Publication : 04/02/2016
Nombre de pages : 144
ISBN : 979-10-226-0171-9
Prix : 17 €

Le crime

Histoire d'amour

Arni THORARINSSON

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Titre original : Glapurinn - Ástarsaga
Langue originale : Islandais (Islande)
Traduit par : Eric Boury

Avant ils étaient heureux, une famille heureuse, et puis ils l’avaient appris et leur vie était devenue un enfer. Ils ont tout caché, surtout pour leur fille, mais se sont engagés à lui parler le jour de ses dix-huit ans. Tous les trois ils ont attendu ce jour et craint son arrivée.

La mère veut, contre vents et marées, tenir sa promesse. Le père doute que la vérité les libère du cauchemar qu’est leur vie.

La fille se révolte, essaie de survivre, de les tenir à l’écart, elle les hait autant qu’elle les aime. Elle vit loin d’eux, entourée d’amis bien intentionnés, qui l’aiment, eux.

Le Crime est l’histoire inquiétante d’une journée fatale, dont le souvenir obsède longtemps le lecteur, épouvanté et désolé de ce grand gâchis que peut être toute vie.

Arni Thorarinsson prouve, une fois encore, son immense talent.

 « Des personnages inoubliables qui luttent contre un destin insupportable. Une écriture de maître. » Morgunbladid

« Arni Thorarinsson montre un nouvel aspect de sa grande maîtrise de l’art de la narration. Une histoire prenante. » Katrin Jakobsdottir

  • "II a fallu consentir à de nombreux sacrifices pour sortir de la crise. Mai0170s nous avons réussi." Lire l'article d'Arni Thorarinsson ici

    Le Point hors-série
  • "L’écrivain Arni Thorarinsson a le sens de la formule, comme dans ses polars à succès, Le Septième fils ou Le Crime, histoire d’amour." Lire l'article ici

    Mickaël Caron
    Le Journal du dimanche
  • "Les Islandais, comme la plupart des petits pays insulaires, ont besoin de temps en temps de voir confirmées leur importance et leurs possibilités dans le monde." Lire l'interview ici

    Catherine Balle
    Le parisien.fr
  • "Arni Thorarinsson excelle à déstabiliser ses lecteurs, en deux temps, dans l’attente de cette vérité qui mine le roman puis dans les heures qui suivent la révélation, quand personne ne sait que faire de cette histoire impossible." Lire l'article ici

    Christine Marcandier
    Site Diacritik
  • "Suprême gourmandise du diable, l'amour est innocent, et Arni Thorarinsson écrit le roman de la trahison la plus effroyable." Lire l'article ici

    Lionel Germain
    Sud ouest
  • "Une histoire qui risque de vous poursuivre longtemps." Lire l'article ici

    Sylvie Metzelard
    Marie France
  • "Etre un père, être une mère, une fille, qu'est-­ce que c'est ? L'amour, la douleur, la séparation, le destin : autant de thèmes auxquels Thorarinsson nous confronte" Lire l'article ici

    Le Blog du polar de Velda
  • "Court mais incroyablement dense, ce roman est un cri déchirant, un hommage vibrant à l'être aimé" Lire l'article ici

    Blog Fragments de lecture

La nuit d’avant sa mort, il n’avait presque pas dormi.
Ou peut-être n’avait-il pas du tout fermé l’œil, même un instant. Certes, le rêve était le signe qu’il avait trouvé le sommeil. À moins qu’il ne s’agisse pas d’un rêve.
À son réveil, sa peur était plus palpable encore. Si tant est qu’il se soit effectivement réveillé. Et qu’il ait réellement dormi.
Le corps était méconnaissable. Il ne l’avait pas immédiatement identifié, mais en l’observant avec plus de soin ce dernier lui avait paru familier.
La mer approchait, menaçante. Debout sur l’estran, ses pieds étaient mouillés, glacés.
Il avait scruté le cadavre jusqu’à l’écœurement. Les vers s’enroulaient autour des dents, rampaient sur les gencives et toutes sortes d’insectes grouillaient dans les orbites.
Il aurait dû l’identifier, mais il était incapable de reconnaître la personne qui gisait là, à ses pieds. Et il avait dû détourner les yeux.
C’est alors qu’il s’était éveillé.
Secoué par un frisson d’horreur et de dégoût.
Ce n’était pas la première fois qu’il rêvait de morts, cela valait en tout cas les nuits où il dormait. Ils avaient beau sembler vivants, il savait qu’au fond ils étaient morts. Autant qu’il se souvienne, il n’avait toutefois jamais rêvé de cadavres en décomposition.
Il était soulagé de ne pas être un disciple de Freud. À moins que cela ne l’ait aidé dans la circonstance. Freud, fichu Freud, comme disait Hansina.
Malgré l’obscurité, il avait conscience d’être sur la plage où il allait régulièrement se promener, tard le soir.
Contrairement au rêve glacial et sombre, la réalité n’était que lumière et chaleur. Debout à la fenêtre de la chambre, il contemplait ce matin de printemps si tranquille. Les feuilles commençaient à bourgeonner sur les arbres du jardin qui se réveillaient après la torpeur de l’hiver. On entendait claquer les portes des maisons voisines ; des moteurs démarraient çà et là dans la rue. Les gens quittaient leur domicile pour aller gagner leur vie et celle de leur famille quand ils en avaient une. Il espérait sincèrement qu’ils avaient passé une meilleure nuit que lui. Et qu’ils avaient devant eux la perspective d’une journée plus radieuse.
Son pyjama était encore moite de sueur. Le tissu lui collait aux aisselles et à la poitrine. Il l’enleva, le posa sur le lit et le regarda. Quand elle le lui avait offert, dix ans plus tôt, il avait trouvé quelque chose de féminin, voire de puéril dans cet élégant vêtement de soie blanche brodé d’un cœur rouge sur la poitrine. Il lui avait demandé s’il devait y lire un message particulier. Elle avait répondu que c’était à lui d’en juger, elle le lui avait fait essayer, elle avait ajouté qu’il était magnifique et tenté de l’exciter, mais sans déclencher d’érection, en dépit de tous ses efforts.
Pour quelle raison avait-il fallu qu’il ressorte hier soir cette relique des profondeurs de son tiroir ? Était-ce une manière de se remémorer sa faiblesse et son impuissance ? Justement ce jour-là ?
Tout en prenant sa douche, il pensa au somnambulisme, phénomène scientifiquement attesté, et courant chez les enfants. Par ailleurs, il recevait à son cabinet un patient âgé d’une quarantaine d’années qui marchait régulièrement pendant son sommeil, à sa grande terreur comme à celle de ses proches. Pourtant, il n’avait jamais fait de mal à personne pendant ses crises, il se contentait de déambuler chez lui les yeux grand ouverts, totalement inconscient. Au réveil, il n’en gardait aucun souvenir. Des comportements extrêmes étaient toutefois attestés chez les somnambules, il arrivait que certains commettent des meurtres. Mais ces cas étaient sujets à controverse, entre autres parce que certains considéraient que le somnambulisme était un mythe, qu’il servait de prétexte ou d’excuse à des actes gravissimes commis en toute préméditation.
Le patient en question souffrait depuis un moment d’angoisse et de tension nerveuse et avait développé ces troubles du sommeil. C’était l’origine de sa maladie. Ensemble, ils étaient parvenus à supprimer les causes, et les symptômes avaient disparu.
Il essuya la buée qui couvrait le miroir de la salle de bain en se demandant une fois de plus pourquoi il était incapable de s’aider lui-même alors qu’il secourait ses patients. Il avait face à lui l’image d’un homme aux yeux bleus, les cheveux blonds et courts, la barbe soignée, et dont le visage étrangement lisse n’affichait ni la fatigue ni cette oppression qu’il ressentait au fond de lui : un homme tout à fait banal.
Son apparence physique lui permettait de brouiller les pistes, de donner le change. C’était déjà ça.
Tout comme son patient, il déambulait dans son appartement quand il n’arrivait pas à trouver le sommeil. À la différence près qu’il ne dormait pas. À moins que ? Les souvenirs l’assaillaient, tapis aux quatre coins de chacune des pièces. Ici, elle et lui avaient fait la cuisine, là ils avaient fait l’amour, là ils s’étaient disputés ou disons plutôt qu’il avait perdu son sang-froid alors qu’elle avait gardé le silence, triste, avant de tenter de tout arranger. Il n’y avait nulle part de photographie des jours heureux. Il les avait toutes enlevées. Ces instants de bonheur lui rappelaient les moments les plus sombres. Il passait le plus clair de son temps dans la pièce attenante à la salle à manger, la chambre de Frida. Pendant plus de dix ans, il avait rêvé, et peut-être avait-elle rêvé avec lui, que Frida reviendrait.
Mais il était seul à pénétrer dans cette chambre. Il y venait tous les jours. Il y passa également ce jour-là après avoir enfilé ses vêtements. Il regardait les murs et les posters de chanteurs pop oubliés depuis longtemps, le nounours qui n’avait plus d’oreilles et le lapin blanc, toujours posés sur le lit propre, les jeux vidéo démodés, soigneusement alignés dans la bibliothèque de bois sombre, en dessous des jouets, des cubes et des cartes. Tout en bas, il y avait quelques livres pour enfants et des bandes dessinées. Une fois encore, il prit l’album préféré de Frida, celui qu’il lui avait lu tant et tant de fois : un conte merveilleux, l’histoire d’une gamine capable de créer sa propre réalité et de s’abstraire, grâce à la magie, des problèmes et du manque d’amour. Sans même s’en rendre compte, il avait commencé à lire à haute voix la première phrase. Il referma le livre, écarta le rideau fleuri, et l’impitoyable clarté matinale se déversa sur lui.
1
Les institutions et la société tombaient en ruine, elles avaient perdu toute crédibilité. Pouvait-on d’ailleurs encore parler de société ? Il feuilletait les journaux et écoutait la radio en prenant son café. Toutes les informations étaient du même acabit. Incertitudes, erreurs, magouilles, travail bâclé, collusions multiples, corruption, répartition inégale des richesses, crimes ou délits de toutes sortes. Abus de pouvoir, abus financiers, abus de personnes, abus d’enfants.
Seule la publicité reflétait une autre image. Le marché était toujours là. La consommation était la respiration d’un cadavre vivant. C’était là qu’on retrouvait l’institution primordiale, la famille.
Il se servit une seconde tasse de café, ouvrit son agenda sur son ordinateur dans l’espoir de se débarrasser de ce malaise, de cette voix intérieure qui lui chuchotait qu’une menace planait sur lui.
Il lui apparut tout à coup que non seulement les sujets d’actualité étaient son fonds de commerce, mais qu’ils constituaient également pour lui une manière de bénédiction. Le malheur des autres était sa bouée de sauvetage et leurs problèmes venaient combler le vide qui l’habitait.
La conscience aiguë de cette contradiction s’accompagnait d’un sentiment de culpabilité. C’était bien la seule chose qui ne lui faisait pas défaut : cette culpabilité.
Son agenda sévèrement chargé apparut à l’écran. Longue liste de consultations jusqu’à midi à son cabinet. Déjeuner avec Stefnir. Conférence à l’université dans l’après-midi, puis rendez-vous avec quelques étudiants et une kyrielle de travaux à lire. Il avait souvent envisagé de ménager un peu de place dans le programme très serré de cette journée-là, mais la sensation d’insécurité qui s’ensuivait l’en avait dissuadé. Autant ne rien changer.
Comment se passerait la soirée ? Et la nuit ?
Dès qu’il se retrouvait seul, les ténèbres le submergeaient.
Les aiguilles de la pendule murale entre les bibliothèques du salon s’apprêtaient à franchir le cap des huit heures. Il ne pouvait plus repousser le moment de passer ce coup de fil. Les acides gastriques bouillonnaient dans son estomac de plus en plus noué. À côté de cette pendule, ses deux recueils de poèmes le toisaient d’un œil accusateur. Écarquillements et Écarquillements II. Leurre et artificialité, simagrées et putain d’égoïsme. Pourquoi diable avait-il fallu qu’il… ?
La sonnerie de son portable le fit sursauter. Le numéro affiché sur l’écran confirma sa crainte : c’était justement celui-là qu’il devait appeler.
Il répondit sur un ton enjoué.
– Ma petite Frida, je m’apprêtais justement à te passer un coup de fil.
Silence.
Il continua sur sa lancée.
– Voilà, le grand jour est enfin arrivé. Bienvenue dans le monde des adultes !
Silence.
Depuis des années, il avait imaginé cette conversation en tentant de s’y préparer, de trouver les mots justes et le ton adéquat. Le silence à l’autre bout de la ligne lui offrait un espace qu’il devait mettre à profit.
– Je, enfin… Comme tu sais…
Sa gorge se noua, sa voix buta sur une résistance.
– Elle est sur Internet, rétorqua Frida d’un ton sec et froid.
– Sur Internet, comment ça ?
– Ce réseau qui relie tout le monde, partout et toujours. Ça ne te dit rien ?
– Mais qui ? De qui tu parles ? Qui est sur Internet ?
– À ton avis ?
Ce ton méprisant le glaçait jusqu’aux os.
– Enfin, ma petite Frida, de quoi parles-tu ?
– Je ne suis pas ta petite Frida. Aujourd’hui, et de manière définitive, je suis ma petite Frida, je m’appartiens.
Elle avait accentué le possessif ma sur un ton triomphant.
– Enfin…
Avant de lui raccrocher au nez, elle vociféra :
– Espèce de salaud, tu me dégoûtes !

Arni Thorarinsson est né en 1950 à Reykjavík, Islande. Après un diplôme de littérature comparée et de philosophie à l’université d'East Anglia en Angleterre, il se passionne très jeune pour le cinéma, la musique et l'écriture, et parvient à combiner ses trois passions en devenant journaliste. Avant de se mettre à l'écriture, il commence par faire de la critique de cinéma et de livres, des entretiens et du journalisme d'enquête. Il dirige les suppléments du week-end des deux principaux journaux islandais, et il est l'un des fondateurs et des rédacteurs en chef du premier hebdomadaire d'investigation du pays.

Il travaille régulièrement pour la radio et la télévision, écrit des scénarios pour le cinéma et la télévision, et il a déjà publié douze romans.

Ses livres sont traduits dans plus de vingt langues. Un de ses romans (Le Temps de la sorcière), une des enquêtes du journaliste Einar, a été nommé pour l'Icelandic Literature Prize et adapté en mini-série à la télévision par le premier réalisateur islandais nommé aux Oscars, Fridrik Thor Fridriksson.

Bibliographie