Publication : 20/02/2020
Pages : 336
Grand Format
ISBN : 979-10-226-1011-7
Couverture HD
Numerique
EAN : 9791022610124

El Niño de Hollywood

Juan José MARTÍNEZ • Oscar MARTÍNEZ •

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22 €
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12.99 €
Titre original : El niño de Hollywood
Langue originale : Espagnol (Salvador)
Traduit par : René Solis

Quelle est la relation entre le gouvernement de Ronald Reagan et un membre d’un gang en Amérique centrale qui a assassiné plus de 50 personnes ? Comment un groupe d’immigrés à Los Angeles – fans absolus de heavy metal – est devenu l’embryon du gang le plus dangereux de monde ?

Entre thriller, récit documentaire et enquête historique, les frères Óscar et Juan José Martínez racontent la vie de Miguel Ángel Tobar, dit El Niño de Hollywood, un tueur sanguinaire appartenant au seul gang faisant partie de la liste noire du département du Trésor des États-Unis, la Mara Salvatrucha 13. Cette histoire brutale permet surtout aux auteurs de livrer les dynamiques sous-jacentes du phénomène des gangs aux États-Unis et en Amérique centrale, et de montrer comment des processus globaux construisent une infinité d’histoires microscopiques qui ont, elles, des conséquences bien réelles.

À travers des scènes d’une réalité féroce, nourries par des centaines d’heures d’interviews et de terrain, les frères Martínez sont à la hauteur de la terrible réponse qu’ils ont donnée au Niño de Hollywood lorsque celui-ci leur a demandé pourquoi ils s’intéressaient à lui : « Parce que, malheureusement, nous croyons que ton histoire est plus importante que ta vie… »

  • "C’est un récit très documenté et fort en émotions" Lire la chronique ici
    Blog Fairy Stelphique
  • "Passionnant, déroutant, riche dans sa langue comme dans sa construction, El Niño de Hollywood a toutes les qualités d’un bon roman. Mais ce n’en est pas un. Tout y est vrai, et du coup d’autant plus terrifiant."
    Mireille Descombes
    Le Temps
  • "Un ouvrage intéressant, construit à partir d'une centaine d'heures d'interviews et de terrain qui lui donne une dimension particulièrement réaliste mais aussi très littéraire car particulièrement bien écrit." Lire la chronique ici
    Site Froggy's Delight
  • Voir la chronique en vidéo ici
    Michel Dufranne
    RTBF
  • "El nino de Hollywood est un remarquable document sur le MS13." Lire la chronique ici
    Blog Nyctalopes
  • "Un document marquant à mettre en parallèle avec le terrible 492 de Klester Cavalcanti." Lire la chronique ici
    Blog America Nostra / Nos Amériques
  • "Un document terrifiant sur le Salvador."
    Mémoire des arts
  • "À travers le témoignage glaçant d'un tueur à gages, un sicario repenti surnommé "El Niño de Hollywood", les deux auteurs nous plongent dans l'histoire du gang le plus dangereux du monde." Lire l'article ici
    Rolling Stone
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    Pierre Boisson
    Society
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    Emilien Bernard
    Le Canard Enchaîné
  • "Témoignage exceptionnel sur l’univers complexe et protéiforme des gangs" Lire l'article ici
    Emmanuel Romer
    La Croix

 

Prologue des auteurs

L’idée centrale de ce livre est liée à la question du traitement des déchets. Concrètement, au traitement de ces rebuts que la grosse machinerie actionnée par les États-Unis de l’Amérique du Nord éjecte à intervalles réguliers hors de ses frontières. Des déchets balancés au Salvador, un pays qui est une machine à broyer. Ces rebuts humains ont pourtant une vie et encore plus après leur expulsion. Avec le temps, les fruits de ces déchets reviennent affecter, de façon variée, les engrenages de cette machine qui les a expulsés en les hachant. Ce livre parle de la façon dont les deux pays traitent ces déchets.

L’histoire de Miguel Ángel Tobar est l’exemple parfait de la manière dont des processus globaux construisent une infinité d’histoires microscopiques. Miguel Ángel a été un sicario, un tueur à gages, un assassin sans pitié de la Mara Salvatrucha 13. C’est un homme que ses plus de cinquante crimes auraient pu rendre tristement célèbre aux États-Unis, lui faisant rejoindre le club des serial killers, sur lesquels on fait des séries télé. Mais sa vie et ses crimes se sont déroulés loin des endroits où ces choses ont de l’importance, ils ont eu pour cadre la chaleur humide de la région occidentale du Salvador. Il n’a jamais appris de mots en anglais et n’est jamais allé à Los Angeles, où sont nés les gangs, et il n’a jamais su non plus prononcer correctement le nom de sa clique, Hollywood, qu’il appelait “Oliwou”. Et pourtant, ce qui est arrivé dans le pays du nord a marqué sa vie, et bien sûr toutes les vies qu’il a ôtées. Cela a marqué sa vie, et conduit à des dizaines de morts.

Nous avons rencontré Miguel Ángel presque par hasard, sans l’avoir prévu, durant une enquête pour le journal elfaro.net sur des chefs de gang et leurs cliques, sur comment un chef pouvait faire basculer un petit groupe dans le crime organisé. L’enquêteur de police singulier avec qui nous étions en contact, Gil Pineda, a prononcé devant un subalterne la phrase qui allait changer nos vies pour les années à venir : “Caporal, amenez El Niño.” Un jeune homme mince, aux yeux bridés, vêtu d’un tee-shirt large et d’un bonnet rasta, est apparu à la porte du petit poste de police. Ce n’était pas l’image du membre des maras telle que les médias la véhiculent : un type au crâne rasé, tatoué des pieds à la tête. Après nous être rapidement serré la main, nous avons traversé la rue et nous nous sommes assis avec lui dans son solar, la petite cour à l’arrière de sa maisonnette, sur de mauvaises chaises en plastique. Nous avons parlé pendant des heures. Il nous a raconté sa vie, depuis ses plus lointains souvenirs. Depuis qu’il était un enfant effrayé qui essayait de tuer des adultes. Nous avons rencontré Lorena, sa femme ; et Marbelly, sa petite fille mal nourrie. À partir de ce jour, nous avons continué à lui rendre visite. Nous nous plongions dans ses récits et nous les confrontions avec d’autres sources, comme les rapports de police et les archives des journaux, avec les témoignages d’autres membres de gangs ou ex-membres de gangs, de policiers, de juges, de procureurs, de victimes, de membres des familles, de médecins légistes. Nous avons continué à le voir quand il a renoncé à la faible protection que lui fournissait l’État salvadorien en sa qualité de témoin protégé, et qu’il est allé vivre au milieu de champs de canne à sucre en friche, de chasse et de cueillette, comme les hommes préhistoriques. Nous l’avons vu désespéré, de plus en plus maigre, jusqu’à avoir la peau sur les os, alors qu’il était encore un témoin protégé, se demandant s’il allait devoir voler et tuer de nouveau pour nourrir sa famille.

Avec le temps, nous avons compris que la vie de Miguel Ángel dépassait largement l’histoire brutale d’un pandillero, un membre de gang. Pour raconter le sicario, il ne suffisait pas de dire comment il avait tiré ni où il était né. Au fil des mois et des années nous avons pu nous rendre compte que la vie de cet homme était conditionnée par des processus globaux, par des histoires à l’échelle mondiale dont il ignorait tout. Nous avons découvert que le pouvoir de décision, ce qu’on peut appeler la possibilité d’agir, a toujours été limité, toujours étroitement lié à des mécanismes lointains conçus par de hauts fonctionnaires aux États-Unis et au Salvador durant tout le xxe siècle.

De façon générale, la vie de Miguel Ángel a toujours été limitée, toujours entravée, même s’il n’en savait rien. Il était l’héritier d’une longue suite de processus sanglants qui l’avaient au final construit. C’est pourquoi certains chapitres de ce livre commencent des années avant sa naissance ou à des milliers de kilomètres au nord de l’endroit où il est venu au monde. L’ignorance absolue de ces processus a fait de lui un homme naïf, et même superstitieux. Miguel Ángel est aussi le résultat de canevas pourris, mal intentionnés. C’est une loque qui a été ramassée par une organisation criminelle formée d’autres loques.

Miguel Ángel agissait sans savoir toutes ces choses. Mais les personnes sont des tableaux complexes, avec des tons et des nuances. Par moments, Miguel Ángel était un homme réfléchi qui semblait avoir vécu plus d’une vie. Il avait des idées intéressantes et des opinions sur sa condition et sur ce qui l’avait entraîné jusqu’à certains tournants de sa vie. Mais, par-dessus tout, avec toute sa violence et ses stratégies de survie, c’était un homme sincère. Même s’il aurait pu le faire, Miguel Ángel ne nous a jamais menti. En tout cas, nous n’avons jamais découvert qu’il l’avait fait. Nous avons vérifié encore et encore ses récits, en les confrontant à d’autres sources, et ils correspondaient toujours. Même quand ce qu’il disait semblait impossible, nous avons trouvé un document ou un témoignage direct qui venait confirmer la parole de l’assassin. Nous nous demandons encore aujourd’hui le pourquoi. Miguel Ángel ne nous a jamais demandé ni argent ni vivres. Jamais une seule faveur. Il se contentait de parler. Durant nos presque trois ans de relation, il a répondu à chacune des questions que nous lui avons posées. Un jour, il a fait 2 kilomètres à pied en territoire ennemi, armé d’une machette et d’un mauvais fusil de chasse, rien que pour venir nous parler. Il nous a raconté son passé avec une telle ferveur, une telle passion. Il parlait aussi de ses espoirs, de ses cauchemars, de ses stratégies, de ses délires, et de la vision du monde complexe que pouvait avoir un pandillero de la campagne. À force de patience et au bout de plusieurs années, nous avons pu comprendre et c’est pour cela que nous osons aujourd’hui expliquer. Et pour expliquer, nous avons choisi de montrer plus que de dire. Ceci est un livre écrit selon les codes du journalisme narratif. Nous prétendons ouvrir des fenêtres où se pencher. Sachant que ce qui se trouve de l’autre côté n’a rien d’agréable.

Il aurait été simple et très efficace de scruter la vie de cet homme avec des jumelles, de loin. Et ce que l’on y aurait vu aurait été spectaculaire : des homicides sanglants, des rituels obscurs, des coups de machette, des balles et des blessures. Mais le pays le plus meurtrier du monde est déjà rempli de tout ça. Nous avons donc opté pour une vision à la loupe, décidé de suivre son sillage, ses traces, ses signaux, sa violence aussi. Parce que les explications – pas les justifications – manquent sérieusement sous nos latitudes.

L’idée d’unir nos efforts en tant qu’auteurs ne vise pas seulement à rassembler nos connaissances à propos d’une série de phénomènes et de processus socioculturels qui nous ont occupés tous les deux ces dix dernières années. L’idée est aussi de réunir nos méthodes de travail, l’ethnographie et le reportage, et de réunir deux façons d’appréhender la réalité. Nous avons tous les deux été, à partir de positions intellectuelles différentes, engagés dans la tâche de déchiffrer les racines de cette violence qui nous a rendus célèbres en termes de statistiques sordides. Nous avons tous les deux étudié la Mara Salvatrucha 13. Nous avons parlé avec des dizaines de ses membres, et avec des poursuivants, des ennemis, des victimes ; nous avons vécu plus d’un an avec eux, avons passé de longues heures avec eux dans les terribles prisons du Guatemala, du Salvador, du Honduras, du Mexique et des États-Unis, et nous avons accompagné ceux qui fuient son sadisme à travers tout le Mexique et plusieurs villes des États-Unis. Chacun de son côté, jusqu’au jour où nous avons rencontré Miguel Ángel ensemble, dans ce village de El Refugio. Et, depuis lors, nous sommes retournés des dizaines de fois sur ses terres, dans les endroits où il a tué et où il est mort.

Au bout du compte, ce livre ne parle pas seulement de la vie d’un sicario du plus gros gang du monde, le seul figurant sur la liste du département du Trésor des États-Unis, celui qui revient régulièrement dans les discours incendiaires de Donald Trump, celui qui est présent sur la totalité du territoire du Salvador. Au fond, ce livre est notre façon de comprendre et d’expliquer l’arrière-cour des États-Unis. “Shithole”, a dit Trump en parlant comme de quelque chose de lointain de ce que des gouvernants tels que lui ont contribué à construire, à détruire.

Cette histoire parle de choses importantes. Elle raconte quelque chose de monstrueux, de transnational. Ce livre traite d’une histoire de violence durable, toujours vivante, qui palpite et qui enfle, qui recrute, qui migre. Cette histoire est une énormité incomprise, racontée à partir de la vie d’un moins-que-rien, d’un oublié, d’un semblable à beaucoup d’autres. Le microscopique pour comprendre la globalité.

Nous avons pris le déchet du déchet pour tenter d’en faire la clé permettant de comprendre l’histoire. Nous faisons honneur à l’atroce phrase que nous avons un jour dite à Miguel Ángel, à qui nous avions promis l’honnêteté.

– Mais pourquoi vous voulez raconter mon histoire ? avait-il demandé dans l’endroit poussiéreux où il était né, plusieurs années après notre rencontre.

– Parce que, malheureusement, nous croyons que ton histoire est plus importante que ta vie, lui avions-nous répondu, gênés.

Nous espérons honorer cette promesse jamais énoncée.

 

Frères Martínez d’Aubuisson
28 février 2018

I

 

1

La fin

Même mort, Miguel Ángel Tobar ne connaîtra pas la paix.

Sept hommes essayent de le mettre en terre ce dimanche 23 novembre 2014. Il est midi au cimetière d’Atiquizaya, dans la région occidentale du Salvador, petit pays d’Amérique centrale. Le soleil tape directement sur les crânes, et que l’on bouge ou pas, on transpire.

La mère de Miguel Ángel Tobar, une toute petite vieille aux cheveux gris, est restée tranquille pendant que le beau-père et les frères du mort creusaient la tombe. Mais à présent que son fils descend dans le cercueil de planches fines, la petite vieille se jette au sol, crie, demande pourquoi, pourquoi aussi jeune. Pourquoi ça recommence. Pourquoi un autre fils. Pourquoi un autre meurtre.

Le cercueil, offert par la mairie, n’a pas de vitre. C’est souvent le cas, par respect pour les familles qui ne veulent pas garder le souvenir d’un corps défiguré. S’agissant de Miguel Ángel Tobar, ce n’est pas le cas. Ses assassins n’étaient pas aussi habiles que lui au pistolet et ils ont dû vider leurs chargeurs pour l’atteindre, à six reprises, pendant qu’il s’enfuyait. Les trois balles qui lui ont perforé le crâne l’ont fait dans des endroits discrets, comme derrière l’oreille. Les balles ont été aimables à son égard.

On pourrait dire que l’enterrement de Miguel Ángel Tobar tient tout entier dans ces cinq minutes.

Les autres heures ont servi à creuser, à examiner le trou, et à creuser encore. Les autres heures n’ont pas été des heures solennelles. Comme si les membres d’une même famille s’étaient retrouvés pour creuser un puits. Les hommes, dégoulinants de sueur, discutaient de sa profondeur et de sa largeur, comme des ouvriers qui monteraient les murs d’une maison. Les femmes, avec des murmures, calmaient les pleurs des enfants et regardaient leurs hommes creuser.

Mais une fois les cordes passées autour du cercueil, quand ils se sont mis à sept pour commencer à le descendre, la scène anodine s’est brusquement transformée en cela : l’enterrement de quelqu’un qu’ils avaient aimé.

La mère crie durant ces cinq minutes. Elle manque de s’évanouir. La femme de Miguel Ángel Tobar, une gamine de 18 ans déjà marquée par la vie, s’autorise une larme. Les femmes couvrent de leurs voix les pleurs de leurs enfants et entonnent à pleins poumons des cantiques évangéliques. Elles chantent très fort des paroles qui parlent de refuge céleste et aussi d’un fleuve infernal. Trempés, les hommes ne pleurent pas parce que ce n’est pas l’usage, mais gardent les yeux fixés au sol.

À cinq tombes de là, quatre membres de gang, des pandilleros, surveillent en jouant aux dés.

Le cimetière est contrôlé par la Mara Salvatrucha 13 et ce n’est pas un secret. Le fossoyeur, qui le sait, observe les autres enterrer Miguel Ángel Tobar. Le gardien municipal du cimetière, qui le sait aussi, à la question “C’est qui, eux ?” répond naturellement : “Ceux qui contrôlent ici.”

L’enterrement d’un pandillero, peu importe sa pandilla, son gang, est normalement un espace de trêve, dont on ne trouve mention dans aucun manuel. Ceux qui ont voulu le tuer laissent le mort en paix. Mais aujourd’hui cette règle fragile a été oubliée.

Deux autres pandilleros sortent des toutes petites maisons qui bordent un des côtés du cimetière et viennent rejoindre les quatre autres qui lançaient les dés sur la tombe. Ils arrêtent de jouer et se lèvent pour regarder. Un autre surgit et passe à quelques mètres du groupe endeuillé. C’est un garçon pâle et maigre qui semble avoir revêtu sa tenue de pandillero de gala : un petit melon noir et rond à la Charlot ; un grand tee-shirt blanc rentré dans un large pantalon noir en toile, serré à la taille par une cordelette ; des tennis blanches, d’une marque apocryphe, qui prétendent être des Nike Domba. Le garçon maigre crache au pied du cercle de gens et cherche du regard quelqu’un à défier. Personne ne lève les yeux.

Un pandillero se place de l’autre côté du groupe en train d’enterrer Miguel Ángel Tobar. Il a surgi d’un fossé et reste là, au bord. L’enterrement est cerné. D’un côté les petites maisons ; de l’autre, ceux qui sont sur la tombe ; là, le maigre ; là-bas, le fossé.

Les proches de Miguel Ángel Tobar savent qu’ils sont encerclés. Le beau-père, les yeux dans le vague, murmure : “Ça peut chauffer.” Les dernières pelletées retombent. Il n’y a pas le temps d’aplanir le monticule. La tombe de Miguel Ángel Tobar est un ventre de terre. Sans mausolée ni croix ni épitaphe.

Un homme coupe avec sa machette une branche d’izote, la fleur nationale du Salvador, et la plante sur le monticule.

Une petite procession de pauvres se dépêche de quitter le cimetière. À leur passage, d’autres pandilleros sortent des petites maisons et leur intiment de s’arrêter. Ils pressent le pas. Tout le monde sort. Se disperse.

Miguel Ángel Tobar, le tueur de la clique des Hollywood Locos Salvatrucha, de la Mara Salvatrucha, le pandillero qui a trahi son gang, a eu des adieux conformes à sa vie.

Dans un pays pareil, il n’y a pas de paix possible pour un homme tel que Miguel Ángel Tobar, El Niño de Hollywood.

 

 

Miguel Ángel Tobar a été membre de la Mara Salvatrucha 13.

Un membre sanguinaire de ce qui est aujourd’hui le gang le plus nombreux et le plus redouté du monde, le seul gang que le département du Trésor des États-Unis a inscrit sur sa liste noire, à côté des Zetas mexicains ou des yakuzas japonais. C’est le gang qui deux ans de suite – 2015 et 2016 – a condamné le Salvador à être le pays le plus meurtrier du monde. Pour se faire une idée, si en 2015 le Mexique des cartels, d’El Chapo Guzmán et des Zetas, a été horrifié d’atteindre un taux de 18 homicides pour 100 000 habitants, le Salvador a, lui, connu un taux de 103 pour 100 000 habitants. Ne parlons même pas des États-Unis. Leur taux tourne autour de 5. D’après les Nations unies, quand on dépasse 10 homicides pour 100 000 habitants, on peut parler d’épidémie.

L’épidémie de mort se déchaîne dans ce petit pays d’Amérique centrale.

On peut supposer que Miguel Ángel Tobar aurait été de toute façon un assassin sans pitié ; qu’il aurait de toute façon fini enterré sans pierre tombale au milieu d’hommes qui ne pleurent pas et de femmes qui s’évanouissent dans un cimetière poussiéreux de la région occidentale du Salvador. On peut supposer que tout serait arrivé quand même si Miguel Ángel Tobar n’avait pas rencontré la Mara Salvatrucha 13 (ms-13). Mais ce n’était pas le cas.

Ils étaient faits l’un pour l’autre. Ils se ressemblaient tellement…

Avant d’être El Niño de Hollywood, Miguel Ángel Tobar était un enfant perdu, à demi orphelin, à la fin d’une guerre qui avait tout dévasté. À la fin du grand massacre qui avait duré plus de douze ans, alors que les restes des morts étaient encore tout fumants, des centaines d’hommes expulsés des États-Unis sont arrivés avec un projet.

Les expulsés, les premiers apôtres de La Bête – ainsi qu’El Niño de Hollywood appelait son gang –, ont proposé à Miguel Ángel Tobar, et à des centaines de milliers comme lui, un nouveau destin. Une nouvelle guerre. Une nouvelle cause. La guerre contre les “gonzesses”, les “dix merdes”, les “dix-huit de mon cul”. Un ennemi-miroir qui les reflétait et les agressait : les pandilleros de Barrio 18. Miguel Ángel Tobar est entré de plain-pied dans une famille qui a remplacé le groupe dysfonctionnel au sein duquel il était né. Cette nouvelle famille aux membres rudes lui a offert une raison de rester en vie. Cette raison était la mort elle-même. La guerre.

Mais cette guerre entre des gamins-miroirs a commencé bien avant la naissance de Miguel Ángel Tobar, à des milliers de kilomètres du cimetière poussiéreux et oublié d’Atiquizaya.