Publication : 04/10/2012
Nombre de pages : 312
Prix : 19 €

L’Ange du matin

Arni THORARINSSON

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Titre original : Morgunengill
Langue originale : Islandais
Traduit par : Eric Boury

On pourrait penser que la postière, sourde et sans le sou, tuée à Akureyri, et le capitaliste, “nouveau Viking” de Reykjavik, à la tête d’un portefeuille de millions en créances, n’ont aucun rapport l’une avec l’autre. Et pourtant le destin fait se croiser leurs chemins lorsque, malgré l’opposition de la police, Einar enquête pour son journal sur la disparition d’une petite fille.
Einar, ironique et tendre, a rarement été confronté à un crime aussi complexe. Rien ne s’est passé comme on pourrait s’y attendre. Portrait caustique et désabusé de l’Islande contemporaine, ce roman décrit l’évolution rapide des mœurs et la corruption des âmes. Le surprenant retournement final est dérangeant dans sa description de l’innocence perdue et de l’irréversibilité des évolutions de société.
L’intrigue resserrée et bien menée entraîne le lecteur fasciné aux côtés de cet enquêteur à la fois nonchalant et lucide.
Un roman passionnant, éclairant et terrifiant.

  • « Reykjavik, le feu sous la glace. Direction l’Islande pour cette filature automnale. Plus qu’une visite de la capitale en sa compagnie, c’est à une plongée dans les bas-fonds de son pays que l’auteur de polars Arni Thorarinsson vous convie. » Lire l'article entier ici.
    Alice Brouard
    ALIBI
  • « Il se dégage de ce polar une complexité intellectuelle digne de la grande littérature scandinave et il y plane une mélancolie dérangeante. Un ouvrage, un auteur qui valent le détour pour ceux qui lisent peu. Pour les autres, à lire absolument. »
    François Joly
    LA TRIBUNE DE VIENNE ET DE L'ISERE
  • « Arni Thorarinsson, d’une plume à la fois légère, caustique et clairement politique raconte les dégâts du libéralisme et met en branle une intrigue à couper le souffle. »
    Martine Laval
    SINE MENSUEL
  • « A Reykjavik, avec le romancier Arni Thorarinsson ». Lire l'article entier ici.
    Alice Brouard
    OUEST FRANCE
  • « Encore une réussite de la littérature nordique. »
    Frédérique de Watriguant
    PANORAMA
  • « Superbes intrigues croisées, épaisseur des personnages, réelle compassion et empathie pour ceux qui souffrent, sans jamais tomber dans le pathos. Ecriture fluide et humour tendre. Que demander de plus ? »
    Jean-Marc Laherrère
    LA TETE EN NOIR
  • « Un thriller passionnant et terrifiant dont l’intrigue parfaitement menée entraîne le lecteur fasciné aux côtés de cet enquêteur à la fois nonchalant et lucide. »
    Patrick Beaumont
    LA GAZETTE NORD PAS DE CALAIS
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    Cédric Bru
    LES OBSEDES TEXTUELS
  • Plus d'infos ici.
    ECOLESJUIVES.FR
  • « Sombre mais prenant, L’Ange du matin nous emmène dans les méandres des diverses enquêtes, conduits par le témoin Einar, un témoin lucide qui nous rapporte ses inquisitions, un des derniers justes dans une société en déliquescence. Un récit plein de drame, de tragique, de solitude et de mort, raconté sans emphase dans la banalité du quotidien. A lire. ». Plus d'infos ici.
    Etienne Borgers
    POLAR NOIR

Conte populaire.
Voilà une formule intéressante. Qui porte en elle comme un goût de mensonge. Ou de superstition.
Histoire du peuple.
Croyance populaire est également une expression intéressante. En quoi les gens croient-ils?? En une chose aujourd’hui, une autre demain?? À moins que les croyances ne perdurent, identiques, siècle après siècle, génération après génération??
Il était une fois deux hommes partis sur la lande pour y ramasser des simples. Une nuit, ils étaient allongés tous les deux sous la tente. L’un dormait, l’autre veillait. Le second vit tout à coup le premier ramper vers l’extérieur et le suivit, sans toutefois parvenir à courir assez vite pour ne pas se laisser distancer. Son compagnon obliqua vers le glacier. L’autre aperçut alors une géante assise à califourchon sur le sommet. Elle tendait les bras, puis les ramenait à chaque fois sur sa poitrine afin d’attirer l’homme. Il courut droit dans les bras de la géante qui l’emporta avec elle en bondissant.
L’année suivante, des gens montèrent au même endroit sur la lande pour y cueillir des herbes. Il les rejoignit, passa un moment avec eux, mais se montra austère et taciturne. Les gens lui demandèrent en quoi il croyait et il leur répondit qu’il croyait en Dieu.
La deuxième année, il revint les voir alors qu’ils ramassaient leurs simples sur la lande. Il ressemblait tellement à un géant qu’ils prirent peur.
Ils lui demandèrent en quoi il croyait, mais il ne leur répondit rien. Cette fois-là, il ne s’attarda pas.
La troisième année, il revint à nouveau les voir. Il était alors devenu un véritable géant, imposant et menaçant. Quelqu’un se risqua toutefois à lui demander ce en quoi il croyait. Il répondit qu’il croyait en “Trunt, trunt et aux trolls des montagnes” avant de disparaître. Après cela, on ne le vit plus. Du reste, personne n’osa aller ramasser des simples à cet endroit plusieurs années durant.

Peut-être connaissaient-elles ce conte populaire. Mais aucune d’elles n’avait reconnu les géants lorsque, après être apparus sous leurs yeux, ils les avaient emmenées avec eux.
Les géants eux-mêmes étaient-ils conscients d’être devenus des géants??



1. UN MERCREDI MATIN AU DEBUT DE JANVIER

J’arrive trop tard. Si le temps est le moyen qu’a trouvé la nature pour éviter que tous les événements se produisent simultanément, il n’est pas très efficace. Je ne disposais pas d’assez de temps. Peut-être était-ce une question de secondes, ou peut-être de minutes. Mais, conformément à une loi implacable, j’arrive trop tard.
Alors que je quitte tranquillement la maison jumelée que j’occupe dans le quartier de Hlidahverfi, je n’ai pourtant pas l’impression que le temps me manque. Mon haleine sort de ma bouche pour s’élever dans l’air glacial et immobile de la ville d’Akureyri. C’est la preuve indéniable que je respire, avec les volutes de vapeur afférentes et tout le bataclan. Mes jambes m’obéissent et me transportent, lentement mais sûrement, jusqu’à mon poste de travail sur la place de l’Hôtel de Ville. Toute chose est encore conforme à mes plans, au vœu que j’ai formulé en silence et à la résolution personnelle que j’ai prise lorsque nous sommes entrés d’un bond avec ma fille Gunnsa dans la nouvelle année. Mes vieux parents n’ont pas voulu tenter leur chance, du reste, ils auraient hypothéqué leur futur si, comme nous, ils étaient montés sur cette chaise pour faire le grand saut à cloche-pied au risque de se casser une jambe en se réceptionnant. Dans ce genre de situation, mieux vaut reculer que sauter.
Il suffit d’y croire un peu pour envisager les sommets des Sulur, Kerling, Hlidarfjall, la lande de Vadlaheidi et les montagnes qui cernent le fjord d’Eyjafjördur, ainsi qu’Akureyri et son Pollur comme les géants tutélaires de la ville, les anges gardiens donnés par mère nature. Mais dans la pénombre matinale de ces premiers jours de l’année, peu de choses viennent confirmer cette croyance, si ce n’est la foi elle-même.
Les lampadaires projettent à peine leur clarté pâlotte sur l’environnement immédiat?: immeubles, entrepôts, usines et bâtiments à usage de bureaux. L’allée piétonne qui longe la rue Skardshlid et traverse le pont enjambant la rivière Glera avant d’entrer dans la rue Glerargata est loin d’offrir la plus jolie vue de la charmante capitale du Nord. Mais je vais devoir m’en contenter pour me bâtir un futur et faire ce que les experts nous conseillent?: chercher le positif au sein du négatif, se battre pour remporter la victoire y compris dans la défaite, voir les ouvertures au bout des impasses et la lumière au fond de la plus noire des nuits. Et ainsi de suite. En général, je ne suis pas très doué pour me bercer d’illusions sans avoir ingurgité un verre d’alcool et je n’ai aucune idée de la raison pour laquelle, en ce moment, je me satisfais entièrement de la déliquescence. L’esprit occupé par ces considérations, je marche d’un pas léger dans le petit matin. À l’angle des rues Glerargata et Eyrarvegur, je croise une vieille femme qui n’est pas de cette humeur. Elle jure et maugrée tout ce qu’elle sait dans son coin. Je ne me laisse pas décontenancer et pose un pied sur la chaussée pour traverser.
- Hé, vous, là-bas, me crie-t-elle alors. Vous travaillez bien au Journal du soir, n’est-ce pas??
Et moi qui m’imaginais ne pas être un visage connu.
- Euh, oui, dis-je alors que je maudis en silence la poli­tique du droit à l’image appliquée par mon journal.
Elle me fait signe de me retourner. Rien ne m’oblige à lui obéir, mais je m’exécute quand même.
- C’est tout simplement insupportable?! s’exclame-t-elle, cram­ponnée à son sac à main comme à une arme devant son épais manteau noir. Il y a longtemps que tout ça est insupportable?!
- Vous avez tout à fait raison, mais auriez-vous en tête quelque chose d’un peu plus précis??
Elle se tient debout à l’angle de la rue?: petite, élégante, ses cheveux gris couverts d’un bonnet rouge.
- C’est toujours la même histoire.
- Hmm.
- Oui, je trouve que vous devriez attirer l’attention des gens sur la question. Votre devoir est d’écrire sur cet enfer?!
- Eh bien, je pourrais l’envisager si je savais de quoi il s’agit exactement.
Mon interlocutrice semble subitement comprendre quelque chose.
- Oh, pardonnez-moi?! Je sors juste de chez moi.
Elle pointe sa main gantée vers le vieux quartier d’Oddeyri.
-­- Je vais chez ma fille pour garder mes petits-enfants.
Elle désigne de son index les immeubles du quartier des Hlidar.
Je piétine dans le froid et frotte mes paumes nues l’une contre l’autre.
- Et là, au beau milieu du trottoir, j’aperçois un chariot de la poste, tout seul, abandonné.
- Ah bon??
- Oui, il était renversé sur le côté et le courrier était épar­pillé un peu partout. Aucune trace du facteur, rien du tout?!
- C’est en effet bizarre.
- Bizarre?? rétorque-t-elle. Non, ça n’a rien de bizarre. C’est tout bonnement un scandale. Encore un de ces fichus scandales. Maudites privatisations?!
Elle me dévisage.
­- Mais vous ne vous souvenez peut-être pas de l’époque où nous possédions un service postal digne de ce nom??
- Je me rappelle Postur og simi, l’entreprise d’État des Postes et Télécommunications. Et je crois me souvenir que tout le monde n’en était pas franchement satisfait.
Mon interlocutrice hausse les épaules.

Arni Thorarinsson est né en 1950 à Reykjavík, Islande. Après un diplôme de littérature comparée et de philosophie à l’université d'East Anglia en Angleterre, il se passionne très jeune pour le cinéma, la musique et l'écriture, et parvient à combiner ses trois passions en devenant journaliste. Avant de se mettre à l'écriture, il commence par faire de la critique de cinéma et de livres, des entretiens et du journalisme d'enquête. Il dirige les suppléments du week-end des deux principaux journaux islandais, et il est l'un des fondateurs et des rédacteurs en chef du premier hebdomadaire d'investigation du pays.

Il travaille régulièrement pour la radio et la télévision, écrit des scénarios pour le cinéma et la télévision, et il a déjà publié douze romans.

Ses livres sont traduits dans plus de vingt langues. Un de ses romans (Le Temps de la sorcière), une des enquêtes du journaliste Einar, a été nommé pour l'Icelandic Literature Prize et adapté en mini-série à la télévision par le premier réalisateur islandais nommé aux Oscars, Fridrik Thor Fridriksson.

Bibliographie