Publication : 03/03/2011
Nombre de pages : 112
ISBN : 978-2-86424-767-8
Prix : 8 €

Arthur et moi

Emmanuel ARNAUD

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Vous êtes en vacances en Espagne dans une tour de béton pourrie. C'est la Toussaint. Vos parents hésitent entre une soirée paella et le match de foot à la télé. Vous vous ennuyez, comme vous vous ennuyez le reste de l'année au lycée, avec votre copine, avec vos potes. Vous vivez une vie moyennement intéressante, une vie grise.
Alors, vous ouvrez un livre un peu par hasard. Ce sont Les Illuminations de Rimbaud. Soudain quelque chose vous arrive. Comme l'explosion d'une météorite, mais à l'intérieur. Un truc d'enfer. Une révélation. Vous regardez autour de vous. Rien n'a changé. Vous avez toujours le livre entre les mains. Brusquement, vous comprenez : la vraie vie est ailleurs.
Vous retournez au lycée, vos potes ne vous suffisent plus, vous lisez de la poésie, ce qui vous permet de séduire la plus belle de la classe, tout est plus vivant, plus fort.
Un roman tendre et ironique sur l’adolescence.

  • « C’est un tout petit texte, cent pages à peine en format de poche, un court roman qui s’adresse aux adultes qui furent ados et aux ad os qui deviendront adultes, autant dire à tout le monde, et qui rappelle à qui l’aurait oublié (ou feindrait de l’ignorer) que la littérature est une porte ouverte sur le monde.
    Dans Arthur et moi d’Emmanuel Arnaud, la littérature s’appelle Rimbaud, et elle va bouleverser à jamais la vie d’un gamin de banlieue dont l’horizon semble bouché. En lisant« Les Illuminations », il en a une, et tout change pour lui…
    Voilà, c’est tout (ou presque), c’est tout simple, écrit sans fioritures, sans grands discours, avec humour et tendresse, et cela dit l’essentiel : que les livres délivrent… »

    Librairie Vent de soleil (Auray)
  • « Dans la vie de Alexandre, tout est moyen : Courbevoie, sa ville, sa famille, son lycée, ses amis, sa petite copine. Jusqu'au soir où il ouvre un peu par hasard "Les Illuminations" de Arthur Rimbaud. Soudain, son quotidien bascule dans l'univers de la poésie. Alexandre découvre que la vérité est ailleurs. Une métamorphose qu'il garde jalousement secrète.
    Arthur et moi est une célébration de la jeunesse, de la poésie, de l'amour. Emmanuel Arnaud nous livre un récit jubilatoire ainsi que deux versions urbaines de "Aube" et "H". Une révélation. »

  • « Lisez et faites lire ce petit livre à vos ados rebelles : ils se précipiteront dans les rayons poésie des librairies (et non sur internet...), pour enfin être eux-mêmes !
    A tentez ! »

    Céline Favier-Privolt
    Librairie Gibert Joseph (Dijon)
  • « Très actuel, ce roman traite à la fois de l’émerveillement d’un adolescent pour la poésie et de l’attitude des jeunes envers un genre littéraire démodé. »
    Lynne Lee
    NOUVEL OBSERVATEUR
  • « Ce témoignage irrésistible et rock’n’roll rappelle que la poésie a des propriétés magiques et universelles. »
    Pamela Pianezza
    LE MONDE DES ADOS
  • « Un roman d’apprentissage par la poésie, drôle et rayonnant… »
    Sandrine Leturcq
    INTER CDI
  • «… ce roman est véritablement jubilatoire. »
    Marie-Danièle Racourt
    FOCUS VIF
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    Luc Monge
    LA SAVOIE. FR
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    Annabelle Hautecontre
    LELITTERAIRE.COM
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    COLIBRIJE.FR
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    CARNETDESEL.FR
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    Françoise Bachelet
    LIVRES-A-LIRE.NET
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    onomatopée
    ONOMATOPEE
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    MEDIATEUR CULTUREL ILE DE FRANCE.FR
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    LE CHOIX DES LIBRAIRES.COM
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    Brigitte Kernel
    FRANCE INTER « Noctiluque »

1.

Vous connaissez Courbevoie ? J’habite dans un quartier inconnu situé juste derrière La Défense qui s’appelle Le Faubourg de l’Arche. Il n’y a presque pas de magasins dans ce quartier, il est beaucoup trop neuf. Il y a juste un Mono-prix ouvert jusqu’à vingt-deux heures, pour les employés qui travaillent tard, une boulangerie pas bonne mais devant laquelle, vu que c’est la seule du quartier, on voit toujours une queue de cent mètres le dimanche matin, et deux ou trois faux restau-rants japonais (tenus par des Chinois).

Courbevoie, de manière générale, c’est une ville moyenne : moyennement connue, moyennement peuplée, moyennement belle (convenable par rapport aux cités de banlieue, mais un peu moche par rapport à certains purs quartiers de Paris), et enfin, moyennement intéressante (à Courbevoie, il n’y a rien, sauf une vieille médiathèque, un club de plongée, un cinéma qui passe les films avec deux mois de retard et une salle de spectacle ridicule qui s’appelle, sans qu’on sache pourquoi “L’espace Vrupeaux”). Les Courbevoisiens, enfin, tous ceux que je connais, sont d’ailleurs des gens assez moyens.

C’est pourquoi, sans surprise, mon lycée, le lycée Blaise Cendrars, situé à Courbevoie, est lui aussi de niveau relativement moyen. Il y a peut-être parfois des bons élèves qui y passent, c’est en tout cas ce que dit le proviseur à chaque réunion de parents d’élèves, mais, ils ne restent pas longtemps. Très vite, on les voit monter à Paris. Et, finalement, je dirais que dans l’ensemble notre lycée n’est pas très éloigné de l’image qu’on se fait d’habitude d’un lycée de ZEP.

Niveau famille, mes parents sont sym-pa-thiques, ils s’appellent Dior, comme le parfum, ils travaillent tard, ils me font confiance. Pour les vacances de la Toussaint, tous les ans, on va en Espagne, dans une ville qui s’appelle Benidorm. L’Espagne, au départ, bêtement, je me disais, va y avoir plein de toreros partout galopant dans les rues, des danseuses de fla-menco, de la paëlla à foison, une ambiance de fête perpétuelle. Rien à voir. À Benidorm, il n’y a rien que des tours, toutes pareilles, comme à La Défense. C’est un peu La Défense-sur-mer. Et, à la Toussaint, y a per-sonne dans ces tours, juste moi et mes parents, dans un petit deux-pièces, au trei-zième étage de la tour El Fuego du boulevard de la Mer. C’est sinistre. L’appart n’a presque aucune fenêtre. Le soir, c’est à peine si on peut lire. De toute façon, tous les apparts sont pareils dans cette tour : un petit balcon, avec une chaise longue pour bronzer (mais, à la Toussaint, c’est pas possible, il fait trop froid), des stores cassés, une télé noir et blanc, et, en bas, une supérette, La Cocina. La différence avec Le Faubourg de l’Arche n’est pas flagrante. Juste quelques restos de paëlla, quand même ouverts à la Toussaint, mais pour y aller, faut se rendre jusqu’à la plage, donc prendre la voiture. Une autre différence : à Benidorm, contrairement à la Défense, il y a un quartier allemand. On y trouve des pubs, des res-taurants et des supermarchés tous purement allemands, avec plein de vrais Allemands dedans qui ne consomment que des produits allemands.

Le soir, comme y a rien à faire, on reste à la maison. “On est tranquille”, comme dit mon père. Mes parents s’occupent de leur côté, et moi, je lis.

Stop. Arrêtez la bobine.

C’est là que j’ai eu la révélation, préci-sément à ce moment-là. Ma mère choisissait ses vêtements en vue d’une sortie qu’on avait programmée pour le lendemain (juste un dîner dans un restaurant de paëlla près de la plage, comme d’habitude). Mon père regardait à la télé un match de foot de la Liga (le cham-pionnat de foot espagnol de première division ; Séville contre le Barça, je crois). Il était énervé. Il se plaignait que, sur cette télé noir et blanc, on n’arrive pas à distinguer les équipes. Et moi, j’étais en train de lire pour la première fois de ma vie “Aube”, un poème des Illu-minations d’Arthur Rimbaud.

J’ai été saisi par le froid. De manière sou-daine, imprévue, presque effrayante… Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. J’ai relu quelques lignes. et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit. J’ai regardé le plafond de ma chambre, un instant, pour être sûr. Je ris au wasserfall blond qui s’éche-vela à travers les sapins. Il n’avait pas bougé, toujours blanc, avec des écailles de pein-ture sur le point de tomber, comme dans ma chambre à Courbevoie. à la cime argentée je reconnus la déesse. J’avais l’impression d’avoir brusquement été projeté dans une autre galaxie. J’étais dans une tour en béton pourrie en Espagne, j’éclairais péniblement mon livre avec une petite lampe de chevet jaunâtre, et quelque chose était soudain arrivé. Un événe-ment tel que je n’en avais jamais connu dans ma vie. À l’intérieur, l’explosion d’un météorite.

Une demi-seconde après avoir fini la lecture du poème, brusquement, mon père a crié du séjour que, puisqu’il était ce soir décidément impossible de regarder le match, on n’avait qu’à aller au restaurant. Ma mère était ravie. Moi, je naviguais dans l’hyper espace, entre la cuisine et le salon, en regardant d’un air stupide mon bouquin, sur ma table de chevet. On a marché jusqu’à la voiture. On s’est retrou-vés dans un parking souterrain, près de la plage. Je repensais à la grande cathédrale de La Nuit étoilée, le tableau de Van Gogh qui fait la couverture de mon édition de Rimbaud, dans la collection “Les grands textes classiques” à un euro cinquante : un pic vers le ciel au-dessus duquel des boules de feu s’enroulent. Ma mère a ouvert la portière de la voiture et m’a demandé : “Alexandre, tu as faim ?” Je suis revenu sur terre.

On m’avait auparavant tellement de fois expliqué que Les Illuminations, “c’est impos-sible à comprendre à ton âge”, “il faut attendre au moins dix-huit ans pour commencer à en déceler les nuances”, “tu ferais mieux d’abord de te familiariser avec les premières poésies de Rimbaud”, genre “Les étrennes des orphelins”, etc., puis, à la rigueur, tenter, sur le coup de dix-sept/dix-huit ans, de lire Une saison en enfer. On m’avait tellement dit de conneries que je tremblais presque en ouvrant ce bou-quin… J’avais trop peur de ne pas comprendre. Remarque, me dire ça, en même temps, ça me donnait une envie énorme d’essayer. Ça m’attirait, comme un défi. Pourquoi attendre ? Attendre quoi, d’ailleurs ? Attendre que mon esprit soit assez “mûr” ? C’est ce qu’ils voulaient dire, tous ces corbacs ? Mûr de quoi ? D’avoir gobé assez de cours bidon de M. Jeanbois (c’est notre prof de français) ou d’avoir glandé devant la télé assez longtemps dans ma vie ? Et puis, je le connais, le coup du “Tu ne compren-dras pas. Pam pa dam. Tu es trop jeune. Pam pa dam. Attends donc un peu !”. On me l’a déjà fait. Quand j’avais douze ans, j’ai eu un jour le malheur de dire à ma grand-mère que j’avais lu Le Rouge et le Noir, de Stendhal, et, pire, que j’avais aimé. Qu’est-ce que je n’ai pas entendu ! À douze ans, oser lire Stendhal ! Mais voyons, et qu’est-ce que tu as compris, mon petit ! Petit rictus plissé à l’appui. Et d’ameuter toute l’assistance, oncles et tantes, connais-sances, voisins : “Lire Stendhal ! Vous vous rendez compte ! À son âge ! Vraiment, ses parents devraient un peu plus contrôler son édu-cation, à cet enfant…”. Vieille conne. Grand-mère ou pas. Je m’en fous. Je l’ai haïe. Parce qu’elle m’avait fait mal, parce que, naïf comme j’étais à cette époque, je l’ai crue, j’ai eu des remords, j’ai vraiment un temps été persuadé que je n’avais “rien compris” à ce roman. Par la suite, lorsque je me suis rendu compte que ce que j’avais ressenti à sa lecture était la vérité, notam-ment celle que ce pauvre Jean-bois essaie encore aujourd’hui de vague-ment nous expliquer en cours, je me suis promis de ne plus jamais croire les corbacs. Peut-être que pour eux, Stendhal à douze ans, c’est inadapté. Pas pour moi. C’est pour ça qu’avec Les Illuminations, je n’ai pas hésité. Je savais que le séjour à Benidorm serait sinistre. Je me suis dit que c’était le moment idéal, isolé, tranquille, pour ouvrir ce bouquin pour la première fois.

J’ai donc ouvert le livre à une page au hasard, pendant que mon père regardait la Liga, et je suis tombé sur “Aube”.

Né en 1979, Emmanuel ARNAUD vit à Paris. Il a publié des romans pour la jeunesse aux éditions du Rouergue.

Vous pouvez le contacter à l'adresse emmanuelarnaud.contact@gmail.com ou visiter son blog .

Bibliographie