Publication : 01/04/2010
Pages : 330
Grand Format
ISBN : 978-2-86424-738-8
Couverture HD

Sauver le monde

Julia ALVAREZ

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21 €
Titre original : Saving the world
Langue originale : Anglais
Traduit par : Catherine de Leobardy

En 1805, Isabel Sendal y Gomes dirige un orphelinat à La Corogne dans le nord de l’Espagne. Sa vie va être bouleversée par l’arrivée de Francisco Xavier Balmis, médecin chargé par le roi d’Espagne de faire le tour du monde pour vacciner les populations des colonies contre la variole. Pour ce faire il a besoin de trente-deux orphelins porteurs de la vaccine. Isabel, qui a été défigurée par la variole, va s’engager dans cette lutte contre ce mal qui a, dès la conquête de l’Amérique, décimé 85% des populations indiennes. Isabel s’embarque à bord de la goélette pour s’occuper des orphelins. Cette femme sans fortune ni famille découvre dans l’immensité de sa mission une raison de vivre: sauver le monde du fléau. Isabel a existé mais elle est ici la création d’une romancière en panne devant la commande de son éditeur : une saga familiale. Alma est professeur dans une université, née en République dominicaine, elle souffre du blues de la cinquantaine, elle se sent hors du monde. Son mari part tester un vaccin contre le sida dans une région pauvre de Saint-Domingue et là, alors qu’il entamait un projet de développement durable, il est pris en otage. Alma, désespérée, se rend sur place en se cherchant elle aussi une mission comme ce personnage de fiction qui la hante et va devenir son seul soutien dans cette épreuve. Cependant ces deux femmes sont marquées par ce décalage entre leur idéalisme et leur sensation de ce qu’a de dérisoire leur effort face à l’étendue des dégâts. Avec une grande habileté dans la construction des différents plans de la narration et un vrai talent de conteuse d’histoires haletantes qu’on ne peut abandonner, Julia Alvarez écrit un roman passionnant qui parle de dérision, de courage et du rapport qu’entretient un créateur avec ses personnages. Le lecteur vit deux aventures parallèles prenantes en compagnie de deux femmes remarquables aux prises avec le monde.

  • « Julia Alvarez écrit peu, mais c’est chaque fois un grand bonheur ! Après avoir évoqué magnifiquement la résistance à la dictature dans son pays d’origine, la Dominique (Au temps des papillons), elle s’attaque ici à un pan de l’histoire de la colonisation espagnole des Amériques, à travers un autre personnage fort : Isabel, celle qui veille sur ses "enfants" orphelins et qui va tenter de sauver le monde de ce début du 19ème siècle du fléau de la variole. Vu par Alma, double de l’auteure, ce personnage historique méconnu va prendre toute son ampleur romanesque. A deux siècles d’intervalle, les deux femmes sont confrontées aux mêmes questionnements : l’amour, l’humanisme, la générosité peuvent-ils "sauver le monde" ? et leur propre vie ? »

    Marie-Aube
    LIBRAIRIE LA CARLINE (Forcalquier)
  • "La Dominicaine Julia Alvarez permet à un évènement oublié de la grande Histoire – le départ pour les colonies de vingt-deux orphelins espagnols porteurs de la vaccine de la variole – de devenir une belle histoire de bravoure et de rédemption."
    Victor Dillinger
    L’AMATEUR DE CIGARE
  • « Avec Sauver le monde, qui frappe par sa belle épaisseur romanesque et son intensité dramatique, Julia Alvarez signe une œuvre rare appelée à résonner longtemps dans l’imaginaire du lecteur. »
    Alain Favarger
    LA LIBERTE
  • « L’Américano-Dominicaine Julia Alvarez croise, dans Sauver le monde, deux destins de femmes idéalistes, En Espagne en 1803 et de nos jours dans le Vermont. […] Les destins d’Alma et d’Isabel, si différentes à l’origine, se parlent avec une insistance grandissante au fil du roman, lui donnant une résonance envoûtante et intrigante. Sur les désillusions de l’idéalisme humanitaire, sur les affres que l’âme humaine traverse parfois, sur un épisode méconnu de la conquête du Nouveau Monde, un roman unique. »
    Isabelle Falconnier
    L’HEBDO

1

L’automne de ses quarante-neuf ans, Alma est prise d’une morosité dont elle ne semble pas parvenir à se dégager. C’est la fin du mois de septembre ; elle n’a pas encore cinquante ans, mais elle fait comme si, dans l’espoir de se débarrasser au plus vite de ces festivités et de la ménopause. Ce n’est pas le sentiment de sa finitude qui lui pèse. En fait, elle est même triste de lire que les femmes de son espèce (actives, minces, végétariennes, mariées) sont susceptibles de vivre jusqu’à quatre-vingt-dix ans et plus. Elle devrait probablement se réjouir d’avoir encore la moitié de sa vie devant elle. Au contraire, elle se demande plutôt qui, dans les gens de son entourage qu’elle aurait plaisir à voir, sera encore vivant quand elle sera vieille. Richard, son mari, toujours sur­mené, toujours à courir derrière un projet, ne vivra probablement pas jusque-là ; Tera, sa meilleure amie, obèse et activiste politique enragée, mourra probablement avant elle ; sa voisine, Helen la sainte, qui a déjà plus de soixante-dix ans, il y a peu de chance qu’elle soit encore là. Jour après jour, Alma a le sentiment aigu d’être vraiment perdue. Plus tôt dans l’année, elle est allée consulter le psychiatre local, un homme très petit avec un visage trop grand qui lui rappelait celui de Beethoven après sa surdité. Elle lui avait expliqué qu’elle avait l’impression qu’un tourbillon obscur lui tombait dessus, comme un écoulement d’eaux sales dans des canalisations ou le vol des oiseaux dans le film d’Hitchcock. Le médecin, qui prenait des notes, avait relevé la tête. Il était jeune ; il n’avait probablement pas vu le film. –?Quelle sorte d’oiseaux ? avait-il demandé. Au moins, il fait les choses à fond, avait pensé Alma. Il avait posé beaucoup de questions, comme s’il cochait une longue liste sur son calepin – si Alma avait parfois envie de se tuer, si elle avait un fusil à la maison (Richard conservait un vieux fusil de chasse en bas, dans la cave, dont il se servait de temps à autre contre les ratons laveurs et les marmottes qui envahissaient son jardin), s’il s’était produit un événement fâcheux dans la famille. Alma s’était efforcée d’être précise et de lui donner les renseignements qu’il demandait. Elle était déconcertée par cette humeur noire mais cela ne l’empêchait pas de croire que la science médicale, en la personne du docteur Payne (incroyable, mais c’était son nom), pouvait l’aider à retrouver son ancien moi. Mais après quelques mois et malgré ce qu’elle considère comme l’échec successif de tous les antidépresseurs prescrits par le docteur Payne, elle est “mieux” mais tout le temps abrutie ; elle dort bien mais ne peut plus supporter l’odeur des narcisses que Richard lui rapporte ; rien ne la touche vraiment, même l’ultimatum que lui envoie son agent, Lavinia, concernant le roman pour lequel elle est en retard. Elle entame sa troisième année de retard. Un après-midi qu’elle décide de se faire une beauté avant le retour de Richard, elle va à la salle de bains, ouvre le placard et ramasse tous les flacons de médicaments qu’elle a accumulés ces derniers mois et, curieusement, au lieu de les faire disparaître dans les toilettes, elle met son manteau et se dirige vers à la rangée d’arbres qui borde la propriété. Elle creuse un petit trou dans le sol avec sa botte et verse le contenu des fioles – il y en a pour une centaine de dollars, à coup sûr – puis elle met de la terre par-dessus. Elle craint que les cerfs, les ratons laveurs ou les marmottes ne trouvent ce trésor et ne se droguent, devenant ainsi une cible facile pour le premier venu armé d’un fusil de chasse, qui pourrait même être Richard. Alma se dit qu’elle est encore capable de penser à ces détails. Elle roule une grosse pierre sur le trou, l’entoure avec les flacons vides plantés tête en bas dans la terre (le sol n’est pas encore gelé) et attend comme si ce moment devait se conclure par une cérémonie. Mais elle n’a pas d’idée, elle reste donc debout quelques minutes encore avant d’être ramenée à la maison par l’obscurité et le froid. Elle ne dit rien à personne, ni à Richard ni à Tera, chez qui elle perçoit bien une impatience devant la persistance de sa tristesse. Tera est comme toujours engagée dans une de ses causes – contre la guerre, contre les mines, contre ce qu’on veut – et toute confession de la part d’Alma entraînerait aussitôt une invitation à la rejoindre dans la lutte. Mais Alma sait que son problème ne peut pas se résoudre par des rassemblements pour la paix et des actions politiques. Donc elle ne dit rien à Tera non plus. (Autre signe que son instinct est encore fiable : elle sait à qui parler et surtout à qui ne pas parler.) Il est clair que Tera désapprouve. Nous avons tous une fichue chance ; c’est une de ses expressions, qui est gravée dans la tête d’Alma. La dépression n’est qu’une ma-la-die (elle scande le mot comme ça) des pays industrialisés. Tera est la meilleure amie d’Alma depuis qu’elle s’est installée dans cet état rural il y a une vingtaine d’années, quand elle était encore assez jeune pour être considérée comme une pauvre enfant, pas comme une âme perdue. Aujourd’hui Alma a vieilli et, au fur et à mesure qu’elle prend de la distance avec les choses, elle observe Tera qui passe sa vie à militer, à faire le piquet de grève, à aller manifester à Washington avec son compagnon, Paul, contre toutes les atrocités qui se présentent ; l’Internet a considérablement contribué à l’alimenter en horreurs. Alma considère Tera comme elle regarderait un film, un bon film, mais qu’elle a déjà vu plusieurs fois et qui, de ce fait, l’ennuie un peu.

Julia Alvarez est née en 1950 à Saint-Domingue. Elle passe les dix premières années de son enfance à Saint-Domingue. Puis elle quitte l’île en 1960 pour New-York, son père étant impliqué dans un complot contre le dictateur Trujillo. Elle vit actuellement dans le Vermont où elle enseigne la littérature. Elle a monté avec son ami une ferme littéraire, Alta Gracia.
Elle publie en 1991 son premier roman, How the García Girls Lost Their Accents.

Bibliographie