Publication : 20/08/2009
Pages : 580
Grand Format
ISBN : 978-2-86424-688-6

Manituana

WU MING

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24 €
Titre original : Manituana
Langue originale : Italien
Traduit par : Serge Quadruppani

En 1775, il existait dans la vallée du fleuve Mohawk un monde métis, baptisé Iroquirlande, où six tribus iroquoises avaient tissé des liens de sang avec des Écossais et des Irlandais sous la protection de Sir William Johnson, commissaire des Affaires indiennes. Maintenant les terres ancestrales sont menacées par l’avidité des colons qui veulent se libérer de la couronne d’Angleterre. La guerre arrive de Boston et se rapproche, de vieux liens se rompent et la terre devient le théâtre de scènes d’horreur. Le chef de guerre Joseph Brant Thayendenaga essaiera d’en appeler au roi, il ira à Londres avec Philip, dit le Grand Diable, guerrier mohawk redouté et lecteur de Shakespeare, Peter, l’adolescent peau-rouge qui joue du violon et combattra dans les armées du roi, Esther qui a le don des visions comme sa tante Molly, la mère des nations iroquoises.

De la splendeur lyrique des forêts et des lacs du Nord-Est américain aux fastes grotesques des salons aristocratiques et aux bas-fonds de Londres, à travers des personnages de femmes et d’hommes pris entre deux civilisations, Wu Ming nous livre une saga qui allie la poésie à la précision extrême du détail. Argot des bandits, langue sacrée des Peaux-Rouges, belle langue du xviiie siècle, ils nous donnent à entendre une musique qui mêle la cornemuse écossaise et les chants magiques pour mieux nous faire sentir, au delà de débats qui aujourd’hui encore nous agitent, l’épopée de la naissance d’une nation” dans la version des vaincus de l’Indépendance des États-Unis.

 

 

  • Le style, les dialogues donnent aux personnages une présence jubilatoire qui nous habite bien après avoir refermé le livre. Du Nord de l’Amérique, avec ses paysages magnifiquement évoqués, à l’Angleterre où séjournera une improbable ambassade iroquoise : vous retrouverez en lisant ce texte le sens du mot romanesque !

    Arnaud Moulhiac
  • Le roman soulève des thèmes universels d’intégration, de liberté, d’exportation des cultures. Il restitue à merveille la vie quotidienne, les combats, la nature grandiose du nord-est américain où apparaît la barbarie déguisée en progrès. (Initiales.org)

    Carole Meaudre
  • Au-delà de son intrique, Manituana peut se lire comme une fantastique épopée – celle de la naissance d’une nation, les Etats-Unis d’Amérique –,  ou comme un roman historique extrêmement bien documenté.
    Mais une autre lecture est encore possible, une lecture cette fois politique, qui s’attache à l’histoire de la lutte des minoirités indiennes contre l’invasion des hommes blancs.
    C’est toute la richesse de Manituana que d’autoriser ainsi des approches multiples, toutes aussi passionnantes les unes que les autres. (Initiales.org)

    Librairie Le Livre aux Trésors (Liège (Belgique))

  • « Roman d’aventures, ce remarquable Manituana transporte le lecteur en Amérique du Nord dans les années de son indépendance (1775-1779). Loin de la version manichéenne – Indiens contre colons blancs, gentils contre barbares –, il offre une fresque passionnante fondée sur une réalité historique et dévoile la complexité des relations entre les indigènes et les nouveaux venus d’Europe : la guerre pour la possession des terres. »

     

    Geneviève Welcomme
    LA CROIX

  • « Wu Ming signifie en chinois "sans nom". Ce groupe narratif italien fait revivre l’indépendance des Etats-Unis vue par les indiens Mohawks. […] Wu Ming n’est pas plus naïf que ses héros mohawks. Le roman se garde d’opposer la superbe nature des vallées d’Amérique à la ville monstre, tout comme il refuse le cliché des bons Indiens et des méchants colons. Les personnages ne sont jamais d’une pièce. Il y a de l’injustice et de la violence chez les perdants autant que chez les vainqueurs. Mais les Iroquois ont pour eux la poésie et le panache. »


    Jean-Maurice de Montrémy
    LIVRES HEBDO

  • « Wu Ming tisse un puissant récit polyphonique, où se croisent les points de vue des acteurs historiques. Sans céder à la démagogie ou aux facilités d’une narration conventionnelle, l’écriture est un essai réussi de pop culture. »


    Marc-Olivier Bherer
    LE MONDE DIPLOMATIQUE

  • « Magistral et palpitant, le nouvel opus collectif de la bande de Bologne signe la résurrection de l’épique dans le roman européen. […] Manituana est un livre d’aventures digne de Stevenson. »
    Lucie Clair

    LE MATRICULE DES ANGES
  • « Roman épique et visionnaire, il est aussi particulièrement réussi sur le plan littéraire. Son art magistral de passer de la langue sacrée des Indiens à l’argot londonien ou l’anglais châtié du XVIIIe  est dans doute l’une des plus nobles façons de nous raconter la naissance chaotique et souvent cruelle d’une nation. »
    Geneviève Welcomme



    MUZE
  • « De nobles vaincus : Le grand souffle romanesque. En même temps qu’une formidable leçon d’histoire.
    L’intérêt du roman est de revisiter les soubassements de notre Histoire et de rétablir quelques vérités essentielles. Il est dit que les Indiens n’étaient ni incultes, ni naïfs, mais déterminés à sauver leur peau, leur culture ; que les colons étaient moins épris de liberté que de conquête et de fortune. Ce qu’ils ne cesseront de redire et asséner par la suite.
    Le grand talent des Wu Ming est de renouer avec la grande épopée à la Fenimore Cooper, tout en échappant au manichéisme étroit, forcément. »
    Daniel Martin



    CENTRE FRANCE DIMANCHE


  • Arnaud Viviant le 15 septembre 2009
    Un livre sous le bras
    FRANCE INTER

  • Jean-Marc Four le 15 septembre 2009

    Et pourtant elle tourne
    FRANCE INTER

  • « Emouvant, haletant de bout en bout, Manituana trouve en plus une résonance très contemporaine, comme s’il décelait dans la guerre civile américaine la source de tous les problèmes d’intégration et de mondialisation actuels. »


    Mikaël Demets
    EVENE.FR

  • « Ce roman est à conseiller à tous les curieux de l’Histoire, mais aussi ceux qui ont envie d’en avoir une vision plus originale, moins scolaire, parce qu’elle met en scène les sentiments de ceux qui avaient été oubliés par les ouvrages, même s’ils ont été les protagonistes malheureux de cette conquête : les Indiens eux-mêmes. »


    Sarah Chelly
    LIVRES-A-LIRE.NET

  • « Les Etats-Unis d’Amérique  viennent de naître sous nos yeux ; une histoire passée qui met très bien en relief le présent, les occasions manquées, l’espoir et les personnes sacrifiées. Manituana, c’était une terre possible où différents peuples auraient pu vivre ensemble. »
    Caroline de Benedetti
    DUCLOCK.COM

Personnages

(Ne sont mentionnés ici que les personnages principaux.)

MOLLY BRANT : fille du sachem Brant Canagaraduncka, sœur de Joseph, conductrice du peuple mohawk, veuve de Sir William Johnson.
SIR WILLIAM JOHNSON : il fut le commissaire des Affaires indiennes, héros de la guerre contre les Français, seigneur de la vallée des Mohawks, mort en 1774. Son ombre plane sur tout le livre.
SIR JOHN JOHNSON : fils du précédent et de sa première épouse, héritier de ses terres et de son titre de baronnet.
GUY JOHNSON : beau-frère du précédent, époux de Mary (fille de William Johnson) et successeur de William Johnson à la tête des Affaires indiennes.
DANIEL CLAUS : beau-frère de Sir John Johnson et commissaire des Affaires indiennes pour le Canada.
CORMAC MCLEOD : chef des troupes écossaises de la vallée des Mohawks.
CAPITAINE JOHN BUTLER : vieux compagnon d’armes de William Johnson.
PETER JOHNSON : fils de Sir William Johnson et de Molly Brant, neveu de :
JOSEPH BRANT : frère de Molly. Nom indien : Thayendanega, “Ligue Deux Bâtons”. Interprète qui deviendra chef de guerre.
PHILIP LACROIX : nom indien : Ronaterihonte, surnom en fran­çais : “le Grand Diable”, guerrier de légende et lecteur de Shakespeare.
ESTHER JOHNSON : fille de Guy et Mary Johnson, ses dons en font l’héritière spirituelle de Molly.
JONAS KLUG : fermier allemand, combat du côté des rebelles à la Couronne et du vol des terres indiennes.

 

Chronologie

 

1142
Sur le territoire qui va de l’actuel État de New York à la Pennsyl­vanie, à la suite de la prédication de prophètes, cinq grandes tribus indiennes s’unissent et fondent la Confédération iroquoise, ou Ligue des Cinq Nations (Mohawk, Oneida, Cayuga, Onondaga et Sénéca). Presque six cents plus tard, les Cinq Nations deviennent Six, avec l’entrée des Tuscaroras dans la Ligue.

1620
11 novembre : le Mayflower aborde à Cap Cod, dans l’actuel Massachusetts. Les Pères Pèlerins fondent la Nouvelle Angleterre. C’est le début de la colonisation anglaise.

1713-1715
Les Tuscaroras, tribu indienne de la Caroline du Nord, fuient leurs terres après avoir perdu la guerre contre les colons blancs, et se déplacent vers le nord. Ils deviendront la sixième nation iroquoise.

1710
20 avril : la reine Anne de Grande-Bretagne reçoit à la cour une délégation guidée par le chef mohawk Hendrick Theyanoguin.

1738
L’Irlandais William Johnson débarque à New York. Sa desti­nation est le comté de Tryon, dans la vallée du fleuve Mohawk, où l’attend un domaine terrien de son oncle.

1755-1756
William Johnson est nommé baronnet et commissaire pour les Affaires indiennes en Amérique du Nord.

1754-1763
Les Six Nations appuient les Anglais dans le conflit colonial connu sous le nom de “guerre franco-indienne”. En réalité, beaucoup d’autres tribus se rangent du côté des Français. L’Empire britannique conquiert le Canada.

1763-1766
Dans la région des Grands Lacs, le chef Pontiac mène une grande révolte anti-anglaise. À la fin des hostilités, Pontiac et Sir William Johnson se rencontrent sur le lac Ontario et signent un traité de paix.

1768
5 novembre : Sir William Johnson et une délégation des Six Nations signent le Traité de Fort Stanwix, qui fixe la limite à l’expansion des établissements des blancs.

1773
16 décembre : “Boston Tea Party.” Déguisés en Mohawks, des habitants de Boston qui se définissent comme des “Fils de la Liberté” montent sur trois navires amarrés dans le port et jettent à la mer la cargaison de thé. C’est un acte de protestation contre le Parlement de Londres et le début d’un enchaînement d’événe­ments qui conduira à la guerre entre les colonies et la mère patrie.

1774
5 septembre : à Philadelphie, le premier Congrès continental (de colons rebelles à la Couronne anglaise) se réunit.

1775
19 avril : première bataille entre “Américains” et “Anglais” à Lexington & Concord.
10 mai : le colonel rebelle Ethan Allen guide les Green Mou­tains à la conquête de Fort Ticonderoga, première défaite anglaise dans la guerre d’Indépendance.
17 juin : bataille de Bunker’s Hill.
7 novembre : Lord Dunmore promet la liberté aux esclaves noirs qui rejoindront l’armée de Sa Majesté, tandis que, le 12, le général Washington interdit l’enrôlement des Noirs dans l’armée rebelle.
13 décembre : les forces américaines du général Montgomery occupent Montréal.
31 décembre : les troupes britanniques repoussent l’assaut du Québec.
1776
4 juillet : les colonies unies déclarent leur Indépendance par rapport à la mère patrie anglaise.
27 août : les troupes anglaises battent les rebelles à Long Island, New York.

1777
13 juin : le marquis de Lafayette, dix-neuf ans, débarque aux États-Unis pour soutenir les rebelles.
14 juin : le Congrès américain adopte le drapeau étoilé.
11 septembre : les troupes américaines commandées par Washing­ton sont battues à la bataille de Brandywien.
25 septembre : le général anglais William Howe conquiert Philadelphie.
17 octobre : reddition du général anglais Burgoyne, à l’issue de la bataille de Saratoga.

1778
6 février : la France de Louis XVI entre en guerre aux côtés des États-Unis.
Avril : la marine des États-Unis détruit navires et fortifications anglais dans la baie de Whitehaven, Angleterre septentrionale.
18 juin : les troupes américaines reprennent Philadelphie.

1779
23 septembre : la marine des États-Unis coule deux navires anglais à la bataille de Flambouroug Head, promontoire du Yorkshire.

1781
17 octobre : les troupes de Lord Cornwallis, assiégées à York­stown, Virginie, se rendent au général Washington. C’est la dernière bataille de la révolution américaine.

1782
30 novembre : à Paris, États-Unis et Grande-Bretagne signent les préliminaires d’un traité de paix.

1783
3 septembre : traité de Paris par lequel la Grande-Bretagne reconnaît l’indépendance des États-Unis d’Amérique.

 

 

À Piermario
À Maria

 

 

 

“Un solitaire sera sobre, pieux ; il sera revêtu d’un cilice ; eh bien, il sera saint : mais je ne l’appellerai vertueux que quand il aura fait quelque acte de vertu dont les autres hommes auront profité. Tant qu’il est seul, il n’est ni bienfaisant ni malfaisant ; il n’est rien pour nous.”
Voltaire, Dictionnaire philosophique

 

Prologue

 

Lac George, colonie de New York, 8 septembre 1755

Les rayons du soleil harcelaient le groupe, une lumière de sang filtrait dans la forêt.
L’homme sur la civière serrait les dents, son flanc brûlait. Il baissait le regard, des gouttes écarlates suintaient de la blessure.
Hendrick était mort et avec lui beaucoup de guerriers.
Il revit le vieux chef bloqué sous la masse du cheval, les Caughnawagas qui se jetaient sur lui.
Les Indiens ne combattaient jamais à cheval, mais Hendrick ne pouvait plus courir ni sauter. On avait dû le hisser en selle. Quel âge avait-il ? Seigneur Jésus, il avait rencontré la reine Anne. C’était Noé, Mathusalem.
Il était mort en combattant l’ennemi. Une noble fin, enviable même, si seulement on avait trouvé son cadavre pour lui donner une sépulture chrétienne.
William Johnson laissait courir ses pensées, un vol d’hiron­delles, tandis que les porteurs marchaient le long du sentier. Il ne voulait pas fermer les yeux, la douleur l’aidait à rester éveillé. Il pensa à John, son aîné, encore trop jeune pour la guerre. Son fils hériterait de la paix.
Des voix et des bruits annoncèrent le campement. Les femmes criaient et lançaient des invectives, demandaient leurs fils et leurs maris.
On le déposa sous la tente.
– Comment vous sentez-vous ?
Il reconnut le visage renfrogné et les yeux gris du capitaine Butler. Tenta de sourire, n’obtint qu’une grimace.
– J’ai l’enfer dans le flanc droit.
– Signe que vous êtes vivant. Le docteur sera là dans un moment.
– Les guerriers d’Hendrick ?
– Je les ai rencontrés pendant qu’ils revenaient ici. Ils scalpaient cadavres et blessés, sans distinction.
William laissa retomber sa tête sur la paillasse et reprit haleine. Il avait donné sa parole à Dieskau : personne ne s’acharnerait sur les prisonniers français. Hendrick avait arraché la promesse aux guerriers, mais Hendrick était mort.
Un homme de petite taille entra sous la tente, visage rouge, taches de sueur sur la veste.
William Johnson releva la tête.
– Docteur, j’ai du tracas pour vous, ici.
Le médecin retira sa tunique, aidé par le capitaine Butler. Il coupa le pantalon au ciseau et entreprit de laver et de tamponner la blessure.
– Vous avez de la chance. La balle a touché l’os et a ricoché à l’extérieur.
– Vous avez entendu, Butler ? Je repousse les projectiles.
Le capitaine marmonna un remerciement à Dieu et offrit un chiffon à William, pour qu’il puisse le mordre pendant que le médecin cautérisait la plaie.
– Restez couché. Vous avez perdu beaucoup de sang.
– Docteur…
William avait le visage tendu et blême, sa voix était un râle.
– Nos hommes sont en train de conduire au camp les prison­niers français. Parmi eux, il y a un officier, le général Dieskau. Il est blessé, peut-être inconscient. Je voudrais que vous lui apportiez vos soins. Capitaine, accompagnez le docteur.
Butler et le médecin allaient dire quelque chose, mais William les prévint :
– Je peux rester seul. Je ne vais pas mourir, je vous l’assure.
Butler hocha la tête sans rien dire. Les deux hommes prirent congé. Pour s’empêcher de s’évanouir, William tendit l’oreille et concentra ses pensées sur les bruits.
Le vent qui secoue les branches.
Des appels de corbeaux.
Des cris lointains.
Des cris plus proches.
Des cris de femmes.
Un tohu-bohu soudain à travers le camp. William pensa que Butler était de retour avec les prisonniers.
Il regarda au-dehors. Un groupe de guerriers mohawks : ils hur­laient et pleuraient, tomahawks brandis au-dessus de la tête. Ils traînaient des Caughnawagas corde au cou, mains liées dans le dos. Les femmes du camp leur assénaient coups de pied et de poing, leur lançaient des pierres.
Le groupe s’arrêta à trente yards à peine. Aucun des guerriers ne regardait vers la tente : ils avaient tout oublié, leurs sens tendus vers la vengeance. Le plus agité allait d’avant en arrière.
– Vous n’êtes pas des hommes. Vous êtes des chiens, amis des Français ! Hendrick vous avait dit de ne pas lever les armes contre vos frères ! Il vous avait avertis !
Il agrippa un prisonnier par les cheveux, le mit à genoux et lui découpa le scalp. L’homme tomba dans la poussière, se mit à hurler et à se contorsionner. Les femmes le finirent à coups de bâtons.
William sentit la sueur lui glacer la peau.
Un deuxième prisonnier fut écorché, les femmes le bourrèrent de coups de pied avant de le poignarder à mort.
William pria pour qu’entre les promis à la mort il n’y eût pas de Blancs. Tant qu’on en restait à une discussion entre Indiens, il pouvait s’éviter d’intervenir.
Hendrick était mort. Fils et frères étaient morts. Les Mohawks avaient droit à la vengeance, pourvu qu’ils ne touchent pas aux Français : ils servaient à l’échange d’otages.
Le troisième Caughnawaga s’écroula à terre, le crâne défoncé.
Au quartier général d’Albany, les chefs de canton envoyés d’Angleterre ne voulaient pas comprendre. On ne pouvait pas combattre comme en Europe. Les Français déchaînaient les tribus contre les colons anglais. Incursions, incendies et pillages. Petite guerre*, ils appelaient ça. Les Français avaient un nom pour chaque chose. Le haut commandement britannique devait avoir l’estomac de leur rendre la monnaie de leur pièce. La domination du continent entier était en jeu.
L’arrivée de nouveaux prisonniers interrompit ses réflexions. Civils blancs, fourriers, maréchaux-ferrants et soldats à l’uniforme lacéré. Un des guerriers traîna hors du groupe un jeune garçon. Il portait l’uniforme des tambours du régiment.
William était épuisé. Il saisissait à grand-peine les paroles mais le sort du gamin était clair. Un autre guerrier affronta le premier, qui déjà montrait son couteau.
Avec leurs plumes sur la tête et leurs corps peints, ils semblaient deux coqs dans une arène.

– Il porte l’uniforme des Français. Tu ne peux pas prendre son scalp !
– Je l’ai entendu parler caughnawaga.
– Hendrick a dit que les prisonniers blancs reviennent aux pères anglais.
– Regarde sa tête, tu as l’impression que c’est un Blanc ?
– Si Hendrick était là, il te chasserait.
– Moi, je veux le venger.
– Tu le déshonores.
– Tu veux attendre qu’il grandisse et devienne un guerrier ? Mieux vaut le tuer tout de suite, maintenant que les traîtres caughna­wagas sont en fuite et nous craignent.
– Idiot ! Warraghiyagey va être furieux contre toi.

William Johnson entendit prononcer son nom indien. War­raghiyagey, “Celui qui conduit de grandes affaires”. Il s’appuya sur les coudes, il devait intervenir.

WU MING  est un collectif  réunissant quatre jeunes auteurs italiens dont les romans collectifs ambitieux, best-sellers en Italie, ont été traduits en de nombreuses langues.

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Qui est Wu Ming ?
Depuis huit ans, sous ce pseudonyme qui signifie “ anonyme” en chinois, un groupe de cinq jeunes auteurs creuse un sillon profondément original dans la littérature italienne. Tout en menant une activité multimédia intense, Wu Ming a écrit plusieurs best-sellers aux sujets ambitieux, brassant des dizaines de personnages réels ou imaginaires, embrassant des époques charnières de l’histoire mondiale : de 54 à Manituana, qui vient de sortir avec un succès foudroyant. Quatre des cinq ont publié, avec succès également, des ouvrages individuels gardant la signature Wu Ming assortie d’un numéro. Pour commencer, les éditions Métailié publient deux d’entre eux.


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Bibliographie