Publication : 27/08/2004
Nombre de pages : 192
ISBN : 2-86424-505-1
Prix : 16 €

Mongolia

Bernardo CARVALHO

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Langue originale : Portugais
Traduit par : Geneviève Leibrich

Comme dans beaucoup de récits de voyage, comme dans Le Cœur des ténèbres de Conrad, un homme est ici à la recherche d'un autre homme.

Un diplomate est envoyé en Mongolie sur les traces d'un très jeune photographe disparu en plein hiver dans la région de l'Altaï. Surnommé "l'Occidental" par les guides mongols qui avaient baptisé le photographe "l'Inadapté", il suit l'itinéraire indiqué dans le journal de voyage abandonné par le photographe et écrit lui-même des carnets qui seront lus par un narrateur critique qui découvrira au lecteur la totalité du puzzle.

C'est de la lecture des trois textes que naît le roman d'un voyage à l'intérieur d'un monde distordu, opaque et fermé sur lui-même, révélateur de la difficulté d'entrer en relation avec ce que l'on ne connaît pas.

La Mongolie de Bernardo Carvalho n'est pas une réalité mais une hallucination, ses voyageurs ne sont pas des aventuriers mais des créatures littéraires qui avancent dans un monde totalement étranger. Malgré ou à cause de sa volonté de fiction, ce roman est aussi un magnifique récit de voyage dans un univers totalement exotique.

  • « Le narrateur [...] retrouve les cahiers d'un de ses collaborateurs, récemment assassiné. Un être rebelle, obtus, baptisé l'Occidental, dont les écrits relatent la recherche d'un jeune photographe, perdu en Mongolie [...] et qui n'a laissé lui-même que des carnets. Les récits se recoupent [joints à] une dimension fantastique, qui peuplera cette quête de mirages, d'histoires, d'ombres gigantesques et fascinantes. »
    Dominique Aussenac
    LE MATRICULE DES ANGES
  • "C'est tout le charme de Mongolia de jouer sur l'ambiguïté des récits de voyage : l'ethnocentrisme y est bien sûr moqué, mais tout autant l'angélisme de principe des aventuriers bien-pensants. Carvalho, lui, invente un entre-deux proprement romanesque, où son identité se trouve -heureusement- mise en crise. Il estime même que " c'est une sorte de provocation, pour un écrivain brésilien d'aujourd'hui, d'avoir écrit un livre sur la Mongolie : la situation sociale est si catastrophique au Brésil que les auteurs ont presque honte s'ils ne cèdent pas au réalisme le plus primaire. " Mongolia est sans doute la meilleure réponse qui soit à cette tentation néonaturaliste : une fiction formidable, qui réussit à rendre trouble la plus pure réalité."
    Fabrice Gabriel
    LES INROCKUPTIBLES

PEKIN - ULAANBAATAR

Lors de son voyage aux confins de la Mongolie, les nomades, qui ne réussissaient pas à prononcer son nom, l'ont appelé l'Occidental. Cela faisait un certain temps que je n'entendais plus parler de lui, mais un jour j'ai lu un reportage dans les journaux. Il est revenu de Chine il y a cinq ans et il a abandonné la carrière diplomatique. Son retour intempestif a coïncidé avec l'éclosion de la crise de pneumonie atypique en Asie, ce qui a pu être une explication pour certains, mais pas pour moi. Le journal dit qu'il est mort au cours d'un échange de coups de feu entre la police et une bande de kidnappeurs alors qu'il se rendait dans la favela sur la colline du Pavãozinho pour payer la rançon exigée pour son benjamin. Vu l'âge du gamin, il ne peut s'agir que de celui qui est né à Shanghai, juste avant son retour au Brésil, lorsqu'il a décidé de changer de vie sans donner d'explication à qui que ce soit. Il semblerait qu'il soit sorti de chez lui en cachette, ce mardi matin-là, pour payer la rançon. Il n'a prévenu personne, et surtout pas la police. Il a respecté au pied de la lettre les instructions des kidnappeurs. Ce qui n'a pas empêché les policiers de le prendre en filature à son insu. Le gamin a été sauvé, mais lui est mort sur place. Il avait quarante-deux ans. À l'évidence, personne ne sera tenu pour responsable. La police prétend qu'il a été imprudent. J'ai téléphoné à un diplomate de l'Itamaraty en poste à Varsovie qui le connaissait depuis qu'il était petit. C'était des amis d'enfance. Il était très secoué. Il a décidé de prendre le premier avion pour le Brésil qui s'envolait de Francfort le soir même. Il partait à l'instant pour l'aéroport. Il n'avait pas le temps de me parler. Aux dires d'amis communs, la police était impliquée dans l'enlèvement. Il aurait tenté de négocier directement avec les kidnappeurs, et les policiers, qui surveillaient ses mouvements ainsi que ceux des bandits au moyen d'écoutes téléphoniques, avaient décidé de se venger. L'enterrement a eu lieu le lendemain matin. Quand j'ai lu la nouvelle, c'était déjà trop tard. Je n'ai pas d'heure pour me réveiller depuis que j'ai pris ma retraite. Au début, avant de lire les journaux, je sortais encore le matin pour faire une promenade sur la plage ou autour de la Lagoa. J'essayais de me fabriquer une routine. L'an dernier, la veille de Noël, j'ai juste eu le temps d'entendre un coup de frein brutal et un bruit sourd avant de me retourner et de voir une fillette de cinq ans en bikini blanc bondir en l'air après avoir été heurtée de plein fouet par une voiture qui roulait à toute allure et s'étaler de tout son long par terre, inerte, sous les yeux effarés des baigneurs, du conducteu,r et de la mère de l'enfant. C'était la fille d'une de ces familles de mendiants ou de gens de la banlieue qui vont à la plage le week-end et qui s'installent à l'ombre des cocotiers sur le terre-plein au milieu de l'avenue. Elle avait dû sauter sur l'asphalte, croyant que c 'était dimanche, jour de fermeture à la circulation de l'avenue. Elle avait dû agir par association d'idées, car elle avait l'habitude d'aller à la plage avec sa mère le dimanche. Or, ce n 'était pas un dimanche, malgré les apparences, c'était la veille de Noël. Cela aurait pu arriver n importe où, dans n'importe quelle ville, voilà ce que je me répétais à moi-même, tentant de m'en convaincre, lorsque j'ai remarqué, cent mètres plus loin, un groupe de badauds et de policiers autour d'un de ces véhicules bondés qui relient Sâo Conrado à Copacabana. Il y avait une flaque de sang sur l'asphalte. Un baigneur à qui j'ai demandé ce qui s'était passé m'a répondu du tac au tac: "Alors, mon vieux, vous croyez qu'y a que les dindes qu'on rôtit à Noël ?" Un membre d'un gang avait dessoudé celui d'un autre en plein jour, sur la plage, devant tout le monde. Le corps gisait dans le véhicule maintenant vide. Où donc suis-je venu mourir? Ce n'était pourtant rien par rapport à tout le reste, mais je n'ai plus envie de sortir. Et hormis mes petits-enfants qui viennent rarement et d'habitude sans prévenir, je ne reçois plus personne. Il ne me reste plus grand-chose à faire sinon ajourner une fois de plus le projet d'écrire que je diffère depuis que je suis entré à l'Jtamaraty à l'âge de vingt-cinq ans, sauf qu'aujourd'hui, à soixante-neuf ans, je n'ai même plus l'excuse douteuse des obligations professionnelles ou la honte anticipée de me voir comparé aux vrais écrivains. Désormais, la littérature n'a plus d'importance. Il suffirait que je me mette à écrire. Personne ne prêtera attention à ce que je fais. Je n'ai plus aucune excuse pour ce manque évident de volonté et de talent. N'empêche que la nouvelle de sa mort m'a laissé encore plus prostré. Ce fut une raison de plus pour ne pas sortir. Je ne suis pas un homme particulièrement courageux et les années m'ont rendu de moins en moins hardi. En principe, lui non plus n'était pas homme à prendre des risques. Mais, contrairement à moi, l'impatience et le destin le poussaient irrémédiablement vers le danger. Plongé dans ces réflexions, je me suis tout à coup souvenu que je devais encore avoir avec moi les affaires qu'il avait laissées à l'ambassade à Pékin avant de retourner à Shanghai pour y reprendre ses fonctions de vice-consul, encore que pour peu de temps. Il aurait pu faire une carrière brillante car il était intelligent et ambitieux, plus ambitieux que moi en tout cas, mais il n'avait pas un caractère facile. Il n'était pas fait pour obéir à des ordres ou s'abstenir de dire ce qu'il pensait par respect de la hiérarchie. Il s'était trompé de métier. Je savais parfaitement ce qu'il en était. Probablement que déjà à son retour à Shanghai, il était décidé à abandonner la carrière, qu'il quitta un an plus tard, brusquement et à la stupéfaction de tous, sauf de moi. Je suis certain d'avoir joué un rôle déterminant dans cette décision. Il est resté sous mes ordres peu de temps, mais suffisamment longtemps pour se pénétrer de la conviction que vouloir être un diplomate avait été une erreur. J'ai essayé de l'aider comme j'ai pu, je reconnaissais en lui des traits de mon propre caractère, je pensais qu'il était encore temps de le sauver, mais ma patience avait ses limites. J'étais à deux ans de la retraite. J'ai commis de nombreuses erreurs dans ma vie. J'ai abandonné des projets personnels pour la sécurité et la commodité que m'offrait l'Itamaraty, lequel, en échange, m'a volé une partie de mon âme. Je n'ai pas eu le courage de m'engager, j'ai refusé le risque et je finis seul. Si au moins je pouvais m'enorgueillir d'une carrière exceptionnelle, mais même pas. À l'époque, l'ambassadeur en titre passait par un moment difficile, il était confronté à des problèmes personnels qui l'avaient obligé à quitter la Chine pendant plusieurs mois. J'ai dû me charger de l'ambassade, le consul a été déplacé, il a assumé mes anciennes fonctions, et ensuite il ne me restait plus qu'à inviter le vice-consul de Shanghai à faire office de consul à Pékin. Ce n'était pas non plus un moment facile pour lui. Il venait d'arriver. Sa femme, enceinte, et son fils de deux ans étaient restés au Brésil jusqu'à ce qu'il trouve un logement et s'y installe. Le transfert provisoire à Pékin pour remplacer le consul dans une situation critique n'a fait que compliquer les choses, laissant sa vie encore plus longtemps en suspens. Je n'avais pas le choix. Je n'avais personne d'autre sous la main. J'étais déjà séparé de ma deuxième femme - cela faisait un an qu'elle avait décidé de rentrer au Brésil, pour se mettre en ménage avec l'ambassadeur de France, comme je finirais par le découvrir - et je n'avais plus le même appétit pour les réceptions et les obligations mondaines, mais je fis cependant de mon mieux pour rendre son séjour à Pékin aussi agréable que possible, vu les circonstances, évidemment, et nous nous entendions plutôt bien lorsque, au bout de la deuxième semaine, nous avons eu un premier accrochage, au demeurant sans gravité selon moi, mais qui m'agaça d'autant plus qu'il n'arrivait pas à m'en expliquer la raison. Son refus d'obéir à une instruction expresse et extraordinaire de l'Jtamaraty me parut gratuit, un simple caprice. Ce ne fut qu'en apprenant sa mort, plus de six ans après l'incident, que je me suis soudain souvenu des papiers que je devais encore avoir en ma possession. Après avoir commencé à les lire, je me suis dit qu'il ne les avait peut-être pas oubliés avant de retourner à Shanghai, mais qu'il me les avait laissés intentionnellement, en guise d'explication. Si je ne les avais pas lus jusqu'alors, c'était moins par manque de curiosité que parce qu'à l'époque cet homme me sortait par les yeux et que je ne voulais plus en entendre parler. Au fond, j'avais toujours pensé que c'était des documents sans intérêt. Si bien que je les avais rangés dans un classeur et expédiés au Brésil avec le reste du déménagement, sans même en prendre connaissance.

Je suis allé dans l'office jouxtant la cuisine où, au lieu d'entreposer les provisions, je garde les archives mortes et le bric-à-brac inutile subsistant de tous mes voyages et de tous mes déménagements, et j'ai passé des heures à chercher le classeur où j'avais rangé ces papiers découverts par hasard au milieu de mes affaires à l'ambassade, quand je faisais mes valises avant de quitter Pékin il y a quatre ans. J'ignore quelle part d'inconscient entre dans cet oubli de lui restituer le classeur en arrivant au Brésil. Je n'ai jamais cherché à le revoir. Au début, j'ai remis à plus tard tout appel téléphonique, j'ai évité de le rencontrer, je n'avais pas la moindre envie de le voir et j'ai fini par l'oublier. Je n'ai jamais songé à lire ces papiers et j'en ai même oublié l'existence. Ils étaient au fond d'un débarras avec tout ce qui ne me sert plus à rien. Je les ai dénichés vers la fin de l'après-midi après avoir passé des heures à ouvrir et à refermer toutes sortes de boîtes poussiéreuses. Ils étaient toujours dans le même classeur vert pâle sur lequel j'avais écrit son nom.

Ce qui est arrivé à Pékin était inattendu. S'il m'avait parlé, je crois que je n'aurais pas insisté. J'ai passé la nuit à lire les papiers, qui en réalité sont un journal tenu sous forme d'une longue lettre écrite à sa femme au Brésil qu'il n'a jamais envoyée. Ce n'est qu'alors que j'ai vu clair dans toute cette histoire. Les instructions venaient de Brasília. Un chef d'entreprise âgé, invalide et veuf, à l'évidence influent dans les coulisses du pouvoir, était désespéré par la disparition de son fils unique en Mongolie il y avait des mois et il avait demandé à l'Itamaraty d'entreprendre les démarches nécessaires pour l'aider à le retrouver. Les instructions que j'avais reçues étaient sans ambiguïté. Elles émanaient du cabinet de la présidence. L'ambassadeur m'a téléphoné de Rio pour s'assurer que j'avais bien compris le caractère prioritaire de cette mission. Il fallait envoyer quelqu'un à la recherche du jeune homme. Pour des raisons qui n'avaient pas été explicitées et qu'il ne nous appartenait pas de discuter, les autorités brésiliennes ne souhaitaient pas que leurs homologues mongols soient alertés, en tout cas pas dans un premier temps. Elles ne souhaitaient pas mettre sur pied une mission officielle. Je ne sais pas de quoi elles se méfiaient ni contre quoi elles se prémunissaient. L'envoyé était censé mener une enquête déguisé en simple touriste puisque nous n'avions pas de représentation diplomatique en Mongolie. Entouré de Russes et d'autres diplomates, j'ai eu une conversation avec le vice-consul pendant un déjeuner dans un restaurant que nous avions l'habitude de fréquenter à Ritan, en bordure du parc. J'ai exposé l'affaire, j'ai dit que c'était urgent et extraordinaire, et il s'est montré réceptif, il m'a tranquillisé, il n'y avait aucun problème. Le caractère anormal de la mission ne semblait pas le gêner. Il irait en Mongolie. Il a demandé le nom du jeune homme. Je ne m'en souvenais pas. Je lui ai dit que je laisserais le dossier complet sur son bureau. Ce n'était pas grand-chose, une correspondance entre le père du disparu et l'Itamaraty, le nom et le numéro de téléphone du guide mongol qui avait accompagné le jeune homme dans son voyage et avec qui nous avions pris contact par téléphone, et une photographie - auréolée d'ailleurs du mystère qui entoure habituellement les disparus alors qu'au fond il n'y a aucun mystère. Je suis rentré à l'ambassade seul. Il devait faire une course à Yabaolu, si j'ai bonne mémoire, avant de reprendre son travail après le déjeuner. J'ai demandé à la secrétaire de mettre sur son bureau tout ce que nous avions reçu sur l'affaire et je suis allé vaquer à d'autres occupations. Il s'est présenté dans mon bureau dans l'après-midi, l'air bouleversé et le dossier à la main. J'étais au téléphone. Je l'ai invité à entrer et a s'asseoir. Il était nerveux. Il ne parvenait pas à se calmer. J'ai cru que quelque chose de terrible était arrivé. Quelque chose qui concernait sa famille au Brésil. Je me suis préparé au pire. Quand j'ai raccroché, il m'a fait face et a déclaré qu'il n'était pas en mesure d'aller en Mongolie. J'ai respiré un grand coup. On m'avait prévenu qu'il n'était pas un homme facile, mais jusque-là tout s'était bien passé. Je me disais déjà qu'il s'agissait d'intrigues et d'acrimonies propres à l'Itamaraty. Je trouvais même nos joutes intellectuelles divertissantes. Mais cela fut plus qu'une déception. L'affaire était grave et exceptionnelle. Il ne comprenait pas. J'ai essayé de me montrer patient. Je lui ai demandé ce qu'il y avait, ce qui l'avait fait changer d'avis. Il secouait la tête. Il était bouleversé. Il a dit qu'il n'y avait rien, que c'était lui, qu'il ne pouvait pas aller en Mongolie. Alors j'ai explosé. Ou plutôt j'ai décidé de ne pas discuter. Les gens comme moi n'explosent pas. Il faut comprendre que j'ai pris son refus et son inconstance pour un caprice névrotique. Et l'idée que je puisse l'exempter de cette mission sans raison valable, tout simplement parce qu'il n'avait pas envie d'aller là-bas, parce qu'il avait changé d'avis pour une quelconque raison subjective qui me paraissait d'autant plus frivole qu'il se refusait à la révéler, m'a mis hors de moi. La responsabilité de devoir remplacer l'ambassadeur me rendait déjà suffisamment nerveux comme cela, je m'employais à rendre son séjour à Pékin le moins désagréable possible et ce changement d'attitude inopiné m'a paru être une trahison ou tout au moins un manque de reconnaissance de mes efforts. J'étais furieux, mais je me suis comporté en diplomate confronté à une contrariété. C'est une technique qui s'apprend avec le temps et à force de coexister avec des supérieurs hiérarchiques. J'ai feint de ne pas avoir entendu. J'ai répété l'instruction. Je n'ai pas redemandé pourquoi il ne pouvait pas partir. J'ai répété l'instruction - il partirait dans deux jours, puis je l'ai invité à se retirer, j'avais d'autres affaires à régler.

Le journal qu'il a commencé à tenir avant notre affrontement, une semaine après son arrivée à Pékin, montre qu'il n 'était déjà plus dans son assiette. Il incarnait l'antipode. C'était une coïncidence malheureuse. C'était son premier séjour en Asie. Il avait accepté le poste de vice-consul à Shanghai pour fuir le cercle du pouvoir, pour être loin de ce qu'il détestait le plus dans cette carrière. Il s'était senti bien à Shanghai, dans le chaos et les contradictions de cette ville qu'il qualifiait de prostituée dans la lettre-journal adressée au début à sa femme au Brésil, mais qu'il n'a jamais envoyée et dont je soupçonne aujourd'hui qu'elle m'était destinée, tout au moins à partir du moment où il a compris qu'il ne pouvait pas se soustraire à la mission, lorsque je l'ai obligé à aller en Mongolie. Depuis qu'il avait mis les pieds à Pékin, cette ville lui avait semblé oppressante et irréelle, une autre capitale du pouvoir, comme Brasflia ou Washington que justement il s'attachait à fuir. Il souffrait d'irréalité. C'était de nouveau un cauchemar.

Bernardo Carvalho est né en 1960 à Rio de Janeiro. Romancier, journaliste et traducteur, il vit à São Paulo. Il a été le correspondant de la Folha de São Paulo à Paris et à New York. Il est l'auteur, entre autres, de Mongolia (2004), Le Soleil se couche à São Paulo (2008) ’Ta mère (2010) et Reproduction (2015), tous couronnés au Brésil de prix prestigieux (deux fois le prix Jabuti, deux fois le Portugal Telecom) et traduits dans plus de dix langues. 

 

Bibliographie