Publication : 20/08/2020
Pages : 368
Grand Format
ISBN : 979-10-226-1060-5
Couverture HD
Numerique
ISBN : 979-10-226-1076-6
Couverture HD

Patagonie route 203

Eduardo Fernando VARELA

ACHETER GRAND FORMAT
22,50 €
ACHETER NUMÉRIQUE
14.99 €
Titre original : La marca del viento
Langue originale : Espagnol (Argentine)
Traduit par : François Gaudry
Prix
  • Prix Transfuge du Meilleur roman hispanophone - 2020
  • Prix Femina étranger : finaliste - 2020
  • Prix du Premier roman : sélection catégorie romans étrangers - 2020
  • Prix Expression 2020 : sélection (prix de la librairie Expression à Châteauneuf de Grasse) - 2020
  • Prix LDB 2020-2021 : sélection (prix de la librairie des bauges à Albertville) - 2020
  • Sélection rentrée littéraire Fnac - 2020
  • Prix Casa de las Americas - 2019

PRIX CASA DE LAS AMERICAS 2019

Un formidable road-trip à travers les routes les plus inhospitalières et sidérantes du sud du monde où rien ni personne n’est ce qu’il semble être.
Un merveilleux premier roman.

Au volant de son camion, un énigmatique saxophoniste parcourt la géographie folle des routes secondaires de la Patagonie et subit les caprices des vents omniprésents.

Perdu dans l’immensité du paysage, il se trouve confronté à des situations aussi étonnantes et hostiles que le paysage qui l’entoure. Saline du Désespoir, La Pourrie, Mule Morte, Indien Méchant et autres lieux favorisent les rencontres improbables avec des personnages peu aimables et extravagants : un journaliste qui conduit une voiture sans freins et cherche des sous-marins nazis, des trinitaires anthropophages qui renoncent à la viande, des jumeaux évangéliques boliviens gardiens d’un Train fantôme, un garagiste irascible et un mari jaloux…

Au milieu de ces routes où tout le monde semble agir avec une logique digne d’Alice au pays des merveilles, Parker tombe amoureux de la caissière d’une fête foraine. Mais comment peut-on suivre à la trace quelqu’un dans un monde où quand on demande son chemin on vous répond : « Vous continuez tout droit, le jeudi vous tournez à gauche et à la tombée de la nuit tournez encore à gauche, tôt ou tard vous allez arriver à la mer » ?

Ce fabuleux premier roman est un vrai voyage à travers un mouvement perpétuel de populations dans un paysage dévorant, auquel le lecteur ne peut résister.

Présentation du livre par Eduardo Fernando Varela réalisée par la Librairie Mollat à l’occasion des Correspondances de Manosque

  • "Trop de pluie et de vent en ce moment ? Une bonne façon de relativiser : embarquez pour l’extrême sud du continent américain, et montez à bord du camion de Parker qui sillonne la Patagonie de long en large, avec son vieux saxophone pour seul compagnon. Là bas après la tempête, la couleur de la terre et du ciel se confond parfois au point de ne plus savoir dans quel sens on est...
    Ceux qui empruntent ces routes parmi les plus inhospitalières du monde recherchent la solitude et l’anonymat ; tous appartiennent à cette “confraternité de l’errance”. Quand un problème mécanique surgit pour Parker, il faut bien s’en remettre à ces routiers du bout du monde, quitte à en perdre son latin, ses repères, et pourquoi pas la tête. Surtout quand une jolie jeune femme se présente au milieu de tout cela et qu’il n’y a pas d’autre solution que de l’enlever pour vivre une romance nomade.
    Mais peut-on, au cœur de ces paysages rudes et grandioses, écrire une autre histoire que celle de sa géographie intérieure, aussi vaste que solitaire ? Et si partir loin de tout nous ramenait inexorablement au même point de départ ?
    Au sein d’une nature de la désolation, Patagonie route 203 est à la fois un road-movie dépaysant aux dialogues et situations souvent hilarants, mais aussi une réflexion mélancolique sur les grands détours de l'existence.
    Le voyage vous tente 😉 ?"
    Lucile Frassy
  • La Patagonie, terre sauvage. Un homme et son camion parcourent ses paysages magiques habités de personnages improbables. Les vents se joueraient-ils des hommes ? Un cocktail sud-américain détonnant pour un roman envoûtant...
    Romain
  • Exceptionnellement, il y a des livres difficiles à chroniquer et pour lesquels on aimerait pouvoir se contenter d'écrire : "S'IL VOUS PLAIT, FAITES-MOI CONFIANCE RIEN QU'UNE FOIS: LISEZ-LE!!!" Le premier roman que l'argentin Eduardo Fernando Varela a écrit à l'âge de soixante ans est un chef-d'oeuvre dont l'achèvement me plonge dans une certaine appréhension car il est de mon devoir de trouver les mots justes pour en parler au plus grand nombre. Néanmoins, la sidération admirative si savoureuse que suscite sa lecture et que je peine à quitter, rend le partage hasardeux. Je vais, par conséquent, vous en parler de façon très simple, pressée par la peur de trahir un tant soit peu ce merveilleux roman qui va forcément faire date dans la production littéraire contemporaine latino-américaine. Parker sillonne depuis des années la pampa à bord de son camion-maison dans lequel il transporte des marchandises de contrebande pour le compte d'une mystérieuse entreprise. Rude, réservé et plutôt misanthrope, il parcourt sans fin la steppe patagonienne, toujours seul et de passage, cultivant avec art sa propre solitude. Lors d'un arrêt dans un village isolé du sud, il rencontre la belle Mayten et son mari Bruno qui trimbalent leur train fantôme et leur jeu de massacre au gré des fêtes foraines entre la côte et les bourgades de la steppe. Notre loup solitaire tombe immédiatement amoureux de celle qui appréhende de gâcher les meilleurs années de sa vie en disputes et besognes domestiques. Il y a peu de chose à ajouter hormis le fait que ce road-trip dans les confins du continent balayés par les vents est une pure merveille, un texte magique inoubliable terriblement attachant et d'un naturel époustouflant, le tout servi par une plume délicieusement vivante. Un immense merci aux Editions Métailié pour cette découverte magnifiquement traduite.
    Rosalie
  • "La Patagonie, terre sauvage, un homme et son camion parcourent ses paysages magiques habités de personnages improbables. Les vents se joueraient-ils des hommes...? Un cocktail sud-américain détonnant pour un roman envoûtant..."  
    Romain
  • "Un premier roman dans lequel on se laisse transporter au gré de rencontres et de situations cocasses et farfelues, porté par une plume magnifique, pleine d'allégories et d'images évocatrices, qui se déploie à l'image de ces paysages sans limites."
  • "J'ai beaucoup aimé Patagonie route 203, je me suis laissée totalement portée par son rythme hypnotique ! les rencontres inattendues n'en étaient que plus déroutantes, si j'ose dire ! Très beau livre sur la tentation de la fuite et très bel éloge bien qu'assez impertinent - les noms des lieux !!! :) - de ce territoire magique !"
    Sophie Garayoa
  • Rentrée littéraire ... l'ovni de la semaine!
    Grand « premier » roman et fantastique road-trip d’un « jeune » auteur de soixante ans …
    « Vous continuez tout droit, le jeudi vous tournez à gauche et à la tombée de la nuit tournez encore à gauche, tôt ou tard vous allez arriver à mer. »
    Avec des indications pareilles, on l’aura compris, il faut traverser le néant. Mais ce néant est non seulement peuplé des personnes aussi étranges que familiers, mais surtout truffé des dialogues à couper le souffle :
    - « Qu’est-ce que je vais faire dans ce bled pendant deux jours ? »
    - « Et qu’est-ce que vous croyez que j’ai fait pendant trente ans ? »
    Magistral.
    Christian Poëtini
  • "J’ai aimé ce Parker qui n’emprunte que les routes secondaires, dont on ne sait pas trop ce qu’il transporte, ni la logique de ses itinéraires. J’ai aimé son goût pour la solitude et sa classe lorsqu’il établit son campement tout confort sous les étoiles. J’ai aimé les rencontres qu’il faisait avec des énergumènes excentriques et leurs morceaux de conversations énigmatiques et codifiées. Mayten aussi m’a beaucoup plu, avec sa naïveté mâtinée de bon sens. Leur amour impossible du fait de leurs aspirations contradictoires et très bien amené. Cette errance hallucinée en Patagonie m’a emportée, les personnages hauts en couleur m’ont souvent fait sourire, les descriptions des paysages, nombreuses, très belles, ne sont pas lassantes, ce qui est une prouesse car on comprend bien qu’il n’y a pas grand-chose à décrire… On sent que l’auteur connaît et aime cette région. C’est décalé, c’est beau, c’est grave, bref, c’est un coup de cœur qui sera en pile en bonne place sur nos tables de la rentrée littéraire, et pour longtemps !"
    Véronique Matoyer
  • "J'ai adoré l'ambiance surréaliste, absurde dans des paysages fantomatiques...J'aime quand on oscille entre la noirceur, la misère sociale et l'humour improbable! Très belle découverte!"
    Joachim Floren
  • "Un vrai régal. Voilà un roman comme on les aime." "La traduction de François Gaudry, qui illumine ce texte, force le respect. Absolument génial."
    Marc Gadmer
    Femme actuelle
  • "Un livre prenant et précieux, une histoire (d’amour) dévorante et des réflexions quasi métaphysiques. Grand bonheur." Lire la chronique ici
    Renaud Monfourny
    Le Photoblog de Renaud Monfourny
  • « Grâce à une langue inventive et une galerie de personnages barrés, l’auteur nous tient en haleine au cours d’un voyage étourdissant. »
    Samuel Loutaty
    Biba
  • "C’est peu de dire que ce roman d’aventures captive d’un bout à l’autre, tant le romancier maîtrise parfaitement son art de l’intrigue et le sens de la narration, en évitant les pièges de l’exotisme confortable. « Vuelvo al sur », comme dit la chanson."
    Thierry Clermont
    Le Figaro Littéraire
  • "Pour cette quête passionnée, autant que pour la description d'un monde qui donne au récit son charme irrésistible, Patagonie route 203 mérite largement le voyage."
    Didier Jacob
    L'Obs
  • "Tout au long du périple, les descriptions oniriques de Patagonie route 203 suggèrent le bercement du camion sur des routes qui n’en finissent pas, instaurant une temporalité insaisissable." "On ne quitte qu’à regret cet envoûtant premier roman au rythme languide."
    Antoine Faure
    Lire Magazine Littéraire
  • "Comme dans ces grands livres que sont Sur la route, de Jack Kerouac, ou Un épisode dans la vie du peintre voyageur, de César Aira, [cette traversée] se dilate dans un interminable "espace du milieu". Elle nous rend la planète un peu plus étrange, plus hostile, mais, en définitive, plus habitable."
    Philippe Garnier
    Philosophie Magazine
  • "On se laisse happer par le cours de la narration et des aventures ou mésaventures qui ont lieu dans ce bout du monde mystérieux et poétique, où tout peut se passer." Lire la chronique ici
    Blog L'art et l'être
  • "On assiste à des dialogues et des situations si absurdes qu’elles en deviennent drôles. Solitude et amitié, misère et drôlerie, le mélange est improbable, mais réussi." Lire la chronique ici
    Site Bulles de culture
  • "Entre road movie, fuite amoureuse, poursuite et conversations lunaires, on y entre comme dans un rêve qui se poursuit jusqu’à la dernière ligne." Lire la chronique ici
    Site Addict Culture
  • "Irrésistible roman aux vagues contours allégoriques et à la silhouette onirique de conte, il plonge dans un univers drôle, piquant, addictif et parfois absurde, au cœur d’un road-movie déjanté dans un paysage de caractère." Lire la chronique ici
    Site Benzine
  • "Patagonie route 203 est un petit bijou." Lire la chronique ici
    Blog Fragments de lecture
  • Ecouter le podcast de l'émission ici
    Nicolas Carreau
    Europe 1 - Les Carnets du monde
  • "Un road trip dépaysant où l’absurde et le surréalisme se rejoignent par des détours rocambolesques." Lire la chronique ici
    Nathalie Dassa
    Site Roaditude
  • "Eduardo Fernando Varela fait avec son premier roman Patagonie route 203, une entrée fracassante dans le panorama littéraire hispano-américain."
    Elena Paz
    Que Tal Paris ?
  • "Eduardo Fernando Varela nous transporte loin écouter la poésie du monde." "Portrait d’un homme libre, ce roman étrange et hypnotisant, teinté d’humour mélancolique, invite à tailler la route en faisant confiance à ses rêves."
    Sophie Joubert
    L'Humanité Dimanche
  • "Une odyssée à la mélancolie tenace, une écriture envoûtante, addictive, qui aux paysages confère un langage."
    Isabelle Potel
    Air France Madame
  • "C'est drôle, lunaire, un peu fou. Eduardo Fernando Varela nous transporte sur une autre planète."
    Clémence Roux
    Marie Claire
  • "Patagonie route 203 est une réussite totale et irrésistible."
    Yves Gabay
    La Dépêche
  • Ecouter le podcast de l'émission ici
    Jordi Batallé
    RFI - El invitado de RFI
  • "Irrésistible roman aux vagues contours allégoriques et à la silhouette onirique de conte, il plonge dans un univers drôle, piquant, addictif et parfois absurde, au cœur d’un road-movie déjanté dans un paysage de caractère." Lire la chronique ici
    Eric Médous
    Site Benzine Mag
  • "Ruisselant d’un humour pimenté, Patagonie route 203 a plus affaire avec les frères Marx qu’au réalisme latino baroquiste des années 70… Au fil des pages, le lecteur découvre d’extravagants personnages, dingues, folâtres, burlesques." Lire la chronique ici
    Alain Dugrand
    Le Passe-Muraille
  • "Une expérience déroutante sur la dilatation de l'espace et du temps."
    Bernard Quiriny
    Trois couleurs
  • "Les personnages sont rugueux comme les paysages et les paysages sont vivants comme les personnages, doux dingues occupés à chasser des chimères dans ce no man’s land rocheux où la notion des distances et du temps s’étire à l’infini."
    Salomé Kiner
    Le Temps
  • "Explorant l'âme humaine autant que les paysages, ce "jeune romancier" nous transporte dans un univers saisissant, dont la rudesse oblige ses habitants à écouter la poésie du monde, et à s'interroger sur l'essentiel et ce à quoi ils aspirent vraiment." Lire l'article ici
    Manon Botticelli, Carine Azzopardi, Laurence Houot
    France Info - Culture
  • « L’intérêt de ce road-novel halluciné tient surtout dans son atmosphère et dans ses décors, les paysages monotones du Grand Sud argentin où l’espace et le temps semblent se dilater à l’infini. » « Ces décors surréalistes, qui font penser à des dessins d’Escher, donnent au livre un côté cubiste, flottant, vaguement onirique. »
    Bernard Quiriny
    L'Opinion
  • "L’Argentin Eduardo Fernando Varela livre un drolatique roman de grands espaces et de tourments intimes."
    François Montpezat
    Dernières nouvelles d'Alsace
  • "Patagonie route 203 se donne au final comme un premier roman surprenant. Entre road movie, fuite amoureuse, poursuite et conversations lunaires, on y entre comme dans un rêve qui se poursuit jusqu’à la dernière ligne." Lire la chronique ici
    Site Addict Culture
  • "Un voyage onirique en camion planant et hypnotique, truffé de personnages excentriques et haut en couleurs et d’apparitions et de disparitions tout aussi cocasses." Lire la chronique ici
    Blog Baz'Art
  • "Cette lecture a quelque chose d’hypnotique, d’envoûtant et de perturbant. […] Coup de cœur." Lire la chronique ici
    Blog Lectrice en campagne
  • « Un premier roman lumineux, débordant, frémissant. » « Le voyage de Parker et Maytén est une "suspension au-dessus de la réalité", tout comme la lecture de Patagonie route 203. » Lire la chronique ici
    Blog America Nostra / Nos Amériques
  • "Patagonie route 203 aura donc été une jolie surprise pour moi, un livre de voyage, un ouvrage géographique original qui m’aura fait passer quelques belles heures de lecture, notamment grâce à la très belle écriture de l’auteur." Lire la chronique ici
    Site Froggy's delight
  • "Patagonie route 203 est un roman onirique et envoûtant, qui nous immerge dans un voyage erratique, absurde et improbable. […] Un magnifique premier roman." Lire la chronique ici
    Blog Voyages au fil des pages
  • "Patagonie route 203 se donne au final comme un premier roman surprenant. Entre road movie, fuite amoureuse, poursuite et conversations lunaires, on y entre comme dans un rêve qui se poursuit jusqu’à la dernière ligne." Lire la chronique ici
    Site Addict Culture
  • "C’est un livre comme je les aime. Les scènes sont fluides, imagés avec des personnages aux traits de caractères atypiques." Lire la chronique ici
    Blog Nicolas Raybaud
  • "C’est un roman incroyable que j’ai beaucoup aimé pour ses dialogues absurdes, ses situations fantaisistes et sa mélancolie douce." Lire la chronique ici
    Blog En lisant en écrivant
  • "Ce roman taillé comme un film des frères Coen dessine un monde à part, aussi sauvage que diablement humain."
    Ariane Singer
    Le Monde des Livres
  • "Un premier roman planant, qui oscille entre road-movie et conte onirique." "L'écriture d'Eduardo Fernando Varela est à l'image de ce récit : fluide, pleine d'images qui nous emmènent loin, bien loin, dans une rythmique sans mesure, sans repères, comme les notes échappées d'une improvisation de jazz." Lire l'article ici
    Laurence Houot
    France Info Culture
  • "À 60 ans, Eduardo Fernando Varela signe un roman jubilatoire dont la traduction française par François Gaudry rend bien la truculence du récit." "Varela s’éclate dans des dialogues piquants, joue avec les quiproquos et amuse le lecteur avec l’humour décalé des rares personnages qui peuplent son roman."
    Marie-Anne Georges
    La Libre Belgique
  • "On peut s’attendre à tout, dans Patagonie route 203. On se séduit entre deux monstres de pacotille dans les profondeurs du train fantôme, on observe, pris de vertige, l’immensité céleste d’une nuit sans nuages ou les couleurs mouvantes des terres du désert, on échange des dialogues dignes de Ionesco, une phrase de Parker sur la région, « C’est le pays de l’inattendu » s’applique remarquablement bien au roman tout entier." Lire la chronique ici
    Christian Roinat
    Site America Nostra / Nos Amériques
  • "C’est l’histoire d’un mec qui conduit un camion dans une région on ne peut plus paumée. Et voilà pour l’intrigue, même s’il y a là-dedans un roman policier (son chargement n’est pas très légal et on finit par apprendre ce qu’il fuit), un roman d’amour (une femme rencontrée dans une fête foraine lui fait office de destin au moins éphémère) et un roman d’aventure (son ami «le journaliste» commence par rechercher des sous-marins nazis échoués en Argentine avec on ne sait quel trésor tout en regrettant la «décadence» en se retrouvant comiquement confronté à un néonazi d’aujourd'hui)."
    Mathieu Lindon
    Libération
  • "Les pages qui défilent nous entraînent dans une aventure où le trajet abolit notre conception de l’espace-temps pour mieux nous confronter à des êtres surprenants plein de mauvaise foi et des paysages sans fin." Lire l'article ici
    Nina Morelli
    Site Espaces latinos
  • "Le dépaysement est assuré avec Patagonie route 203, roman nomade dans une Patagonie rêvée."
    Alain-Jean Robert
    AFP
  • "Dans une ambiance qui flirte avec celles des romans trépidants et drolatiques d’Arto Paasilinna et des récits de l’irrésistible Kenneth Cook, ce roman farfelu à souhait est un road trip irrésistible. Bienvenue en Patagonie !"
    Emmanuelle Georges
    PAGE DES LIBRAIRES
  • "Patagonie route 203 est un voyage aux allures de rêve éveillé. Un très bel hymne à la Patagonie, étrange et enchanteresse." "Avec Patagonie route 203, la géographie est un roman."
    Damien Aubel
    Transfuge
  • "Le premier roman de l'Argentin Eduardo Fernando Varela explore avec fantaisie l'inaltérable mythologie des grands espaces latino-américains."
    Véronique Rossignol
    Livres Hebdo

 

La route traversait la steppe et s’étendait comme un trait sinueux entre collines et vallées, puis montait et descendait par les flancs, si bien que la ligne de l’horizon s’inclinait, restant dans cette position pendant des kilomètres comme si elle flottait en l’air. Vers la cordillère, le continent courbait l’échine comme un félin prêt à bondir ; vers l’océan, le ciel et l’horizon se disputaient une immense plaine. Le vent qui descendait des glaces éternelles agitait les herbages d’une caresse nerveuse comme s’il dépeignait la terre. Quand les rafales se mêlaient à la brise de mer, d’énormes tourbillons de poussière grimpaient au ciel en lentes spirales. Au loin, confondu avec le paysage, le camion roulait en oscillant à un rythme qui semblait sourdre des profondeurs de la planète. Les courbes molles du terrain lui donnaient des allures de serpent paresseux et, plus qu’un déplacement, c’était un glissement, une reptation liquide sur la surface inclinée.
Parker conduisait le regard fixé sur la route, sans ciller, une main appuyée sur le volant et l’autre sur le dossier du siège, comme s’il étreignait un invisible passager. Après des heures de solitude et de vide, il voyageait hypnotisé par le mouvement lent et régulier, l’esprit dans le vague, bercé par le roulis. Rien d’autre autour de lui qu’un immense désert limitant le reste de la planète et ses conventions, mais ici, dans la solitude amplifiée par l’espace, le conducteur n’était limité que par ses propres règles et ses caprices.
Parker transportait pour le compte d’une mystérieuse entreprise un chargement de fruits depuis les vallées fertiles jusqu’aux ports lointains de l’océan Atlantique, où
arrivaient les ultimes routes maritimes de l’hémisphère Sud qui communiquaient avec l’Est. Là, des navires battant des pavillons lointains qui paraissaient étrangers à la géographie déchargeaient des marchandises de pacotille et repartaient, leurs cales remplies de fruits et de viande congelée. Parker traversait les heures et les monotones journées de route immobilisé sur son siège et conduisait le véhicule en s’imaginant dans une capsule spatiale. Il était enfermé dans la cabine encombrée de vêtements éparpillés, livres, bouteilles de bière, thermos de café, cassettes de musique, bouts de cartes déchirées qu’il devait assembler comme les pièces d’un puzzle pour consulter l’itinéraire, photographies personnelles collées sur la paroi de la cabine et objets d’artisanat en bois peint qui pendaient du plafond comme privés de la force de gravité. Posé et silencieux sur le siège voisin, l’étui noir de son rutilant saxophone, un des rares vestiges qu’il avait pu sauver de sa vie d’avant, unique compagnie de ces trajets solitaires, même s’il ne parvenait plus à en tirer un seul accord. De temps à autre il se redressait sur son siège et scrutait le paysage pour y découvrir les moindres changements d’un kilomètre à l’autre : les tons variables de la plaine, l’ombre d’un nuage appuyé contre un coteau, ou le passage fugace d’un animal s’enfuyant dans les herbages. Parker naviguait plutôt qu’il ne conduisait et, lorsqu’une ligne droite le permettait, il fermait les yeux et se laissait emporter ainsi pendant quelques secondes, comme un défi à son sens de l’orientation. Il arrivait alors que le ronflement poussif du moteur s’estompe jusqu’à devenir une vibration lointaine, puis plus rien : un silence absolu à peine troublé par le murmure du vent glissant sur la cabine. Une bande de nandous apparaissait tout à coup, courant un moment à côté du camion comme si elle l’escortait, pour s’égailler ensuite et disparaître dans les taillis. Quand cette sensation de vide l’enveloppait, il avait l’impression que les roues décollaient doucement de l’asphalte et qu’il s’élevait au-dessus des reliefs ocrés du désert patagonien. L’air devenait plus dense, le poids se dissolvait dans l’atmosphère et la route n’était plus qu’une ligne incertaine qui se perdait au loin. À mesure que Parker s’élevait et que le ciel prenait un bleu plus vif, les cours d’eau asséchés apparaissaient telles des cicatrices sur la surface rugueuse de la terre. Les détails se perdaient, le passé s’assombrissait, le futur devenait un halo transparent, il ne restait d’un présent gazeux, plein de mystères, peuplé de suggestions, une douce léthargie permettant à son esprit de vaguer sans limites dans l’espace et le temps. Il pouvait voyager ainsi des heures durant dans cet état erratique, de jour ou de nuit, il n’avait plus d’horaire, juste des rendez-vous qui dépendaient de l’imprévisible départ ou arrivée des navires dont il transportait la cargaison. C’étaient parfois de longues journées mortes avant d’atteindre la destination, d’autres où il devait rouler en ne s’arrêtant que pour faire le plein de carburant ou prendre une douche dans les toilettes de quelque station-service perdue. Lorsque le coucher de soleil indiquait la fin de la journée, Parker préparait l’atterrissage de son vaisseau au bord de la route, il ralentissait et cherchait l’endroit idéal pour installer le campement, sur un terrain plat sans creux ni bosses. Le camion s’immobilisait lourdement dans un nuage de poussière, Parker sautait de la cabine comme s’il touchait terre après des mois de navigation et s’assurait que l’endroit convenait et qu’il y avait du bois à ramasser. Au moyen d’un palan giratoire terminé par une poulie fixée au véhicule, Parker déchargeait lentement ce qui un jour avait été sa maison. Peu à peu étaient extraits de la remorque une table en bois, des chaises, un canapé au cuir râpé, un vieux frigo, un lampadaire, un grand tapis, un placard, un lit avec son matelas et une table de nuit avec sa lampe de chevet. En moins d’une heure il déroulait le tapis et y déposait les meubles jusqu’à aménager un parfait salon familial sous le ciel immense de la steppe, éclairé la nuit par des câbles connectés à la batterie. De loin, le campement de Parker évoquait les contours d’un village miniature découpé sur le rouge furieux des nuages, dont les lueurs paraissaient défier la Voie lactée. La steppe désolée était son habitat préféré, la dernière patrie qui lui restait des nombreuses qu’il avait perdues au long de sa vie, seul et unique lieu au monde où il se sentait bien et en sécurité. Il éprouvait dans ces paysages une félicité profonde, comme s’il vivait un exil intérieur qui le préservait de tous les maux de la terre, et il passait des journées entières installé dans ces vastes étendues anonymes. Parfois, il allongeait ses trajets en prenant sciemment des routes secondaires qui distendaient au maximum cet espace de temps magique, comme un état de grâce, entre le départ et l’arrivée. Ces retards faisaient enrager son patron, le vieux Constanzo, propriétaire de plusieurs camions et d’une petite entreprise de transport qui opérait entre les ports et la cordillère, pour lequel Parker travaillait plus par commodité que par nécessité. Ils avaient fait connaissance quelques années plus tôt dans un des premiers relais de la Patagonie, où commençait une immense steppe qui se terminait dans les fjords du détroit de Magellan et de la Terre de Feu. Parker venait de la capitale, fuyant son passé turbulent, à la recherche de la solitude et de l’anonymat dans l’extrême sud du continent. Le chauffeur du petit camion de déménagement qui l’emmenait l’avait abandonné, faute d’être payé, dans ce relais où Parker était resté en rade avec les maigres biens qu’il avait réussi à sauver de son dernier naufrage, entassés au bord de la route. Le vieux Constanzo et Parker avaient fait connaissance à la table du restaurant, alors que ce dernier cherchait le moyen de poursuivre son voyage vers le sud. Après une brève conversation, son futur patron, fin connaisseur de la faune humaine, comprit qu’il pouvait se fier au caractère rude, réservé et misanthrope de Parker et l’engagea pour l’aider à charger et décharger la marchandise dans les ports. En échange, il lui donnait de quoi manger, quelques pesos et un espace où loger dans la remorque du camion, celui-là même qu’il conduisait maintenant. Quelques semaines suffirent à Constanzo, trop âgé et usé pour continuer à mener cette existence, pour confier le véhicule à son nouvel employé, apparemment honnête et sérieux, et revenir à une vie sédentaire après de longues années à affronter les rigueurs de la route. Parker était l’employé idéal : il ne posait pas de questions, ou si peu, il ne lui coûtait pas cher, et tout ce qu’il souhaitait c’était vivre en paix une existence errante. Les premiers temps, leur relation fut sans nuages, mais la dernière année Constanzo s’était mis à boire et à jouer, négligeant le bon fonctionnement de l’entreprise. Parker, de son côté, savait qu’il pouvait compter jusqu’à un certain point sur cet homme, capable de se lancer dans tout type d’affaires, mais il n’avait pas pleinement confiance en son honnêteté. Il avait découvert que Constanzo était associé à des gens qui contrôlaient le trafic clandestin des ports et que la marchandise transportée provenait en grande partie de la contrebande. C’est pourquoi Constanzo exigeait que son employé emprunte les routes secondaires, surveillées par les polices locales, plus faciles à corrompre, et évite les grands axes placés sous la juridiction de la gendarmerie. Parfois, Parker devait charger et décharger à l’aube dans des hangars abandonnés des caisses mystérieuses supposées contenir de la camelote et des babioles en plastique. Il savait qu’à tout moment des problèmes pouvaient surgir, mais insouciant du risque il jouissait de cette vie incertaine et anonyme, au bord de l’illégalité. Il flottait au-dessus des vastes étendues désertes qui dissolvaient son existence, mêlant son passé à la poussière et au vent, effaçant jusqu’à son nom. Lorsqu’il devait conduire des journées entières le long de routes inhospitalières semblables à des flèches lancées dans l’immensité de la steppe, Parker s’arrêtait dans les dernières bourgades pour faire d’abondantes réserves de nourriture et de carburant, comme si lui aussi appareillait d’un port lointain. Il échangeait quelques mots avec les employés des stations-services, puis se laissait lentement emporter par la route. Il roulait ainsi pendant des journées, en parlant seul, en écoutant de la musique ou s’inventant des distractions solitaires qui l’aidaient à alléger le temps. Son jeu préféré était une espèce de loterie consistant à cocher sur un carton les derniers numéros de la plaque des véhicules qu’il croisait, activité qui pouvait durer des semaines sur des routes où n’en passaient que deux ou trois par jour, dont le sien.
Après quelques années vécues dans ces confins, Parker avait appris à distinguer les nuances du paysage. Il suffisait parfois d’un virage pour que la couleur de la terre prenne une autre teinte, ou d’une côte pour que la direction du vent modifie l’inclinaison des arbustes. Ou c’était un changement de végétation, comme maintenant, quand subitement, par un caprice de la nature, venaient d’apparaître des buissons d’épineux jaunes, qu’il n’avait jamais vus jusque-là. “Vous continuez tout droit, le jeudi vous tournez à gauche et à la tombée de la nuit tournez encore à gauche, tôt ou tard vous allez arriver à la mer”, lui avaient dit des ouvriers chargés de l’entretien des routes, mais c’était déjà vendredi, le soleil se couchait au milieu d’épais nuages et le chemin qu’il suivait se déroulait invariablement entre de molles courbes et des collines. La chaude lumière du crépuscule allongeait l’ombre du camion sur les reliefs, et il n’avait pas rencontré une seule bifurcation, le moindre changement de direction, un indice présageant la proximité de l’océan. Et c’était presque samedi. Assis sur son siège, le regard vissé sur l’asphalte, Parker prit une cigarette. En pianotant sur le volant au rythme de la musique, il observa par la fenêtre le coucher de soleil, aspira profondément une bouffée de tabac et, les yeux mi-clos, se mit à fredonner. Une bande de guanacos sauvages avec leurs petits traversa la route, l’obligeant à ralentir. Ils couraient tête droite, avec une certaine grâce, et s’arrêtaient de temps à autre sur un monticule pour observer avec curiosité l’intrus qui envahissait leur territoire, puis sautaient avec une élégance antique les clôtures qui bordaient la route avant de se perdre au loin. Parker ralentit au maximum pour les suivre des yeux avec un sentiment mêlé de plaisir et d’inquiétude : il savait très bien ce qui pouvait arriver si un petit guanaco maladroit ratait son saut, il l’avait vu des dizaines de fois. Il fixa son regard sur un des derniers animaux qui courait à l’écart des autres vers un endroit qui n’était pas propice au saut, et il éprouva un sombre pressentiment. Le guanaco s’élança pour sauter, mais au dernier moment hésita et s’arrêta net. Il recula, comme désemparé, tandis que le reste de la bande s’éloignait dans la steppe, et il reprit son élan. Parker sut que l’animal allait commettre une erreur fatale, et il ferma les yeux. Le guanaco tenta un nouveau saut, une partie de son corps passa aisément, mais les pattes de derrière s’accrochèrent aux barbelés, le poteau de la clôture se coinça sous la croupe et l’animal resta suspendu comme un pantin. Voyant qu’il tentait de se libérer en s’agitant et battant des pattes dans le vide, Parker arrêta le camion sur le bas-côté, mais il ne pouvait pas faire grand-chose : le guanaco allait agoniser lentement, pendant des heures, et bientôt les vautours le survoleraient en décrivant des cercles de plus en plus bas jusqu’au moment d’entamer le banquet. Les clôtures de ces routes étaient jonchées d’ossements et de carcasses desséchées, curées par les oiseaux et les renards, qui laissaient les pelages et les os intacts, blanchis par le soleil patagonien. Mais au dernier moment, par miracle, le guanaco parvint à se libérer par une violente et ultime secousse, il passa de l’autre côté de la clôture et rejoignit au trot ses congénères comme s’il ne s’était rien passé. Parker soupira, soulagé par ce dénouement qu’il vit comme un bon présage, et reprit la route, mais un moment plus tard, son soulagement vira à la tristesse : la lumière blafarde qui succédait au crépuscule, lorsque la nuit lançait son dernier coup de griffe, avait toujours éveillé en lui une obscure mélancolie qui s’installait dans son corps et lui serrait les entrailles. La ligne d’horizon, qui marquait peu avant un immense espace plein de promesses, s’inclinait maintenant vers le bas comme épousant la courbe de la planète : ainsi s’annonçaient les ténèbres sous ces latitudes. La fumée de la cigarette tournoya un instant dans la cabine et fut aspirée par la fenêtre ouverte. Parker se demanda si c’était ce moment de la journée, le rythme lent de la musique ou la nature instable de son esprit qui créait en lui certains états d’âme. Il connaissait la réponse, mais la situation était irréversible : les aiguilles de sa montre clouées sur le cadran cosmique le rivaient au présent et au paysage. Il n’avait pas d’autre remède que de changer de musique, il savait très bien, il l’avait appris après des heures et des kilomètres de route, que son état d’esprit changeant lui imposait de ne pas se laisser aller. Il tendit la main vers le siège voisin encombré d’objets de toutes sortes et farfouilla à l’aveugle dans les vieilles cassettes, cédant au hasard le privilège de choisir une autre musique. Il prit une cassette, dont le titre était à moitié effacé, l’inséra dans le lecteur et attendit les premières notes : à mesure que la musique se répandait dans la cabine, ses pensées se remirent en ordre et il sentit quelque chose renaître en lui. Une joie lointaine qui gisait dans les replis de sa mémoire envahit son regard, comme une caresse intérieure, et se mêla à la musique, arrachant le pieu qui le maintenait prisonnier dans le cadran du temps et le paysage. C’étaient des bouffées de joie inexplicables qui surgissaient soudain, sans rime ni raison, mais qui éveillaient en lui un sentiment ressemblant au bonheur. Il sourit, sentant qu’il était sur le point de contrôler les mauvais tours que son esprit capricieux lui jouait aux heures troubles de la tombée de la nuit, entre la fin du jour et l’obscurité du désert. Il allait bientôt se sentir mieux, et plus tard encore mieux. Ce moment était une borne temporelle qui marquait un pli de la journée, une fracture sur la surface figée des heures qu’il fallait fêter en buvant quelque chose. Il sortit une bouteille de bière de la glacière portative qu’il avait dans la cabine, mais à l’instant où il allait se servir du décapsuleur fixé au tableau de bord, un hurlement infernal jailli du lecteur de cassettes le fit tressaillir. Le coup de volant qu’il donna se transmit au camion comme un frisson et le fit légèrement dévier. Alarmé, Parker jeta sa cigarette par la fenêtre et voulut extraire la cassette, mais il en fut empêché par la bande magnétique qui pendait du lecteur comme une grappe de viscères. Il tira doucement, l’écheveau s’enroula dans ses doigts mais finit par céder, alors il rembobina la bande avec un crayon et remit la cassette dans le lecteur. Les accords s’élevèrent pendant quelques secondes, limpides, mais s’étouffèrent de nouveau dans les méandres de l’appareil, en émettant une plainte d’agonie qui présageait des désastres. Parker jura à voix basse et jeta par la fenêtre la cassette étripée. Le vent déroula aussitôt le ruban marron qui s’emmêla en quelques secondes dans les broussailles, mais l’humeur de Parker resta elle aussi emmêlée dans ses broussailles intérieures et il comprit qu’il ne pourrait pas la rembobiner de sitôt. Ainsi étaient ses journées, exposées à d’innombrables avatars à l’affût. Il aurait aimé croire en quelque divinité espiègle de la route, accroupie dans le désert pour lui faire des farces, mais il n’y arrivait pas. Il avait essayé de céder aux mythes et aux légendes populaires éparpillés le long des routes patagoniennes, de s’en remettre aux croyances magiques et ingénues de ce bout du monde, comme une manière de s’intégrer au paysage, mais son rationalisme absolu s’était interposé. Dans ses rencontres avec des collègues ou des habitants, il avait entendu parler de créatures fantastiques et d’étranges phénomènes qui survenaient dans ces contrées désertiques, autant d’affabulations qui servaient à épicer une nature stérile et sauvage. Ces histoires se racontaient la nuit, autour des feux, au bord de la route, ponctuées de chants, d’accords de guitare et d’alcool. Parker avait ainsi appris l’histoire de cannibales qui vivaient cachés dans les marais salants, de sous-marins fantômes qui apparaissaient sur les côtes atlantiques, de vaisseaux spatiaux qui avaient leurs bases dans les cratères de la cordillère, de spectres dans des mines abandonnées. Mais des nuits et des nuits de route dans les solitudes obscures sans apparitions, extraterrestres ou autres cannibales trinitaires, n’avaient fait que confirmer son scepticisme. La fable des trinitaires était sa préférée : on racontait qu’à l’époque de la conquête, un galion espagnol avait fait naufrage sur ces côtes, poussé par les tempêtes de l’Atlantique Sud. Les rares survivants qui avaient réussi à atteindre le rivage furent dévorés par les Indiens, plus par faim que par cruauté. Une malédiction s’abattit sur les descendants de ces sauvages, lesquels naissaient avec des traits asturiens ou estrémègnes et employaient des mots bizarres prononcés avec un accent dans lequel très peu pouvaient reconnaître le vieil espagnol. Ils avaient en plus des souvenirs et des coutumes de la péninsule ibérique, le goût des festins, des danses et des chants étrangers à leurs rituels et une insolite nostalgie du pays des marins dévorés dont ils ignoraient tout. On disait que les Indiens eux-mêmes, attribuant ces extravagances à un châtiment divin et craignant la contagion, confinaient depuis lors les possédés et leur progéniture dans les obscures galeries des mines, bien que certains affirment qu’ils l’avaient été dans les blanches étendues des salines, pour les isoler du reste de la communauté. Après plusieurs siècles, un petit nombre de ces Espagnols réincarnés en Indiens, ou d’Indiens possédés par les Espagnols, subsistaient, assimilés par le désert, mourant de faim et de maladie, mais encore animés par leur sauvage inclination pour la chair humaine.
Par la faute de Dieu sait qui, il n’y aurait plus de musique ce soir-là, et Parker décida de parler tout seul. Entendre sa propre voix après plusieurs jours sans parler à personne produisait en lui une étrange sensation de compagnie, comme s’il retrouvait un vieil ami d’enfance. Au début, il n’avait pas grand-chose à dire, mais bientôt, à mesure qu’il prenait confiance, les mots isolés devenaient des phrases, puis de longs discours. Le chant ou le soliloque étaient le point maximal de proximité avec lui-même, une forme d’intimité, d’ouverture du cœur. Cette fois, il ne fut pas très loquace et après un bref monologue il changea d’idée et préféra chanter. Il ferma les yeux pour parcourir son répertoire mental de chansons et en entonna quelques-unes jusqu’à trouver celle qui correspondait le mieux au moment qu’il vivait et à son état d’esprit. Rythmes et refrains lui passèrent par la tête, depuis les chansons de l’enfance jusqu’à celles qui avaient été le fond musical des années suivantes, mais il n’en choisit aucune : elles étaient trop tristes, ou lourdes de sombres présages. Il laissa alors la radio décider, après tout elle était faite pour ça. L’appareil commença à chercher automatiquement les rares stations accessibles qui parvenaient à se traîner jusqu’à ces confins de la terre. Il y eut d’abord un bourdonnement d’ondes longues et courtes qui se disputaient dans l’éther, puis des rumeurs métalliques qui s’interrompaient brusquement comme si elles se heurtaient à un obstacle. Lassé, Parker constata que tout, son humeur comme les fréquences radiophoniques, restait accroché aux arbustes de la route, avec les bouts de papier et les sacs en plastique que le vent arrachait aux bourgades. Parker détestait ces taillis, trompeurs, sournois, mais s’il ne croyait pas aux esprits malins de la route, il n’avait aucun doute sur la malignité des arbustes, dont il prenait plaisir à faire des foyers de hautes flammes qui éclaboussaient la pénombre d’étincelles crépitantes. Après l’échec de tous les moyens dont il disposait, il dut recourir à la technologie : il bloqua le volant avec les genoux et se pencha par la fenêtre pour connecter la radio à une antenne en fil de fer fixée sur le toit de la cabine. L’appareil cessa de grésiller et les stations de radio commencèrent à se succéder, annonçant l’horoscope du jour et les avantages de croire en Dieu, débitant messages et saluts, offres d’achat, musique folklorique, conversations et dialogues insignifiants. Des stations de pays limitrophes émettaient également jusque-là, qui sait par quel miracle : musique anonyme, sports, prévisions météorologiques.
Parker laissa défiler cet univers sonore, mais ne s’arrêta sur aucune station. Quand l’appareil terminait sa recherche, les voix disparaissaient au bout du cadran, comme si elles faisaient demi-tour pour réapparaître à l’autre extrémité, selon le même ordre. Il laissa les stations défiler à deux reprises, puis, agacé, il éteignit la radio et consulta l’oracle : le rétroviseur de la cabine, auquel il avait recours dans les moments difficiles. Il n’en abusait pas, il n’aimait pas le convoquer à tout propos, mais cette fois il en avait besoin. “Miroir, petit miroir”, dit-il en se regardant du coin de l’œil, et il découvrit sa barbe de plusieurs jours, ses cheveux clairsemés, longs et ternes, dont les mèches tombaient sur son visage sillonné de rides prématurées, ses yeux irrités après tant d’heures de route. Il répéta son appel, mais l’oracle ne répondait pas, peut-être occupé à des tâches plus importantes, aussi préféra-t-il ne pas le déranger. Il récupéra sa bouteille de bière, coupa des morceaux de fromage et de salami sur le tableau de bord et poursuivit son chemin en bâillant, jusqu’à ce que la steppe interminable soit engloutie sous le ciel lourd de minuit.
“J’ai l’impression qu’on s’est perdus”, lui dit soudain la voix du miroir. Parker ralentit et s’arrêta sur le bas-côté en actionnant ses feux de position qui clignotèrent dans la nuit en l’éclaboussant de couleurs. Il prit ses instruments de navigation et sauta d’un bond hors de la cabine. Il remarqua aussitôt le silence : pour la première fois depuis des semaines le vent se réduisait à deux-trois rafales croisées, et cette absence créait une quiétude donnant l’impression de percevoir le tintement des étoiles. Il chercha les constellations sur la voûte nocturne, comme piquetée de verroteries, lui permettant de repérer la solitaire Bételgeuse, l’immanquable Croix du Sud, la Voie lactée qui caressait les deux hémisphères de ses doigts d’argent, la ceinture d’Orion qui touchait Aldébaran. Mais, dans cette nuit noire, l’horizon était caché par de gros nuages et les astres ne lui étaient pas propices. Il dut consulter sa boussole et tourner autour du camion en cherchant un axe où centrer son existence, mais les points cardinaux ne lui étaient pas non plus propices, et tout ce qu’il put faire pour savoir où se situait l’océan dans cette nuit de tous les diables fut de se fier à l’instinct et aux sens. Debout au milieu de la route, il leva légèrement la tête et chercha à l’odorat la brise qui venait des montagnes, cristalline comme le fond des lacs, fleurant l’odeur des bois et la fraîcheur pure des glaciers. Cela suffit pour lui indiquer la direction à prendre : tant que la cordillère était de ce côté, il pouvait poursuivre sa route plusieurs jours sans inquiétude, jusqu’à ce qu’il rencontre l’odeur lourde et pénétrante du sel.

Eduardo Fernando VARELA a 60 ans. Il vit entre Buenos Aires, où il écrit des scénarios pour le cinéma et la télévision, et Venise. Patagonie route 203 est son premier roman.

Bibliographie