Publication : 04/09/2008
Pages : 304
Grand Format
ISBN : 978-2-86424-663-3

La Saison des massacres

Giancarlo DE CATALDO

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19 €
Titre original : Nelle mani giustti
Langue originale : Italien
Traduit par : Serge Quadruppani

Alors que les juges Falcone et Borsellino viennent d’être assassinés en Sicile, le commissaire Scialoja renoue avec l’amour de sa vie, Patrizia, l’ex-prostituée. Scialoja a succédé au Vieux à la tête d’une structure secrète, jamais nommée et toujours redoutée parce qu’elle possède des archives sur les manœuvres occultes et criminelles de certains dirigeants italiens depuis cinquante ans. Il entame des négociations avec la mafia pour éviter des attentats-massacres. Mais Stalin Rossetti, ancien des réseaux anticommunistes reconverti dans le trafic de drogue, a ranimé un réseau para-étatique né de la guerre froide pour le contrecarrer. Et tandis qu’Angelino Lo Mastro, étoile montante de la mafia, rêve de jouer son propre jeu aux dépens des vieux boss ; que Pino Marino, l’impitoyable tueur, tente d’arracher Valeria à la drogue ; que Maya, héritière d’un empire économique, découvre les compromissions mafieuses de son époux ; tandis que les juges de Milan entament l’opération Mains propres et que Berlusconi annonce son entrée en politique, de puissants explosifs déguisés en tommes de Parmesan arrivent dans la péninsule…
Giancarlo De Cataldo nous livre ici une nouvelle tranche de l’histoire secrète de l’Italie contemporaine qui fait penser autant à Balzac qu’à Ellroy, et donne aux attentats qui ensanglantèrent le pays en 1992-1993 des coulisses d’une effrayante vraisemblance.

  • « Le juge italien revient à la littérature en publiant la suite de Romanzo Criminale, un opus porté à l’écran »
    Bastien Bonnefous
    20 MINUTES
  • « Après les années de plomb, les attentats des années quatre-vingt-dix, clés de l’accession au pouvoir d’un patron médiatique ? Quand le roman policier se même à l’histoire et à la tragédie. »

    Alain Nicolas
    L’HUMANITE
  • « Quand la mafia se fait oublier, Giancarlo De Cataldo vient nous rappeler qu’elle prospère en silence. »

    Philippe Lemaire
    LE PARISIEN
  • « Méfiez-vous des meules de parmesan ; elles peuvent cacher de explosifs ! L’auteur de Romanzo criminale, magistrat à Rome, poursuit son exploration des dessous mafieux du monde des affaires et de la politique en Italie au moment où Silvio Berlusconi annonce son entrée en politique et que les magistrats entament contre vents et marées l’opération Mains Propres. »

    Gérard Meudal
    LE MONDE DES LIVRES
  • « De Cataldo a su saisir la triste âme d’un pays et nous la donner à voir, avec la distance du moraliste. Impressionnant. »

    Hubert Prolongeau
    ELLE
  • Un travail fouillé sur l’histoire de l’Italie, des ressorts complexes, des personnages haïssables, donc attachants, une intrigue entre roman et réalité, une écriture nerveuse et moderne : les ingrédients d’un bon polar. »

    Sandrine Teixido (lectrice de Elle)
    ELLE
  • « Après le succès de Romanzo Criminale, l’Italien revisite les années de plomb. Sans illusions. »

    Jean-Baptiste Marongiu
    LES INROCKUPTIBLES
  • « Dialogues fougueux, langue écorchée, personnages tendancieux font de sa Saison des massacres un livre choc.»

    Martine Laval
    TELERAMA
  • « Des magouilles tortueuses qui prennent une autre dimension quand on sait que l’auteur travaille comme magistrat à Rome… »

    Alexis Brocas
    LE FIGARO MAGAZINE
  • « Juge et romancier, Giancarlo De Cataldo dépeint dans La Saison des massacres, les liens ambigus entre politiques et mafieux à la fin des années 1990. Un vrai roman noir. »

    Alexandre Lassalle
    TEMOIGNAGE CHRETIEN
  • « Rendu célèbre par son Romanzo Criminale, De Cataldo en publie une vraie-fausse suite, La Saison des massacres. Vraie, puisqu’elle couvre la période chaotique allant de l’écoulement de la "Ire République" jusqu’à l’entrée en politique de Silvio Berlusconi. Mais l’espace-temps a implosé. L’histoire semble faire du surplace dans la zone grise où communient services dévoyés de l’Etat, mafias criminelles et politiciens véreux. »

    Jean-Baptiste Marongiu
    LE MAGAZINE LITTERAIRE
  • « Cave, ce roman pop et ellroyen illustre la naissance de la victoire de l’homo politicus Silvio Berlusconi »

    Hubert Artus
    ROLLING STONE
  • « Chut !... Savourons le style, la subtilité cruelle, la culture du divin Transalpin. »
    SERVICE LITTERAIRE
  • « Cette plongée trépidante dans les coulisses de la mafia et du pouvoir italien se révèle à la fois jouissive et instructive. »

    Victor Dillinger
    L’AMATEUR DE CIGARE
  • « Une fresque noire à souhait, romanesque mais cruellement plausible. »

    Pauline Sommelet
    POINT DE VUE
  • « L’auteur, qui est magistrat à Rome, est considéré, en Italie, comme l’un des écrivains de tout premier plan de sa génération. » « Comme dans Romanzo Criminale, mais avec encore plus de virulence ironique et un renouvellement séduisant de son écriture, Giancarlo De Cataldo nous livre ici une nouvelle tranche de l’histoire secrète de l’Italie contemporaine qui fait penser autant à Balzac qu’à Ellroy, et nous fait visiter les coulisses très vraisemblables des attentats qui ensanglantèrent le pays en 1992-1993. »

    Yves Gitton
    X ROADS
  • « Une intrigue plus resserrée que dans Romanzo, avec toujours une construction impeccable, l’imbrication judicieuse des destins individuels et de la grande histoire, et une vraie dimension romanesque au-delà du propos politique. »
    UPSTREET
  • « Au milieu de la toile d’araignée que tisse Giancarlo De Cataldo , magistrat romain devenu auteur à succès, il y a également des explosifs déguisés en tommes de parmesan… »

    Isabelle Potel
    AIR FRANCE MADAME
  • « Du très grand roman jaune, la couleur du noir en Italie, un auteur important, intelligent et tellement humain ! »

    Dominique Boniface
    ARTS ET LETTRES VERSO
  • « La Saison des massacres de Giancarlo De Cataldo reprend les personnages du précédent roman pour dépeindre tragiquement, subtilement, entre réalité et fiction, une Italie corrompue par le pouvoir politique. Un roman intense, d’une profondeur psychologique rare, qui ne s’oublie pas. »

    D SIDE
  • « Comme à son habitude, De Cataldo reconstruit et interprète l’histoire en s’appuyant sur la lecture des actes judiciaires, des conversations avec des protagonistes, et quelques profondes intuitions. »
    Veneranda Paladino
    DNA
  • « La Saison des massacres, de Giancarlo De Cataldo, retrace deux années de l’histoire récente de l’Italie, sur fond des attentats qui ensanglantèrent le pays au début des années 1990. Un roman à ne pas manquer, par l’auteur de l’excellent Romanzo Criminale. »

    Elisabeth Gilles
    LE MATIN
  • « On ne lâchera plus ce roman d’une mutation toujours inachevée, qui éclaire les récents soubresauts de l’actualité italienne. »

    Marc Henry
    LE SOIR
  • « La Saison des massacre. Giancarlo De Cataldo retrace les attentas mafieux des années 1992-93. Un "noir" dérangeant […] admirablement rendu par la traduction de Serge Quadruppani. »

    Eric Steiner
    LA LIBERTE
  • « Les années 1992-1993 sont donc charnières pour l’Italie. C’est à ce moment que se dessine le visage de l’Italie d’aujourd’hui, c’est du moins ce que Giancarlo De Cataldo sous-entend dans La Saison des massacres. […] A travers cette nébuleuse effrayante et ce roman très sombre, Giancarlo De Cataldo donne son interprétation de l’Histoire. »
    TAGEBLATT
  • , Kathleen Evin
    FRANCE INTER L'Humeur vagabonde
  • , Francesca Isidori
    FRANCE CULTURE Affinités électives
  • , Michel Abescat
    RADIO TELERAMA Le Cercle Polar

  • « L’ancien juge impressionne par sa faculté de synthèse étonnante qui lui permet d’écrire son histoire de l’Italie, certes romancée, mais si plausible qu’elle donne froid dans le dos. Il réussit à goupiller une intrigue expliquant comment, en quelques mois, la guerre Etat/mafia s’est calmée, ou comment la victoire promise aux communistes a échoué entre les mains de Berlusconi. Mêlant réalité et fiction avec une intelligence et une acuité hors du commun, De Cataldo bâtit encore une fois un roman abyssal, qui parvient à saisir l’essence d’une nation avec une justesse troublante. Fascinant. »

    Mikaël Demets
    EVENE.FR

  • « A la faveur d’un polar fiévreux, Giancarlo De Cataldo nous propose un livre politique comme les auteurs français (Perrault, Rolin…) ne savent plus en faire. A leur décharge, l’histoire contemporaine italienne qui offre un canevas romanesque et dramatique sans égal. Collusions entre état et mafia et héros transfigurés par les changements de l’époque illustrent bien "l’éternel mélange italien d’exhibitionnisme et de tragédie". »

    Cédric Bru
    LES OBSEDES TEXTUELS

  • « Une œuvre plus sombre que le premier opus dans lequel l’écrivain décrit l’alliance secrète de la mafia, une partie des services de l’Etat et certains francs-maçons pour prendre le contrôle du pays. »
    Matthieu Durand
    LCI.FR

Avertissement au lecteur

Ce roman ne trahit pas l’Histoire, il l’interprète en présentant des événements réels sous le signe de la Métaphore.
Le travail de reconstruction s’appuie pour l’essentiel sur la lecture des actes judiciaires, sur des conversations avec des protagonistes de la saison des attentats et sur quelques profondes intuitions d’observateurs avisés des rapports entre mafia et politique, avant tout Francesco La Licata. Je suis redevable à Maurizio Torrealta du précieux volume La Trattativa. Quant au “glossaire” et au modus operandi des mafieux, ils sont tirés pour la plus grande partie de transcriptions d’écoutes.
Cependant, à l’exception des personnalités expressément citées, les personnages de ce roman sont le fruit de l’imagination et les noms des entreprises, structures institutionnelles, médias et personnages politiques ne sont utilisés qu’afin de mettre en évidence des figures, des images et le contenu des rêves collectifs qui ont été formulés autour d’eux.
C’est la Métaphore qui a transformé en archétypes littéraires les personnes qui peuvent avoir fourni des points d’inspiration à l’auteur.
Aux nombreuses personnes qui m’ont donné un coup de main avec de précieuses suggestions et des critiques sincères, un “merci” du fond du cœur.
En ce qui concerne la voiture piégée du Stade Olympique, l’interprétation fournie par le livre se détache de ce qui a été affirmé au procès de Florence, dont les conclusions incitent à considérer que l’attentat a échoué pour des causes indépendantes de la volonté de ses auteurs, et non dans le cadre d’un projet différent, comme le roman en formule l’hypothèse.
De toute façon, j’ai toujours pensé, avec Tolstoï, que l’Histoire serait une belle chose, si elle était vraie.
Et ceci, en définitive, n’est qu’un roman.

CHRONOLOGIE.


3 août 1990. Devant la commission d’enquête sur les attentats massacre des années 70-80, Giulio Andreotti, homme-clé des gouvernements italiens depuis des décennies, fortement soupçonné d’accointances mafieuses, admet l’existence de Gladio. Ce réseau lié à l’OTAN était censé mener une activité de résistance en cas de prise de pouvoir par les communistes mais semble avoir mené toutes sortes d’activités occultes.
17 février 1992. Début officiel des enquêtes “Mains propres” sur la corruption des hommes politiques et des fonctionnaires et sur leurs liens avec les milieux d’affaires et mafieux.
12 mars 1992. Salvo Lima, chef du courant andreottien de la démocratie chrétienne en Sicile et point de contact avec la mafia, est tué par celle-ci.
19 mars 1992. Des articles de presse parlent d’une stratégie pilotée par les États-Unis pour créer un vide de pouvoir et imposer une forme fédéraliste à l’Italie, en liaison avec la mafia.
23 mai 1992. Sur l’autoroute de l’aéroport de Palerme, attentat à l’explosif contre le juge antimafia Giovanni Falcone au cours duquel sont tués le magistrat, sa femme et trois hommes de l’escorte.
Fin mai-début juin 1992. Dell’Utri, personnage politique qui sera plus tard mis en cause pour ses liens avec la mafia, prépare en secret le projet d’un parti politique directement dépendant de Berlusconi.
19 juillet 1992. Attentat contre le juge antimafia Borsellino, tué avec 5 policiers.
Août-novembre 1992. Trattativa Bellini – Négociations entre un mafieux et un ex-terroriste de droite devenu informateur des carabiniers. Au cours de celles-ci naît l’idée d’attentats contre les œuvres d’art.
15 janvier 1993. Arrestation de Toto Riina, chef suprême de la mafia.
18 avril 1993. Référendum. L’Italie adopte un système électoral majoritaire censé mettre fin à l’instabilité gouvernementale chronique. Fin de la Première République.
27 mai 1993. Florence, attentat de la via dei Georgofili, 5 morts, 48 blessés.
14 mai 1993. Attentat contre l’animateur télévisé Maurizio Costanzo, qui rate sa cible mais fait 24 blessés.
2 juin 1993. À Rome, via dei Sabini, à 100 mètres du Palazzo Chigi, siège du Premier ministre, est découverte dans une voiture une bombe qui ne pouvait pas exploser.
2 juillet 1993. Milan, explosion via Palestro, 5 morts, 12 blessés.
27 juillet 1993. Rome, Saint-Jean de Latran, voiture piégée, des blessés.
28 juillet 1993. Rome, San Giorgio al Velabro, voiture piégée, énormes dégâts matériels.
28 juillet 1993. Blocage des standards du Palazzo Chigi.
31 octobre 1993. Rome, attentat manqué au Stade Olympique.
4-6 novembre 1993. Transfert des chefs mafieux dans des prisons moins dures.
27 mars 1994. Berlusconi remporte les élections.



PROLOGUE
CAMPAGNE DE CASERTE, ETE 1982



L’homme qu’ils devaient éliminer se faisait appeler Sette­corone – Sept Couronnes. Sûr de lui jusqu’à la bravade, il se cachait dans une maison paysanne en plein territoire des Casalesi, du côté des infidèles, protégé par un réseau d’informateurs qui auraient dû garantir l’inviolabilité de sa cachette. Pour son malheur, l’un d’eux, un filou d’Acerra, était depuis longtemps à la solde de la Chaîne. Le Vieux avait repassé le dossier à Stalin Rossetti.
–Mais pourquoi ? C’est une histoire à eux !
–En effet. Votre intervention se limitera à une simple couverture. Si vous remarquez quelque chose de bizarre, vous vous exfiltrez immédiatement.
Ainsi, Stalin se trouvait maintenant en train de fumer, appuyé à la Land Rover cachée dans l’épaisseur d’un bosquet de pins étiques, à cent mètres de la route domitienne, en vue de la maisonnette. Par un après-midi western spaghetti, dans cette campagne western spaghetti de voyous, de putes et de pauvres hères qu’aucune action humaine, aucun miracle divin ne pourrait jamais arracher à leur irrémédiable banalité western spaghetti. Le camorriste chargé de l’exécution, Ciro ’o Russo, s’était lancé depuis deux ou trois minutes. C’était un gros type haletant qui masquait une vieille odeur d’oignons sous des litres d’eau de Cologne modèle “celle qui coûte le plus cher”. Stalin fumait et réfléchissait. Affaire de camorra, mais aussi affaire d’État. Et, comme toujours, le sale boulot leur revenait à eux. À la Chaîne.
Ce Settecorone était un des tueurs les plus fiables de don Raffaele Cutolo. Il devait son nom aux couronnes qu’il portait tatouées sur l’épaule droite en souvenir des ennemis assassinés : sept couronnes, sept scalps. Mais pas des scalps quelconques, parce que, de ceux-là, il ne se souciait pas de tenir le compte. Des scalps, pour ainsi dire, qualifiés. À partir du chef de zone et au-dessus, et une fois même un maire qui avait l’obsession de la “légalité”. Un dur, un qui ne lâchait pas le morceau, très fidèle au chef qui lui avait donné de l’instruction, un rôle, du prestige. En d’autres termes, un espoir. Il y avait à peine plus d’un an, quand les Brigades rouges avaient enlevé l’adjoint au maire de Naples, Ciro Cirillo, et que les hautes sphères avaient décidé qu’elles feraient pour Cirillo ce qu’elles avaient auparavant orgueilleusement refusé de faire pour Aldo Moro, à savoir traiter avec les ravisseurs, Cutolo s’était avéré un précieux allié. Grâce à sa médiation, État et terroristes étaient parvenus à un accord satisfaisant, et l’otage avait été libéré après trois jours de captivité. Les camarades combattants avaient obtenu un peu de fric à réinvestir dans la lutte de libération du peuple contre l’oppression capitaliste. À Cutolo, on avait fourni de larges garanties : mains libres contre les clans rivaux et traitement de faveur dans les appels d’offres pour la reconstruction des terres dévastées par le tremblement de terre de novembre 1980. Une autre chose encore avait été garantie à Cutolo. Une intervention décisive sur sa tragique situation judiciaire. Maintenant, on ne voyait pas clairement quelle crise de folie s’était emparée du chef de la nouvelle camorra organisée au moment où il avait donné le feu vert pour cette opération. Parce que seul un fou pouvait s’imaginer que l’État allait vraiment sortir de taule un prisonnier enterré sous des siècles de condamnation. Il existe des limites que personne, pas même le Vieux, n’oserait jamais franchir. Avant tout, les limites du convenable. On avait déjà trop fait pour Cutolo, et ce Cutolo, qui passait pour un chef sage et prudent, aurait dû le comprendre. En fait, une fois passé l’euphorie de la conclusion favorable des négociations, Cutolo ne s’était pas montré à la hauteur de sa réputation d’homme du monde, il avait haussé le tir. La reconnaissance de la semi-infirmité mentale ne lui suffisait pas. Éviter les prisons de haute sécurité ne lui suffisait pas. Cutolo voulait la liberté. Cutolo exigeait la liberté. De sa cellule partaient des messages explicites autant qu’inquiétants. Cutolo menaçait de révélations et de massacres. Tout cela était inacceptable. Par conséquent, peu à peu, avec discrétion mais avec détermination, on avait permis aux vieux clans de relever la tête. La prédominance militaire des cutoliens avait été remise en question par une contre-offensive serrée et intelligente. Ses hommes étaient inexorablement décimés. Et maintenant, c’était le tour de Settecorone.
Stalin alluma une autre cigarette avec le mégot. Mais combien de temps il lui fallait, à ce Ciro ’o Russo ? Il était déjà entré ? D’après l’informateur, le salopard était seul, et si habile qu’il pût être au tir, avec le facteur surprise de leur côté, il n’aurait pas dû avoir d’échappatoire.
L’écho d’une détonation lui parvint. Bien, affaire conclue, se dit Stalin en se préparant à remonter dans la Land Rover. Puis la deuxième détonation arriva. Et la troisième. Et le cri. Stalin arma son calibre 22 et se mit à courir en zigzag vers l’édifice. Un autre cri. La porte était entrouverte. Stalin entra. Ce qu’il vit ne lui plut pas du tout. L’intérieur était d’un luxe insoupçonnable : deux divans, un petit téléviseur, des tapis, une aquarelle vulgaire avec vue marine et Vésuve en arrière-plan. La situation fut tout de suite claire aux yeux de Stalin. Le salopard était éliminé. Un trou au milieu du front. Mais l’informateur avait été imprécis. Il y avait une femme et un ado. La femme était en train de mourir. Encore jeune, un peu fripée, elle geignait doucement, secouée par un tremblement résigné. Le garçon, à demi évanoui, se massait la tête. Il pouvait avoir dans les treize-quatorze ans. Grand, maigre, le teint sombre. Ciro ’o Russo jurait en tentant de s’arracher de la cuisse gauche la lame d’un petit couteau. Sur le pantalon kaki s’élargissait une vaste tache de sang.
–C’te bâtard ! Flingue-le, Rosse’, flingue-le et barrons-nous !
Stalin évalua froidement la situation. ’O Russo était entré et avait foudroyé Settecorone. La présence de la femme et du garçon l’avait pris par surprise. Il avait tiré d’instinct sur la femme. Le garçon lui avait sauté dessus, le blessant à la cuisse. ’O Russo s’en était libéré en le balançant contre le mur. Le garçon avait eu du courage.
–Putain, j’ai perdu mon pistolet, flingue-le, ce salopard !
Le garçon avait réussi à se mettre debout. Il vacillait en essayant tant bien que mal de saisir la scène. Ciro ’o Russo hurlait et jurait. La femme avait cessé de se plaindre. Ses yeux écarquillés fixaient le plafond. Des yeux verts.
Stalin s’approcha du garçon et lui montra la femme.
–C’est ta mère ?
Le garçon fit non de la tête.
–Putain, mais qu’est-ce t’attends ? Tire, connard, et barrons-nous !
Stalin mit l’index sous la gorge du garçon et l’obligea à le regarder. Il avait les yeux bleus. Des yeux désespérés. Stalin Rossetti détestait les martyrs et les héros. Mais il savait reconnaître au premier coup d’œil un combattant. Ce garçon était un combattant-né. Ce garçon méritait de vivre.
Stalin lui tendit le revolver de Ciro ’o Russo.
Le camorriste hurla et voulut s’avancer.
Le garçon tira. Ciro ’o Russo pivota sur lui-même, mais ne tomba pas. Le garçon tira encore et encore. Quand le chargeur fut vide, Stalin lui retira délicatement des doigts l’arme brûlante.
–Comment tu t’appelles ?
–Pino. Pino Marino.
–Viens avec moi, Pino Marino.
Le garçon baissa la tête. Et fondit en larmes.

Giancarlo DE CATALDO, magistrat à la cour de Rome, est l'un des écrivains de roman noir les plus importants d'Italie, devenu aussi une grande signature de la presse et un homme de télévision apprécié.
Il est l'auteur de Romanzo criminale, La saison des massacres, La forme de la peur, Le Père et l'étranger et Les Traîtres.