Ce qui frappe d'emblée dans le roman de Jorge Franco, c'est la rigueur de la construction, édifiée autour d'une ouverture tragique. Dans une chambre infâme, à New York, résonne un cri, celui des couples sur le point de se dissoudre : " Ne sors pas! ". De cette crise initiale, de cette crête, on peut observer les deux versants de l'aventure, les deux actes de la tragédie, que Franco racontera en alternance.
C'est le parcours de deux jeunes gens de Medellin qui décident de tenter leur chance, sans papiers, à " Nueva York ", et c'est aussi ce qui se passe après leur séparation accidentelle, au soir de leur arrivée à mauvais port : réadaptation douloureuse à un monde étranger, la quête cruelle pour retrouver l'autre. Cette structure périlleuse dans laquelle le lecteur pourrait se perdre, Franco la maîtrise avec assurance. Il en tire tout le parti possible et nous intéresse presque simultanément aux espoirs d'une jeunesse frustrée que fascine la métropole du Nord, aux souffrances du parcours clandestin qui y mène, aux déceptions cruelles devant une réalité qu'on ne soupçonnait pas, et finalement à la renaissance d'un espoir timide et fragile : celui de s'adapter un jour[...]
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