Publication : 10/03/2016
ISBN : 979-10-226-0453-6
Prix : 20 €

Lagos Lady

Leye ADENLE

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Titre original : Esay Motion tourist
Langue originale : Anglais (Nigéria)
Traduit par : David Fauquemberg

Mauvaise idée de sortir seul quand on est blanc et qu’on ne connaît rien ni personne à Lagos ; Guy Collins l’apprend à ses dépens, juste devant le Ronnie’s, où il découvre avec la foule effarée le corps d’une prostituée aux seins coupés. En bon journaliste, il aime les scoops, mais celui-là risque bien de lui coûter cher : la police l’embarque et le boucle dans une cellule surpeuplée, en attendant de statuer sur son sort.

Le sort, c’est Amaka, une splendide Nigériane, ange gardien des filles de la rue, qui, le prenant pour un reporter de la bbc, lui sauve la mise, à condition qu’il enquête sur cette vague d’assassinats. Entraîné dans une sombre histoire de juju, la sorcellerie du cru, notre journaliste à la manque se demande ce qu’il est venu faire dans cette galère, tandis qu’Amaka mène la danse en épatante femme d’action au milieu des notables pervers.

Hôtels chics, bars de seconde zone, jungle, bordels, embouteillages et planques en tout genre, Lagos bouillonne nuit et jour dans la frénésie highlife ; les riches font tinter des coupes de champagne sur Victoria Island pendant que les pauvres s’entretuent à l’arme lourde dans les bas quartiers.

Un polar survolté et drôle qui plonge au cœur de la ville africaine à la vitesse d’un tir de kalachnikov. Le Nigéria n’a jamais été aussi près de Tarantino.

  • "Notre découverte coup de coeur de Quais du polar !!! Une virée sombre et exaltante dans les rues ô combien périlleuses de Lagos...Palpitant !"

  • "Lagos, Nigeria, plus grande ville du continent africain, une des villes les plus peuplées de la planète.

    Une ville qui s'est d'abord développée autour d'une lagune abritée de l'Océan atlantique, avant d'envahir les terres.

    Plusieurs ponts relient le continent aux deux îles d'Ikoy et de Victoria où se concentre la partie la plus riche de la population.

    C'est dans cette ville tentaculaire dont 90% est déconseillée aux blancs qu’atterrit Guy Collins.

    Ce jeune anglais, journaliste pour une chaine d'actualité sur internet, vient couvrir les élections.

    Sorti seul boire un verre la nuit malgré les avertissements, il découvre avec une foule stupéfaite le corps d'une prostituée aux seins coupés.

    Embarqué par la police en tant que témoin, il est vite soupçonné d'avoir ébruité l'affaire quand l'information fait la Une sur CNN. 

    Bouclé le temps de tirer l'affaire au clair, il est sauvé par Amaka, magnifique et mystérieuse nigerianne, ange gardien des filles de la rue, qui lui sauve la mise à condition qu'il enquête sur cette vague d'assassinats.

     

    Né au Nigeria, Leye Adenle nous plonge au cœur d'une ville démentielle et chaotique ou le juju (la magie noire) et les tueurs rituels semblent posséder le pouvoir d'influer sur le résultat des élections et permettre d'attirer le gain.

    Mais l'affaire n'est peut être pas aussi simple qu'il n'y parait.

    Entre flics corrompus, notables pervers et petites frappes locales, les suspects ne manquent pas.

    Des bas-fonds aux plus beaux quartiers, Lagos devient le lieu de tous les dangers.

    D'une efficacité diabolique, ce roman noir au rythme survolté, nous entraîne dans une enquête fascinante et inoubliable.

     

    Bravo aux Éditions Métailié pour cette belle découverte, vivement la suite !"

    Sébastien Lavy
  • "Une plongée électrique dans les quartiers chauds de Lagos au Nigeria à travers un polar survitaminé ! C'est drôle, drôlement bien ficelé et pointe les lignes de faille du pays. L'écrivain nigérian met en scène un journaliste blanc un peu à côté de la plaque. Excellent !"

     

     
    Sarah Gastel
  • Lagos Lady  parmi les 10 idées cadeaux du « Monde Afrique » pour Noël
    Lire l'article ici

    Séverine Kodjo-Grandveaux
    Le Monde Afrique
  • "II faudra désormais compter avec Leye Adenle." Lire l'article ici 

    Claude Mesplède
    Options au cœur du social
  • "Leye Adenle conte, certes, mais aussi raconte, relate, décrit, sans fausse pudeur, sans modération, et son écriture est manifestement dénuée de tout souci de sa part de rester politiquement correct." Lire l'article ici

    Patryck Froissart
    La Cause littéraire
  • "Lagos Lady est le titre d'un roman sacrément addictif publié chez Métailié, et qui a reçu hier le prix "Marianne-Un aller-retour dans le Noir", premier du genre." Lire l'article ici

    Nicolas Rebière
    Sud-ouest dimanche
  • "Toute l’intelligence du romancier est de montrer que les lignes de fracture sont en même temps des liens profonds. L’économie informelle et délinquante n’est que l’ombre portée des réussites économiques de quelques-uns." Lire l'article ici 

    Florian Alix
    nonfiction.fr
  • "Visualisant d'abord les scènes avant de les écrire, Leye Adenle offrre un polar très cinématographique, dont les meilleures scènes sont dignes de Pulp Fiction." Lire le portrait ici et l'extrait ici

    Séverine Kodjo-Grandveaux
    Jeune Afrique
  • Ecouter la chronique ici

    Séverine Kodjo-Grandveaux et Yvan Amar
    RFI "La Danse des mots"
  • "Ce roman policier nous emporte dans un monde complètement dépaysant et manie à merveille violence et humour noir." Lire l'article ici

    Hélène Fischbach
    Réponse à tout
  • "Le scénario, très cinématographique, n'est pas sans rappeler Scorsese et Tarantino: violence crue, situations et dialogues à la fois trash et loufoques, sexe, drogues, armes à tous les étages." Lire l'article ici

    Fred Robert
    La Marseillaise supplément
  • "Une plongée dans l’enfer de Lagos, peuplé de personnages étonnants tout droit sortis d’un film de Tarantino." Lire l'article ici

    Norbert Spehner
    La Presse + (Montréal)
  • "A la fois flippant, dérangeant, et passionnant." Lire l'article ici

    François Perrin
    Le Vif L'Express
  • "Adenle propulse le lecteur à un rythme d'enfer avec des personnages impeccablement brossés." Lire l'article ici

    Valérie Marin la Meslée
    Le Point
  • "Un auteur à suivre." Lire l'article ici

    Corinne Moncel
    Afrique Asie
  • "Pour son pre­mier roman, Leye Adenle pro­pose une his­toire forte, dense, dure avec une intrigue solide et une gale­rie de per­son­nages remarquables." Lire l'article ici

    Serge Perraud
    Lelitteraire.com
  • "Une entrée plus que réussie dans le monde du polar." Lire l'article ici

    Marc Fernandez
    Metronews
  • " L'ultra-violence, la corruption des élites et de la police... mais à la sauce africaine, avec des fulgurances d'humanité et de plaisir, dans un monde plus proche de l'enfer que du paradis." Lire l'article ici

    Bernard Poirette
    VSD
  • Entretien réalisé au Festival du Goéland Masqué, à Penmarch. Lire l'entretien ici

    Catherine Dô-Duc
    Le Blog du Polar de Velda
  • "Rien ne manque : ni les prostituées kidnappées et mutilées (il faut bien que la sorcellerie ait quelque chose à se mettre sous la dent), ni les pervers pépères, ni les voyous calamiteux, genre Catch-Fire ou Knockout, ni les cocktails rupins sur Victoria Island… Lagos Lady se lit d’un trait.' Lire l'article ici

    Catherine Simon
    Diacritik
  • "Ce premier roman noir est le premier d'une trilogie qui baladera le lecteur dans le ventre bouillonnant de la plus grande ville africaine." Lire l'article ici

    Stéphane Guihéneuf
    Le Télégramme
  • "C'est un premier roman effrayant et survolté, écrit par un enfant de Lagos, Leye Adenle." Ecouter la chronique ici

    Bernard Poirette
    RTL "C'est à lire"
  • "Envoûtés par ce récit, sous l’emprise de Lagos, nous déambulons tel des zombies dans un univers noir." Lire l'article ici

    Lucas Javelle
    Paris Match.fr
  • "Voilà un premier roman qui a tout pour plaire." Lire l'article ici

    Jean-Marc Laherrère
    Blog Actu Du Noir
  • "Halluciné et hallucinant !" Lire l'article ici

    Blog Nyctalopes
  • "Charnel, violent, bourré de swing et d'humour, qui vous donne une furieuse envie de découvrir la ville de Fela. Bonté divine on n'a pas fini d'entendre parler de ce type." Lire l'article ici

    Yann Plougastel
    M Le Magazine du Monde
  • "Un polar survolté et drôle qui plonge au cœur de la ville africaine à la vitesse d'un tir de kalachnikov. Le Nigéria n'a jamais été aussi près de Tarantino." Lire l'article ici

    Chocolate
  • "De la même façon que le plaisir du lecteur s’accroit à mesure qu’il avance dans le récit, il semblerait que Leye Adenle ait pris également un plaisir croissant à l’écrire" Lire l'article ici

    Michel Olivès
    Site Pages vues
  • "Révélation de cette année 2016." Lire l'article ici

    Hubert Artus
    Lire
  • "Passant par toutes les strates d'une société nigériane détraquée, un polar à la fois pop et politique, hornfique et charnel dans la métropole la plus dingue d'Afrique." Lire l'article ici

    Marguerite Baux
    Grazia
  • "J'ai à cœur de donner une image fidèle du Nigeria. Les lecteurs qui connaissent le pays reconnaîtront sa violence. Mais les Nigérians ont aussi une capacité fascinante à se laver de la violence et à redonner leur beauté originelle à des choses corrompues." Lire l'entretien ici

    Entretien d'Elise Lépine
    Transfuge

Prologue

Florentine n’était pas son vrai nom, Florentina non plus, même si elle répondait aux deux. Elle était étudiante en deuxième année de communication de masse, à Unilag, l’université de Lagos. Et même s’ils ne finançaient ni ses études ni ses frais personnels, ses parents étaient déçus qu’elle n’ait pas obtenu d’assez bonnes notes à l’examen d’entrée pour suivre des études de médecine, de droit ou d’ingé­nieur.

Lors de sa première année de fac, n’ayant pas les moyens de vivre au foyer étudiant, elle s’était installée chez une tante éloignée, qui l’avait fait dormir par terre dans le salon à côté du chauffeur et de la domestique, lesquels entretenaient une liaison intime. La tante payait en outre ses frais de scolarité et lui donnait un peu d’argent pour prendre le bus jusqu’à l’université. Au cours de cette première année, Florentine avait perdu vingt kilos et séché la moitié des cours.

Puis elle rencontra une vieille amie à l’université et s’installa avec elle sur le campus, et la tante cessa de lui envoyer de l’argent.

En voyant les bijoux de luxe et autres téléphones dernier cri des étudiants d’Unilag, et les grosses voitures tokunbo qu’ils conduisaient, on avait peine à croire que la pauvreté existait au Nigeria. L’amie de Florentine, par exemple, avait acheté des cheveux brésiliens à une autre étudiante, qui se rendait régulièrement à Dubai pour se procurer des vêtements, des bijoux et des cheveux humains, afin de les revendre à ses condisciples. L’amie de Florentine avait payé ces cheveux deux cent cinquante nairas, mais au bout d’une semaine, elle se les fit enlever, car les autres filles arbo­raient à présent des cheveux péruviens, et elle tenait absolument à suivre la mode. Elle donna à Florentine les mèches indésirables et quand Florentine se les fit arranger, tout le monde tomba d’accord sur le fait qu’elle était plus belle encore que l’actuelle Miss Unilag.

Même si elle n’avait rien à redire sur la manière dont les autres filles gagnaient de l’argent, Florentine ne sortait jamais en boîte avec elles. Les filles s’y rendaient tous les vendredis soir, généralement dans les clubs pour expatriés de Victoria Island, et elles rentraient le lendemain matin, quand elles n’étaient pas absentes tout le week-end, regagnant le cam­pus le lundi aux aurores, déposées quelquefois par des ber­lines de luxe avec chauffeur. Le lundi, c’était le jour où elles réglaient leurs dettes, rachetaient du crédit pour leurs portables, ou envoyaient de l’argent à la maison pour aider leurs parents et leurs frères et sœurs.

Mais l’éducation de Florentine lui interdisait de vendre son corps – c’est ce qu’elle avait expliqué à son amie, raison pour laquelle les filles ne l’invitaient plus à leurs fêtes ni à sortir en boîte.

Contrairement à elles, Florentine s’était trouvé des amis qui prenaient soin d’elle. L’un d’eux était son petit copain, Nosa, un banquier de Victoria Island. Ils se retrouvaient dans un hôtel près de l’université, où ils passaient tout le week-end. Ils ne pouvaient pas aller chez lui, à cause de sa femme.

Un autre de ses amis, qui se montrait encore plus pro­tecteur à son égard, était un homme beaucoup plus âgé. Un chef traditionnel, en fait : chief Ojo, homme d’affaires très influent de Lagos. Il était plus généreux que Nosa : il l’emmenait dans de meilleurs hôtels, où elle pouvait même rester seule tout le week-end après avoir passé la soirée du vendredi avec lui. Chief Ojo était marié, lui aussi, mais à la différence de Nosa il avait l’âge d’être son père, si bien qu’elle ne parvenait pas à le considérer comme son petit ami, même si lui la présentait à ses copains comme sa “petite femme” et lui demandait sans cesse si elle le trompait avec d’autres.

Grâce à ces deux relations régulières et aux amants occa­sionnels qu’elle rencontrait par le biais de ses amies, Florentine parvenait à régler ses frais de scolarité, à manger trois fois par jour, et elle ne tarda pas à acheter ses propres cheveux péruviens. Même ses notes avaient progressé. Et quand elle n’avait aucune chance de réussir un partiel, elle avait maintenant de quoi payer le professeur pour qu’il ne tienne pas compte du fait qu’elle n’avait pas passé l’épreuve.

Il est moins douloureux pour l’ego de recevoir la charité quand on n’en pas vraiment besoin. Une fois que les revenus de Florentine furent assez conséquents et assez réguliers, elle put sortir en boîte avec les autres filles sans se soucier des yeux réprobateurs qui la suivaient tout le long du chemin, murmurant : “Prostituée.”

C’est dans un de ces clubs qu’elle fit la connaissance du garçon. Il avait à peu près son âge, mais il étudiait à Unilag, ce qui faisait de lui un “garçon”. Là où les autres hommes, plus âgés et plus riches, offraient à leurs petites copines des bouteilles de champagne, le garçon était assis avec un groupe de filles qui lui payaient à boire. Il n’arrêtait pas de la regarder et, quand elle se leva pour aller aux toilettes, il se leva aussi. Quand elle ressortit, il l’attendait devant la porte. Il lui dit : “Salut”, et lui tendit une carte de visite, comme s’il était quelqu’un d’important. Elle eut envie de déchirer la carte et de lui balancer les morceaux au visage, mais il s’éloignait déjà et les filles avec qui il était ce soir-là regardaient Florentine avec ressentiment – ou envie, peut-être.

De retour au campus, elle montra la carte à ses amies et apprit qu’elle avait touché le jackpot. Elle envoya un texto au garçon, mais il ne lui répondit pas. Elle lui téléphona et il rejeta son appel. Elle envoya trois autres messages au cours de la semaine. Elle avait abandonné quand il la rappela deux semaines plus tard, pour l’inviter chez lui, dans le luxueux lotissement sécurisé de Victoria Garden City, sur la péninsule de Lekki.

Il lui demanda si elle voulait gagner de l’argent. Évidem­ment. Il lui parla alors d’un endroit qu’on appelait le Harem. C’était un club très sélect qui appartenait à son frère, Malik. Pour y entrer, elle devrait d’abord passer un test vih – qu’il réglerait pour elle. Elle ne devrait parler à personne de ce club, et une fois membre il lui faudrait rester sur place plusieurs semaines d’affilée, sans pouvoir contacter qui que ce soit à l’extérieur. Alors qu’elle réfléchissait à sa proposition, le garçon ajouta : “Tu gagneras un million de nairas en un mois.”

Elle raconta à son petit copain, le banquier, qu’elle était tombée enceinte et, comme elle s’y attendait, il lui donna de l’argent pour se faire avorter et fut soudain très occupé chaque fois qu’elle appelait. Elle annonça à chief Ojo qu’elle partait pour le Ghana avec une amie : elles allaient ache­ter de l’or pour le revendre aux filles de l’université. Il loua son esprit d’entreprise et lui donna de l’argent pour lancer son projet.

Trois mois plus tard, le lendemain des résultats de son deuxième test sanguin, le garçon passa la prendre au cam­pus et l’emmena chez lui. Une autre fille se trouvait là, qui ne parlait pas beaucoup et lançait des regards inquiets autour d’elle – vers une porte qui s’ouvrait, une porte qui se refermait, au garçon lorsqu’il se levait.

À minuit, un homme se présenta, accompagné d’un poli­cier. Le garçon leur présenta l’homme comme étant Mister Malik, le propriétaire du Harem. Malik expliqua aux filles qu’on allait leur bander les yeux pendant tout le trajet qui menait au club. Florentine allait protester quand l’autre fille éclata en sanglots et les supplia de la laisser partir. Malik rétorqua qu’il était trop tard.

Les deux filles montèrent à l’arrière du Range Rover Sport blanc, aux vitres teintées, de Malik, qui prit leurs télé­phones. Le policier noua des vêtements sur leurs visages. Ils roulèrent pendant des heures, et quand la voiture s’arrêta et qu’on leur retira les bandeaux, elles se trouvaient dans une grande résidence sécurisée, entourée d’une clôture de quatre mètres de haut couronnée de barbelés. Une épaisse forêt encerclait la résidence. La maison était immense et, hormis l’enduit nu de sa façade, elle était achevée et assez élégante ; elle possédait ces colonnes doubles très en vogue à Lagos. Une vingtaine de voitures étaient garées devant – dans certaines, un chauffeur attendait. Un groupe élec­tro­gène grondait dans un coin, près du portail, et tandis qu’elles marchaient vers la maison, elles entendirent de la musique à l’intérieur.

Une femme ouvrit la porte et accueillit Malik en le pre­nant dans ses bras. Elle portait un déshabillé rose, tenait un verre de vin dans une main et un cigare incandescent dans l’autre. Des filles en lingerie flânaient dans les couloirs ou étaient assises sur des sofas avec des hommes, buvant ou discutant ou se caressant ou riant. Les hommes, une dizaine au total, portaient des masques de soirée costumée.

– Vous ne devez pas savoir qui est votre client, expliqua Malik, en montant l’escalier avec Florentine et l’autre fille. Ils passent régulièrement des tests pour le sida et les autres mst, tout comme vous. Vous ne devez pas leur demander de l’argent. Vous ne devez pas leur demander de mettre un préservatif. Si un client vous montre son visage, vous devrez détourner la tête. Et vous devrez me le dire. Si vous croyez avoir reconnu quelqu’un, vous devrez garder ça pour vous. Si votre client est une femme, vous ne devrez pas refuser. Vous ne devez parler à personne de ce qui se passe ici. À la fin de la semaine, Sisi vous versera deux cent mille nairas.

On conduisit les filles dans leurs chambres respectives, et on leur donna divers articles de lingerie à essayer. Florentine s’habilla et elle descendait l’escalier quand Sisi, la dame qu’elles avaient croisée à l’entrée, l’arrêta.

– J’ai un client important qui vient aujourd’hui, déclara Sisi. Il veut toujours essayer les nouvelles.

Elle prit Florentine par la main et la fit remonter sur le palier.

– Il y a quelque chose que Malik ne t’a pas dit : il arrive qu’un client vous donne de l’argent. Tu pourras le garder, du moment que tu ne l’as pas demandé. Mais il faudra me le dire. Ce type auquel je pense, il va te filer plein de fric. Tu me remercieras plus tard.

Elle emmena Florentine dans la chambre.

– Au fait, comment t’appelles-tu ?

– Rolake, ma.

– C’est trop local. Ici, tu seras Florentine. Ok ? Et ne m’appelle plus ma.

Pendant qu’elle attendait sur son lit, changeant de posi­tion plus d’une dizaine de fois, incapable de décider quelle pose était la plus sexy ni si elle devait se montrer provocante ou jouer les filles sages, Florentine se félicita de sa bonne fortune et sourit en pensant qu’elle serait bientôt plus riche que le banquier et n’aurait plus besoin du chief.

On frappa à la porte et elle répondit : “Entrez.” Elle avait décidé de s’asseoir sur le lit, de tendre les jambes en les posant l’une sur l’autre et de poser les bras, écartés, sur la tête de lit.

L’homme entra, une bouteille de Moët dans une main et deux flûtes à champagne dans l’autre. Il avait un air comique avec son masque étincelant, orné sur les côtés de disques en or et de plumes vertes, et sa longue tunique blanche, gonflée au milieu par une bedaine proéminente.

Il porta à son visage la main qui tenait les flûtes et sou­leva le masque.

– Rolake, murmura-t-il. Il resta bouche bée, les yeux écar­quillés.

Les jambes de Florentine se replièrent aussitôt et elle empoigna un oreiller pour se couvrir le corps.

– Oh merde ! Chief ! s’étrangla-t-elle.

 

 

 

1

Pour commencer, aller seul dans un lieu de drague au Nigeria n’était pas mon idée. Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai. Le Nigeria était le pays où mon ex, Melissa, mi-nigé­riane, mi-irlandaise, était née, et je voulais avoir des histoires à lui raconter en rentrant. Je voulais aussi sortir de l’hôtel Eko et voir ce pays dont j’avais tellement entendu parler.

Bref. Magnanimous – son vrai nom, jurait-il –, le concierge de l’hôtel, m’a garanti que l’endroit était sûr et qu’il y aurait plein d’autres blancs. À bien y repenser, il a dit ça avec un drôle de rictus. Sur le moment, j’ai cru qu’il s’agissait d’un de ces sourires superficiels qu’il enclenchait dès qu’il relevait les yeux et remarquait votre présence. Mais maintenant je suis sûr que c’était autre chose : un sourire entendu, appuyé d’un clin d’œil que j’ai à peine entraperçu car au même moment je me suis tourné pour regarder une Africaine gracieuse et élancée qui passait devant nous dans le hall de l’hôtel. Elle avait un parfum de glace à la vanille.

Je ne reproche pas à Magnanimous ce qui s’est passé au Ronnie’s, non, je tiens simplement à mettre les choses au clair : je ne me suis pas rendu là-bas pour trouver une fille.

Je précise ça d’emblée, car chaque fois que je raconte cette histoire je suis aussitôt interrompu par les gens, qui trouvent hilarant le simple fait que j’aie pu me rendre dans ce bar – du coup, ils oublient totalement la raison pour laquelle mon histoire commence dans ce bar et j’arrête de la raconter. Tant pis pour eux.

Voilà, c’est dit. Bref, je me suis aventuré seul dans les rues de Lagos ce soir-là, et j’ai aperçu la “grande enseigne avec plein de lumières”, exactement là où Magnanimous m’avait dit que je la trouverais. Finalement, ce n’était pas très loin à pied de l’hôtel, et pas un seul Nigérian ne m’avait lancé la moindre œillade ne serait-ce qu’un tantinet curieuse, sans parler du regard de qui s’apprêterait à braquer un étranger.

Arrivé au Ronnie’s, la chemise collée au corps, j’ai abordé la porte, grande ouverte, avec l’assurance d’un habitué – pure comédie. J’étais encore assez anxieux, à dire la vérité. “Quoi qu’il arrive, ne sortez jamais seul et surtout pas la nuit”, m’avait conseillé le chauffeur de taxi nigérian qui m’avait conduit à l’aéroport d’Heathrow.

Un grand costaud, posté debout devant l’entrée, a tendu la main et j’ai serré sa paume immense, moite, tandis qu’il faisait un pas de côté en pointant du doigt une feuille de papier a4 scotchée sur la porte. Gratuit pour les filles. Hommes : n1000. À l’intérieur, la salle était bondée et enfumée, et la musique assourdissante.

Visiblement, ce lieu avait jadis été un appartement don­nant sur la rue. On voyait les endroits où les murs avaient été abattus, les marques rebouchées avec de l’enduit. Une boule à facettes solitaire était suspendue au plafond, elle ne semblait pas à sa place, tel un article d’exposition dans un magasin de bricolage. Des haut-parleurs démesurés étaient posés sur des chaises rouillées, près de ventilateurs géants qui oscillaient comme des robots scrutant la foule. La climatisation était en panne, ou pas à la hauteur, et contrai­rement à la promesse de Magnanimous, j’étais le seul visage pâle dans cette boîte. Ça m’a rappelé la première fois que je m’étais retrouvé seul dans une pièce remplie de noirs : une église à Lambeth, pas très loin de chez moi, à Chelsea, peu de temps après le divorce de ma mère. J’avais dix ans. Elle m’avait laissé seul au milieu de ces inconnus et avait marché vers le fond de l’église où se trouvait le pasteur, qui parlait en patois. Il lui avait demandé d’enlever ses chaussures et de se tenir debout dans une piscine gonflable. Puis il l’avait fait s’asseoir dans l’eau avant de placer ses deux mains sur la tête de ma mère et de la plonger sous la surface, où il l’avait maintenue jusqu’à ce qu’elle émerge, dégoulinante d’eau, hoquetant au son des applaudissements, des alléluias, des cymbales, et sur un riff inopiné de l’organiste.

Mais enfin, je me trouvais maintenant, pour de vrai, dans une boîte nigériane au cœur d’une ville nigériane, entouré par des Africains et par la touchante étrangeté de leurs accents. J’adorais ça. J’adorais l’idée que j’allais pouvoir racon­ter ça à Mel dès mon retour au pays. Nous ne nous étions pas parlé depuis deux mois ; je lui laissais l’espace qu’elle avait réclamé quand, le soir de ce qui aurait dû être notre anniversaire, j’avais proposé de l’emmener dîner au Rodizio Rico, à Notting Hill, où s’était tenu notre premier rendez-vous. Peut-être avait-elle cru que je faisais une tentative de come-back – pourtant, j’avais accepté l’idée que tout était fini entre nous. J’avais même conscience que la maturité avec laquelle je gérais cette rupture ressemblait fort à cette brève période durant laquelle la novocaïne agit encore, après une visite chez le dentiste. Évidemment, ça me brisait le cœur qu’elle ne veuille plus être avec moi, et quand l’engourdissement initial finirait par se dissiper, j’allais sans doute prendre une grosse cuite et terminer sur le plancher de mon appartement, à pleurer au son du I will always love you de Whitney Houston. Mais pour l’instant tout allait bien. Et j’étais assez mûr pour que nous restions amis. C’est marrant, c’était toujours elle qui se souvenait de nos anniversaires – jusqu’au jour où elle avait suggéré que nous fassions un break. Je lui avais envoyé un texto depuis l’aéroport pour lui annoncer mon voyage au Nigeria, après des semaines sans donner de nouvelles. Elle l’avait reçu mais n’avait pas répondu. J’étais sur le point de m’envoler vers son pays natal, où son père vivait toujours avec sa nouvelle femme et ses demi-frères et sœurs qu’elle ne connaissait pas – cela ne justifiait-il pas que je lui envoie un message ?

Pensant à la manière dont je lui décrirais “cette fille que j’ai rencontrée dans un club, au Nigeria, et qui m’a fait penser à toi”, je me suis frayé un chemin à travers la piste de danse, parmi les couples enlacés, et j’ai dansé quelques secondes avec une fille qui m’a pris par la main et a commencé à frotter ses fesses contre mon entrejambe, avant d’atteindre enfin les tabourets du bar. J’ai à peine eu le temps de m’asseoir qu’une autre fille est venue s’installer à côté de moi avec sa cigarette. Elle portait un débardeur rose, un short en jean, des collants noirs et des bottes en cuir noir, à l’éclat suspect, qui lui montaient jusqu’au genou. Elle a retroussé ses lèvres d’un rouge éclatant pour expirer un long jet de fumée, puis s’est tournée vers moi et m’a demandé si je voulais bien lui offrir un verre.

Ce que je voulais, moi, c’était m’en offrir un, si seu­le­ment j’arrivais à attirer l’attention du serveur, mais il était trop occupé à reluquer les seins d’une fille assise au comp­toir, qui hochait la tête en rythme au son de ce que dif­fusaient les écouteurs connectés à son téléphone, tout en tapotant du bout des doigts sur l’écran. J’avais renoncé à gesticuler devant le serveur maigrichon, car de toute façon je n’étais pas encore sûr de vouloir rester. Mais alors la fille qui voulait se faire offrir un verre s’est courbée vers moi pour me le hurler dans l’oreille, pressant ses seins contre mon épaule. Je me suis tourné vers le serveur pour lui faire signe, sans conviction, puis j’ai haussé les épaules, impuis­sant. La femme s’est redressée et, s’agenouillant sur son tabou­ret, elle s’est penchée au-dessus du comptoir. Ses fesses au niveau de mes yeux, elle s’est avancée et a hurlé le nom du barman : Waidi, ou Waydi, ou Wady. Il a sifflé entre ses dents, s’est approché d’un pas traînant et, igno­rant la fille qui l’avait appelé, m’a demandé :     

– Quelqu’un s’occupe de vous ?

Il était tout seul derrière le comptoir. J’ai commandé un double cognac – n’importe lequel, ce qu’ils avaient. Aper­cevant la bouteille vers laquelle sa main se tendait, j’ai crié dans son dos :

– Non, pas le Three Barrels. Le Hennessy. Sans glaçons.

La fille a déclaré qu’elle voulait la même chose. Waidi a attendu que je confirme d’un geste de la tête, puis ses yeux se sont reposés sur la fille dont les seins le fascinaient tant.

Sans même me regarder, il a dit :

– Ça fera trois mille cinq cents pour les deux.

Ce qui a eu le don d’agacer ma nouvelle amie.

– Il t’a demandé le prix ? a-t-elle grondé, suffisamment fort pour attirer l’attention. Je cherchais déjà les billets au fond de ma poche. J’avais fait le calcul : à peu près quatorze livres sterling, ce qui semblait plutôt correct – on m’avait prévenu que Lagos était une ville chère.

Waidi a dit quelque chose à la fille dans une langue que je ne connaissais pas. Quelque chose de grossier, appa­rem­ment. La fille s’est mise à agiter son doigt sous le nez du serveur, parcourant la foule du regard en quête de soutien, tandis qu’elle jurait de toutes ses forces, posant l’index de sa main droite sur le bout de sa langue avant de pointer son doigt humide vers le plafond. Le serveur est resté planté là, tout sourire. À un moment, j’ai cru qu’elle allait se pencher par-dessus le comptoir et le gifler pour chasser ce rictus narquois de son visage.

J’ai compté l’argent à voix haute. Il a pris les billets et a recompté, puis il est allé préparer les verres. La fille s’est rassise sur son tabouret, les traits plissés de rage. Elle a dit quelque chose comme “Attends-moi”, avant de se lever et de se lancer à travers la foule. Je n’ai pas aimé l’expression sur son visage quand elle s’est tournée vers le serveur – il ne l’a pas vue : l’expression d’un mec qui part chercher une bou­teille après une baston de bar.

Waidi a apporté les verres et ma monnaie. Je me levais déjà. J’ai vidé mon cognac d’un coup, l’ai immédiatement regretté, et me suis dirigé vers la sortie en lui laissant les billets sales et froissés qu’il avait posés sur le comptoir avec mon reçu. Je n’ai pas dépassé la moitié de la salle.

Tels des supporters envahissant un terrain de football, une masse de gens s’est soudain ruée à l’intérieur par la porte d’entrée. Je suis resté figé pendant quelques instants, sans comprendre ce qui se passait. Des gens étaient jetés à terre par les nouveaux venus qui entraient en courant et en poussant des cris. J’ai failli être renversé mais je suis parvenu à esquiver la déferlante et à regagner le comptoir. De là, j’ai observé la scène, tandis que les gens continuaient de se précipiter à l’intérieur, comme en état de choc. Les corps n’ont pas tardé à s’empiler sur le plancher, enjambés par les envahisseurs. Un frisson de terreur m’a parcouru l’échine en voyant une tête rouler par terre – puis j’ai compris que quelqu’un avait perdu sa perruque, rien de plus. Les cris se sont faits plus perçants, et j’ai soudain pris pleinement conscience de ma situation : j’étais un blanc, voyageant en Afrique pour la première fois, mandaté pour écrire un reportage sur des élections présidentielles qui n’auraient lieu que dans plusieurs semaines, et dont l’issue, de toute manière, était courue d’avance. C’était seulement mon deuxième jour à Lagos, et le premier soir où je sortais seul – exactement ce qu’on m’avait déconseillé de faire.

– Hé !

Le serveur, qui était en train de ranger des bouteilles sur l’étagère du haut, s’est retourné brusquement. Il a contemplé la cohue avec autant d’excitation qu’un bricoleur du dimanche lisant les instructions d’un meuble ikea, en laissant échapper un sifflement de lassitude qui a retroussé sa lèvre supérieure.

– Prostituées… a-t-il grommelé. Ses traits étaient juste assez animés pour exprimer sa désapprobation, comme si l’endroit où il travaillait n’avait pas été un lieu de drague accueillant toutes sortes de professionnelles, et peut-être aussi de professionnels ; comme si son propre salaire n’avait pas dépendu de leur assiduité. – Les flics font une descente et elles pensent qu’elles seront en sécurité ici, ajouta-t-il.

J’ai cherché du regard les videurs, pour me rassurer, mais eux aussi ils contemplaient les intrus avec impuissance.

Les énormes baffles continuaient de cracher un air assour­dissant de r&b, mais plus personne ne dansait. Les filles légèrement vêtues et les garçons aux tenues colorées, ras­sem­blés par petits groupes anxieux, parlaient fort et har­celaient les nouveaux venus de questions.

Waidi s’est à nouveau efforcé de me tranquilliser :

– Chaque fois que la police leur tombe dessus dans la rue, elles se précipitent à l’intérieur. Les videurs vont pas tarder à les mettre dehors.

Il avait l’air confiant.

Étrange, la manière dont l’esprit fonctionne. Les quelques secondes qu’avait durées cette bousculade m’avaient suffi pour conclure que la guerre avait éclaté au Nigeria et que je me retrouvais pris dedans. Ou quelque chose d’aussi ter­ri­fiant. Puis, alors que je m’étais résigné à rester assis et à attendre que ça passe, en faisant confiance à ce type que ma peur semblait vraiment amuser, une grande fille aux formes généreuses, avec des cheveux blonds – pas les siens – qui lui tombaient jusqu’à la taille, s’est approchée du bar et a entrepris de lui raconter ce qui s’était passé. J’ai essayé d’écouter, mais elle parlait si vite dans son mauvais anglais et avec tellement de mots étrangers que j’étais perdu. Elle s’est tournée vers moi et la peur sur ses traits a ranimé la mienne.

Quand le récit de la blonde a été terminé, Waidi a empoi­gné un grand sac à main rouge sous son comptoir et le lui a tendu. Tout le long du comptoir, d’autres filles venaient chercher des sacs de toutes formes et de toutes tailles, qu’elles avaient manifestement laissés sous la garde du serveur.

La blonde est repartie et Waidi est resté planté là, à la regarder s’éloigner, mains sur les hanches, les yeux écar­quillés de peur ou de stupéfaction, ou les deux. Elle lui avait raconté un truc effrayant. Je voulais savoir quoi.

– Que s’est-il passé ? ai-je demandé. Je me suis penché au-dessus du bar pour lui secouer le bras. – Que s’est-il passé ?

À cet instant précis, la musique s’est arrêtée et l’éclat de ma voix a couvert celui de cent autres voix frénétiques.

– Ils ont balancé une fille dans la rue, a-t-il répondu. Ils lui ont tranché les seins et ont balancé son corps dans le caniveau. Là, maintenant.

Leye Adenle est né au Nigéria en 1975. Il est considéré par sa famille comme la réincarnation du roi des habitants d'Osogbo. Il vit désormais à Londres où il travaille comme chef de projet et, à l’occasion, acteur. Lagos lady est son premier roman.

 

Bibliographie