Publication : 27/02/2003
Nombre de pages : 144
ISBN : 2-86424-455-1
Prix : 15 €

Les Trains vont au purgatoire

Hernán RIVERA LETELIER

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Titre original : Los trenes van al purgatorio
Langue originale : Espagnol
Traduit par : Bertille Hausberg

El Longino, le train longitudinal nord qui traverse le désert d'Atacama en quatre jours, s'arrête dans des gares fantômes perdues au milieu de paysages désolés. Il transporte un accordéoniste qui fuit le fantôme de la femme aimée, une voyante entourée de talismans, un aveugle qui chante des boléros, une femme en deuil à la recherche du cadavre de son fils, un groupe de gitans bruyants, une petite fille dont la vie va changer pendant le voyage, un couple d'amoureux unis dans un interminable baiser, un nain bavard... Toutes ces vies précaires roulent dans le silence du désert le plus triste du monde.
Tapie dans l'air ratifié du train de nuit, la présence de la mort se répand comme une peste parmi les passagers. Alors le lecteur prisonnier de ses pages redécouvre ce monde implacable qui n'existe plus que dans la littérature.

  • « Avec l'alacrité, la verdeur de langue, les diableries, les peurs et les rires, les faits divers devenus légendaires, le dernier roman de cet écrivain chilien si original, H. Rivera Letelier, a tout d'une danse macabre ferroviaire. [...] De miracle il n'y aura pas, mais de l'imprévu, du grotesque, du folklore de paumés, l'auteur en verse à pleines pages. »
    Claude-Michel Cluny
    LE FIGARO LITTERAIRE
  • "Un train traverse le désert d'Atacama, au nord du Chili. A son bord, Lorenzo, un accordéoniste hanté par le souvenir d'Uberlinda, la femme qui l'a quitté, des hommes partant travailler dans les mines de salpêtre et leur recruteur, une cartomancienne et sa mère, une fillette silencieuse accompagnée de son grand-père, un prédicateur, un nain qui adore bavarder? Tous vont, pendant cet éprouvant voyage de quatre jours, se croiser, se raconter, échanger conseils et anecdotes. Il y a aussi une mine et son village abandonnés, sur lesquels veille le vieux Leoncio, l'ancien mari d'Uberlinda, femme-fantôme qui hante le livre, même si on ne la rencontre que dans les souvenirs des deux hommes qui l'ont aimée. Et, en fil rouge, la magnifique histoire d'Alma, la belle de nuit de la Ressureccion. Dans ce quatrième roman, Hernan Rivera Letelier, ancien mineur chilien autodidacte - il n'apprit à lire qu'à vingt ans -, montre une formidable maîtrise du récit. Il glisse d'une histoire à l'autre avec fluidité, de façon presque musicale, et excelle dans la peinture de ses personnages. Son monde est violent et cruel, mais la générosité de son regard, son humour, son sens du merveilleux et du tragique font de ce livre une sorte de conte à la fois grave et joyeux, plein d'émotion.
    Christine Gomariz
    PARIS MATCH
  • "Il n'était pas vain d'attendre avec impatience le dernier roman de Hernan Rivera-Letelier, figure profondément atypique de la littérature chilienne de ces dernières décennies. Ancré dans le désert d'Atacama, mine inépuisable d'histoires et " désert le plus triste du monde " où il a lui-même toujours vécu, son dernier roman dépasse les plus folles espérances. Dans un paysage à rendre fou, El Longino, le train du nord, emmène une cohorte de personnages hauts en couleur vers des destinations connues d'eux seuls :" (...) Au milieu des visages de vieux macchabées des premiers voyageurs, les nouveaux sont reconnaissables à leur air épanoui de cadavres récents." Entre brumes du sommeil et ténèbres de cuites, ces ?mes perdues au visage d'ange en guenilles parmi lesquelles on compte une cartomancienne, un accordéoniste, un couple d'amoureux, un aveugle chanteur de boléros, un nain, un vendeur de fromages de chèvre, une femme endeuillée et deux sœurs à la libido incontrôlable, échangent souvenirs, services et considérations nostalgiques. Si les choses de la vie sont bien étranges, celles de la mort ne manquent pas non plus de piquant. Le vieux Leoncio Santos, spectre désespéré cherchant le visage de la femme aimée à la portière de tous les wagons, met un point d'honneur à le rappeler.
    Sandrine Fillipetti
    ROLLING STONE

La locomotive avance, fumante, bardée de fer, rugissante, à travers le désert le plus triste du monde. Pierre après pierre, colline après colline, crevasse après crevasse, soufflant comme une mule assoiffée, la locomotive avance, noire (seule brille sa grosse cloche de bronze, somnambulique sous le soleil de midi). Ahanant une interminable et dure litanie, les wagons poussiéreux vont, prient, supplient et implorent pour que le courage de la machine ne s'évapore sous le soleil, pour que les mirages bleus noyant au loin ses rails d'acier ne l'abusent de leurs lagunes trompeuses et que, morte de soif, elle ne s'arrête, telle une bête crevée au milieu de ces solitudes infinies; sur son passage, nulle vache lente ne lève la tête pour la regarder, nul paysan ne redresse son torse d'ange courbé pour lui faire signe, nulle pluie ineffable ne vient mettre du baume sur son échine métallique en feu.

Lorenzo Anabalón, l'accordéoniste, appuyé sur l'étui de son instrument, retrouve avec nostalgie ces aigres étendues dénudées. C'est le deuxième jour du voyage, il est midi et, tandis que le train gravit péniblement une interminable dune de sable, son visage terreux est déjà marqué par la fatigue. Le foulard de soie noué autour de son cou est poissé de sueur.

- Plus loin, on ne verra même plus un cactus, dit la cartomancienne.

Tout en pianotant distraitement sur son accordéon rouge, Lorenzo Anabalón acquiesce sans cesser de regarder par la fenêtre. Le défilé intermittent des poteaux télégraphiques vers l'arrière débite en tranches symétriques le paysage et les souvenirs.

- Dans ces terres pelées l'ivraie elle-même ne pousse pas, insiste la cartomancienne. C'est pourquoi ses herbes médicinales sont si demandées par ici; elle a même connu, au cours de ses pérégrinations à travers les salpêtrières, une dame qui donne des consultations sexuelles à domicile; elle lui commande toujours des tisanes pour ses copines de travail car, dit-elle, ses infusions miraculeuses peuvent aussi bien soulager une douleur d'ovaires que débarrasser les vitres de l'âme des buées violettes de la mélancolie.

- Et la matrone a bien raison, don Lorenzo, dit la femme en s'éventant les seins avec une liasse de feuillets roses, imaginez un peu : quelques gouttes de jus de feuilles de laurier, disons la valeur d'un bouton de culotte, remettent en état les estomacs détraqués, font venir les règles des femmes, soulagent les douleurs d'oreilles, diminuent la surdité et enlèvent les taches sur le visage. Sans parler des propriétés magiques de cette plante : la mastication de ses feuilles les plus tendres donne un incroyable pouvoir de divination, vous vous rendez compte, mon cher don Lorenzo !

La seule différence entre cette gonzesse et Uberlinda Linares c'est son goût pour le bavardage, se dit avec résignation l'accordéoniste en se frottant les paupières avec son foulard. Comme c'est le premier wagon du convoi, la fumée de la locomotive s'engouffre en rafales par les portières, fait larmoyer les passagers et dépose de la suie partout.

- Hier, il m'a semblé vous entendre dire que vous aviez travaillé dans le désert, dit maintenant la cartomancienne sans cesser de s'éventer et de souffler dans son décolleté. C'était dans quelle compagnie !

- A Iris.

- Comme musicien !

- Non, comme mineur.

- Et pourquoi êtes-vous parti, si ce n'est pas indiscret ! interroge la femme sur un ton qui se voudrait indifférent.

Avec une expression peut-être due à la chaleur ou à l'irritation, Lorenzo Anabalón desserre un peu son foulard et tourne la tête sans enthousiasme vers les deux femmes assises en face de lui. Il regarde d'abord la mère de la cartomancienne (la vieille dame, avec son air d'âme en peine, est toujours plongée dans son tricot bleu ciel) puis il la regarde, elle, il la regarde profondément dans les yeux (sa ressemblance physique avec Uberlinda Linares lui semble vraiment incroyable) et répond en soupirant :

- A cause d'une femme.

Quand il tourne de nouveau la tête et s'absorbe dans ses pensées, ses yeux couleur d'eau retrouvent le reflet imprécis de ces étendues arides. Bien des années ont passé mais il a toujours su qu'au cours de son voyage de retour dans le désert il allait retrouver le souvenir brûlant de cette femme lointaine. Néanmoins, il n'avait jamais pensé que cela se produirait de manière aussi violente. Car la ressemblance de la pythonisse aux seins opulents avec Uberlinda Linares était vraiment stupéfiante. En vérité, la dame semblait être la réincarnation parfaite de cette femme dont il s'était follement amouraché. Bien que plus grassouillette, la cartomancienne avait des cheveux de blé mûr comme Uberlinda Linares, le même sourire, les mêmes lèvres en forme de cœur et les mêmes yeux mystérieux, ces yeux qu'il n'avait jamais très bien su définir. Jamais jusqu'alors. Car maintenant qu'il avait rencontré la madame , il le savait parfaitement : Uberlinda Linares avait des yeux d'extralucide.

La veille, à la tombée de la nuit, après toute une journée de voyage, quand le crépuscule était une grande toile rouge accrochée aux portières du wagon, Lorenzo Anabalón avait sorti son instrument de son étui et, après avoir demandé aux passagers les plus proches si un peu de musique leur ferait plaisir, s'était mis à répéter quelques-uns des airs les plus populaires de son répertoire.

Après avoir écouté, émerveillée, les trois premières mélodies, madame Luvertina, lui avait demandé s'il connaissait Flores negras. Lui, qui ne ratait jamais une occasion de faire du gringue à une femme, avait joué et chanté à mi-voix, juste pour elle, le boléro si expressif de Sergio de Karlo (sa voix mélodieuse, pleine de fioritures musicales, s'accordait mal, selon elle, avec les mouvements lourds de son corps de mineur). C'est alors, tandis qu'il lui chantait "les fleurs noires du destin nous séparent sans pitié; que Lorenzo Anabalón avait découvert que la femme avait les mêmes yeux énigmatiques que celle qui avait été le grand amour de sa vie.

- Pour garder cette voix merveilleuse que Dieu vous a donnée, don Lorenzo, il vous faut manger des œufs d'alouette, lui dit-elle à la fin de la chanson.

Il leva les sourcils.

- Le dimanche avant que les cloches sonnent à l'église, poursuivit-elle d'une voix câline.

Plus tard, pendant la nuit, après s'être allongé sur la banquette de bois pour y dormir, enlacé à son accordéon comme à une femme blottie contre lui, les secousses du train avaient réveillé par deux fois Lorenzo Anabalón et, les deux fois, il avait surpris la cartomancienne les yeux bien ouverts, le contemplant depuis son siège. Dans la pénombre du wagon à peine éclairé par le reflet de la lune frappant la vitre de la portière, la femme le regardait avec la même lascivité d'animal édénique qu'Uberlinda Linares pendant l'amour. Cet œuf à la coque n'attend qu'une pincée de sel, s'était dit Lorenzo Anabalón dans la torpeur de son sommeil.

De fait, la petite sorcière n'était pas mal comme nana, Ils devaient avoir tous les deux à peu près le même âge, mais ses années tumultueuses de bourreau des cœurs l'avaient marqué davantage. Il avait beau observer ses manières, elle n'avait rien de la pythonisse embobineuse et arnaqueuse qu'il avait consultée une fois à Quillota. Une bague ornée d'une pierre verte à l'annulaire et un pendentif en pierre de lune gravé d'une hirondelle étaient ses attributs les plus ésotériques. La pierre de lune favorisait non seulement la capacité de divination et les rêves prémonitoires, mais servait d'amulette pour réconcilier les amants, lui avait-elle dit en le regardant dans les yeux. De plus, son visage rond ne portait pas la moindre trace de maquillage. Ses parures les plus chics étaient un peigne de nacre pour retenir ses cheveux et un collier de perles blanches, grosses comme des calots, qui roulaient doucement sur la proéminence de ses seins au rythme des secousses du train.

Un voile de douce mélancolie angélisait son visage aux joues roses. A force de prédire, de prévoir, de déchiffrer et d'interpréter les chagrins des autres, des lambeaux de tristesse semblaient être restés accrochés aux frondaisons du cœur clairvoyant de madame Luvertina. Au fond, elle lui semblait malheureuse. Une de ces nanas insatisfaites de naissance, s'était dit Lorenzo Anabalón. En fumant une Opera, il s'était mis ensuite à imaginer la madame avec du rouge sur les lèvres, la masse de ses cheveux couleur de blé mûr ramenée d'un seul côté du visage et vêtue d'un négligé noir transparent plein de petits volants puérils (une des bretelles du négligé tombant délicieusement sur le bras). Il avait dû secouer vigoureusement la tête car, en vérité, ce qu'il avait vu apparaître devant lui, c'était le vivant mirage d'Uberlinda Linares lui souriant de manière lubrique depuis les dunes de sa mémoire.

Lorenzo Anabalón avait toujours aimé voyager dans la première voiture du train. Tôt le matin, en embarquant à La Calera, ville d'où partait le Longitudinal Nord, le Longino comme le surnommaient les gens du désert, il n avait trouvé qu'un seul passager assis au milieu du wagon. L'homme, tiré à quatre épingles, un œillet piqué à la boutonnière, les mains croisées sur la poitrine et les jambes étendues de tout leur long, semblait dormir du sommeil du juste et ne répondit pas à son salut.

Lorenzo Anabalón haussa les épaules et se soucia d'abord de glisser sa valise à coins métalliques sous la banquette; ainsi aucune femme ne pourrait y cacher un gosse pour le faire passer en douce. Puis il installa son accordéon sur le siège près de la portière pour montrer qu'il était occupé. Dans ce train rustique de troisième classe, sans wagon-restaurant ni couchettes, il fallait s'arranger pour voyager de la manière la plus confortable et avoir la possibilité de s'allonger pour dormir au cours de ces quatre nuits et quatre interminables jours de voyage.

Le train avait quitté La Calera à moitié plein mais, dans les gares suivantes, il s'était progressivement rempli de passagers épuisés, une montagne de ballots sur le dos, traînant tous une tripotée d'enfants. Des passagers pressés qui prenaient d'assaut le convoi et hissaient les gosses en courant pour qu'ils s'emparent d'un siège ou délimitent un petit territoire sur les lattes du plancher tandis que les femmes, plus irascibles, bien décidées à ne pas se retrouver exposées aux intempéries des passerelles, faisaient passer par les fenêtres leurs grands paniers à provisions et jetaient leurs ballots sans la moindre considération pour les voyageurs déjà installés.

La cartomancienne s'était embarquée avec sa mère à la gare de Palos Quemados. Elles étaient montées dans le premier wagon à leur portée et s'étaient tout de suite installées sur le siège situé en face de lui, le premier qu'elles avaient trouvé libre. Elles avaient pour bagages deux paniers d'osier et une demi-douzaine de boîtes en carton. Lui, toujours serviable avec les femmes, s'était empressé de les aider à en caser certains dans le porte-bagages, d'autres sous la banquette et à entasser le reste dans un coin afin de ne pas gêner le passage. Pour expliquer l'odeur salubre émanant des cartons, la plus jeune avait précisé qu'ils contenaient des herbes médicinales. Des herbes magiques cueillies sur les pentes mêmes de la Cordillère, lui avait-elle dit. Puis elle l'avait remercié mille fois de son aide.

- Je suis madame Luvertina, lui avait-elle dit en le regardant fixement.

Déconcerté par le madame, il s'était présenté ainsi :

Lorenzo Anabalón, musicien se rendant dans le désert du salpêtre. Et quand il avait dit en tapotant son instrument :

"Je suis accordéoniste", il lui avait semblé apercevoir dans ses yeux une étincelle extrêmement familière.

- Et cette dame est ma mère, avait dit la femme, troublée.

La vieille dame aux cheveux bleutés ne l'avait pas salué. Lorenzo Anabalón l'avait trouvée un peu ébaubie et, malgré son respect pour les personnes âgées, vieille comme Hérode.

Dès que le train se remit en route, madame Luvertina sortit d'un panier une pelote de laine bleue et deux aiguilles de bois et les tendit à la vieille dame. Celle-ci, avec des gestes précis de maniaque, se mit aussitôt à tricoter. A l'aspect crêpelé de la laine, l'accordéoniste se dit qu'elle avait déjà servi pour un autre ouvrage. Du deuxième panier, la madame sortit ensuite les premiers morceaux de poulet et de dinde rôtis dont elles allaient se nourrir, sans oublier de lui en offrir généreusement, pendant tout le voyage. Pendant qu'ils mangeaient, la mère tricotait fébrilement sans lever les yeux ni goûter le moindre aliment. Toutes les deux ou trois heures, sa fille lui faisait boire une infusion gardée au chaud dans un thermos à carreaux écossais. Contrairement à sa fille, la vieille dame portait des vêtements sombres et pas un mot ne sortait de ses lèvres en cul de poule. Seuls ses petits yeux d'opale transparente bougeaient dans son visage inexpressif. Comme si ses doigts noueux étaient doués d'une vie propre, la vieille dame maniait ses aiguilles avec une rapidité et une précision stupéfiantes en arrangeant fréquemment son écharpe en une sorte de tic nerveux; son regard se perdait parfois dans le paysage et parfois elle dormait avec la placidité d'une vieille colombe cendrée, tout cela sans jamais laisser échapper une maille de son tricot liturgique.

Le premier repas terminé, après avoir rendu grâce à la miséricorde du bon Dieu pour ce pain quotidien, madame Luvertina sortit une liasse de feuillets roses d'une chemise cartonnée et lui en tendit un.

- Lisez-le tranquillement, lui dit-elle.

Sans plus tarder, elle se leva et commença à distribuer les feuillets aux autres passagers du wagon. Lorenzo Anabalón s'expliqua alors le pourquoi du madame. La jolie grosse était voyante.

Hernán Rivera Letelier est né en 1950 à Talca, il a toujours vécu dans le désert d'Atacama. Longtemps mineur dans des compagnies salpêtrières, à la fermeture de la mine "Pedro de ValdiviaI », il émigre à Antofagasta, il a 20 ans et suit des cours du soir pour apprendre à lire et à écrire, puis fait des études secondaires. Son premier roman, La Reine Isabel chantait des chansons d'amour (1994) a reçu le Prix de Littérature du Conseil National du Livre, récompense qu'il a obtenu aussi en 1996 pour Le Soulier rouge de Rosita Quintana, confirmant ainsi  son talent et sa voix exceptionnelle au sein de la littérature chilienne des années 1990.