Publication : 05/10/2006
Nombre de pages : 324
ISBN : 2-86424-592-2
Prix : 22.5 €

Prise de territoire

Christoph HEIN

ACHETER
Titre original : Landnahme
Langue originale : Allemand
Traduit par : Nicole Bary

Bernhard Haber, enfant d’une famille de réfugiés chassée de sa terre natale, ne parvient pas à se sentir chez lui dans la ville où ses parents ont dû se réinstaller : Il a dix ans lorsqu’en 1950 sa famille quitte Breslau (Wroclaw) en Silésie pour une petite ville de Saxe dont les habitants voient d’un très mauvais œil l’afflux de réfugiés et de sinistrés. Certes, on a besoin d’artisans et le père de Bernhard est menuisier, mais les habitants de la ville préfèrent confier leurs commandes à l’un des leurs. Un jour l’atelier du menuisier brûle, il s’agit probablement d’un incendie criminel, bien que la police ne puisse – ou ne veuille – en apporter la preuve. Le fils du menuisier n’a pas non plus la vie facile à l’école, les maîtres veulent le "rééduquer", il est la risée de ses camarades et on abat même son chien. Il jure de se venger.Christoph Hein laisse à cinq personnages, à cinq voix, le soin de raconter cinquante années de la vie de Bernhard Haber, des années 50 jusqu’à la fin du XXe siècle. Chacun des narrateurs l’a connu à un moment ou à un autre de sa vie, chacun d’entre eux porte sur lui un regard différent. Le roman se structure dans une sorte de kaléidoscope, les perspectives narratives se croisent et se répondent, le récit de vie sur fond de chronique sociale prend forme. Le lecteur découvre peu à peu l’ascension sociale de cet enfant marginalisé du fait du statut de sa famille. C’est dans la même petite ville saxonne, Guldenberg, que Christoph Hein avait déjà situé l’action de l’un de ses précédents romans, La Fin de Horn (1985 en Allemagne, 1987 pour la traduction française), un roman lui aussi polyphonique et faulknérien. Comme La Fin de Horn brisait l’un des mythes fondateurs de la RDA, ce roman met fin à un silence qui aura duré quelque cinquante ans. Il est vrai que les travaux des historiens et les ouvrages de vulgarisation ont ces dernières années raconté l’exode des populations allemandes chassées de Silésie, de Poméranie, des Sudètes et de Prusse orientale, mais ils ont fait peu de cas de l’accueil qui leur avait été réservé dans les deux Allemagnes, le sujet est resté tabou, avec ses corollaires, la xénophobie, la peur de l’étranger, l’hostilité à son égard. Comme dans l’ensemble de son œuvre narrative, Christoph Hein se veut dans ce roman un chroniqueur attentif de son époque et des conflits qui l’agitent et la perturbent. Il y parvient magistralement et brosse un tableau inhabituel de la société est-allemande avant, pendant et après la chute du Mur de Berlin.

  • « Le roman, très habilement construit sur un mode polyphonique, s'apparente au récit d'une revanche, et presque d'une vengeance : celle d'un étranger qui doit s'intégrer dans un pays qui n'est qu'à demi le sien, où il deviendra membre actif du Parti, passeur vers l'Allemagne de l'Ouest et finalement entrepreneur prospère. »
    Fabrice Gabriel
    LES INROCKUPTIBLES

Lire, "La génération de la relève", 24 octobre 2012
Article à lire ici.

Christoph Hein est né en 1944 à Heinzendorf, en Silésie, que sa famille quitta en 1945 pour s'installer dans une petite ville de Saxe. La RDA ne permit pas à ce fils de pasteur de fréquenter le lycée. Il fit donc des études secondaires dans un lycée de Berlin-Ouest (1958-1960), puis il rejoignit sa famille. Après la construction du Mur, la RDA refusa, avec la même logique, à celui qu'elle avait contraint à faire des études à Berlin-Ouest, l'inscription à l'université. Tour à tour monteur, libraire, garçon de café, journaliste, acteur et assistant de Benno Besson à la Volksbühne, il put finalement étudier la philosophie et la logique à Leipzig et Berlin (1967-1971). Après ses études, il retourna au théâtre, à la Volksbühne, d'abord comme conseiller littéraire, puis comme auteur maison. Il quitta ses fonctions en 1979 pour se consacrer complètement à l'écriture. D'abord célèbre pour son œuvre dramatique – il a écrit une vingtaine de pièces de théâtre – Christoph Hein est devenu du jour au lendemain un écrivain de renom avec la publication de ses premiers récits : Invitation au lever bourgeois en 1980 (Alinéa 1989) puis L'Ami étranger en 1983 (Alinéa 1985 ; Métailié 2001), qui fut traduit en plus de quinze langues. Suivirent trois romans : La Fin de Horn en 1985 (Alinéa 1987 ; Métailié 1999), Le Joueur de tango en 1989 (Alinéa 1990), Le Jeu de Napoléon en 1993 (Métailié 1997) et de nombreux essais. Il a mis en scène plusieurs pièces de théâtre dont Ah Q, déjà mise en scène en France. Il est également l'auteur d'un livre pour enfants, Les Grandes Découvertes de Jacob, publié par Flammarion - Castor poche. Ecrivain malmené par les autorités de la RDA, censuré dans son théâtre et dans ses romans, Christoph Hein est devenu dans les années 1980 une instance morale dans laquelle les citoyens critiques ou dissidents ont trouvé les nourritures intellectuelles qui leurs étaient nécessaires pour se libérer de la dictature. Ses interventions publiques en 1989, ses mises en garde contre l'euphorie qui suivit la chute du Mur, ses prises de parole dans l'Allemagne réunifiée en ont fait l'un des intellectuels allemands les plus importants à côté de Christa Wolf et de Günter Grass. Ni l’ère nouvelle qui s’est ouverte ensuite pour l’Allemagne, ni la nouvelle société née de la réunification n’ont affaibli la lucidité critique du romancier. Willenbrock (2001), Prise de territoire (2006), Paula T. Une femme allemande (2010), Le Noyau blanc (2016), tous parus chez Métailié, déroulent une chronique sans complaisance de son propre pays.