Publication : 04/03/2010
Nombre de pages : 432
ISBN : 978-2-86424-722-7
Prix : 22 €

Paula T. une femme allemande

Christoph HEIN

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Titre original : Frau Paula Trousseau
Langue originale : Allemand (Allemagne)
Traduit par : Nicole Bary

Paula veut être peintre, elle ne veut que cela. Elle est née en Allemagne de l’Est à une période où il ne fait pas bon pour une femme de rêver à autre chose que d’être une bonne mère de famille.
La petite fille terrorisée par son père va trouver la force de s’opposer à lui et ensuite à son mari, qui n’hésitera pas à échanger ses pilules contraceptives contre un placebo pour la remettre dans le droit chemin. Elle va lutter d’abord pour exister puis pour faire des études aux Beaux-Arts, au prix de sa renonciation à son enfant. Paula va se construire contre les hommes, se cuirasser contre ses sentiments, et, implacable, utiliser les hommes pour pouvoir peindre comme elle le veut dans ce pays où il ne fait pas bon peindre en dehors du réalisme socialiste.
Elle ne cherchera et ne trouvera la tendresse qu’auprès de ses amies et de son fils.

Christoph Hein construit un personnage magnifique qui est un archétype de la difficulté à être un créateur à certaines époques et aussi une belle représentation du degré de contrôle et d’égoïsme nécessaire à qui sent et sait qu’il doit construire une oeuvre, qu’il y arrive ou pas. A travers ce personnage de femme entourée de rôles secondaires extraordinaires, il nous parle du talent et de la création.
Un grand roman dérangeant.

  • « Formidable écrivain allemand, né à l’Est, Christoph Hein, devenu une conscience incontournable de l’Allemagne, dépositaire malgré lui d’une histoire qui embrasse toute l’Europe, n’a eu de cesse dans son œuvre de montrer les forces de l’Histoire en marche et la fragilité des hommes soumis à elles. Après le regard du jeune garçon qu’il fut dans son dernier roman Dès le tout début, c’est ici un personnage féminin qui est la clé de voûte du livre. Paula traversera en artiste et en combattante pour sa liberté de femme cette époque où se jouent tant de choses. Figure rebelle, froide et dure, à l’enfance difficile, Paula T, héroïne pas toujours sympathique, émouvante souvent, se bat pour pouvoir vivre son art et ne pas se laisser dépouiller de cette force par le mariage et la maternité. Histoire de l’accession progressive et difficile de l’Allemagne de l’Est à la liberté dans l’art, le dernier roman de Christoph Hein est aussi et peut-être avant tout le roman d’une génération de femmes qui tentent de conquérir leur indépendance. Etonnant et puissant, puisant sans contraintes dans l’intimité des rapports hommes femmes, le roman de Christoph Hein nous époustoufle par la capacité de l’écrivain à être véritablement en immersion dans le corps et l’esprit d’une femme. Une femme cependant à qui il refusera le pouvoir d’aimer ! »

    Françoise Folliot
  • « Le roman de Christoph Hein, dont l’héroïne est une artiste profondément originale, nous ramène à l’époque de la République démocratique allemande. »
    Muriel Steinmetz
    L’HUMANITE
  • « Un splendide roman de Christoph Hein sur le désir d’intégrité et ses dangers. »
    Pierre Deshusses
    LE MONDE DES LIVRES
  • « Christoph Hein a fait un magnifique roman sur la passion créatrice et la difficulté d’être femme dans un monde masculin. »
    Alexis Liebaert
    MARIANNE
  • « Pour dresser ce remarquable portrait de femme, Christoph Hein ne s’autorise aucune des armes de la séduction ordinaire du roman. Le style est grave, le rythme narratif lent, et le destin de Paula T. dramatique, mais la grande beauté du livre puise précisément à cette austérité.
    Nathalie Crom
    TELERAMA
  • « Christoph Hein raconte l’histoire d’une femme, Paula Trousseau, qui naît et grandit en RDA et voit à quarante ans disparaître l’Etat socialiste allemand. Elle tente de conquérir sa place de femme et de peintre contre sa famille, son père surtout qui se comporte en tyran, mais aussi contre tous les hommes qui, prétendant l’aider, parsèment d’embûches le chemin qu’elle veut suivre pour devenir elle-même. A de rares exceptions et à de rares moments près, ils ne croient pas en elle. […] L’originalité de ce roman, c’est que le "je" qui parle sous la plume de Christoph Hein est féminin. Les souvenirs et les confessions de cette femme insatisfaite, maladroite, pas toujours sympathique mais profondément attachante, sont le fait d’un homme – et la majorité des critiques allemands a salué à juste titre dans ce livre une prouesse d’écriture ("Le plus beau livre écrit par Christoph Hein jusqu’à aujourd’hui", disait Martin Lüdke dans la Frankfurter Rundschau). »
    Jean-Luc Tiesset
    LA QUINZAINE LITTERAIRE
  • « Le grand écrivain allemand Christoph Hein signe le beau portrait d’une femme acharnée à être son seul maître. »
    Raphaëlle Leyris
    ENVY
  • « Le romancier Christoph Hein retrace le parcours d’ne artiste, acharnée à conquérir son indépendance, en butte aux ornières de la société est-allemande. »
    Sophie Deltin
    LE MATRICULE DES ANGES
  • « Paula Trousseau n’a rien d’une femme comme les autres. C’est une artiste avec un grand A, affranchie, absolue. Tout commence dans une province d’Allemagne de l’Est où un père tyrannique et volage obscurcit une enfance. Pour la fillette, la peinture sera une passion et une échappatoire. A une époque où les femmes baissent les yeux, entre le mariage et les Beaux-Arts, elle choisit les deux. Sans doute fallait-il être un homme pour l’accompagner au bout de ses choix radicaux, sans se laisser aveugler par les sentiments. Mais un homme de la stature de Christoph Hein, cernant en virtuose cette personnalité complexe dans sa singularité et le terreau qu’elle partage avec ses congénères. »
    Jeanne de Ménibus
    FEMMES
  • « Le dernier roman de Christoph Hein met en évidence les difficultés pour une femme de réussir sa vie quand elle se veut aussi artiste. […] La vie et la mort de Paula sont restituées tantôt par son récit, tantôt par les compléments apportés par l’auteur. Ce double éclairage donne sa profondeur et son tragique à une histoire qui se veut emblématique du destin des femmes, avec des touches liées à la RDA. Paula est une femme empêchée. Ayant fait son choix de devenir peintre et non pas infirmière, elle sacrifiera tout, amours, enfant, etc. à cette passion. Sa vie entière est un combat contre ce qui l’écrase et qui s’avèrera finalement trop lourd. […] La richesse de ce roman en fait un jalon important au sein d’une œuvre importante. »
    François Eychart
    LES LETTRES FRANÇAISES
  • « On est saisi par une recherche aussi âpre de la vérité, sans compromis ni concession : l’énergie de l’écriture (et sa remarquable traduction) exprime cette quête sans repos. Ce très beau roman, déroutant, ne laisse pas indifférent. »
    Elsa Kammerer
    ETUDES
  • « Christoph Hein, auteur, entre autres, de L’ami étranger, ne quitte pas son personnage d’une ligne. Portrait de quarante ans de vie, d’une vie sans concession dans un monde en mutation, où machisme, rigorisme intellectuel, mépris d’un art qui ne servirait pas la cause de l’Histoire font du parcours d’une artiste femme une course d’obstacles exténuante. »
    Claudine Galea
    LA MARSEILLAISE
  • « [...] un roman ample et d’une grande vigueur d’écriture. »
    Jean-Rémi Barland
    LA PROVENCE
  • « Un vrai grand beau roman. »
    Daniel Martin
    CENTRE France
  • « Ecrivain de l’Est pleinement reconnu à l’Ouest, l’allemand Christoph Hein, 66 ans, livre un beau portrait de femme. Peu de psychologie mais une imbrication tenace de faits et de scènes-clés qui font palpiter un destin pourtant assez désespérant. »
    Boris Senff
    24 HEURES
  • « [Dans son dernier livre] Hein décrit le difficile combat mené par une femme pour décider librement d’elle-même et répondre à sa vocation de peintre en faisant fi de la volonté familiale et des rôles imposés par la société. Avec en toile de fond la RDA, dont quelques traits rapides signalent les contraintes en la matière, s’esquisse l’opposition traditionnelle entre le bourgeois et l’artiste, l’égoïsme et l’altruisme, la réalisation de soi et les exigences de la vie commune. Et les questionnements qui s’ensuivent sur la fonction de l’art, les différences et les relations entre les sexes, le rapport à autrui et à soi-même. Une problématique vaste et qui en tout temps importe, puisqu’elle touche aux fondements de la liberté et à des limites qui ne peuvent se réduire sommairement à celles d’un état totalitaire. »
    Wilfred Schiltknecht
    LE TEMPS
  • "Un roman magnifique et un roman profondément féministe où l’art devient une forme de libération. Mais la liberté ne se conçoit pas sans sacrifice et c’est ce que décrit avec une grande précision et beaucoup d’intelligence l’auteur . Mais ces femmes artistes portent le poids d’une double malédiction qui depuis les grecs hantent les femmes au caractère intransigeant : la haine des lâches et le désespoir lié aux sacrifices demandés pour s’affranchir des règles de la bonne société masculine. Rares sont les écrivains qui sans haine mais sans aucune forme de compromission ou de respect des conventions sont capables de livrer un portrait aussi intimiste et lumineux de la vie des femmes indépendantes."
    Adeline Bronner

  • « Ce roman a la force d’une écriture qui porte magnifiquement le récit. »
    Niurka Règle
    NIURKA39.COM
  • , chronique par Joseph Macé-Scaron le 10 avril
    FRANCE CULTURE Jeux d'épreuves
  • , chronique par Maya Szymanowska le 7 avril 2010
    RFI Accents d’Europe

 

1.

Trois semaines auparavant, Paula s’était rappelée à son bon souvenir, c’est du moins ce qu’il lui semblait. Il était tombé sur son nom d’une façon si étrange et inexplicable qu’il ne put la chasser de son esprit de toute la journée et finit par appeler l’un de ses amis spécialiste en informatique pour qu’il lui explique ce qui s’était passé.
Ce jour-là, assis à son bureau, Sebastian Gliese avait cherché dans son carnet d’adresses électronique un numéro de téléphone. Deux ans auparavant, sa secrétaire avait saisi dans l’ordinateur son vieux fichier Rolodex. Il contenait plusieurs centaines de noms, car il n’effaçait jamais une adresse, même quand le contact était rompu depuis des années et les coordonnées probablement obsolètes. En faisant défiler les noms, il sursauta. Le nom de Paula Trousseau apparaissait à deux reprises. Il ouvrit chaque fiche, l’une après l’autre, elles étaient identiques, sa secrétaire avait dû par erreur saisir deux fois la même adresse. Il se souvint de Paula qu’il n’avait pas vue depuis une éternité, puis effaça le doublon. L’ordinateur lui demanda s’il voulait effectivement supprimer cette fiche, il confirma, et pendant quelques secondes une mention apparut sur l’écran : effacé le 22 mai.
Lorsqu’il voulut s’assurer que l’adresse de Paula ne se trouvait plus qu’une fois dans son carnet d’adresses, il ne réussit pas à retrouver son nom. Les deux fiches avaient disparu, Paula Trousseau n’existait plus dans son ordinateur. Il essaya d’annuler la suppression des fiches, mais il n’y parvint pas, ou il en fut incapable. L’ami qu’il appela en espérant qu’il lui suggérerait une solution lui expliqua simplement que cela se produisait parfois, il devait toujours faire une sauvegarde pour être à l’abri de ce genre de surprise.
Et voilà que quelques semaines après avoir effacé son nom, il entendait à nouveau parler d’elle. Il revenait de chez un client lorsque sa secrétaire lui dit que la police française avait téléphoné. On allait le rappeler vers trois heures.
– Qui veut me parler ? demanda Gliese interloqué.
– La gendarmerie de Vendôme. Un certain M. Passeret.
Il sursauta et regarda sa secrétaire avec surprise.
– La gendarmerie ? De Vendôme ? En France ?
– Oui, effectivement.
– Qu’est-ce que j’ai à voir avec la gendarmerie française ? Que me veulent-ils ?
– Il n’a pas voulu me le dire.
Il hocha la tête d’un air amusé.
– Bon, passez-moi la communication, si toutefois il rappelle.
– Il faut que vous parliez français, M. Passeret ne parle ni allemand ni anglais.
– Manquait plus que ça.
Une demi-heure plus tard le téléphone sonna.
– Monsieur Gliese ?
– Oui.
– Vous me comprenez ? Vous parlez français ?
– Un peu. Parlez lentement, je vous prie.
– Vous êtes bien monsieur Sebastian Gliese ? Vous habitez au 5 de la rue Körner à Berlin ?
– C’est exact. Que me voulez-vous ?
– Jean-François Passeret, commandant de gendarmerie à Vendôme-Nord.
Connaissez-vous une Paulette Trousseau, ou Pauline Trousseau ?
– Paulette Trousseau, non. Mais je connais une Paula Trousseau.
– Pauline Trousseau ?
– Elle s’appelle Paula Trousseau. Que lui arrive-t-il ?
– Vous êtes son mari ?
– Non, je ne suis pas son mari.
– Son père ? Son frère ?
– Non, un ami. Ou plus exactement j’ai été l’un de ses amis. Nous nous sommes perdus de vue. On dit comme ça en français ? Il y a des années que je ne l’ai pas vue, vous comprenez ? Il lui est arrivé quelque chose, commandant ?
– Vous pouvez me donner le nom, l’adresse ou le numéro de téléphone du mari de Paula Trousseau ?
– Non. Je sais seulement qu’elle a été mariée, mais elle a divorcé depuis longtemps. Son mari s’appelait ou s’appelle Trousseau. Si j’ai bien compris, elle vit seule.
– Elle a de la famille ? Vous pouvez me donner un nom ?
– Elle a un fils. Je crois qu’il s’appelle Michael. Il devrait avoir un peu plus de vingt ans, je ne sais pas où on peut le trouver. Et il y a aussi une fille, un peu plus âgée, mais je n’en sais pas plus. Ces derniers temps, je n’avais pas de contact avec Paula. Il y a au moins cinq ans que je ne l’ai pas vue.
– Vous ne pouvez pas me donner le nom d’un membre de sa famille ?
– Non. Mais qu’est-ce qui se passe ? Il lui est arrivé quelque chose ?
– Ce sera tout, je vous remercie. Excusez-moi, je vous prie, de vous avoir dérangé. Bonne soirée.
Surpris, Sebastian Gliese regarda le combiné.
– Quel abruti ! lâcha-t-il. Il se prend pour qui, celui-là !
Les jours suivants il écrivit à un ami qui connaissait aussi Paula. Il lui raconta l’étrange appel téléphonique de la police française et lui demanda s’il avait des nouvelles de Paula. Il téléphona aussi à deux collègues de Paula qu’il avait rencontrés chez elle, des années auparavant, mais aucun des deux ne put lui donner de renseignements précis. Paula semblait avoir disparu de la vie de tous ses amis quatre ans auparavant, sans crier gare.

Lire, "La génération de la relève", 24 octobre 2012
Article à lire ici.

Christoph Hein est né en 1944 à Heinzendorf, en Silésie, que sa famille quitta en 1945 pour s'installer dans une petite ville de Saxe. La RDA ne permit pas à ce fils de pasteur de fréquenter le lycée. Il fit donc des études secondaires dans un lycée de Berlin-Ouest (1958-1960), puis il rejoignit sa famille. Après la construction du Mur, la RDA refusa, avec la même logique, à celui qu'elle avait contraint à faire des études à Berlin-Ouest, l'inscription à l'université. Tour à tour monteur, libraire, garçon de café, journaliste, acteur et assistant de Benno Besson à la Volksbühne, il put finalement étudier la philosophie et la logique à Leipzig et Berlin (1967-1971). Après ses études, il retourna au théâtre, à la Volksbühne, d'abord comme conseiller littéraire, puis comme auteur maison. Il quitta ses fonctions en 1979 pour se consacrer complètement à l'écriture. D'abord célèbre pour son œuvre dramatique – il a écrit une vingtaine de pièces de théâtre – Christoph Hein est devenu du jour au lendemain un écrivain de renom avec la publication de ses premiers récits : Invitation au lever bourgeois en 1980 (Alinéa 1989) puis L'Ami étranger en 1983 (Alinéa 1985 ; Métailié 2001), qui fut traduit en plus de quinze langues. Suivirent trois romans : La Fin de Horn en 1985 (Alinéa 1987 ; Métailié 1999), Le Joueur de tango en 1989 (Alinéa 1990), Le Jeu de Napoléon en 1993 (Métailié 1997) et de nombreux essais. Il a mis en scène plusieurs pièces de théâtre dont Ah Q, déjà mise en scène en France. Il est également l'auteur d'un livre pour enfants, Les Grandes Découvertes de Jacob, publié par Flammarion - Castor poche. Ecrivain malmené par les autorités de la RDA, censuré dans son théâtre et dans ses romans, Christoph Hein est devenu dans les années 1980 une instance morale dans laquelle les citoyens critiques ou dissidents ont trouvé les nourritures intellectuelles qui leurs étaient nécessaires pour se libérer de la dictature. Ses interventions publiques en 1989, ses mises en garde contre l'euphorie qui suivit la chute du Mur, ses prises de parole dans l'Allemagne réunifiée en ont fait l'un des intellectuels allemands les plus importants à côté de Christa Wolf et de Günter Grass. Ni l’ère nouvelle qui s’est ouverte ensuite pour l’Allemagne, ni la nouvelle société née de la réunification n’ont affaibli la lucidité critique du romancier. Willenbrock (2001), Prise de territoire (2006), Paula T. Une femme allemande (2010), Le Noyau blanc (2016), tous parus chez Métailié, déroulent une chronique sans complaisance de son propre pays.