Publication : 11/03/2010
Nombre de pages : 368
ISBN : 978-2-86424-708-1
Prix : 21 €

Melodrama

Jorge FRANCO

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Titre original : Melodrama
Langue originale : Espagnol
Traduit par : Bertille Hausberg

Vidal, un joli garçon colombien, a invité sa très jeune mère à Paris. Il a un plan : faire épouser Perla, mal élevée, agitée, rebelle, en principe la femme la moins faite pour cela, par son ami et protecteur raffiné, le vieux comte Adolphe de Cressay. Ce qui permettrait à ce dernier de tenir la promesse qu’il a faite à sa femme sur son lit de mort, faire de Vidal leur héritier pour le récompenser de la façon dont il a su l’aider dans sa longue agonie.

Chapitrée et contrôlée par Vidal, Perla joue son rôle auprès du comte, jusqu’à ce que la mort accidentelle du vieil homme soit remise en cause par son sinistre neveu, Clementi, bien décidé à empêcher ces parvenus d’hériter de la fortune familiale. Vidal, malade du sida, ne peut plus lutter et hante l’appartement et le roman comme un fantôme, tandis que Perla et Anabel, son esclave depuis l’enfance, vont devoir livrer des batailles qui feront exploser toute bonne éducation.

A cette intrigue pleine d’équivoques et d’ambiguïté se mêle une galerie de personnages inoubliables. Mélodrame classique fait d’intrigues et de suspense, ce roman dépasse le genre par l’actualité de son point de vue.

  • « Humour et fantaisie pour parler du sida, cela semble une gageure, et c’est pourtant ce que réussit parfaitement Jorge Franco dans son Melodrama, une histoire apparemment très embrouillée, c’est la loi du genre à la mode au milieu du XIXe siècle que parodie Franco pour mieux le magnifier, mais dans laquelle tout se résout à la fin. »
    Christian Roinat
    ESPACES LATINOS
  • « Les savantes machinations se heurtent souvent à un grain de sable. Le lecteur est ainsi baladé des deux côtés de l’Atlantique dans un barouf extravagant. »
    Alain Favarger
    LA LIBERTE
  • « L’auteur met l’excentricité de sa narration au service de la peinture d’une société en décomposition, prise, depuis les années 80, dans la spirale d’un double cataclysme : l’apparition du sida et l’explosion des fléaux du narcotrafic. [...] Chacun voulut alors danser avec elle, s’enrichir avec elle sans se soucier des désastres qu’elle occasionnait au passage. […] Melodrama, le titre de ce troisième ouvrage de Jorge Franco, résume bien l’atmosphère chavirée, feuilletonesque, délétère et tragique qui règne tout au long de ces pages souvent magnifiques. »
    Claire Julliard
    SITE DU CNL
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    Gary Nicolas
    ACTUALITTE.COM

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C’est bizarre, très bizarre et difficile à comprendre de s’entendre dire qu’on est malade quand on se sent parfaitement bien. La maladie est là, furtive et sournoise, et elle te perfore à l’intérieur comme un prisonnier qui creuse et creuse toutes les nuits, sans faire de bruit, jusqu’au moment où il réussit à sortir à l’autre bout du tunnel.
Comment annoncer ce qu’on venait de m’annoncer alors que, malgré la mort au fond de moi, je continuais à me voir et à me sentir beau ? Qui allait croire que je commençais déjà à me décomposer de l’intérieur ? Rien ne trahissait la maladie, pas même la petite tache sur mon cou, cette petite tache que Perla avait prise pour la trace bleue d’un baiser, ce qui lui avait fait piquer une crise de jalousie à l’idée d’une autre bouche sur ma peau. Elle avait montré mon cou et, furieuse, m’avait demandé : qui t’a fait cette cochonnerie ? Et moi, ignorant de quoi elle me parlait, j’avais dû me regarder dans la glace et chercher la tache. Elle était encore très petite, beaucoup plus petite que la trace d’un baiser. Perla avait insisté : c’est qui ? Je l’avais regardée dans le miroir et lui avais répondu : j’en sais rien. Ça m’avait fait rire et elle m’avait donné une tape dans le dos. Ce doit être un bouton ou un poil enkysté, mais Perla était déjà sortie de la salle de bains. Ce n’était ni un baiser ni la morsure d’une personne incapable de résister à la tentation de mon cou. La petite tache n’a pas disparu, elle a augmenté. Alors j’ai dit à Perla : ce doit être un poil qui a poussé vers l’intérieur et s’est infecté, elle a levé les sourcils, pincé les lèvres d’un air mécontent et m’a dit : tu parles d’un poil, avant de me suggérer d’aller me le faire enlever. C’est ce que j’ai fait et ce n’était pas un poil, ni un bouton d’acné, ni le baiser que Perla avait imaginé, ni rien dont on puisse venir à bout avec une crème ou enlever avec des pinces. La petite tache est restée là, le sarcome, comme a dit le médecin. On dirait un sarcome de… Et il m’en a donné le nom mais je l’ai oublié ; ça m’a fait penser au nom d’un joueur d’échecs russe et j’ai essayé de m’en souvenir tout en tournant sans but autour de la Place des Vosges après avoir appris la vérité. Ils m’ont dit : ce n’est pas un poil, ils m’ont ordonné de faire plusieurs examens et m’ont demandé de revenir dans quatre jours, mais je n’avais pas l’intention de le faire, j’ai acheté du fond de teint couleur peau, j’ai caché la tache et je n’ai plus reparlé de la chose jusqu’au moment où ils m’ont appelé pour aller chercher mes résultats.

(– D’où diable sors-tu cette histoire ? me demande-t-elle.
– Une partie vient de mes souvenirs, une autre de ce qu’on m’a raconté et le reste, je l’invente.
– Et ça ne te gêne pas de raconter des mensonges ?
– L’important, c’est de laisser une trace de notre histoire. J’entrerai en jeu au gré de ma fantaisie. Plus tard, quand on la lira, on croira que celui qui l’a écrite se trouvait là et en était le témoin.
Elle insiste :
– Mais ce sont des mensonges.
– Je me fie davantage à l’imagination qu’à la réalité. Et puis, toute personne qui raconte invente.
– C’est bien ce que je dis : ce sont des mensonges.
– Ça, c’est vrai.)

Jorge Franco est né à Medellín en 1962. Il a étudié la mise en scène à l’école internationale du film de Londres et la littérature à Bogotá, où il a également participé à plusieurs ateliers d’écriture. Il connaît un succès fulgurant avec son troisième roman, La Fille aux ciseaux (1999), qui le propulse brusquement sur la scène internationale – il est traduit dans une dizaine de langues et le film qui en est tiré (sous le titre Rosario) réunit 500 000 spectateurs en deux semaines, du jamais vu en Colombie ! Le roman suivant, Paraíso Travel (2002) est également adapté au cinéma. En 2014, Le Monde extérieur, situé dans Medellín à la veille du basculement dans la violence, remporte le très prestigieux prix Alfaguara.


"Voilà l’un des auteurs colombiens auquel j’aimerais passer le flambeau"
Gabriel García Márquez

Bibliographie