un des hold-ups les plus spectaculaires de l’histoire du pays, le fameux casse de la Brinks de Rochester. Après sa condamnation, il est rentré à Belfast pour écrire. Son expérience est décrite dans On the Brinks. Il a reçu de nombreux prix littéraires et ses livres ont été traduits dans plusieurs langues.

Bibliographie