Publication : 14/10/2005
Nombre de pages : 324
ISBN : 2-86424-556-5
Prix : 23 €

L’Ame des riches

Agustina BESSA-LUÍS

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Titre original : A Alma dos Ricos
Langue originale : Portugais
Traduit par : Françoise Debecker-Bardin

Alfreda a tout elle : est belle et élégante, elle a reçu une éducation raffinée, elle est riche et intelligente. Elle s'interroge sur les principes qui depuis de longs siècles régissent l'Occident. Alfreda est mue par une curiosité constante qui devient méditation sur le monde et ses mythes. Femme, principe de toutes choses, Alfreda cherche. Et elle trouve, en partie, avec des révélations sur la Vierge Marie, dont elle pense qu'en tant que femme riche, ayant reçu une éducation semblable à la sienne, elle devrait lui apparaître à elle et non à de petits bergers incultes incapables de poser les bonnes questions.

Agustina Bessa-Luis, avec son immense connaissance des choses et sa curiosité personnelle, se lance avec audace dans une révision de la mythologie chrétienne, telle que les hommes l'ont forgée au fil des siècles, telle que notre histoire a bien voulu la construire. A travers le regard de l'héroïne sur un monde trivial, qui est finalement celui que nous avons à offrir, se cache le besoin de créer des dieux et de se rebeller contre eux.

L'Ame des riches est la deuxième partie de la trilogie commencée avec Le Principe de l'incertitude. Principe de remise en cause des vérités soi-disant acquises mais dont l'analyse pertinente de l'auteur transcende de beaucoup les cadres géographiques et culturels et atteint pleinement nos réalités existentielles.

  • « Deuxième volet d'une trilogie initiée avec Le Principe de l'incertitude. [...] A. Bessa-Luís avance à petits points, écriture déliée, aiguille effilée et tranchante comme un fleuret. [...] Lucide et implacable, elle observe et peint ce Portugal des gens riches et pieux que le ciel interroge. »
    Michèle Gazier
    TELERAMA
  • "L'Ame des riches est focalisé sur une femme, Alfreda, belle, intelligente et riche, mais qui, au lieu d'admettre la structure établie du monde, va s'abandonner à son penchant pour les spéculations métaphysiques. Ainsi, elle revendique une proximité spirituelle - et sociale - avec la Vierge Marie, dont elle aimerait qu'elle lui apparaisse à elle, et non à des va-nu-pieds ! [...] Agustina Bessa-Luis remet en cause, avec beaucoup de subtilité, telle ou telle institution de son pays : la paysannerie patriarcale, la mythologie chrétienne... Ce qui lui a valu sa réputation de femme libre, d'auteur volontiers décapant. Qu'elle assume, avec cet humour qui la caractérise."
    Jean-Claude Perrier
    LE FIGARO LITTERAIRE
  • "L'Ame des riches est un roman sur les femmes écrit par une femme. Tous les livres de Bessa-Luis se passent dans les mêmes régions du Portugal, les mêmes maisons, domaines, familles, espaces clos. A l'aise dans la répétition, Bessa-Luis est une musicienne qui travaille toujours sur les mêmes thèmes, compositions musicales et variations, tous convergeant vers un motif unique : la réalité dramatique de la vie. Toujours ancrés dans un présent très " réaliste " - on parle dans ce roman du Paris-Dakar, de la bande de Gaza, de séances d'aérobic, et de cartes de crédit -, la littérature de Bessa-Luis n'hésite pas à se placer dans une perspective plus vaste, questionnant la mythologie chrétienne et les grands mythes fondateurs de l'humanité."
    Gérard de Cortanze
    LE MONDE DES LIVRES
  • Alfreda est riche, belle, cultivée. Mariée à un homme qui ne s'intéresse guère à la partie charnelle du mariage, elle s'intéresse de plus en plus à quelqu'un dans son genre, la Vierge Marie. Tout naturellement (nous sommes au pays de Fatima), une question la hante : pourquoi la mère de Dieu est-elle apparue à de petites paysannes incultes et non à elle ? Un choix d'autant plus énigmatique que ses études, ses conversations avec historiens et théologiens montrent que la femme du charpentier était issue de l'élite sociale de Judée. Peu à peu, une obsession s'empare d'elle : avoir une apparition. Comment la ramener à la raison sans lui donner ce qu'elle attend : une entrevue avec la Vierge ? C'est ce à quoi vont s'employer, inquiets, son chauffeur et d'autres acolytes au passé douteux mais aux intentions bonnes. Derrière cette situation frisant le loufoque, une fable déploie plusieurs niveaux de réflexion sur les mythes fondateurs de notre imaginaire occidental, sur le rôle qu'y tient la femme et sur les rapports de classes dans un pays entré en trombe dans la modernité. Qu'y a-t-il dans l'âme des riches ? C'est une des questions posées. Avec une bibliographie de plus de cinquante romans, Agustina Bessa Luís est un monument littéraire national dans son pays, et une grande figure de la bataille des femmes pour le droit à la parole. Elle trouve encore le temps de signer des scénarios pour le cinéaste Manoel de Oliveira, et de répondre à nos questions lors de son passage à Paris. Vu par un lecteur masculin, c'est plutôt " l'âme des femmes riches ". Les personnages masculins sont peu caractérisés. Agustina Bessa Luís. Non. Pour le personnage féminin, je n'avais pas de modèle, ou plusieurs modèles. Pour les hommes, j'avais des modèles. Pour le mari, un homme satisfait de son sort d'homme riche, avec de petites ambitions culturelles : être collectionneur, mécène musical, des choses très matérielles. Dans le film que Manoel de Oliveira a tiré de ce roman, c'est un personnage comique. Le père, bien que riche, a gardé des habitudes d'homme modeste. C'est très portugais, ce trait de caractère, qui ressemble à ce qu'on lit dans les biographies d'hommes d'affaires américains, cette tendresse pour le milieu d'origine. Chez les femmes c'est différent. Elles veulent quelque chose de plus que la richesse : le pouvoir. Je pense que cela vient du matriarcat, du pouvoir qu'elles ont eu, et qu'elles ont abandonné aux hommes. Vous parlez du matriarcat du nord du Portugal, que les femmes tiennent de leur dot. Agustina Bessa Luís. C'est une tradition d'origine celte. Les femmes avaient un pouvoir économique réel. Elles pouvaient mener la vie qu'elles voulaient, si elles étaient riches, évidemment. Mais Alfreda n'incarne pas seulement la richesse. Elle descend par sa mère d'une des plus nobles familles portugaises, les Silva. La noblesse portugaise est très différente de la noblesse espagnole des " grands d'Espagne ", de la vieille Castille. Elle est restée très terrienne, et au village, alors que les garçons allaient dans des collèges pour gens de leur classe, les filles, paysannes et riches étaient éduquées ensemble. J'ai connu des filles de l'aristocratie à peu près totalement ignorantes. Ce qui ne les empêchait pas d'être intéressantes, spirituelles. On en trouve encore aujourd'hui. Alfreda est intéressante. Agustina Bessa Luís. Elle l'est à cause de l'angoisse qu'elle porte en elle à la place de l'enfant qu'elle n'a pas. Contrairement à la Vierge Marie, elle n'a pas d'enfant, et porte en elle un vide qui se creuse et laisse place à tous les fantasmes, et un parallélisme se fait dans son esprit entre la Vierge et elle-même. Ce qui est intéressant, c'est qu'elle exporte ses préoccupations sociales dans l'histoire sainte, et qu'elle se convainc que la Vierge était une femme riche. Agustina Bessa Luís. Il y a là une sorte d'identification psychologique, puis sociale, mais cela repose sur des traditions, refoulées par l'église, et que l'on retrouve dans les évangiles apocryphes. Ces textes, dont on découvre sans cesse de nouveaux éléments, sont contemporains de ceux qui ont été retenus comme saints par les institutions ecclésiastiques. On y trouve des tas de choses, et en particulier une conception très originale de la Vierge : femme instruite, très active, intervenant beaucoup plus qu'on ne le croit dans la vie de son fils. Ce côté du personnage était évidemment peu compatible avec la conception très patriarcale de l'église officielle. On retrouve ces traits de caractère dans le personnage de Monique, la mère de saint Augustin. Par ailleurs, l'histoire nous apprend que le christianisme a été introduit à Rome par des femmes riches. Mon hypothèse est même que Néron a tué Poppée, sa femme, parce qu'elle était chrétienne. Ce sont des personnages féministes avant la lettre ? Agustina Bessa Luís. C'est plus compliqué que cela. On trouve, toujours dans ces apocryphes, des choses très étranges. Dans un texte égyptien, on pose au Christ la question : " Quand y aura-t-il une véritable harmonie entre les sexes ? " Et sa réponse : " Quand la femme n'enfantera plus, et quand il n'y aura plus qu'un sexe. " Il y avait à l'époque une conception des relations entre les sexes dont nous n'avons pas idée, quelque chose de bouleversant et inquiétant. Vous-même, vous considérez-vous comme féministe ? Agustina Bessa Luís. C'est une étiquette que l'on colle sur moi. Je ne la rejette pas, mais mon propos n'est pas du tout celui d'une militante féministe, même si mes héroïnes depuis ma première, la Sibylle, sont des personnages féminins complexes, volontaires, intéressants. Qu'attendre d'autre d'une femme qui écrit ? L'âme des riches est, dites-vous, froide et incandescente. En quoi Alfreda l'incarne-t-elle ? Agustina Bessa Luís. En ce qu'Alfreda ne se satisfait pas de la richesse. Elle veut plus. La sainteté, la proximité avec la Vierge. Elle ne comprend pas pourquoi la Vierge, femme riche et cultivé, est apparue à de petites paysannes plutôt qu'à elle, qui aurait pu mieux comprendre ce qui se passait, qui en aurait été plus digne. Le grand péché c'est l'ambition, l'orgueil. Alfreda l'assume complètement. Ce qui est intéressant chez elle, c'est cette volonté de remonter aux origines, bibliques et mythologiques. Vous dites que sa quête va de l'eden à l'Olympe... Ce livre est un véritable documentaire. On y apprend énormément de choses. Agustina Bessa Luís. Son ancêtre serait un général romain qui aurait conquis la citadelle juive de Massada pour le compte de l'empereur, et c'est ainsi que le lien se fait, que la boucle se boucle entre ses fantasmes psychologiques, sa volonté de sublimer sa virginité et sa situation sociale. Mais je pense que j'en ai terminé aujourd'hui avec cette façon de raconter une histoire, cette ligne très claire, épurée, où est assise sur une réalité sociale et historique cette observation des mouvements de l'âme, de l'âme du pays autant que celle des personnages. Je ne sais pas si la littérature va encore vers les histoires. Ce qui faisait le succès de mes livres, ce n'était pas le sujet, mais le style. Le style ou le ton ? Une certaine distance qui laisse place à l'ironie ? Agustina Bessa Luís. Oui, plus que l'écriture au sens strict. C'est la position que je prends, en léger décalage, qui importe. Il y a toujours une mise en rapport de ce que fait ou ressent un personnage et une situation plus générale. Agustina Bessa Luís. C'est ce que j'aime. Les personnages sont des individus, pas des abstractions, mais ce qui est intéressant c'est de voir comment la société agit sur eux, quelle conscience ils en ont. C'est là, souvent, que naît ce qui fait sourire dans mes romans. Il y a aussi un vrai comique de situation, par exemple lorsqu'on essaie de donner à Alfreda ce qu'elle veut : une vraie apparition de la Vierge. Agustina Bessa Luís. Bien sûr, je me suis amusée à écrire ces scènes. Le comique vient du sérieux incroyable de la revendication d'Alfreda, qui n'est plus très loin de la folie, et de celui de la réponse que se proposent de lui faire des hommes qui n'ont aucune idée de ce qu'elle veut effectivement voir, et essaient néanmoins de mettre en scène une apparition plausible. Ce livre est le deuxième d'une trilogie dont il reste un livre inconnu des Français. Peut-on en savoir plus ? Agustina Bessa Luís. Là encore, certains personnages passent d'un roman à l'autre. Mais le principe est différent, puisque j'ai travaillé sur la situation de Crime et Châtiment, avec pour grande différence qu'on ne sait pas qui est l'assassin. Il sera traduit l'an prochain. Patience donc...
    Interview par Alain Nicolas
    L'HUMANITE

PROLOGUE

On avait choisi un lieu, dit de l'Ange, pour servir de promenade aux élèves du collège et récompenser leur bonne conduite morale et scolaire. La beauté de ce lieu solitaire, agrémenté de rochers et de touffes de fleurs variant selon les saisons, ne manquait pas de surprendre les enfants, alors plongés dans cet âge insoumis et rêveur souvent précurseur d'une vie malheureuse.

La promenade de l'Ange, en ce jour printanier d'un mois de mai déjà avancé, resplendissait de lumière, chatoyait de couleurs tendres, apparaissait singulièrement silencieuse. Plus loin, au bas d'une vigne qui commençait à se couvrir de feuilles, grinçait une noria. Des chiens aboyaient, se répondant par intervalles; et l'on sentait dans l'air comme une tristesse, une saudade, la nostalgie d'une fête qui a pris fin. C'était exaltant, comme le signal d'un événement qui décidera de notre vie.

Une fillette appelée Alfreda, vêtue d'un tablier noir avec une ceinture également noire, ce qui la distinguait des externes en ceinture rouge, regarda autour d'elle avec la brusque impression d'avoir déjà vu un endroit semblable. C'est là un phénomène courant, mais il a toujours quelque chose de merveilleux. "Si je voyais maintenant la Vierge Marie, ce ne serait que juste, équitable et salutaire, pensa la petite, avec une finesse d'esprit qui n'était pas de son âge. Elle avait onze ans et les mots qu'elle employait venaient directement du langage religieux qu'on lui avait enseigné, un langage un peu théâtral. Elle et sa sœur Noémia aimaient bien, en signe d'appartenance à une bonne famille, user de ces mots-là, mais en y mettant un brin d'ironie. Noémia, cependant, était différente, avec ses cheveux noirs qui n'avaient jamais été coupés et ses yeux d'un bleu sombre presque incroyable. Une fossette se creusait à la commissure de ses lèvres quand elle parlait.

Il y avait là plus de vingt petites filles, mais les deux sœurs, bien que vêtues du même uniforme que les autres, se faisaient remarquer par une grâce non dénuée de sensualité. Elles étaient très riches et, lorsqu'il s'agissait de partir en congé, en week-end ou pour une fête d'anniversaire, venait les chercher une limousine noire chargée de chromes scintillants. Elles occupaient au collège une place à part, mais que l'on ne pouvait dire privilégiée. Les maîtresses ne les favorisaient en rien, mais, conscientes que ces deux petites n'étaient pas destinées à une vie de travail et de douloureuses surprises, elles ne les "poussaient pas non plus. La plupart des élèves étaient filles de cultivateurs moyennement aisés ou de fonctionnaires sans gros revenus. Seules les deux sœurs jouissaient de ce statut qui éveille à la fois l'imagination, le mépris et l'émerveillement. Les riches ne sont pas aussi solitaires qu'on veut bien le dire. Les jeunes filles, surtout, vivent entourées de gouvernantes étrangères, de bandes de cousins et d'une succession de visiteurs qui forment autour d'elles une cour perpétuelle. Elles mangent et elles s'habillent avec une tendance à l'excentricité qui n'est ni du goût ni des possibilités du commun des mortels. L'aïeule Silva, la seule dont on pouvait dire qu'elle avait apporté à la famille une touche aristocratique, racontait qu'il y avait toujours eu chez elle de la glace sur la table pendant les repas et une sorbetière à l'office. L'office, c'était une dépendance spécifique de la maison des riches; on y trouvait une desserte chargée en permanence de puddings et de friandises pour l'apéritif: petits oignons au vinaigre et sauces variées. Il y avait aussi des dattes et des bâtons d'écorces d'oranges recouverts de chocolat. Tout ce qui affine un palais et le rend exigeant. On disposait de six variétés de beurre dans des coupes de cristal: du beurre des Açores, du beurre de Normandie au sel marin, d'autres au goût d'ail, d'anchois, d'œufs de langoustes, de ces beurres que l'on prend avec du pain, du fromage ou une simple tranche de viande grillée. On pourrait écrire sur le beurre un poème vaste comme L'Odyssée, et il ne faut pas s'étonner que le jeune Macaulay, l'historien, l'ait pris comme référence pour sa vie spirituelle.

Les deux sœurs n'appartenaient pas à la communauté des élèves et des professeurs. Elles demeuraient à part, adulées, certes, mais surtout condamnées à une tortueuse méfiance qui plus tard porterait ses fruits, et pas toujours des fruits agréables. Il arrive parfois qu'une jeune fille très riche choisisse pour époux un jeune homme pauvre, qui les limite dans leurs ambitions. On appelle cela "retourner au pain sec, ce qui peut être source d'inspiration, chez certaines femmes.

Le père des deux petites filles (il y avait aussi un garçon, Eduardo) appartenait à cette caste d'industriels du textile qui tissaient encore une toile blanche que l'on étendait ensuite sur les bords de l'Ave, en formations régulières et variées. Certains s'enrichissaient et, tenant par-dessus tout à jouir de considération sociale, obtenaient un titre du pape, puis se retiraient dans la solitude de leurs terres, où leur modeste passé leur pesait comme du plomb. D'autres, comme c'était le cas pour Amilcar da Barca, ne reniaient rien de leurs goûts ni de leurs faiblesses, ils restaient fidèles aux plats traditionnels et au pain de maïs accompagné de chorizo. Ils élevaient si bien leurs enfants que ceux-ci leur devenaient totalement étrangers.

Cependant, Amilcar da Barca fit le choix romanesque d'épouser une Silva de Lanhoso, de famille noble, et élevée dans une demeure aux allures de palais, mais dont les toits tombaient en ruine. Les toits en ruine conduisent parfois à de surprenantes alliances.

Les dames Silva de Lanhoso étaient au fond de braves femmes, mais intransigeantes en matière d'étiquette. Elles se faisaient accompagner partout d'un jeune garçon qui portait, quand elles allaient à la messe, un petit banc où poser leurs pieds et une chaufferette quand elles allaient au théâtre. Elles l'appelaient leur groom. Personne ne parlait à table avant que la Silva, ayant fini de manger sa soupe, se fût mouchée à grand bruit. Ce n'était pas un despote: c'était une horloge à carillon.

L'impression que ressentit Alfreda dans le jardin de l'Ange devait s'amplifier sa vie durant, devenir une culture de l'âme que le monde en général ignore. De ce moment l'habita un amour unique, l'anima une unique ambition: voir la Vierge entrer dans sa maison et la saluer comme une amie, accompagnée de ses cinq suivantes chargées de présents et d'une ombrelle de popeline blanche. Ces imaginations lui vinrent quand elle avait onze ans, dans le jardin de l'Ange, alors que le soir tombait et que les maîtresses rassemblaient leur petit troupeau d'élèves en tablier noir.

Agustina Bessa-Luís est née dans la région du Douro en 1922. Son roman A Sibila (La Sibylle) publié en 1954 fut certainement un des textes les plus novateurs de la littérature portugaise. Depuis, cette immense romancière n'a cessé d'écrire, de publier: elle a à son actif une cinquantaine de romans, ainsi que des pièces de théâtre, des chroniques, des nouvelles. Elle décortique la société portugaise, ses racines historiques et son évolution tout le long de ces dernières cinquante années, ses mythes et son actualité, avec une écriture d'une forte densité, aux conclusions pertinentes et de vraies axiomes qui transcendent le récit. Son "dialogue" avec le grand cinéaste Manoel de Oliveira est à l'origine de plusieurs films, soit inspirés de ses romans (Francisca à partir de Fanny Owen, Val Abraham du roman homonyme, Le Principe de l’incertitude du roman homonyme) soit de scénarios expressément écrits (Party). Elle a aussi assumé des charges publiques importantes : la direction d'un quotidien à Porto, puis celle du Théâtre National Portugais à Lisbonne. Elle vit à Porto.
Elle a reçu le Prix Camoes 2004 de la langue portugaise.

Bibliographie