Dans la presse

Le Figaro Littéraire

Christophe Mercier

"Comment évoquer en 4200 signes un livre de près de 700 pages serrées dont la lecture, évidemment, prend du temps, mais qui se dévore, littéralement, comme un vulgaire "page turner" ? Un roman implacablement tissé de façon à donner une vision complète de la société anglaise juste après la pandémie, sans quasi quitter Londres ? Un roman aux personnages multiples, précédé d'un index de deux pages recensant tous leurs noms et leurs occupations, mais un index inutile tant est grand le talent d'Andrew O'Hagan pour leur donner vie et les graver dans la mémoire du lecteur dès leur première apparition. Un roman à la fois intime, social, politique, qui pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses (comme tout grand roman) ? Après la réussite des Éphémères, roman sur l'amitié et le temps qui passe, ambitieux par son thème et modeste dans ses dimensions, l'Ecossais O'Hagan a choisi de peindre à fresque, et Caledonian Road évoque les romans de Trollope dans lesquels le grand victorien animait une fourmilière de personnages, entrecroisait leurs destinées et intéressait le lecteur à des existences sur lesquelles il n'aurait pas eu l'occasion (ni l'envie) de se pencher. Magie des très grands romanciers ! […] O'Hagan, s'il n'a pas d'empathie pour tous ses personnages, ne sombre jamais dans la caricature. II a la colère froide d'un entomologiste qui dissèque et décrit ce qu'il voit. Et ce qu'il voit ne le réjouit pas, mais il ne cesse d'afficher un sourire sardonique. Chef-d'œuvre ? Sans doute."