Publication : 13/04/2006
Nombre de pages : 384
ISBN : 2-86424-559-0
Prix : 26 €
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Livre 1 - Les Aventures de la raison politique

Adauto NOVAES

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Edité par Adauto Novaes

Les essais des Aventures de la raison politique ne peuvent pas penser notre présent sans évoquer l’idée de crise. Ils tentent de répondre aux questions : Qu’est ce qu’une crise ? Quelles sont ses origines et sa nature ? Si la crise n’est pas seulement un événement ou un ensemble d’événements qui configurent un monde – notre monde présent – c’est parce qu’elle garde également un sens occulte qui nous pousse à l’élucider. Pour traiter de la raison politique, le livre a ainsi pris comme fil conducteur son opposé, c'est-à-dire ce que l’idéologie a produit pour annuler l’idée de raison. Ainsi, les essais offrent-ils une double réflexion : les concepts de la raison politique à des moments clef dans l’histoire des idées, et la constitution de leurs opposés. Cependant, lorsque nous travaillions sur l’idée des opposés, notre attention était également tournée vers un autre problème fondamental : l’imagination, l’obscurantisme, le hasard, les passions qui ne doivent pas être uniquement comprises comme le côté radicalement incommunicable de la raison, et il est impossible d’envisager une subordination absolue de l’un des termes. Dans le cas contraire, nous tomberions alors dans un déterminisme insupportable et le livre n’apporterait aucune contribution effective. Dans toute détermination rationnelle, il existe une marge d’indétermination, une donnée à déterminer encore, provoquée certainement par l’opposé de la raison et créant le mouvement ou le passage d’une raison latente à une raison manifeste. Ce sont des expériences rationnelles et imaginaires défaites et refaites au cours du temps. Voici l’hypothèse : la raison n’est pas une autonomie entière existant en dehors de son contraire, mais bien une autonomie qui se constitue dans le triomphe sur chacun de ses contraires, non pas en les fuyant mais en luttant contre eux et en les soumettant. C’est ce mouvement que ces essais présentent : l’invention permanente et concrète de la raison politique à partir du moment où elle ne cesse pas d’être interrogée par la présence de ses opposés. Certaines actions non-rationelles amènent parfois par opposition, parfois par contraste à des réponses rationnelles. Nous ne sommes pas devant des concepts rationnels institués mais devant une pensée en action, une raison fondatrice qui n’existe pas en dépit des contraires mais grâce à l’action de ces contraires. La vraie pensée rationnelle suppose et expérimente ; les pensées rationnelles sont fugitives, et « on n’est jamais assuré de les trouver là où on les a laissées », comme l’écrit Alain. Il serait donc irrationnel d’affirmer que la raison est la réalisation finie de la propre raison. Seule la religion et la rationalité technique – deux versants d’une logique identique – peuvent se présenter comme une « raison absolue » ou une « pleine harmonie ». La raison politique, dans le sens dialogique du terme, porte en elle-même une logique tourmentée qui rend compte à chaque instant du pouvoir qu’elle exerce. Ainsi, toute raison est une énigme, si nous entendons par raison politique la rencontre avec ses opposés dans un mouvement sans fin. En ce sens, la raison garde une certaine aura de mystère – non pas dans le sens donné par la philosophie des Lumières pour qui le mystère est synonyme d’obscurantisme et peut seulement être défait par les lumières de la raison ; le mystère, dit Merleau-Ponty, est ce qui incite l’homme à penser. Pourquoi penserait-il s’il n’existait pas quelque chose de mystérieux sur lequel s’interroger ?

Les termes débattus dans ce livre – la crise, la raison et la politique – ont une seule et même finalité, une seule et même origine : en cherchant dans les dictionnaires philosophiques, on voit que le mot crise vient du grec krinein qui signifie jugement, décision, capacité à juger ; le ratio latin (ou le logos grec) signifie aussi juger, faculté de penser ; et penser – tout le monde le sait – c’est peser, décider. L’idée de politique ne peut néanmoins être pensée indépendamment des idées de crise et de raison. Ou mieux, la politique est une des conditions pour penser la naissance de la raison. Francis Wolff démontre cette relation, souvent paradoxale, dans son essai sur l’origine de la raison : depuis son origine, il est nécessaire d’examiner les conditions d’exercice de la domination des hommes, qui amène à inverser la relation du discours avec le pouvoir. Ceci car le pouvoir politique n’a jamais conféré au discours sa propriété d’être considéré vrai ; le pouvoir politique est, au contraire, le pouvoir d’être cru, admis comme vrai et englobe en lui le propre discours politique : « Cependant, écrit Wolff, la naissance de la raison n’est pas autonome : elle est solidaire de la concrétisation de ce que l’on peut appeler un vrai « régime démocratique ». On voit aussitôt pourquoi, si la démocratie a bien été la « mère » de la raison, la sophistique a alors été son « accoucheuse».

Sommaire
· Francis Wolff Naissance de la raison, origine de la crise
· Nicole Loraux La tragédie grecque et l'humain
· Sérgio Cardoso Une foi, un roi, une loi. La crise de la raison politique dans la France des guerres de religion
· Newton Bignotto Trois façons de concevoir une ville
· Jean-François CourtineDroit naturel et droit des hommes : une refondation moderne, de Vitoria à Suárez
· Renato Janine RibeiroContre les mystères de la royauté, la curiosité
· Alain Grosrichard Dans la nuit des Lumières
· François HartogDe la liberté des Anciens à la liberté des Modernes : le moment de la Révolution française
· Miguel AbensourL'héroïsme et l'énigme du révolutionnaire
· Michael Löwy Messianisme et révolution
· Claude Lefort Nation et souveraineté
· Ruy FaustoTotalitarisme
· Jacques Rancière De la peur à la terreur
· Gérard Lebrun Sur la technophobie
· Marilena ChauiLe privé, le public et la crise de la République
Journaliste et enseignant, Adauto Novaes a étudié la philosophie aux Collège des Hautes Études et de journalisme à l'Institut Français de Presse (Sorbonne). Il a été directeur, pendant 20 ans, du Centre d'Études et de Recherches de la Fondation Nationale d'Art (Ministère de la Culture brésilien), où il a organisé des groupes d'études et des cycles de débats qui ont donné lieu à plusieurs publications.

Bibliographie