Publication : 01/01/2000
Nombre de pages : 656
ISBN : 9782864249207
Prix : 23 €

Lanark

Une vie en 4 livres

Alasdair GRAY

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Langue originale : Anglais (Ecosse)
Traduit par : Céline Schwaller

Lanark est amnésique, il erre dans un monde en pleine décomposition et ne s’intéresse qu’à la lumière ; désespéré, il se suicide et reprend pied dans un univers de science-fiction où il devient thérapeute de dragons, retrouve une femme qu’il aime et découvre sa véritable identité. Lanark est un jeune peintre du Glasgow des années 60-70 obsédé par son travail. Au cours d’aventures étranges, il se trouve confronté à son créateur : l’écrivain… et négocie avec lui son destin.

Passant de la science-fiction au récit réaliste avec un humour voisin de celui de Beckett ou de F. O’Brien, Alasdair Gray montre qu’on peut en littérature avoir des buts on ne peut plus sérieux et être drôle, écrire une œuvre déroutante tout en tenant le lecteur en haleine de bout en bout. Il joue un rôle essentiel dans la rénovation de la littérature britannique, il use de l’hybridité culturelle, du mélange des genres et fait de Glasgow une re-création littéraire qui lui donne sa place auprès de Dublin ou de Londres.

 

« Une véritable chef-d’œuvre de la littérature anglo-saxonne. »

Marianne

« Il était temps qu’on découvre enfin le travail de cet Ecossais. S’il ne fallait retenir qu’un livre de cette rentrée littéraire, le voilà ! »

Les Inrockuptibles

« Ce livre ludique mêle avec une belle intelligence le réel, le fantastique, le roman d’apprentissage et le réalisme social. »

Lire

  • Thaw, étudiant souffreteux et complexé, erre dans les rues du Glasgow des années cinquante. Lanark, son double, parcourt les labyrinthes d'un monde onirique. Quel est le point commun entre ces deux personnages ? Le génie de leur créateur. Inclassable, protéiforme, monumental : les adjectifs se bousculent pour célébrer Lanark qu'Alasdair Gray, par ailleurs peintre et décorateur de thé?tre, a mis près de trente ans à écrire. A la fois roman d'apprentissage, politique-fiction, farce swiftienne, il mérite de rejoindre Ulysse, Le ch?teau et 1984 au panthéon des grands livres du XXème siècle.

  • « Lanark, fondement et sommet de la littérature écossaise. »
    Claire Devarrieux
    LIBERATION
  • « Un livre à nul autre pareil, un extravagant chef-d'œuvre. Un roman inclassable d'une puissance et d'une invention prodigieuse. »
    Michel Abescat
    TELERAMA
  • "Lanark est un jeune homme qui ne s'intéresse qu'à la lumière, un urbain qui erre dans une ville froide et noire, un amoureux transi et prêt à tout, un surdoué du doute et qui marche obstinément. Lanark d'abord se tient dans un café. Puis le monde bascule, s'élève, redescend et revient sur lui-même. L'atmosphère est en noir et blanc, l'écriture limpide, le périple captivant. Pour être plus précis, disons que Lanark se suicide, reprend pied dans un univers de science-fiction, soigne des dragons et retrouve la femme qu'il aime. Disons surtout que ce livre ludique mêle avec une belle intelligence le réel, le fantastique, le roman d'apprentissage et le réalisme social. Car nous sommes à Glasgow, autrement dit loin des pelouses vertes des campus américains ou des traits d'esprit des yuppies londoniens. L'univers est glauque pour de vrai, le tramway presque vide, le froid une expérience physique et les châteaux nimbés de brume sur la lande violette hors sujet. Avec ce grand roman des grands ensembles industriels et oniriques publié en 1981, Alasdair Gray, né en 1934 et peintre par ailleurs, est devenu le père fondateur de l'école de Glasgow que l'on commence à découvrir en France (James Kelman, Tom Leonard, Ian Rankin, Iain Banks). Finis le phrasé bourgeois, les descriptions pudibondes, le sentimentalisme populaire et la paysannerie chantante. Finie aussi la narration linéaire traditionnelle. Tout en restant inscrits dans une culture populaire fondée sur le plaisir du lecteur et la représentation de personnages "ordinaires", les Ecossais, depuis Lanark, réinventent, tête la première, un réel tout à ses labyrinthes."
    Catherine Argand
    LIRE
  • Texte polymorphe et inattendu, balayant un spectre allant du récit réaliste à la science-fiction, Lanark apparaît comme un roman d'une noirceur peu commune. Touffu dans son intrigue aux détours inévitables, le texte nécessite un effort conséquent de lecture. Il est des pavés qu'il vaut mieux entamer après son retour de la plage. Une longue semaine de pluie serait le temps idéal pour se consacrer à celui-ci. écrit en 1981, Lanark est avant tout une fiction captivante, qui révèle sa dimension philosophique au fil des pages. Non que le sens du roman nous soit dissimulé -l'auteur en personne éprouve le besoin d'entrer dans son récit pour l'interpréter lui-même-, mais les directions qu'emprunte l'écrivain pour faire aboutir son chantier d'écriture sont de natures si diverses qu'il faut du temps pour parvenir à déchiffrer l'ensemble, à prendre conscience de sa portée. Car l'univers qu'Alasdair Gray, né en 1934, tente d'injecter dans son roman, est vaste. Le présent de notre terre se révèle rapidement trop étroit pour accueillir toutes les sensations qui sont en jeu. Qu'à cela ne tienne, l'écrivain met en place deux plans narratifs distincts dans Lanark, le second étant une forme de prolongement temporel du premier. D'un côté, il y a un récit très réaliste, décrivant l'enfance et le passage à l'âge adulte de Duncan Thaw, peintre en devenir, dans le Glasgow des années 50-60. De l'autre s'étend la vie de Lanark, errant dans un monde du futur, passant d'un "Institut" inquiétant, qui rappelle l'hôpital du Rendez-vous secret de Kôbô Abe à un "Conseil" qui administre un univers en fin de course. Lanark et Duncan Thaw ne forment qu'une seule personne en réalité. Thaw, après avoir décidé de mettre fin à ses jours, devient Lanark, le plus naturellement du monde. Le jeune peintre s'est débattu en vain, dans l'incompréhension générale, tentant de faire face à un mal-être profond et sans issue. Quant à Lanark, il évolue dans un univers de science-fiction qui rappelle notre société et met en évidence les dangers de son fonctionnement. Il y sévit par exemple une curieuse entité, désignée sous le nom de créature, qui "nous emploie à fabriquer des choses essentielles de mauvaise qualité afin que celles-ci se délabrent rapidement et doivent être remplacées. Elle soudoie le conseil afin que celui-ci détruise les choses bon marché qui ne rapportent aucun profit pour les remplacer par des choses chères qui en rapportent. Elle nous paie pour fabriquer des choses inutiles et emploie des scientifiques, des médecins et des artistes pour nous persuader que ces choses sont essentielles." La décision de la mort n'est pas vécue comme une délivrance ici. Elle déclenche le passage dans le monde de l'anticipation. Il n'existe donc aucun répit. Comme si après la mort, le pire restait à venir. Les phrases de Gray s'abattent parfois comme de lourdes lames : "Il est important de tuer l'espoir lentement, afin que le perdant ait le temps de s'adapter inconsciemment à la perte. Nous essayons de maintenir l'espoir en vie jusqu'à ce qu'il ait consumé la vitalité qui le nourrit." L'alternance entre fiction et réalité est le moteur de l'oeuvre. Le fantasme et le vécu, le sommeil et l'éveil, des modes de perceptions contraires s'affrontent constamment et poussent les personnages au bout de leurs forces. Sans difficulté, Alasdair Gray passe d'un monde à l'autre, plie ses figurines et les fait évoluer dans les décors qu'il pense les mieux appropriés. Le roman en devient presque confus parfois, délirant à certains moments, mais au final, il se révèle visionnaire. Car il faudrait encore considérer tout l'espace contenu entre les deux plans narratifs. L'auteur ne se contente pas de pousser des portes. Les frontières qu'il met en place sont poreuses, laissent passer les visages d'un univers à l'autre. Elles prennent la forme de routes, de tunnels ou de couloirs interminables et donnent lieu à de longues expéditions. Le passage d'un monde à l'autre est à chaque fois une épreuve pour celui qui l'effectue. Le texte de Gray est toujours éprouvant, physique, douloureux, construit à l'image du mal-être qui habite tous les personnages. Duncan Thaw est asthmatique, rongé par l'eczéma. "Thaw était complètement pris par la maladie, à présent. Il la sentait évoluer en lui comme une guerre civile sabotant sa respiration et lui accordant juste assez d'oxygène pour ressentir la douleur, l'impuissance et le dégoût de lui-même." Rien n'est possible pour le jeune peintre, excepté l'art. Le reste s'apparente à un désastre. Ses rapports avec les femmes sont pitoyables. "Il s'allongea sur les planches, ses idées retournant à Marjory avec perplexité, comme une langue retourne à un trou s'ouvrant à la place d'une dent arrachée." On peut être tenté de considérer Lanark comme une réflexion sur le genre de l'autobiographie, puisque l'auteur intervient dans un épilogue curieusement enchâssé dans le corps du roman pour retracer les étapes de son travail : "Mon premier héros s'inspirait de moi-même. J'aurais préféré quelqu'un de moins précis, mais mes entrailles étaient les seules sur lesquelles j'avais pu mettre la main." Mais Lanark est bien plus, un texte-monde, qui semble ne pas avoir de limites. Il est chargé, entre autres, d'une somme d'images considérable qu'il serait impossible d'emmagasiner dans son intégralité. Pour guider le lecteur et parer à toute incompréhension, Gray choisit d'intervenir dans son propre récit. Il y discute un moment avec le personnage principal et cite en marge les passages des romans qu'il avoue avoir plagiés, insérant des notes critiques "qui épargneront aux chercheurs universitaires des années de labeur." Au centre d'un noir profond, l'auto-dérision pointe par petites touches, avec une teinte qui n'est pas sans rappeler Beckett.
    Benoît Broyart
    LE MATRICULE DES ANGES

Originaire de Glasgow, Alasdair Gray reste attaché à cette ville où il est né en 1934. Après avoir étudié à la Glasgow School of Arts, il devient peintre décorateur de théâtre puis professeur aux Beaux-Arts.
Son œuvre littéraire est toute entière imprégnée par l’image de Glasgow et par le graphisme qui accompagne souvent ses écrits. Au début des années 1970, Alasdair Gray réunit autour de lui un groupe d’écrivains à la sensibilité littéraire commune et forme « L’École de Glasgow » avec James Kelman et Tom Leonard. Dans les années 1980, ils ont largement contribué à faire de Glasgow un des centres de création culturelle les plus bouillonnants de la Grande Bretagne.
S’inscrivant dans une tradition écossaise de réalisme social (mais en la prenant à contre-pied) Alasdair Gray joue un rôle important en bousculant les vieilles habitudes littéraires et linguistiques. La dimension humoristique est souvent, elle aussi, essentielle dans ses écrits.

Il écrit Lanarck en 1981 puis, entre autres Pauvres créatures (Poor Things, Londres, 1992, récompensé par le « Whitbread Award »), et Anthology of Prefaces.

Bibliographie