« Gennaro se débrouille. Au besoin il magouille, il rend service. Gennaro veut seulement être un bon père pour ses enfants et puis il y a Pamela, sa femme. Ils sont bien ensemble. Lorsque l'on a 21 ans certaines choses de la vie nous échappent encore. Le monde de Gennaro lui échappe. Il n'est pas bête, non, il sait où il vit : Naples, le quartier, la Camorra et don Rafele, le parrain. Non, il n'est pas bête Gennaro. Un petit service de temps en temps, cela n'engage à rien et l'argent rentre. Mais Gennaro ne comprend pas tout. Du moins, pas tout de suite. Son «parrain» qui règne bien au-delà du quartier, l'ampleur que prend le trafic de drogue, le port qui est un grand marché aux missiles, les souterrains de Naples qui regorgent de lions affamés, les prostituées que l'on ne peut aimer. Alors viendra le moment où il s'apercevra que rendre service à la Camorra vous lie jusqu'à la mort, que la Finlande n'est pas assez loin pour fuir, que les morts pleuvent en pleine guerre des clans. Il verra, il sentira, il goûtera toute la noirceur de Naples et ayant beau pleurer comme un minot sous les étoiles attristées, la culpabilité lui collera à la peau telle l'écriture de Francesco De Filippo (si bien servie par la traduction de Serge Quadruppani !), indissociable de son récit. L'emploi du dialecte napolitain, l'usage du monologue intérieur, enferment un peu plus Gennaro dans cette ville sacrifiée dont la violence et la folie semblent ne devoir jamais s'arrêter. A l'image de ce personnage qui ne peut fuir, nous sommes sans cesse rattrapés par la langue, par ces mots qui nous encordent au bord de l'abîme. »
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