Illska
Publication : 20/08/2015
Nombre de pages : 608
ISBN : 979-10-226-0165-8
Prix : 24 €
Disponible

Illska

Le Mal

Eiríkur Örn NORÐDAHL

Titre original : Illska
Langue originale : Islandais (Islande)
Traduit par : Eric Boury

Événement dans l’histoire mondiale : Agnes et Omar se rencontrent par un dimanche matin glacial dans la queue des taxis au centre-ville de Reykjavik. Agnes rencontre aussi Arnor, un néonazi cultivé, pour sa thèse sur l’extrême droite contemporaine. Trois ans, un enfant et une crise de jalousie plus tard, Omar brûle entièrement leur maison et quitte le pays. L’histoire commence en réalité bien avant, au cours de l’été 1941, quand les Einsatzgruppen, aidés par la population locale, massacrent tous les Juifs de la petite ville lituanienne de Jurbarkas. Deux arrière-grands-pères d’Agnes sont pris dans la tourmente – l’un d’eux tue l’autre – et, trois générations plus tard, Agnes est obsédée par le sujet. Illska parle de l’Holocauste et d’amour, d’Islande et de Lituanie, d’Agnes qui se perd en elle-même, d’Agnes qui ne sait pas qui est le père de son enfant, d’Agnes qui aime Omar qui aime Agnes qui aime Arnor. Dans un jeu vertigineux, Norđdahl interroge le fascisme et ses avatars contemporains avec une étonnante maîtrise de la narration. Illska est un livre surprenant et immense écrit par un homme jeune, mais appelé à devenir un grand, sans doute un très grand écrivain.

« Voici sans le moindre doute le livre le plus inhabituel de la rentrée : un Islandais nommé Eiríkur Örn Norđdahl a réussi à écrire un roman qui rassemble sous le même toit l’Holocauste, la crise économique, la montée des néonazis en Europe et un triangle amoureux d’une franchise étonnante. »  Profile (Allemagne)

« Norđdahl est un vrai génie. Il n’y a pas un temps mort dans le texte. En tant qu’œuvre politique Illska est un pur chef-d’œuvre. » DV Daily (Islande)

« Un livre cruel et parfois cruellement drôle sur la façon dont l’idéologie et l’histoire imprègnent nos sphères les plus intimes. » Spiegel online (Allemagne)

« Tellement maîtrisé, original et cool que c’en est effrayant… Un livre fou ! Lisez-le ! Tellement maîtrisé, original et fantastique que c’est juste irrésistible. »  Frettabladid Daily (Islande)

 

  • "En Lituanie pendant la seconde Guerre Mondiale, en Islande dans les années 70 à 2010 : les histoires s'entrelacent. Un thème : l'extrême droite en Europe.

    Un roman original et audacieux."

     

  •  Au-delà de l'audace de la construction et du savant mélange des genres, le roman m'a frappée par la liberté de ton que s'autorise un jeune auteur par rapport au nazisme et à la mise en route collective de sa machine à tuer. On remarque cette levée des tabous chez de jeunes auteurs allemands aussi.
    En tous cas, Norddahl montre qu'il ne s'agit en aucun cas d'un évènement clos dans l'Histoire du siècle passé : la barbarie est toujours prête à faire surface. Une alerte salutaire ...

    Marie Hirigoyen
  • "Si l’on a de la chance, la rentrée littéraire recèle chaque année au moins un livre qui nous met une grosse claque, si vous me permettez l’expression. Voici ma grosse claque de cette rentrée.

    Le point de départ peut paraître un peu banal. Agnes aime Omar, Omar aime Agnes. Le hic, c’est qu’Omar vient de quitter l’Islande après avoir incendié leur maison. On apprend rapidement : (1) qu’Agnes est d’origine lituanienne et que ses grands-parents ont vécu la Seconde Guerre Mondiale du côté des victimes pour les uns et de celui des bourreaux pour les autres, (2) que le nazisme est pour elle une véritable obsession, (3) qu’elle travaille sur un mémoire consacré aux mouvements néo-nazis islandais, (4) que cela l’a amenée à rencontrer Arnor, un intellectuel d’extrême-droite assez différent des nazillons bêtes et méchants qu’elle avait interrogés jusque-là, et (5) qu’Arnor a un rapport plus ou moins (ou plus que moins) direct avec l’incendie provoqué par Omar, suivi de sa fuite. Pour finir, si vous vous demandez ce que veut dire illska en islandais, eh bien ça veut dire « le mal ».

    Certes, le sujet ne vous fait peut-être pas spécialement rêver à première vue. Mais c’est brillant, c’est drôle, c’est provocateur, bref c’est le livre le plus génial que j’ai lu depuis… longtemps ! Je n’ai qu’une chose à ajouter : Eiríkur Örn Norðdahl est ma nouvelle idole."

    Charlène
  • Les charmes du mal.

    Qu'on ne s'y trompe pas, Illska (le mal en islandais) sera un des évènements de la rentrée littéraire. C'est un livre extrêmement ambitieux et qui se donne les moyens de son ambition. Le roman secoue allègrement les codes traditionnels de la narration, quitte à remuer un peu son lecteur.

     

    Et pourtant le livre commence plutôt comme une comédie amoureuse classique, ici ce n'est pas Jules et Jim, mais Omar et Arnor. A Reykjavik, à la sortie d'une boîte, dans la nuit glaciale, Agnès glisse ses mains glacées sous le pull d'Omar, jeune grammairien surdiplômé au chômage. Ils finissent de se réchauffer sous la couette d'Agnès et se découvrent le lendemain beaux, spirituels et démocrates au point de décider au bout de quelques mois qu'ils sont amoureux et qu'ils pourraient tout aussi bien s'installer ensemble. On les suit, se découvrant mutuellement et filant le parfait amour. On sait pourtant presque depuis le début du livre qu'Omar a mis le feu à leur maison et pris la fuite abandonnant Agnès avec un bébé.

    Il faut dire qu'avec elle, c'est toute l'histoire d'Agnès qu'Omar accueille, son histoire et ses obsessions. Agnès est originaire de Lituanie et elle porte en elle toute la mémoire familiale des pogroms et de l'extermination des juifs de ce pays. Et cette histoire familiale d'une violence sans nom qui la hante prend une place considérable dans sa vie. Le poids de la Shoah les échos du nazisme et les statistiques morbides qui les accompagnent entrent interfèrent en permanence avec son quotidien. Mais Omar, dans un premier temps, tout à son bonheur d'amoureux et de jeune père s'accomode de cette envahissante manie.

    Agnès travaille à une thèse sur les mouvements d'extrême droite contemporains en Europe. Elle porte un regard lucide et engagé sur les liens entre le désarroi des peuples face un monde qu'ils ne comprennent plus et la montée en puissance des fascismes.

    Tant que ses travaux de recherche sur les mouvements d'extrême droite islandais l'amènent à cotoyer des nazillons alcooliques qui braillent des "Sieg "en exhibant leur svatiskas tatouées, tout va bien. Elle sait où est la frontière entre le bien et le mal et de quel côté elle se trouve ; elle peut analyser le regain de popularité d'Aube dorée en Grèce et du Front national en France avec un détachement d'universitaire.

    Mais le jour où elle rencontre Arnor, intellectuel nationaliste et orateur au charisme fascinant, virulent et capable de retourner n'importe quelle idée pour en faire une pierre supplémentaire à son édifice idéologique, Agnès vacille et est séduite, pas tant par ses idées que par la force et la logique qu'il leur imprime. Elle le voit souvent, leurs joutes verbales sont incessantes et de haute volée. Jusqu'au jour ou Omar est foudroyé par une preuve flagrante de la duperie d'Agnès. Au point de ne plus savoir s'il est le père de son enfant. Sa réaction est aussi violente que le dégoût qu'il éprouve.

    Agnès ne sait plus qui elle aime, ni encore moins ce qu'elle est devenue. Le roman joue sur ce maëlstrom de sentiments confus qu'éprouvent en permanence les personnages. Avec sa construction déroutante, Eiríkur Örn Norđdahl imprime au roman un rythme impitoyable. Il tresse en permanence l' intime de ses personnages , les questionnements idéologiques du XXIème siècle et la mémoire de l'Europe en guerre pour dépeindre les Hommes en lutte contre leur mauvais penchant, ceux qui réussissent et ceux qui échouent.

    Michel Edo
  • Illska ou l’histoire d’un triangle amoureux déroutant qui interroge l’Histoire, le fascisme, l’Holocauste et ses impacts sur nos trajectoires intimes. Ce livre - monde, à la construction démoniaque, au narrateur espiègle, inventif et qui joue avec tous les registres, ne sacrifie pas pour autant la fiction. Brillant !
     
    Sarah Gastel
  • "Je voulais que le lecteur prenne conscience du livre en tant que sujet, de sorte qu’il ou elle se sente à l’aise lorsqu’il serait confronté à des idées, qui peuvent parfois être transgressives." Lire l'entretien ici

    Entretien de Charlène Busalli
    Le magazine Barré
  • Débat passionné autour de Illska, écoutable ici (à la minute 18’37’’) 

    Table-ronde avec Emmanuel Laurentin, Anaïs Kien, Tal Brutman, Fabrice D’Almeida, Pascal Ory
    France Culture "La Fabrique de l'histoire"
  • Coups de cœur 2015 de la rédaction du Monde des livres. Voir la sélection ici

    Macha Séry
    Le Monde des livres
  • "Ancré dans le passé, ancré dans le réel et l’aveuglement, le livre croise les regards et confond les perspectives sans perdre le lecteur. Grandiose." Lire l'article ici

    Alexandre Bibert
    Empreintes (Strasbourg)
  • Lecture des premières pages de Illska par Eiríkur Örn Norddahl et Roger Contebardo.

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    Anne-Vanessa Prévost
    France Culture "Les Bonnes Feuilles"
  • " Eiríkur Örn Norddahl en grand adolescent lance sincèrement des interrogations tous azimuts qui sont autant d'interpellations et d'invitations musclées à ne pas trop se raconter d'histoires. Tout le plaisir, d'un noir élégant, consiste ici à s'en laisser conter." Lire l'article ici

    Marie Jo Dho
    Zibeline
  • Illska parmi les meilleurs livres 2015, Tess d'or de la révélation étrangère. Lire l'article ici

    Pamela Pianezza
    Tess Magazine
  • "IIlska, le mal, courageusement traduit par Éric Boury, se déploie telle une pieuvre aux 608 pages tentacules. Dans ses déplacements abrupts, inattendus, la pieuvre opère selon une construction narrative originale." Lire l'article ici

    Veneranda Paladino
    Dernières nouvelles d'Alsace
  • "Avec une belle audace, il fait la synthèse d'une culture impressionnante qui intègre dans la forme, pêle-mêle, le rythme haché des séries télés, le trash des jeux vidéo, une documentation abondante et un goût prononcé pour les statistiques." Lire l'article ici

    Béatrice Arvet
    La Semaine de Nancy
  • "L'une des plus essentielles découvertes de ces dernières années en matière de littérature étrangère, qui n'a de comptes à rendre qu'aux grands maîtres (en premier heu, l'insurpassable Roberto Bolaño) et pourtant ne ressemble à rien de ce que l'on a pu lire jusqu'ici." Lire l'article ici

    Olivier Mony
    Sud-ouest
  • "Illska, sélectionné pour le prix Médicis étranger, est un livre monde, riche et dense, dont on ressort K.O., soufflé par l'uppercut assené par son jeune auteur, promis, à n'en pas douter, à un avenir plus radieux que celui de ses héros tourmentés." Lire l'article ici

    Myriam Perfetti
    Marianne
  • "Dans cette vaste, virtuose, érudite et parfois bouffonne réflexion sur les visages du mal à travers le temps, il arrive certes qu'à force de trop embrasser l'auteur mal étreigne, mais quelle fracassante entrée en littérature !" Lire l'article ici

    Eric Naulleau
    Le Point
  • "Oscillant entre les registres tragique et comique, Illska nous soumet des questions complexes, aiguise notre sens de l'observation, multiplie les digressions qui n'ont rien d'accessoire. Virtuose." Voir la page ici

    le choix de Macha Séry
    Le Monde des livres
  • "Eiríkur Örn Norddahl est un funambule de haute voltige, sur le fil entre trivialité (parfois jusqu'au comique) et atrocité (...), entre petite et grande échelle, hauteur d'homme et vue aérienne, ironie et lyrisme tenu en bride." Lire l'article ici

    Hervé Aubron
    Le Magazine littéraire
  • "Quoi de moins linéaire que le mouvement de la vie? C'est précisément l'effet de ce roman : nous rendre un peu plus vivants." Lire l'article ici

    Macha Séry
    Le Monde des livres
  • « Eiríkur Örn Norddahl n'a peur de rien. Ni d'un titre définitif, ni d'aborder de front l'Holocauste et les visages du fascisme contemporain. » Lire l'entretien et l'article ici

    Entretien avec Sophie Joubert
    L'Humanité
  • "Essayez, malgré des sonorités peu familières, de retenir le nom de l'écrivain Eiríkur Örn Norddahl. Ce natif de Reykjavik au look de dandy propose un roman dont on peine a circonscrire le genre, tant il est à la fois original, foisonnant débridé contrôle, péta d'humanisme, d'empathie et de cruauté, sévère et facétieux." Lire l'article ici

    Carol Binder
    Actualité juive
  • "Le premier travail d’Eiríkur Örn Norddahl a été de se détacher de son propre texte. Un texte qui va parler de la Shoah, de la politique contemporaine, des personnages, de l’Europe, de l’amour et de la vie. Première information et déjà première réponse : comment parler de la Shoah ? En laissant le texte parler de lui-même, sans que le lecteur puisse en inférer une quelconque intentionnalité, une opinion cachée entre les lignes." Lire l'article ici

    Thomas Bleton
    Zone critique
  • "L’intelligence joyeuse et corrosive d’un écrivain authentique nous bouscule avec autant de sévérité goguenarde que de tendresse compréhensive. Nous lui disons deux fois merci. D’abord pour le bonheur de la lecture, ensuite pour la bombe à fragmentation qu’il a conçu dans le seul espoir que nous restions humains." Lire l'article ici et un poème d'Eiríkur Örn Norddahl ici

    François Bernheim
    Mardi ça fait désordre
  • "La polyphonie du roman matérialise le tourbillon d'hypothèses que suscite Eirîkur Örn Norddahl. Son constant va-et-vient entre passé et présent, qui fait d'Illska une passionnante réflexion historique à partir d'épisodes peu connus de la Seconde Guerre mondiale en même temps qu'une fiction contemporaine pleine d’ambiguïtés." Lire l'article ici

    Anaïs Héluin
    Politis
  • "Illska, ce titre sonne comme un cri, comme le son d'une lame en pleine nuit. Mais c'est une bombe qui vous arrive dessus D'un calibre rare, sa force, son humour et son ampleur vous happent dès l'entame et vous redéposent sur terre, 650 pages plus loin, dans un état de conscience bien différent." Lire l'article ici

    Hubert Artus
    Lire
  • "« Illska » le Mal est un impressionnant roman-monde(s) de près de 600 pages. Le poète et traducteur s'y livre à une réflexion sur le bien et le mal, la vérité et l'ignorance, la place de chacun sur terre et dans l'Histoire. Un vrai coup d'éclat." Lire l'article ici

    Alexandre Fillon
    Les Echos - supplément week-end
  • "Bavard, baroque, original et irritant, ce roman-monde aspire tout et ne laisse en tout cas pas indifférent." Lire l'article ici

    Bernard Quiriny
    Trois couleurs MK2
  •  "Illska est un voyage, dense, long parfois, furieusement comique. Et Norddhal est un virtuose." Lire l'article ici

    Catherine Castro
    Marie Claire
  • "lllska est un tour de force littéraire, impossible à lâcher, en même temps que profondément agaçant, parfois grotesque jusqu'à l'absurde." Lire l'article ici

    Julie Coutu
    Le Matricule des anges
  • "Qu’est-ce qui est le plus important dans Illska : la politique, l’histoire, les histoires ? Avec Norddahl, inutile de se poser la question : tout est important, car Illska est un monde en soi, un monde qui regarde le nôtre, mais dans lequel la vision de l’auteur établit des relations qui choquent, pose des perspectives étonnantes, trace des réseaux secrets…"

    Lire l'article ici et l'interview de E.O. Norddahl ici.

    Site Addict-Culture
  • "Un roman historique intelligent, dérangeant, provocant et... délicieusement excitant et exotique, comme tout ce qui nous vient du froid..." Lire l'article ici

    Joëlle Chevé
    Historia
  • "Illska est de ces textes qui ne semblent se ranger dans des catégories connues du récit (roman d’amour, historique, politique) que pour mieux les transgresser et refuser tout référent confortable à son lecteur." Lire l'article ici et sur le site de Mediapart ici

    Christine Marcandier-Bry
    Mediapart
  • "Le grand sujet d'Illska, ce roman si inventif, c'est le réel. Pas ce qu'il est mais ce qu'il pourrait être." Lire l'article ici

    Mathieu Lindon
    Libération
  • "Eiríkur Örn Norddahl fait une entrée fracassante en littérature avec Illska." Lire l'article ici

    Présentation de la rentrée étrangère par Julien Bisson
    Lire
  • "L'Islandais Eiríkur Örn Norddahl écrit sur l'Holocauste comme on jette un pavé dans la mare. Il faut oser lire Illska..." Lire l'article ici

    Marc Séfaris
    Transfuge
  • "Si une rentrée comme celle de cet automne peut permettre de faire remarquer des textes comme celui-là, cela suffit à la justifier grandement." Lire l'article ici

    Olivier Mony
    Sud-ouest dimanche
  • Illska dans les "premiers repérages" de la rentrée littéraire: lire l'article ici
    Hubert Artus
    Marianne
  • "Vous allez être le héros du plus choquant et du plus beau des livres d'amour, de politique et de solitude de ces dernières années. (...) Naissance d'un très, très grand écrivain." Lire l'article ici
    Olivier Mony
    Livres Hebdo

1

Environ deux mille personnes ont trouvé la mort pendant l’écriture de ce livre. Ou plutôt deux cent mille. Six millions de Juifs. Dix-sept millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Presque quatre-vingts millions d’êtres humains. Le monde ne sera plus jamais le même.

Mais non, je rigole !

 

Vous avez sans doute entendu parler de la Seconde Guerre mondiale. Toutes les “Histoires de l’humanité” la mentionnent. Elle s’affiche même en couverture de la plupart d’entre elles. Photos de panzers, d’Adolf Hitler en pleine crise d’hystérie et de Juifs squelettiques, entassés dans des charniers. Champignons atomiques. L’Histoire de l’humanité. Tout cela n’a évidemment échappé à personne.

Omar n’a pas participé à la Seconde Guerre mondiale. Il n’est venu au monde que des années après la fin des hostilités. Pourtant, ce conflit s’est invité dans son existence pendant presque quatre ans – un peu moins longtemps qu’il n’a duré.

Un jour, Agnes lui est tombée dessus sans crier gare. Elle avait sur les bras Adolf Hitler et tous ses sbires, sans parler des quelque deux mille habitants de Jurbarkas, les deux cent mille Juifs lituaniens, les six millions de Juifs d’Europe, les dix-sept millions de victimes du génocide et les quatre-vingts millions de morts qu’avait faits la guerre en l’espace de six ans – de 1939 à 1945.

Et voilà !

 

Elle avait la guerre non seulement sur les bras, mais également dans la tête et le cœur. Et comme il en va parfois dans les histoires d’amour réussies, les centres d’intérêt d’Agnes devinrent peu à peu ceux d’Omar ; non seulement il avait cette jeune fille sur les bras et dans la tête, mais elle était accompagnée de tous les “acteurs” de la Seconde Guerre mondiale : victimes, bourreaux et simples figurants. Quelque temps plus tard, il réduisit leur maison en cendres et quitta l’Islande. Et, bien que cela puisse sembler improbable, tous ces éléments étaient reliés par de surprenantes lois de causalité.

Sans doute est-il inutile de le préciser, mais nous allons tout de même le faire : Agnes n’avait pas non plus participé à la Seconde Guerre mondiale, contrairement à ses arrière-grands-pères, Vilhelmas Lukauskas et Izsak Banai. Ces derniers, trop jeunes à l’époque, n’avaient pas combattu pendant la Grande Guerre. Trop âgés, ils n’avaient d’ailleurs pas “combattu” non plus lors du second conflit. En revanche, vers la fin de la Première Guerre, au moment où la Lituanie s’était libérée, les recruteurs de l’armée avaient considéré que Vilhelmas et Izsak avaient atteint l’âge adéquat pour tirer sur leur prochain. Plus tard ils étaient, chacun de leur côté, tombés aux mains des nazis. Ce genre de chose n’avait rien de très plaisant, surtout pour eux.

Agnes Lukauskaite venait de Jurbarkas, une bourgade lituanienne qui comptait en 1940 environ cinq mille cinq cents habitants dont deux mille trois cents Juifs. Aujourd’hui, Jurbarkas compte quatorze mille âmes et pas un seul Juif.

 

D’ailleurs non. Je retire tout ce que je viens de dire. Agnes Lukauskaite venait de Kopavogur. C’étaient ses parents qui venaient de Jurbarkas. Dalia et Kestutis Lukauskas avaient fui le communisme et étaient arrivés en Islande après une escale en Israël, à l’été 1978, alors que l’engouement pour la comédie musicale Grease battait son plein. Un an plus tard, Agnes avait vu le jour à la maternité de la rue Eiriksgata à Reykjavik. Ils n’étaient pas Juifs – pas vraiment – mais, pendant l’hiver glacial qui suivit, ils avaient tout de même été choqués par la Société des abattoirs du Sudurland qui avait choisi l’abréviation ss en guise de sigle, la croix gammée, certes inversée, qui servait d’emblème à la compagnie maritime Eimskip et les articles humoristiques des journalistes qui s’emparaient de la question de l’“extermination” (laquelle n’avait rien à voir avec l’Holocauste, mais avec l’interdiction d’importer des levures destinées à la fabrication de bière). Ils étaient tout autant consternés d’entendre les Islandais parler sur un ton théâtral de telle ou telle katastrofa – le mot lituanien désignant l’Holocauste. Cette exposition de peinture était une véritable katastrofa, les horaires des bus de ville étaient une catastrophe et il s’en fallait de peu que le rayon fruits et légumes des supermarchés kea ne soit, lui aussi, l’exemple type de la plus terrible des catastrophes.

Quand Agnes se mit à “fleurir”, selon l’expression consacrée pour dire qu’une jeune fille a tout à coup envie de baiser, le nazisme la rattrapa et ne la lâcha plus. Alors que les gamines de son âge passaient leur temps dans les discothèques à boire des alcools forts, tripotant les garçons et crapotant des clopes, Agnes se plongea jusqu’au cou dans les charniers que ses ancêtres avaient creusés et au fond desquels ils étaient enterrés.

 

Bien que chacun connaisse évidemment ces choses en détail, il serait judicieux de procéder à quelques rappels. La Seconde Guerre mondiale a débuté le 1er septembre 1939, le jour où les Allemands ont envahi la Pologne, affirment les sources. En réalité, les Allemands avaient déjà annexé l’Autriche et la Tchécoslovaquie à leur Troisième Reich, la guerre d’Espagne avait commencé, puis s’était achevée, les Italiens s’étaient emparés de l’Abyssinie et de l’Albanie, quant aux Japonais, ils s’en prenaient depuis quelque temps à la Chine et à l’Union soviétique. En résumé, la guerre faisait rage sur trois continents depuis quelques années lorsque le conflit mondial “éclata”. Ce ne fut qu’avec le ras-le-bol des Anglais qu’il devint une guerre mondiale, en langue civilisée.

On considère que la folie nazie a entraîné la mort de douze à dix-sept millions d’individus, parmi lesquels six millions de Juifs. Les nazis voulaient exterminer entièrement deux groupes : les Juifs et les Tziganes, auxquels il fallait ajouter toutes sortes d’agitateurs publics et de drôles d’oiseaux indésirables qu’ils envoyèrent dans les camps de concentration – communistes, démocrates, anarchistes, socialistes, Témoins de Jéhovah, membres de sectes diverses et Slaves qui ouvraient trop leur gueule.

Notons que les Slaves étaient plutôt doués pour l’ouvrir.

Mais on s’occupa d’abord des handicapés. Des attardés. Des idiots. Quelle que soit l’appellation que leur donnaient les documents nazis ordonnant leur exécution. Autres temps, autres valeurs. Loin de nous l’idée de les faire nôtres.

La Lituanie comptait environ deux cent huit mille Juifs avant la guerre. Ils n’étaient plus que huit à neuf mille à la fin du conflit.

C’était là l’une des choses, et non des moindres, qui interpellaient Agnes.

 

 

2

Salut !

Ohé !

L-i-s-e-z !

Hé ? Vous êtes toujours là ?

Ici le texte. Nous sommes le texte. Je vais vous parler en long et en large du Troisième Reich. Ne fermez pas le livre !

 

Voici une première tentative de mise en perspective.

Dix-sept millions d’êtres humains, c’est la population du Chili. Si tous les habitants de ce pays mettaient dix couronnes islandaises dans une cagnotte, on pourrait acheter cent jeeps Mitsubishi Pajero. Dix-sept millions de gens pèsent environ trois cent millions de tonnes et s’ils sautaient tous ensemble à pieds joints (en retombant sur le même point), la Terre dévierait de son orbite. Par comparaison, précisons que cent Mitsubishi Pajero pèsent environ deux cents tonnes. Dix-sept millions d’êtres humains : environ cent millions de litres de sang, dix-sept millions de cœurs qui battent cinq cent quatre-vingt-quinze billions de fois par an, cent soixante-dix millions de doigts, trente-quatre millions d’oreilles, dix-sept millions de nez, environ huit millions et demi de bites et presque autant de chattes. Huit millions et demi de membres (taille standard) en complète érection représentent mille trois cent soixante kilomètres, ce qui équivaut à peu près à la ligne côtière de l’Irlande.

Si dix-sept millions d’êtres humains se tenaient debout les uns derrière les autres, ils feraient tout juste le tour de la Lune. Enfin, s’ils n’avaient pas été massacrés.

 

Mais revenons à Agnes Lukauskaite. Comme tout le monde ou presque, elle avait quatre arrière-grands-pères et autant d’arrière-grands-mères – des gens très bien, les cheveux gris, vieux, sages et joliment acariâtres, comme il sied aux anciens. Remontant la branche masculine directe de la famille, l’arrière-grand-père d’Agnes, Vilhelmas Lukauskas et l’arrière-grand-mère qu’il avait prise pour femme, Saule Lukauskiene, étaient tous deux catholiques et lituaniens. Remontant la branche féminine directe, Masza Banai, l’arrière-grand-mère, et Izsak Banai, l’homme qu’elle avait épousé, étaient Juifs ashkénazes. Les quatre autres arrière-grands-parents ne jouent ici qu’un rôle mineur car, bien qu’ayant tous été témoins de cette partie de l’Histoire impliquant les deux autres arrière-grands-pères et arrière-grands-mères, ils n’y ont participé que dans la mesure où les témoins sont également acteurs, par le regard qu’ils portent sur tel ou tel événement. Notons que ledit regard diverge de celui dont vous pouvez vous satisfaire, vous qui lisez ce récit quelque soixante-dix ans plus tard. L’image que vous en aurez est plus globale que celle transmise par des chuchotis dans les cuisines de Jurbarkas, et votre implication dans les ignominies dont le récit sera livré au fil de ces pages est d’autant moindre. Fort heureusement.

 

Ces considérations peuvent sembler quelque peu étranges, voire franchement déplacées, mais c’est ainsi. Le contexte naît de l’histoire qu’on relate et nous livrons également ici l’histoire, la gestation du récit que nous relatons. Ainsi, cette surprenante mise en perspective vaut peut-être quelque chose. Espérons qu’elle mettra en évidence l’étrange éclairage qu’on projette parfois sur le réel. Qu’est-ce qui fait qu’une histoire constitue une histoire ? Vous pensez peut-être que je me mords la queue, mais je vous assure qu’il n’en est rien. Ce récit ne renvoie pas qu’à lui-même, mais à d’autres récits, les nôtres et ceux des autres.

 

Reykjavik, 2009. Entre quatre et cinq heures du matin, le dimanche 11 janvier. Agnes Lukauskaite avait encore vingt-neuf ans quand elle a connu Omar. Deux jours plus tard, elle en aurait trente, mais elle célébra tout de même son anniversaire cette nuit-là – afin de prolonger les bruyantes réjouissances de Noël et du nouvel an et d’en faire résonner l’écho dans l’année nouvelle. Afin qu’il n’y ait aucune rupture dans le bonheur, ni aucune baisse d’intensité. Afin de ne pas être forcée de se reposer ou de reprendre son souffle.

Comme un ver de terre pris de soubresauts, la file de taxis avançait dans le froid et le vent devant la baraque à hot-dogs de la rue Lækjargata. La révolution des Casseroles s’essoufflait, mais promettait encore quelques belles bourrasques – les plus déterminantes. Derrière la pollution lumineuse, c’était une nuit limpide et étoilée, qui aurait tout autant pu être nuageuse. Les gens de la file d’attente étaient soûls et transis. Les garçons s’assénaient des bourrades ou se bousculaient vigoureusement tandis que les filles claquaient des dents. Les taxis arrivaient au compte-goutte. La file avançait lentement.

 

Seconde tentative de mise en perspective.

Pauvres nazis suédois ! Pauvres racistes de Lund ! Les pauvres malheureux !

On les persécute. Ils perdent leur travail.

On les apostrophe en pleine rue, on les montre du doigt.

On tourne leurs idées en ridicule. Les gens leur lancent : “Crétin ! Va donc au Nazistan avec tes grolles à coque d’acier !”

 

Le menton rentré dans le col de sa parka rouge vif, les mains blotties sous les aisselles, Agnes s’agitait pour lutter contre le froid. Elle ne portait sous sa longue parka rien d’autre que sa petite robe de fête, ses sous-vêtements, ses collants nylon et ses chaussures à talons hauts. Son bonnet noir et gris en laine islandaise ne l’empêchait pas de grelotter. Elle finissait toujours par avoir honte de s’entêter à jouer les élégantes en plein hiver ou quand elle sortait dans les bars. Et là, elle avait honte de ne s’être pas assez couverte, mais maquillée comme si l’idée de mourir seule la désespérait. N’avait-elle donc aucun amour-propre, pour aller se jucher sur ces talons hauts qui lui comprimaient les orteils ?

Pourtant assez modestes, ils ne l’empêchaient pas de danser. Pas plus qu’ils ne lui interdisaient de twister. Noirs et épais, en plus de la grandir de quelques centimètres, ils imprimaient à son corps une courbe qui, vue dans le miroir, la rendait deux fois plus désirable. Or, maintenant que cet étau glacial lui enserrait les orteils, ces chaussures étaient la paire la plus haïe du monde occidental.

Omar se tenait derrière elle avec son sourire narquois. Ils ne se connaissaient pas et attendaient chacun leur taxi, comme si l’avenir n’avait rien prévu à leur intention et qu’ils pouvaient vivre en ignorant superbement que, bientôt, ils chemineraient ensemble.

 

Le souhait le plus ardent de ces malheureux racistes et xénophobes de la bonne ville suédoise de Lund serait d’habiter le Danemark. C’est-à-dire, si le Danemark ressemblait un peu plus au pays des trois couronnes – s’il était aussi jaune et bleu que le folkhemmet, que la “mère patrie”. Parce que, au Danemark, on a le droit d’être nazi. Là-bas, il existe même des mamies nazies – la gonzesse en chef est d’ailleurs Oberste sa-führerin – et les journaux libéraux sont experts pour donner la fessée aux étrangers. Aux étrangers intolérants qui excisent les petites filles et enterrent vivantes les femmes en burqa tout en brûlant le drapeau danois.

Parce que le Danemark est bâti sur la tolérance.

Mais la Suède sur le consensus.

L’Islande, elle, est bâtie sur l’isolement et l’ignorance choisie.

À moins que je ne fasse là du mauvais esprit.

Notre mauvais esprit bien à nous.

Ton mauvais esprit bien à toi.

 

L’œil vitreux, Omar chancelait tant il avait bu. Le regard lointain, replet, il portait une épaisse veste de marin achetée d’occasion, dont il avait fermé jusqu’au col l’une des rangées de boutons d’argent. Tête nue, le froid ne semblait pas l’atteindre.

Pardon, lui dit Agnes. Elle se retourna et leva les yeux. Mais je ne peux pas m’en empêcher. Elle avança ses gants de laine islandaise, déboutonna la veste du jeune homme, puis passa ses mains derrière son dos, sous sa chemise blanche et son gilet bleu, et plaqua ses paumes froides juste en dessous de ses omoplates en calant son visage contre son épaule. Quel froid de canard, ajouta-t-elle en le regardant à nouveau. Ça ne te dérange pas ? Je me caille à mort.

Au lieu de lui répondre, Omar reniflait ses cheveux longs et noirs qui sentaient bon le Head & Shoulders.

 

Troisième tentative de mise en perspective.

Nous aimerions savoir ce que vous pensez de l’Holocauste. Connaissez-vous quelqu’un qui y aurait été “confronté” ? Connaissez-vous quelqu’un qui connaîtrait quelqu’un qui y aurait participé ? Quelqu’un qui connaîtrait Leif Müller, prisonnier dans un camp, le criminel de guerre Evald Mikson ou encore ce chef nazi, le grand frère de Geir h. Haarde, l’ancien Premier ministre islandais (comment s’appelle-t-il déjà, celui-là) ? Avez-vous entendu parler des “protestations” des néonazis ? Qu’en pensez-vous ? Faut-il envisager l’Holocauste sous un nouvel angle ? Le temps est-il venu d’en débattre ? N’en a-t-on pas assez ? L’Holocauste ne sera-t-il donc jamais “terminé” ?

 

À son réveil le lendemain matin, Agnes vit qu’Omar se servait de sa brosse à dents. Elle trouva ça plutôt culotté, mais s’abstint de toute observation. C’était une situation parfaitement normale. Platement quotidienne, belle et agréable, et il n’y avait rien de neuf sous le soleil, à part cet homme en slip qui se brossait les dents avec sa brosse à elle, debout à la porte de la salle de bains. Comme s’ils faisaient semblant d’être en couple. Il semblait d’ailleurs excellent dans le rôle de l’époux à peine sorti de sa douche, propre et bien coiffé, le regard limpide.

Merci pour la nuit, déclara-t-il après avoir recraché le dentifrice.

Merci à toi !

Où nous sommes-nous rencontrés ?

Tu veux dire hier soir ?

Si ça ne remonte pas à hier soir, alors j’étais encore plus soûl que je ne croyais, répondit Omar.

Agnes médita un instant sur la remarque. Je t’ai pris sous mon aile en attendant le taxi.

Sous ton aile ?

Oui, dans la file d’attente.

Qu’est-ce que je faisais là ?

Je suppose que tu attendais un taxi. Elle se souleva dans le lit et prit appui sur ses coudes.

J’habite le quartier de Thingholt, en plein centre-ville.

En effet, ça ne te faisait pas beaucoup de route.

 

Quatrième tentative de mise en perspective.

La portée de grands événements comme l’Holocauste dépasse de loin le cadre d’analyse de ce qui s’est “produit en réalité” pour déborder sur la question “comment une chose pareille a-t-elle pu arriver ?” puis, de là, “comment pouvons-nous en tirer profit ?”.

Dans cette affaire, les nazis jouent un double jeu. D’une part, ils disaient que l’Holocauste n’avait jamais eu lieu – Rudolf Hess parlait d’un complot sioniste visant à dénigrer le national-socialisme – et, d’autre part, ils affirmaient que les Juifs avaient bien mérité “ça”. (“Nous ne vous avons pas exterminés, mais nous étions parfaitement en droit de le faire.”)

Toute opposition à l’expansion d’Israël en Palestine est considérée comme une poursuite de l’Holocauste (les Européens ne pouvant plus exprimer leur antisémitisme naturel, ils le déguisent sous des prétextes humanitaires, de la même manière que la droite la plus conservatrice devient féministe dans son discours sur l’Islam).

L’Holocauste a aujourd’hui acquis le statut d’expérience commune à tous, que chacun commémore à sa manière personnelle afin de servir ses intérêts propres. N’y allons pas par quatre chemins : ici, on ne parle de l’Holocauste que pour vendre des livres.

 

Agnes rampa sous la couette, tournant le dos à Omar le temps d’enfiler sa petite culotte et son tee-shirt. La neige magnifiait le soleil hivernal dont les rayons emplissaient le petit appartement en sous-sol. Omar plissa les yeux et la regarda ramasser le préservatif, y faire un nœud avant de se retourner vers lui.

Tu n’as pas la gueule de bois ? s’enquit-elle.

Si, un peu.

Ça ne se voit pas.

Comment tu t’appelles ? demanda Omar.

Ça aussi, tu l’as oublié ?

Non.

Je m’appelle Agnes.

Agnes, répéta Omar.

Agnes.

Je me suis servi de ta brosse à dents.

J’ai remarqué. Elle traversa la chambre en quelques pas rapides pour jeter le préservatif à la poubelle – l’air dépité.

Il y a un problème ? demanda Omar. Elle avait les yeux verts et la peau claire et il distinguait ses poils pubiens sous le tissu blanc de sa petite culotte.

Tu m’as presque fait jouir, déclara-t-elle, rêveuse, au bout de quelques instants.

Omar hésita et s’approcha du lit. Hein ? Tu veux dire hier ?

J’espère bien que c’était hier. Car je suis absolument certaine de n’avoir pris mon pied ni avant-hier ni la soirée précédente.

Mais peut-être celle d’avant ?

De quoi je me mêle ?

Excuse-moi. Omar piétinait devant la salle de bains.

Tu t’excuses de ne pas m’avoir fait jouir ou tu t’excuses d’être aussi drôle ?

Les deux.

Elle afficha un sourire. Ne t’excuse pas. C’est assez cocasse de te voir debout là, nu comme un ver ou presque, alors que tu as oublié jusqu’à mon prénom.

Omar remonta l’élastique de son caleçon jusqu’au nombril et se gratta la tête. Je me souviens quand même de certaines choses.

Comme quoi ?

Comme le fait que tu n’as pas joui.

C’est moi qui viens de te le dire.

Je m’en souviens quand même. Moi aussi, je m’en souviens.

 

Cinquième tentative de mise en perspective.

Les nazis n’ont pas gagné la Seconde Guerre mondiale. Mais ils ont réussi l’Holocauste. Ils ont gagné l’Holocauste. Il ne reste plus de Juifs en Europe. Pour ainsi dire.

 

Agnes se redressa et s’assit sur le lit en désordre. Omar s’approcha, s’installa à côté d’elle, ramassa son pantalon au sol et le posa sur ses genoux.

Je me souviens de tout le trajet dans le taxi et aussi de ce qu’on a fait ici après notre arrivée.

Grand bien te fasse ! Ils se turent.

Qui es-tu exactement ? demanda Omar en enfilant son pantalon.

Qu’entends-tu par là ?

Je veux dire… je ne me souviens pas, ou plutôt j’ignore si je sais quoi que ce soit sur toi.

Tu veux savoir ce que je “fais” ?

Un truc comme ça.

Toi d’abord.

C’est moi qui ai posé la question en premier.

Peu importe. Toi d’abord. Agnes afficha un sourire qu’Omar lui rendit aussitôt. Ils ne se chamaillaient plus, ils s’amusaient.

Tu ne sais pas ? interrogea-t-il. Je croyais que tu te souvenais de tout.

Je ne t’ai jamais posé la question, précisa Agnes. Tu ne me l’as jamais dit. C’est que nous n’avons pas beaucoup discuté en venant ici.

Rien du tout.

Comment ça ? On a quand même parlé un peu !

Non, je voulais dire que je ne fais rien du tout. Je suis au chômage. “Assisté.”

Tu as quel âge ? Agnes s’était mise debout et enfilait son soutien-gorge sous son tee-shirt.

Je peux voir tes seins ? Je les ai vus hier et, eux, je ne les ai pas oubliés.

J’étais soûle. Tu as quel âge ? Elle agrafa son soutien-gorge et se pencha par-dessus Omar pour ramasser son pantalon en boule sur le sol aux pieds du jeune homme.

Pourquoi tu tiens tant à le savoir ?

Parce que. Alors, tu as quel âge ?

Tes seins ?

Non. Ça ne fonctionne pas comme ça.

 

Sixième tentative de mise en perspective.

Anders Breivik s’y est repris à deux fois pour tuer soixante-dix-sept personnes en Norvège. Dix-sept millions de gens ont péri dans l’Holocauste. Soit, mais il faut bien commencer quelque part. Rome n’a pas été massacrée en un jour.

 

Il y a une limite d’âge pour voir ta poitrine ? Il faut être majeur ? Tu n’as aucune raison d’avoir honte de tes seins.

Ça tombe bien, parce que je n’en ai pas honte. Tu as quel âge ?

Vingt-huit ans.

Pourquoi tu es au chômage ?

Parce que je ne trouve pas de travail.

Ah bon ? Pas possible ! Agnes soupira. Ne me réponds pas comme un demeuré. Pourquoi tu ne trouves pas de travail ? Elle enfila un chemisier par-dessus son tee-shirt.

J’ai terminé mon cursus d’islandais à la fac en fin d’année et je commence juste à chercher.

Licence ou mastère ?

Mastère.

Sur quoi tu as travaillé ?

Dis donc, tu ne vas rien me dire sur toi ?

Si, je ne vais pas tarder. C’était quoi, ton sujet de mémoire ?

La nouvelle voix passive.

Genre : “Je me suis faite battue” ?

Exact.

Ça fait un peu 1998, non ?

Oui, oui. Puisque tu le dis.

 

Septième tentative de mise en perspective.

Staline a tué plus de gens qu’Hitler. Dans le sens où Hitler n’en a pas tué autant, mais peut-être aussi dans celui où Staline a (pour ainsi dire) tué Hitler (et quelques autres). Je ne me rappelle pas leur nombre, ce n’est pas simple de garder les chiffres précis en mémoire. Vous pouvez aussi les chercher vous-mêmes. À votre avis, à quoi diable sert Wikipédia ?

 

Agnes se rendit à la cuisine, laissant Omar seul dans la chambre. Il enfila sa chemise en observant les lieux. Au-dessus du lit, une peinture maladroite représentait une mère tenant son enfant dans les bras. À moins que ce n’ait été une reproduction. La mère et l’enfant étaient entourés de volutes rouge sombre, tracées à grands coups de pinceau. À la place du nez, ils avaient simplement deux trous, deux narines béantes. La mère arborait un air grave et l’enfant souriait comme un mongolien. Omar se demanda si le gamin était censé ressembler à un mongolien ou si ça tenait simplement au style du tableau. L’œuvre ne se proposait manifestement pas d’imiter la réalité avec précision. Elle lui inspirait du dégoût. Elle avait quelque chose de malsain. Une mère comme celle-là n’hésiterait pas à étouffer son enfant dans le sommeil. Il en était sûr.

Tu veux un café ? lui cria Agnes depuis la cuisine.

Oui, merci, répondit-il avant de boutonner sa veste et de refaire le lit.

 

Huitième tentative de mise en perspective.

Nous parlons en islandais de helför Gydinga, “descente aux enfers des Juifs” (ohé !) – le voyage des Juifs vers les enfers, vers le royaume des morts. “D’autres gens que nous” disent (en “étranger”) holokaust – du grec holokauston. Un holocauste est un sacrifice biblique à la gloire de Dieu. L’être sacrifié doit être entièrement consumé par le feu afin qu’il ne subsiste plus aucune trace de lui. Les holocaustes étaient les sacrifices les plus puissants et les plus précieux qu’on pouvait offrir à Dieu. Cette appellation n’est, fort logiquement, pas en faveur auprès des Juifs qui lui préfèrent celle de Shoah, autrement dit “catastrophe”. En Lituanie, on parle indifféremment d’holokaustas ou de katastrofa – la catastrophe –, mot qui signifiait initialement “retournement inattendu” et n’a acquis le sens de “grand malheur” ou de “désastre” que bien plus tard.

 

C’était un lit pour deux personnes. Jusque-là, il n’avait pas remarqué ce détail. Disons, pas vraiment. Il possédait lui aussi un grand lit, même s’il y dormait toujours seul. Il voulait pouvoir inviter des filles à passer la nuit. Sans doute était-ce également l’intention d’Agnes. En achetant le sien, il n’avait pas pensé que le côté inoccupé ne ferait que souligner sa solitude. C’était pourtant ainsi. Et le plus souvent il y dormait seul, malgré son désir. Un grand lit constituait une déclaration d’intentions limpide et le fait qu’il soit à moitié vide ne laissait planer aucun doute ni malentendu.

Lorsqu’il eut achevé de retaper ce double symbole de solitude, il alla rejoindre Agnes dans le coin cuisine en u, installé au pied de la fenêtre dont le bas vous arrivait à l’épaule et qui donnait directement sur l’herbe du jardin. Agnes occupait un appartement en sous-sol. Des placards en haut et en bas, l’évier au bout, rempli d’assiettes sales. Sur la table installée dans l’angle, on distinguait des traces anciennes, laissées par des tasses de café, et un vieil ordinateur portable, une guimbarde antédiluvienne connectée à deux petits haut-parleurs posés sur le couvercle de l’engin, entourés de leurs fils. Agnes ouvrit et ferma successivement plusieurs placards, les fouilla et grimaça.

J’ai plus de café, annonça-t-elle.

 

Neuvième tentative de mise en perspective.

Dans l’expression “descente aux enfers des Juifs”, le “des Juifs” vient qualifier les deux premiers termes. Qu’on parle de Shoah, d’Holocauste, de katastrofa, ou de helför, de “descente aux enfers”, on ajoute implicitement à ces termes le qualificatif “des Juifs”. Il serait bien sûr ridicule de parler de “descente aux enfers” ou d’“holocauste des nazis” – car ils n’ont pas connu l’enfer (ça, ce n’est arrivé que plus tard). L’accent est mis sur les Juifs, comme pour souligner avant tout que l’extermination a été dirigée contre les Juifs et non perpétrée par les nazis. L’Holocauste, la Shoah, est une forme de voix passive nominale et non une voix active. L’accent ne porte pas sur le fait que les nazis ont exterminé ces gens, mais sur le fait que les Juifs ont subi cette extermination.

 

Agnes se passa la main gauche sur le visage en se mordant la lèvre supérieure, pensive.

Tu veux que j’aille acheter du café ? suggéra Omar.

On n’a qu’à aller en prendre un dans un bar, histoire de s’offrir une belle journée.

Quelles prouesses avons-nous accomplies pour mériter un tel luxe ?

J’ignorais qu’il fallait accomplir quoi que ce soit pour avoir droit à un café.

C’est pourtant ce que tu semblais sous-entendre.

J’ai réussi à te faire prendre ton pied. Nous pourrions fêter ça.

Donc, je n’ai pas droit à mon café ?

Si, et je t’invite. Le gagnant arrose et le loser récupère les miettes qui tombent de la table. C’est comme ça que ça marche, non ? Agnes fit deux pas vers Omar, lui posa les mains sur les hanches et l’embrassa sur la bouche. Tu sais que tu es encore plus mignon tout habillé ?

 

Dixième tentative de mise en perspective.

Et quelque part dans le choix des mots, nous perdons deux millions de catholiques polonais, un million et demi de Tziganes, nous perdons les prisonniers de guerre, les prisonniers politiques, les missionnaires, les prêtres, les homosexuels, les malades mentaux, les estropiés, les transsexuels – nous perdons en tout onze millions de victimes de cette descente aux enfers, de cet holocauste, et nous les oublions.

Mais nous n’osons pas le dire à haute voix car certains risqueraient de croire que nous voulons faire peu de cas de l’holocauste. Or nous voulons précisément au contraire en faire grand cas et dire : non, vous n’avez pas péri solitaires. Nous sommes morts avec vous. Et, avec vous, nous continuons de mourir.

 

Une heure plus tard à peine, assis dans un café rue Hamraborg à Kopavogur, ils regardaient à tour de rôle par la vitre. Ils venaient d’effectuer un tour d’horizon rapide de leur curriculum vitæ : âge, sexe et expériences professionnelles. Agnes avait obtenu sa licence et travaillait maintenant sur son mastère, Omar était sans emploi. Elle avait passé son enfance dans le quartier des Hjallir à Kopavogur, en proche banlieue de Reykjavik, mais ses parents étaient originaires de Jurbarkas en Lituanie. Omar avait vu le jour à Akranes, puis passé son enfance en garde alternée chez ses parents qui avaient, entre autres, habité à Selfoss, Egilsstadir, Akureyri, Keflavík, Patreksfjördur, Latrabjarg et Thisted, au Danemark. Deux ans après qu’il avait pris son propre appartement, ses parents s’étaient remis ensemble. Pour finalement se remarier. Agnes n’était pas vraiment brune, sa couleur naturelle était châtain clair et Omar lui avait avoué qu’il l’avait déjà aperçue avant cette rencontre.

Tu m’as servi à la librairie Penninn au centre commercial de Kringlan il y a environ un mois. Tu m’as fait un paquet-cadeau pour Le Joueur de Dostoïevski.

Donc, tu n’es pas tout à fait amnésique, avait-elle observé.

Non, avait-il répondu tandis qu’ils continuaient tous deux à regarder par la fenêtre. Le redoux s’était installé au fil de la matinée. La neige qui couvrait les rues fondait et se transformait en bouillasse brunâtre. Les voitures allaient et venaient sur le boulevard Kringlumyrarbraut, le tapis blanc du quartier de Fossvogur fondait également, les regards d’Omar et d’Agnes ne cessaient d’aller et venir de la fenêtre à leurs tasses de café.

Moi aussi, j’ai travaillé dans une librairie, avait observé Omar.

Agnes n’avait fait aucun commentaire.

 

Onzième tentative de mise en perspective.

Quelle que soit la chose qu’on tente de comparer à l’Holocauste, elle semble légère, si ce n’est juste et belle. Les violeurs d’enfants n’ont jamais assassiné des millions d’êtres humains en usant du prétexte qu’ils appartenaient à un même groupe. Pas plus que les nécrophiles. L’effondrement du système bancaire islandais est une chose terrible, mais ce n’est rien comparé à l’inflation galopante qu’a connue l’Allemagne, et qui a coûté la vie à des dizaines de millions de gens. L’artiste peintre qui a affamé son chien dans une galerie est un véritable crétin – mais avez-vous vu les aquarelles d’Adolf Hitler ? Le pire avec le cancer des testicules, c’est que vous êtes condamné à devenir comme lui. Pourtant, il n’a jamais eu le cancer : il en a perdu un à la guerre. Dit la rumeur (dont j’ignore si elle dit vrai).

 

Comment ça, tu as essayé de ne pas te vexer ? demanda Agnes lorsque le silence commença à devenir pesant.

Me vexer de quoi ?

Du fait que tes parents soient à nouveau ensemble. C’est ce que tu viens de dire.

Oui, confirma-t-il.

Tu ne devrais pas plutôt te réjouir de voir qu’ils se sont retrouvés ?

Omar faisait tourner sa tasse au creux de la soucoupe. Oui. Sans doute. Et c’est vraiment le cas. Mais ça semblait tellement bizarre. Ils ont divorcé quand j’avais quatre ans et se sont remis en couple dix-sept ans plus tard. Je ne garde presque aucun souvenir d’eux ensemble. Après leur divorce, ils ont passé leur temps à marteler que tout cela n’avait rien à voir avec moi. Que je n’étais absolument pas à l’origine de leur divorce. Comme le font tous les parents divorcés, je suppose. Et j’ai passé presque deux décennies avec cette rengaine dans la tête. Ce n’est pas ma faute, pas ma faute, pas ma faute. Puis, en fin de compte, il est apparu que c’était bien évidemment ma faute.

Il n’y a aucun “bien évidemment” qui tienne, observa Agnes en lui attrapant le poignet afin qu’il cesse de faire tourner cette tasse. Ce truc est en train de me rendre dingue, dit-elle.

Omar leva les yeux. Non, tu as raison pour ce “bien évidemment”. Mais tu ne penses pas que c’est quand même probable ? Ils ne pouvaient pas rester ensemble, ils ne pouvaient pas être amoureux tant qu’ils devaient s’occuper de mon éducation. Puis, comme par hasard, je disparais et là, ils tombent raides dingues l’un face à l’autre. Coup de foudre !

Three’s a crowd (“Trois c’est trop”), commenta Agnes. Tu es nettement plus naïf que je ne l’aurais cru.

Omar s’étira sur sa chaise. Il se sentit subitement mal à l’aise. À chaque fois que je bois trop, je me sens nu et complètement à côté de la plaque le lendemain. La gueule de bois me prive de ce minimum d’amour-propre qui m’empêche normalement de me plaindre ou de raconter des conneries.

Tu es plutôt mignon comme ça, nu et à côté de la plaque.

Ah ouais ? Tu disais tout à l’heure que tu me préférais tout habillé.

C’était pour te taquiner, répondit Agnes.

 

Douzième tentative de mise en perspective.

Nous parlons de l’Holocauste. Nul n’aurait pu le prévoir. Personne ne voyait que la haine raciale des nazis aurait de telles conséquences. La plus grande réussite de l’homme moderne est la modernité, et de telles choses ne sauraient se produire à l’époque moderne. Ni aujourd’hui ni alors.

Quand Adorno a déclaré qu’on ne pouvait plus écrire de poésie après Auschwitz, il voulait dire : désormais, nous ne parlerons plus à voix haute. Nous ne verrons rien, n’entendrons rien, ne saurons rien et ne comprendrons rien. C’est bien trop douloureux. Nous n’en pouvons plus. Et maintenant, silence.

 

Agnes s’efforçait de le cerner. Il semblait terriblement fragile. Peut-être étaient-ce cette veste de marin et son gilet qui lui donnaient un air théâtral. Et ses épais sourcils bruns témoignaient de la profondeur de sa pensée. En revanche, il passait son temps à tripoter n’importe quoi. Quand elle l’avait forcé à cesser son manège avec la tasse, il s’était mis à caresser la table du bout des doigts, comme s’il voulait calmer le bois du plateau afin de l’endormir.

Je n’étais pas censé me confier comme ça, observa Omar.

Tu as couché avec moi, objecta Agnes, ça vaut bien quelques confidences.

Tu veux que je te déverse le contenu de mon âme ?

Quand nous serons fiancés, peut-être.

Tu veux qu’on se fiance ?

C’est une proposition ?

Pas vraiment.

Tu risques de tomber sur une bonne femme bien pire que moi.

Une bonne femme ?

Une fille. Une femme. Une épouse. Une dame.

Je n’ai pas l’habitude d’entendre les filles d’aujourd’hui se décrire comme des bonnes femmes.

Les filles “d’aujourd’hui” se décrivent comme bon leur semble, permets-moi de te dire.

Puis la conversation se tarit à nouveau. Omar se taisait en tripotant sa veste. Agnes regardait par la fenêtre en silence. Comme s’ils craignaient de dire des choses sans intérêt. Banalités et platitudes.

Après un long silence, ils passèrent quelques minutes à marmonner des mouais et des mouais-mouais jusqu’à ce qu’Agnes propose à Omar de le déposer chez lui.

Oui, ce ne serait sans doute pas plus mal, répondit-il.

 

 

Eiríkur Örn Norđdahl  est né à Reykjavik en 1978 et a grandi à Isafjordur. Il a commencé à écrire vers 2000, mais la nécessité l’a amené à faire d’autres choses pour gagner sa vie. Il a  vécu à Berlin en 2002-2004 puis dans plusieurs pays d’Europe du Nord,  en particulier à Helsinki (2006-2009) et en Finlande (2009-2011) et dernièrement au Viêtnam. En 2004 il a été un des membres fondateurs du collectif poétique d’avant-garde Nyhil, en Islande. En 2008, il a reçu le Icelandic Translators Award pour sa traduction du roman de Jonathan Lethem, Les Orphelins de Brooklyn. Il a obtenu une mention Honorable au Zebra Poetry Film Festival de Berlin en 2010 pour son animation poétique,  Höpöhöpö Böks. En  2012 Norddahl a reçu le Icelandic Literary Prize, catégorie fiction et poésie, ainsi que le Book Merchants' Prize pour son roman Illska.

Bibliographie