Rencontre avec la dessinatrice argentine, créatrice des " Déjantées "
Les femmes qu'elle dessine passent leur temps à se scruter les fesses devant le miroir, regarder dans la vitre de l'ascenseur si elles n'ont pas un poil sur le menton, se chamaillent avec leurs amoureux avant de se rabibocher, se font du souci à cause de la marmaille, bref, sont tout simplement terriblement humaines !
Ses dessins sont publiés en Amérique latine, au Portugal, en Italie, en Espagne et elle partage son temps entre Buenos Aires et l'Uruguay. Maïtena, la quarantaine, a les cheveux teints en blond. Avec son accent argentin et une modestie à faire p?lir bon nombre de dessinateurs, elle l?che : " Je n'ai pas de génie ni de talent pour le dessin ", avant d'expliquer pourquoi Vuillemin est son dessinateur préféré : " son dessin est très fort, très expressif, original ".
LE FIGARO ETUDIANT. - Pourquoi ce titre, Les Déjantées ??
MAITENA. - Les femmes ont beaucoup de combats à mener, elles veulent tout faire bien, gagner sur tous les plans, et ont fini par être un peu agitées du bocal. Les femmes pleurent, crient ; les hommes, au contraire, se grattent, ils ont des ulcères mais ne parlent pas.
Utilisez-vous le dessin comme une arme politique ?
J'ai commencé à travailler parce que j'avais besoin d'argent. J'étais très jeune et je ne savais rien faire à part dessiner. J'ai travaillé très dur mais j'ai toujours aimé le journalisme. Mon parcours a été difficile mais j'ai choisi celui-là car il avait l'avantage d'être amusant.
Votre travail se rapproche-t-il du journalisme ?
Les dessins que je fais pour le journal sont plus proches du journalisme que Les Déjantées. J'en fais un par jour pour La Nacion (journal argentin de centre droit, NDLR). Je traite la façon dont l'actualité se répercute dans la vie quotidienne des gens.
êtes-vous fan de Mafalda ?Oui ! Voilà 30 ans que Quino ne sort plus de nouveautés mais ses dessins sont toujours actuels. Des générations d'enfants ont lu Mafalda?Le dessin de Quino est très politique, social?Le mien aussi. Je ne parle pas de la politique dans ce qu'elle a d'anecdotique. Les Argentins ont beaucoup d'ironie et de sens de l'humour, c'est leur façon de supporter les crises. J'aime parler de ce qui arrive aux gens, les politiques argentins sont tellement sales que je préfère ne pas les nommer ni les dessiner.
Vous ne dessinez presque que des femmes, pourquoi ??Les femmes que je dessine parlent des hommes. Dessiner les femmes est amusant car elles sont plus jolies. L'Argentine est un pays très psychanalysé. Dans tous les pays d'Amérique latine, seul un petit groupe a accès à l'information, à la culture, à la santé et à l'éducation. La plupart des gens sont exclus du système. L'Argentine connaît des problèmes économiques à cause du paternalisme des Etats-Unis et du front monétaire.
Buenos Aires est un ghetto, la République argentine est un autre pays. La politique des dernières années ne permet plus la mobilité sociale qui existait auparavant. Il y a 50 ans, le fils d'un chauffeur de taxi pouvait devenir médecin, aujourd'hui, non. C'est même le contraire, les médecins deviennent chauffeurs de taxi?
Le dessin vous parait-il un bon moyen d'aborder les problèmes que connaît l'Argentine ?
Non, je n'ai pas cette prétention. J'essaie de faire sourire les gens, ils m'en sont d'ailleurs reconnaissants. On m'arrête dans la rue pour me dire que le premier geste est d'ouvrir le journal pour regarder mon dessin et, après, ils lisent le reste.
Vous êtes considérée comme le Plantu argentin ?
Non, car la maquette n'est pas la même. Il n'y a pas de dessin en première page, le mien se trouve en page humour, l'endroit le plus prestigieux.
Seriez-vous intéressée par faire de la BD de reportage sur la situation actuelle dans votre pays ?
Non. Je pourrais le faire exceptionnellement, tout dépendrait de qui écrirait le texte. Je ne suis pas d'accord avec la ligne politique du journal dans lequel je travaille. C'est très stimulant. Je me dis toujours qu'on ne va pas accepter mon dessin et il passe. C'est un défi. Je parle mal d'eux dans leur propre journal. Je critique dans mes dessins les gens qui achètent ce journal.
Que pensez-vous du fait que l'Europe parle très peu de la situation argentine ?
Nous sommes très loin et nous n'existons pas car nous n'intéressons pas l'Europe économiquement.
Dans la presse