Publication : 04/03/2010
Nombre de pages : 228
ISBN : 978-2-86424-743-2
Prix : 18 €

Le sang des rêves

Mine G. KIRIKKANAT

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Titre original : Destina
Langue originale : Turc
Traduit par : Valérie Gay-Askoy

Dans un futur proche, après le grand tremblement de terre qui l’a entièrement détruite, Istanbul passée sous le contrôle des Nations Unies a été rebaptisée Nova Roma, elle est redevenue la capitale du monde orthodoxe, rivale du Vatican catholique. La Russie orthodoxe et l’hétéroclite Union chrétienne de l’Occident se livrent à une nouvelle guerre froide. A la recherche de chefs historiquement indiscutables, les services secrets américains et européens se mettent en quête d’un inconnu qu’ils supposent descendant de Cesar Crispus, fils aîné de Constantin le Grand, fondateur de la Nouvelle Rome qui ne s’appela Constantinopolis qu’après sa mort…

Trois agents européens d’origine turque, Daryal, Sinan et Hilmi, sont chargés de retrouver cet héritier impérial, puisqu’ils connaissent mieux que quiconque le théâtre et les acteurs de l’histoire dont naîtra, peut-être, l’avenir. Daryal suit la trace de l’héritier de la Nouvelle Rome par le biais du rêve. Le descendant porte dans sa mémoire génétique le meurtre de son ancêtre Cesar Crispus, mis à mort par son propre père, Constantin le Grand. Mais le rêve que Daryal poursuit est la mémoire non pas d’un, mais de deux meurtres qui se confondent dans l’inconscient de l’héritier autant que dans le sien. Soliman le Magnifique avait fait assassiner son fils aîné exactement
de la même manière, pour les mêmes motifs, ce qui conduirait vers la même fin les deux dynasties qui ont occupé le même trône sur les bords du Bosphore.

Au cours d’un accrochage un homme sera abattu et apparaîtra une héritière.

Avec ses talents de conteuse et d’analyste politique, Mine G. Kirikkanat utilise toutes les recherches récentes sur l’ADN et le sang pour raconter un  développement de l’histoire politique plein de suspense, de surprises et de vérité.

  • Entretien à lire ici.
    entretien avec Hassane Zerrouki
    L’HUMANITE

  • Article à lire ici
    ALIBI

  • « La Stambouliote Mine G. Kirikkanat opte pour la pétarade rigolote. Editorialiste à Vatan, cette laïque farouche qui a été élue à trois reprises "journaliste la plus courageuse de Turquie", dénonce sans relâche l’islamisation de son pays, qu’elle estime relayée au sommet [...]. »
    Sabrina Champenois
    LIBERATION

  • « Mine Kirikkanat a de l’imagination, du souffle et de la pugnacité : à l’instar du précédent, son roman doit se lire comme une parabole politique. »
    Jean-Claude Perrier
    LIVRES HEBDO

  • "Un polar érudit et haletant qui promène le lecteur dans un futur (proche ?) entre Paris, Chypre et la Turquie. Des agents secrets confrontés aux dernières recherches scientifiques sur les rêves. Passionnant."
    Olivia Marsaud
    AFRIQUE MAGAZINE

  • "[...] cette vision d’un futur rappelant de loin les sagas de Bordage est suffisamment originale pour retenir l’attention."
    Jean-Pierre Andrevon
    L’ECRAN FANTASTIQUE

  • « Entre polar et politique-fiction, un suspense qui illustre l’influence du passé sur l’avenir. »
    François Estrada
    L’ECHO DE LA HAUTE VIENNE

  • « Roman d’espionnage basé sur des procédés scientifiques futuristes, cet ouvrage offre un dépaysement total puisque faisant appel à des faits remontant à l’ère chrétienne de Constantinople avant qu’elle ne devienne Istanbul. L’habile télescopage de l’ancien et du moderne donne un bouquin très prenant dû, sans aucun doute, à l’érudition de l’auteur. »
    François Joly
    LA TRIBUNE DE VIENNE ET DE L’ISERE

  • « […] petit miracle de la journaliste turque Mine G. Kirikkanat : le tout tient la route, sans (trop) lâcher la main du lecteur. Mieux : elle est presque convaincante dans tous les compartiments du jeu, et y ajoute une touche à la fois féminine et exotique – ceci était notre premier thriller turc. »
    Olivier Van Vaerenbergh
    FOCUSVIF
  • , Interview de Mine G. Kirikkanat par Matthieu Baumier et Gwen Garnier-Duguy
    LAVIELITTERAIRE.FR
  • « C’est un beau roman sur une Europe et une Turquie inséparables de par leur histoire commune. Un roman qui montre aussi que le fanatisme religieux, racial ou politique n’est pas le fait des seuls musulmans. Un roman qui effraie car ce monde dans lequel les Nations Unies prennent le contrôle d’Etats bouleversés, c’est notre monde, celui de maintenant, de demain sinon. Et puis, c’est un vrai polar [...].
    Matthieu Baumier
    LAVIELITTERAIRE.FR
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    AT
    CONFRONTATIONS.INFO
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    Mine Kirikkanat
    TV5.ORG
  • Plus d'infos ici.
    Pauline Garraude
    SUDOUEST.FR
  • chronique par Caroline Broué le 28 mars 2010 à 18h10
    FRANCE CULTURE Les retours du dimanche
  • interview de Mine Kirikkanat par Jean-Pierre Elkabbach le 2 avril 2010 à 18h30
    PUBLIC SENAT Bibliothèque Médicis
  • interview de Mine Kirikkanat par Patrick Simonin le 7 avril 2010 à 18h20
    TV5 MONDE L'invité

Les célébrations des vicennales de l’empereur romain Constantin débutèrent le 25 juillet 325, juste après le concile de Nicée. Au printemps de l’année 326, l’empereur partit de Constantinople qu’il avait choisie comme nouvelle capitale de la chrétienté pour rejoindre l’ancienne, Rome, où devaient se tenir les cérémonies de clôture. Crispus César – son fils aîné et le seul enfant de sa première femme, Minerva – se rendait de Sophia à Rome pour y participer aux festivités avec sa femme et ses deux enfants. Il s’agit du fameux César Crispus qui, à la tête de quatre-vingts galions, anéantit la flotte de deux cents trirèmes de Licinius, l’adversaire de son père, et aida Constantin à s’emparer de Byzance. Mais avant de parvenir à Rome, dans la ville fortifiée de Pula, aujourd’hui en Croatie, il fut assassiné sur ordre de son père. Constantin était encore en route lorsqu’on lui fit savoir que la sentence de mort qu’il avait prononcée contre son fils avait été exécutée. Le 18 juillet 326, avec les trois fils qu’il avait eus de Fausta, l’empereur entra à Rome. Ce serait son dernier voyage à Rome ; Constantin Ier Auguste ne reviendrait jamais plus dans l’ancienne capitale de l’empire. César Crispus, qui avait défini les frontières septentrionales de Rome en soumettant les Francs et les Alémans entre 320 et 324, avait vingt-trois ans lorsqu’il fut assassiné. Son épouse portait le même nom que sa grand-mère paternelle : Helena. Les chroniqueurs de l’époque n’ont laissé aucun document concernant le sort dévolu à sa femme Helena, sa fille de quatre ans et son fils de deux ans pendant ou après son assassinat.

GIRNE (KYRENIA)
CHYPRE DU NORD : LE SOMMEIL SANGLANT

Il était trempé de sueur, à moitié enseveli dans le matelas trop mou qui lui fit l’effet d’un cercueil. Entortillé dans les draps froissés, jambes parallèles et bras le long du corps, il gisait comme un cadavre dans un linceul. Sauf qu’il n’avait pas les mains croisées sur la poitrine. Jusque dans la tombe, les mécréants devaient garder les coudées franches pour exprimer leur révolte. “Libre de toute entrave, libre de perdre et de disparaître”, pensa-t-il. Il régnait une chaleur d’enfer à l’intérieur du bungalow plongé dans la pénombre. Sans les lumières de la piscine qui filtraient par la fenêtre ouverte de sa chambre aux murs blanchis à la chaux, il se serait cru dans un four crématoire ; le crissement modulé mais ininterrompu des cigales était comme le grésillement des flammes. Il entendait déjà s’esclaffer les démons de l’enfer, lacérant de leurs voix aiguës le bourdonnement sourd des conversations qui se prolongeaient dans le bar près de la piscine. Les rires des femmes, surtout. Des rires offerts, nerveux et cristallins, se déversant en cascade, sonnant comme une invite. Il connaissait le Courtyard Inn de ses précédents séjours dans l’île. Avec son bar, ouvert été comme hiver, son restaurant, son terrain de golf, sa piscine et ses quelques bungalows, cet établissement de bord de mer et au décor de style colonial était le repaire des Anglais de Kyrenia. Il était déjà plus de minuit lorsque Abdurrahman, le propriétaire anglo-pakistanais, lui avait déclaré en souriant de toutes ses dents, d’une blancheur phosphorescente au milieu de son visage olivâtre : “Désolé, Sir, il me reste un bungalow, mais la climatisation est en panne.” Le centre-ville n’étant pas vraiment la porte à côté, il n’avait pas eu le courage de reprendre la voiture et de parcourir des kilomètres en quête d’un autre hôtel. Il avait pensé que cela ferait l’affaire pour une nuit, qui plus est déjà bien entamée. Mais les pales du ventilateur qui tournait comme un fantôme dans la pénombre de cette chambre basse de plafond ne semblaient qu’attiser davantage la fournaise. À chaque mouvement de l’air, son corps inerte répondait par un ruissellement de sueur. Il se serait probablement liquéfié sur place s’il avait tenté le moindre geste. En réalité, il n’était pas très sûr d’avoir envie de dormir. D’une manière ou d’une autre, il passerait la nuit en proie aux cauchemars. Que ce soit le cauchemar attendu ou le cauchemar de l’attente, de toute façon, il ne pourrait y échapper. À la douane de l’aéroport de Nicosie, que serait-il arrivé s’il avait répondu au policier qui l’interrogeait sur le motif de sa venue en république de Chypre réunifiée qu’il était là pour faire des cauchemars ? On l’aurait certainement remis illico dans l’avion. Et si, en montrant ses papiers, il avait murmuré qu’il était sur les traces d’un cauchemar, on lui aurait tout bonnement passé la camisole de force. Il avait naturellement fourni la réponse que le policier souhaitait entendre : “Tourisme.” Or, Daryal était réellement à la poursuite d’un cauchemar et, compte tenu du sérieux de ceux qui l’avaient envoyé jusqu’à Chypre, il n’était probablement pas fou. Du moins, pas encore. Il allait rêver d’un meurtre commis sept cents ans plus tôt.

Née à Ankara, diplômée de l’Université d’Istanbul, elle est sociologue de formation. Elle débute dans le journalisme dans la revue humoristique Çarsaf en 1977, après avoir gagné un concours. Elle écrit pour la page humoristique Ciddiyet du quotidien Cumhuriyet pendant deux ans. Après un arrêt de presque 7 ans, elle revient au journalisme en tant que correspondante de Cumhuriyet à Bilbao, puis à Madrid. En 1991, elle est nommée à Paris et de 1993 à 2005, elle est correspondante de Milliyet et aussi éditorialiste de Radikal. Depuis 2005, elle est éditorialiste à Vatan et contribue régulièrement au programme Kiosque de TV5. Laïque, démocrate, Mine Kirikkanat a été élue, à trois reprises, la journaliste la plus courageuse de Turquie .
Elle a publié huit livres dont deux sont traduits en français: Le Palais Aux Mouches (L’Harmattan, 1995) et L’Autre Nom De La Rose (E-dit, Paris 2000).
La Malédiction de Constantin (Bir Gün, Gece, 2003) est un best seller politico-criminel, la première fiction d’anticipation de la littérature turque qui relate l’après tremblement de terre attendu à Istanbul.

Bibliographie