Publication : 30/08/2012
Nombre de pages : 480
ISBN : 978 2 86424 841 5
Prix : 22 €

Ethnologie de la porte

Pascal DIBIE

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Qu’est-ce qu’une porte ?
Dans sa définition même elle implique l’existence d’un "dehors", autrement dit de ce qui est "hors de la porte". Nous y sommes : la porte est d’abord vue de l’intérieur de la maison par celui qui s’y inscrit... A partir de là tout est à penser : le dedans, le dehors, l’ouvert, le fermé, le bien-être, le danger, et c’est pour elle que nous nous sommes institués, nous les hommes, en grands paranoïaques autant qu’en dieux et en techniciens ! Pas un lieu où nous avons voulu dormir que nous n’avons barricadé, pas un champ que nous n’avons borné, pas un temple que nous n’avons chargé, pas une famille ni une ville que nous n’avons protégées. Nos portes sont partout, issues étroites ou portes monumentales.
Des Magdaléniens d’Etiolles à la porte d’Ishtar à Babylone quelle folie nous a prise? Portiques grecs, arcs de triomphe romains, Jésus qui prêche aux portes, L’enfer qui s’en invente, notre imaginaire de la porte se construit petit à petit. On arme les châteaux de pont-levis et de symboles, on enclot les femmes et puis on fait des Entrées solennelles, on s’invente des étiquettes autant pour les hommes que pour les livres. On dresse partout des barrières jusqu’à inventer les frontières. La ville s’avance, la société se discipline, se numérote, s’invente des règles qu’elle affiche aux portes: prestige, convenances, mort, on peut tout lire à la porte de nos vies. Le folklore s’est emparé des seuils, a nourri nos croyances et nos étranges rites de passage. Nos semblables d’un ailleurs proche ou lointain n’ont pas fait moins : jnouns et serrures veillent en Afrique pendant qu’en Chine on calcule encore l’orientation des ouvertures et qu’à chaque porte se joue l’équilibre de l’univers entier. En Amazonie la porte est en soi alors qu’en Océanie elle est un long chemin d’alliance.
La porte est pour chacun un bonheur et une inquiétude quotidiens tout simplement parce que, de tous nos objets du quotidien, elle représente un monde inépuisable de pensées.

  • « Quoi de plus banal sinon de plus évident qu'une porte ? Et pourtant Pascal Dibie, professeur d'ethnologie à l'université Diderot-Sorbonne, publie plus de quatre cents pages passionnantes sur ce sujet, à la fois outil et symbole.
    L'ouvrage, dédicacé à « tous les entrouveurs, les pousseurs, les écarteurs de portes... », s'achève par une bibliographie de quinze pages. Autant dire que l'on ne s'ennuie pas. »

  • « Avec cet ouvrage très érudit, Pascal Dibie invite brillamment à franchir les « portes de la connaissance » sur un objet plus que commun de notre quotidien. Alors n’hésitez pas, c’est passionnant ! »

    Christine Lechapt
  • « L’ouvrage s’adresse aux lecteurs curieux qui veulent aller au-delà de l’objet lui-même et repenser la séparation entre l’intérieur et l’extérieur. Une promenade fascinante sous le signe des sciences humaines. »
    Hélène Lefranc
    MAGAZINE ESQUISSE (Québec)
  • « En flânant avec Dibie, de nombreuses découvertes modifient notre compréhension de ces portes qu’on ouvre et ferme sans penser à ce qu’elles symbolisent, ne serait-ce qu’au plan de l’accueil. A cette lecture la problématique de l’ouverture des portes en psychiatrie s’éclaire. Il n’est pas indifférent que Dibie donne le dernier mot à Antonin Artaud… » Lire l'article entier ici.
    SANTE MENTALE
  • « L’auteur réussit la prouesse de nous offrir un livre savant et très facile à lire, avec ici ou là de subtiles touches d’humour. Un régal. » Lire l'article entier ici.
    L'ECHO DES CONCIERGES
  • « Sans enfoncer les portes ouvertes, mais avec un savoir consommé, Pascal Dibie nous livre ici un livre passionnant nourri d’observations sur le terrain mais aussi de lectures. » Plus d'infos ici.
    LE MATIN DZ
  • « Ethnologie de la porte, de Pascal Dibie : dix années de recherches pour un ouvrage où l’érudition est émaillée de pointes d’humour. » Lire l'article entier ici.
    Alphonse Cugier
    LIBERTE 62
  • « Le thème de la porte pourrait être banal, mais lorsque Pascal Dibie commece à chercher l’angle historique, culturel, psychologique du dehors et du dedans, il en tire un chef-d’œuvre qui recouvre toutes les époques et toutes les mentalités depuis la préhistoire. »
    PLUME AU VENT
  • « Un grand voyage à travers les millénaires, pour tout connaître de la porte, cette ouverture qui sépare et réunit des espaces réels ou imaginaires. »
    France Huser
    LE NOUVEL OBSERVATEUR
  • « Une merveille ethnologique t’attend. » . Lire l'article entier ici.
    Anne-Marie Mitchell
    LA MARSEILLAISE
  • « Pascal Dibie a franchi le pas pour s’arrêter à nos portes. A travers une flânerie érudite et délicieuse, il exploite les seuils, les frontières, les gonds, les clenches, les octrois, sans oublier d’évoquer les huissiers, les concierges et même les tipis ou les igloos, même « les portes du corps.» E ce sous toutes les latitudes et à travers tous les siècles. Une petite merveille, hors des sentiers battus et pleine de surprises. »
    Thierry Clermont
    LE FIGARO LITTERAIRE
  • « Dans cet ouvrage savant où le terrain et l’humour le disputent au livresque, où l’auteur fait part égale à l’écriture, à l’histoire et à l’ethnologie, les portes, les passages et les seuils apparaissent autant incontournables qu’inexorables dans la vie de tous les jours. »
    DIAGONAL
  • « L’ethnologue Pascal Dibie nous livre un essai érudit et plein d’humour sur cet objet du quotidien qui permet d’entrer ou de sortir, de montrer ou de cacher… ». Lire l'article entier ici.
    Delphine Peras
    L'EXPRESS STYLES
  • « Une étude passionnante et pleine d’humour. Entrez donc ! ». Lire l'article entier ici.
    Christine Lechapt
    PAGE DES LIBRAIRES
  • « Un ouvrage foisonnant et étonnant sur les seuils.». Lire l'article entier ici.
    Pierre Tillinac
    SUD OUEST
  • « Un monde où le dehors et le dedans cohabitent et où, sans repères, nous risquons à tout moment de nous trouver hors de nos gonds. ». Lire l'article entier ici.
    Céline Bagault
    SCIENCES HUMAINES
  • « Les déambulations de l’ethnologie Pascal Dibie » à lire ici.
    Robert Maggiori
    LIBERATION
  • « Pascal Dibie offre là un bel essai »
    Frédéric Keck
    LE MONDE
  • « L’essai de Pascal Dibie raconte comment est née l’idée de marquer la distinction entre l’extérieur et l’intérieur des habitations. Une question inattendue et passionnante »
    Maxime Rovere
    MARIANNE
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    Caroline Broué
    FRANCE CULTURE « La grande table – 1ere Partie »
  • Plus d'infos ici.
    « Du jour au lendemain »
    FRANCE CULTURE
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    « L’Essai et la revue du jour »
    FRANCE CULTURE
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    par Jean-Pierre Elkabbach
    BIBLIOTHEQUE MEDICIS
  • A suivre le 26 septembre
    « Des mots de minuit »
    FRANCE 2
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    Stéphanie Messal
    LIENS SOCIO
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    la Librairie Francophone
    FRANCE INTER
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    Emission 3D
    FRANCE INTER
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    Du grain à moudre
    FRANCE CULTURE
  • Plus d'infos ici.
    Noé Gaillard
    MURMURES INFO
  • « Les portes sont parfois faites pour être forcées afin que l’air pur circule entre les colonnes du temple », attribue-t-on au sage Salomon. Cette étrange parabole en forme d’énigme déclenche chez quiconque l’entend une soudaine décharge d’intelligence. C’est à peu de choses près un sentiment identique qu’engendre la lecture d’ »Ethnologie de la porte », essai livresque de Pascal Dibie. ». Lire l'article entier ici.
    Elisa Amaru
    LE MONDE.FR

le son des portes

“La porte!”, combien de fois ne l’avons-nous pas entendu dans notre langue comme une injonction à la refermer ou, moins aimable encore et accompagné d’un doigt impé­ratif, un ordre pour qu’on la prenne… Cela ne me parle guère d’entendre mon voisin basque désigner l’atea, mon ami bengali daraja, cet étudiant finlandais parler d’ovi, cet Estonien de uks, ce Géorgien de Kari, ce Malais ou cet Indo­nésien de pintu, mes amis russes ou slovaques de dver ou de dvere alors qu’un Slovène parle de vrata. Ahmet mon ami turc me dit Kapi, et mon maître Haudricourt qui parlait esperanto disait très logiquement pordo. Pour ma part, comme soixante et un millions de locu­teurs, je dis bêtement porte, un mot passé par le celtique avec sa racine indo-européenne per-, traverser, qui a donné port, pore, porte… J’aurai dans les pages qui viennent l’occa­sion de m’épancher littéralement et littérairement sur l’invention de nos portes mais ceci ne m’empêche pas d’insister et d’affirmer qu’avec la disparition de milliers de langues vernaculaires on a perdu beaucoup de ces mots, de ces sons et surtout de l’imaginaire qui accompagnaient les gestes et les techniques de nos enfermements.

Comment nommer une porte ou un simple passage?; quelles imitations, quels sons, quels imaginaires ont forgé la courbe de nos langues et réglé nos expirations et nos inspi­rations pour formuler ce qui nous protège, nous sépare, nous enclot autant qu’il nous ouvre sur le monde?? À entendre ces i fermés, ces e moyens, ces a antérieurs, ces o ouverts, ces labiales, ces dorso-palatales qui soulignent, tordent, délayent, accen­tuent, pré-nasalisent, déponent à l’encan les voix humaines pour nommer les choses, nos appareils phonateurs n’ont pas manqué de jouer avec la phonétique. “Chaque langue pro­cède à un nouvel aménagement de sa terminologie, notait le linguiste Émile Benveniste. La manière même dont cette transformation s’opère dans les différentes langues est pleine d’enseignements, car les langues n’ont pas la même manière d’être indo-européennes.” Il parle par exemple d’une opposition qui n’était pas prévisible au départ entre “chez soi”, domi en latin, et foris, “le dehors”… Et nous voilà partis dans un jeu lexical sans fin, fait d’imitations et d’emprunts, où petit à petit s’est inventée puis solidement construite la notion de “porte”, une notion par nécessité?: celle d’entrer ou de sortir de nos abris!
“Il y a dans les langues indo-européennes, précise Ben­veniste, plusieurs noms de la porte?; la répartition en est inégale. […] Ce mot repose sur un ancien neutre werom ‘fermeture’, dérivé de la racine wer- (du sanskrit vrnoti ‘il renferme, il clôt’, allemand Wehr), terme localisé et qui, hors de l’osque et de l’ombrien, n’a de correspondant qu’en slave et en baltique. Dans d’autres langues, au contraire, une multiplicité de termes commande l’attention.” En latin, j’y reviendrai, il y en a quatre?: fores, porta, ianua, ostium qui n’ont pas la même signification mais qui chacun en fonction d’un contexte précis représentent la porte. De tous, c’est fores qui est attesté dans presque toutes les autres langues et qui a la plus grande extension. La forme indo-européenne en est dhwer- terme inanalysable par lui-même dont la signification étymologique nous échappe mais qui, comme dans un patois imagé, exprime le nom d’un objet matériel qui serait qualifié par les fonctions qu’il remplit?; dhwer, qui à un degré réduit donna dhur- puis en grec thura, “généralement au pluriel parce que, ajoute Benveniste, la porte est conçue en ses multiples élé­ments comme l’ensemble d’un dispositif”. Nous voilà au cœur d’une sonorité germanique qui nous est familière, thür, et qui dans sa définition implique l’existence d’un “dehors”, de ce qui est “hors de la porte”. Ceci signifierait que “la porte” est vue de l’intérieur de la maison et que pour celui qui s’inscrit dans la limite de la maison conçue comme inté­riorité?: dhwer-, puis dhur- fut peut-être une onomatopée rassu­rante, un cri ou un ordre avant de devenir un mot établi pour désigner matériellement quelque chose qui protège le dedans de la menace du dehors.
En France nous n’entendons plus tous ces phonèmes régio­naux dont l’articulation avait des résultats aussi poétiques que précis en ce qu’ils étaient issus d’un rapport au monde lié à un espace qui lui-même s’inscrivait dans l’univers de façon aussi locale que totale. De la Lorraine au Languedoc, lorsque l’on parcourt les Atlas linguistiques, le peu qui a été récolté concernant le passage, l’ouvert, le fermé et les techniques attenantes montre l’incroyable variété non seulement des techniques mais de l’idée même de la porte. En Lorraine on entendait la pot, pok, dex ou us, alors que dans le Centre c’est lé port, la pwartay qui nommait la chose. La Franche-Comté restait sur une pwatya mais on y prononçait aussi poty ou lo pwoto. Dans le Massif central on trouvait pwarto mais plus souvent la porta?; porte qui s’ouvre après qu’on a franchi lo suy ou mieux lè dela comme on disait dans le Jura et les Alpes du Nord.
Aucune communauté humaine, aussi petite qu’elle soit, n’exclut la politesse, aussi le Franc-Comtois arrivant dva d’la poty, fallait qu’il tok ou qu’il top si elle était tyor ou syor, autrement dit froemè. Dans le Massif central en réponse à ces coups frappés sur la porte on entendait souvent une voix venant de l’intérieur qui demandait kavku piko, kovku takuno, Koto ze takuna ou koku tapo?? Identité déclinée, la voix lançait?: rètra e mumé, ou bien saka vu, sako toè e mumè, autre­ment dit soka vu, retro, entre un instant… L’hôte se levait pour bada le porta, à moins qu’il ne vous crie ê dubert! ou vous invite à dubrè le porto. Il se pouvait qu’elle soit fermée, ez barado, c’est-à-dire bara a kley ou a kloba. Pour la dèckloba ou la dèbarula, il n’était pas rare qu’on doive faruya de l’intérieur, qu’on tâtonne pour réussir à l’ouvrir, pire même, si elle résistait, on farulayè dans lu palastr, autrement dit on ferraillait lu pertu de la sarola jusqu’à ce que la serrure se rende. En Franche-Comté c’est lè triklet, lè tya, lè syé ou le tetyot qu’il faudra tourner si l’on veut dévrœuyi ou dévryu la porte. Et ailleurs, ai-je demandé, toque-t-on aussi à la porte?? Oui, beaucoup le font mais les bois doivent être différents, à moins que ce ne soit les oreilles (c’est-à-dire la langue!) si l’on en juge les sonorités retranscrites?: les Allemands Klopf, les Anglais knock, les Polonais puk, les Tchèques t’uk, les Russes stouk, les Arabes doq, au Mali on Kon et en beaucoup d’endroits, on le verra, on ne touche pas aux portes mais on crie cococo, on s’annonce, on frappe dans les mains, on siffle ou on attend en silence à l’extérieur jusqu’à ce qu’on vous remarque. À cela il faut ajouter que les portes parlent, j’y revien­drai, et qu’en plus de claquer, ces barrières équipées comme des cuirassés ferraillent contre les vents avec des gonds qui gwina, qui myawl, qui djibo, qui sinwal dans les sombres vallées du Jura, qui kwin, pyole dans les chalets des Alpes du Nord, stride sur le versant italien, cruje en Pyrénées espagnoles, creak en Angleterre, Knare en Suède, bref partout les portes jouent du chambranle et montent des concerts d’assassins à nous donner la chair de poule… Trop peu d’enquêteurs hélas ont pris la mesure de ces familles de mots qui nous protégeaient autant qu’ils nous libéraient et c’est ainsi qu’on a perdu une grande part de ce qui, dans chaque pays, dans chaque vallée, dans chaque hameau, s’organisait secrètement sous nos langues pour exprimer nos défenses et nos méfiances autant que notre hospitalité qui, au-delà des grognements originaux, participa grandement à notre humanisation.

PASCAL DIBIE est Professeur d’Ethnologie à l’Université Paris Diderot-Paris 7 où il co-dirige le pôle des sciences de la ville. Il est l’auteur d’une ethnologie d’un village de Bourgogne effectuée à 30 années de distance qui fait référence : Le Village retrouvé, ethnologie de l’intérieur (Grasset, 1979) et Le village métamorphosé, révolution dans la France profonde (Plon, 2006). Il est également l’auteur de Ethnologie de la chambre à coucher traduit en 15 langues et vendu à 30 000 exemplaires (Grasset, 1987, reprise en Suite Métailié, 2000), La Tribu sacrée, ethnologie des prêtres (Grasset, 1993 reprise en Suite Métailié, 2004), et La Passion du regard, essai contre les sciences froides (Métailié,1998).

Bibliographie