Publication : 09/01/2014
Nombre de pages : 312
ISBN : 978-2-86424-941-2
Prix : 20 €

Prières nocturnes

Santiago GAMBOA

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Titre original : Plegarias nocturnas
Langue originale : Espagnol (Colombie)
Traduit par : François Gaudry

Accusé de trafic de drogue et emprisonné à Bangkok Manuel, un étudiant en philosophie colombien, risque la peine de mort s’il ne reconnaît pas sa culpabilité, mais sa seule préoccupation est de revoir sa sœur, disparue. Touché par son histoire, le consul de Colombie, amateur de cocktails au cœur tendre, se lance à la recherche de la jeune femme pour convaincre Manuel de lutter malgré tout. Il va découvrir le désert affectif d’une famille immergée dans une société violente, d’une petite bourgeoisie prisonnière du qu’en-dira-t-on et fascinée par une richesse inaccessible.

Dans une prose limpide teintée de mélancolie, ce roman nous parle d’une femme prête à tout pour défendre son idée de la justice et permettre à son frère de vivre ses rêves, et d’un étudiant qui n’hésite pas à risquer sa vie pour retrouver la seule personne qui lui a donné son amour.
Formidable raconteur d’histoires Santiago Gamboa nous emmène à travers le monde sur les traces de son héroïne passionnée et cynique qui retourne sa beauté contre ceux qui veulent l’exploiter et fait d’un amour fraternel une raison de vivre.

  • « Je me suis régalé à la lecture du roman de Santiago Gamboa !
    Un véritable tour de force que de raconter, en 300 pages, autant et avec un tel talent et une telle constance dans l’écriture et la narration. Passionnant de bout en bout.
     Merci pour cette belle découverte ! »

    Martin Peix
  • « Santiago Gamboa, ogre de la littérature colombienne à l’humour cruel et au cœur tendre – Rabelais aurait incontestablement compté au nombre de ses admirateurs s’il l’avait connu –, retrouve les tables des libraires après quelques années d’absence, par le biais d’un roman où l’amour fraternel ne résistera pas à un système politique corrompu et grotesque. »

    Découvrez ici l’entretien avec Santiago Gamboa menée par la libraire Gwendolyne Touchard.

    GWENDOLINE TOUCHARD
  • « Le temps, parfois, est un problème de lumière. »
    C’est un des personnages de son nouveau roman qui nous glisse cela à l’oreille, revenant à Bangkok, pour faire jaillir une autre lumière sur ses souvenirs et nous les raconter. Et quelle histoire ! Du grand Gamboa ! Plusieurs voix, Juana la sœur et son frère Manuel, empêtrés dans cette Colombie présidée par Uribe portée aux nues par leurs parents, et dont ils ne rêvent que d’en sortir… à n’importe quel prix… Et la voix du consul… ponctuées de la mystérieuse inter-nette ! Sombre époque, où la violence d’état ne connaît pas de limite, entre paramilitaires, Farcs et narcos… meurtres camouflés et disparitions… Ces voix, elles sont recueillies par le Consul de Colombie à New Dehli, écrivain et grand mélancolique ! L’histoire de Manuel emprisonné à Bangkok pour détention de drogue… alors qu’il recherchait sa sœur, disparue dans les nébuleux réseaux de prostitution en Asie…. Du noir, une histoire d’amour, tensions, érotisme, politique, oui.. . pouvoir et sexe, voyages… et littérature, bien sûr ! Impossible de ne pas se laisser prendre !
    Un grand voyage et un grand roman ! »

    Anne-Marie Carlier
    Librairie des Halles (Niort)
  • « Dans une prose limpide teintée de mélancolie, ce roman nous parle d’une femme prête à tout pour défendre son idée de la justice et permettre à son frère de vivre ses rêves, et d’un étudiant qui n’hésite pas à risquer sa vie pour retrouver la seule personne qui lui a donné son amour. »

    Vincent
  • « A travers l’histoire de la solidarité sans faille d’un frère et d’une sœur, le Colombien Santiago Gamboa brosse un terrible portrait de son pays. » Article à lire ici
    Xavier Houssin
    Le Monde des livres
  • « Je vous conseille ce roman dense aux multiples facettes, si vous cherchez une lecture passionnante et enrichissante. » Plus d'infos ici.
    BLOG Sur la route de Jostein
  • « Prières nocturnes est un document saisissant sur la réalité de la Colombie, mais ouvre aussi sur des ailleurs […]. Ce roman qui oscille entre mélancolie et critique virulente souvent doué d’une grande force poétique est au final un roman d’amour… On l’aura compris, j’ai beaucoup aimé ces Prières nocturnes. » Plus d'infos ici.
    BLOG Biblioblog
  • « De la Thaïlande à l’Iran, de l’Inde au Japon, l’auteur colombien choisit pour toile de fond lointaine la prostitution à l’heure de la globalisation, mais nous parle surtout d’amour (fraternel) et de la Colombie. » Lire l'article entier ici.
    Anne Berthod
    LA VIE
  • « Une enquête menée tambour battant par l’un des maîtres du roman colombien.» Lire l'article entier ici.
    Didier Jacob
    LE NOUVEL OBSERVATEUR
  • « Dans une prose teintée de tristesse, Gamboa alterne les épisodes de thriller en Asie et les souvenirs d’enfance en Colombie à l’époque où Alvaro Uribe en était le président. Une époque emplie de tensions, d’une violence sourde, de familles divisées… » Lire l'article entier ici.
    QUE TAL PARIS
  • « Habitué à explorer le monde des exclus, Santiago Gamboa (auteur du très beau Nécropolis) s’intéresse à une nouvelle fois à ces personnages de la marge. […] A travers le récit de cet amour fraternel, il dénonce les dérives populistes et autoritaires d’un gouvernement captif d’une lutte à mort avec les Farc. » Lire l'article entier ici.
    Ariane Singer
    TRANSFUGE
  • Plus d'infos ici.
    interview de Santiago Gamboa par Catherine Fruchon-Toussaint
    RFI

 

1

 

Toutes les villes ont une odeur particulière, mais celle de Bangkok est masquée par une épaisse couche de smog qui la rend imperceptible une grande partie de la journée. Quand on la sent enfin, à une heure avancée de la nuit – lorsque la ville est apaisée et qu’en elle quelque chose s’endort –, c’est une substance palpable qui flotte dans l’air, court dans les rues sinueuses et s’infiltre dans les passages les plus secrets. Peut-être provient-elle des canaux d’eau stagnante, où il est banal de voir des gens qui cuisinent et lavent du linge, ou encore des étals de poissons séchés de Chinatown, des gril- lades de sateh, des fritures bouillantes de Patpong et de Silom Street, ou même des animaux vivants enfermés dans des cages d’osier à Chatuchak, le grand marché ; mais cette odeur peut simplement provenir des miasmes du Chao Phraya, ce bras d’eau marron qui traverse la ville et l’envahit comme une lente maladie.

Aujourd’hui il pleut à torrents. Les eaux du fleuve sont très agitées et pourraient avaler les sampans et les barques qui se risquent à naviguer.
C’est ce que je vois de la fenêtre de ma chambre, au 14e étage de l’hôtel Oriental, tour Shangri La, nom qui signifie “paradis” mais qui m’évoque autre chose : peut-être “solitude”, ou simplement “attente”. La nuit est tombée et je bois un gin devant la vitre, en regardant le paysage déformé par l’eau : le Chao Phraya, les lumières de Bangkok, les gratte-ciel bleutés, les gros nuages illuminés par les éclairs, la métropole brutale.

Quand l’air conditionné se déclenche, la petite grille dégage une odeur forte, mélange d’humidité et de rouille. Quelle heure est-il ? Presque huit heures. Je vais bientôt descendre dîner, puis boire d’autres gins. Malgré mon âge (je viens d’avoir quarante-cinq ans), je crois encore au hasard, au coup de dés que signifie sortir le soir pour boire un verre dans une ville étrangère, une aventure pour laquelle le temps nous rend maladroits, c’est pourquoi certains, avec les années, préfèrent une bouteille devant le canapé et le petit écran. Ce n’est pas mon cas. Moi, j’aime mieux vagabonder dans la ville et me refuse à dormir avant d’avoir essayé.

Mais qu’est-ce que je fais ici, à part lancer des élucubra- tions dans l’air vicié ? J’attends, je ne cesse d’attendre. Ou plutôt : de me souvenir.
J’ai donné rendez-vous à la mémoire.

Je suis venu à Bangkok avec l’envie de me souvenir. De revoir ce que j’ai vécu il y a quelques années dans cette ville, mais sous une autre lumière.
Le temps, parfois, est un problème de lumière. Avec les années, certaines formes acquièrent un brillant ou, au contraire, se couvrent d’une étrange opacité. Ce sont les mêmes formes, mais elles parais- sent plus vivantes et parfois, parfois seulement, on parvient à les comprendre. Je ne sais pas très bien. Ce n’est peut-être qu’un désir, ou de simples mots, mais c’est précisément ce que je cherche : des mots. Reconstruire une histoire pour la raconter.

Quelque chose – bien sûr je ne sais pas quoi, peut-être une impulsion, un élan* créateur, ou simplement une ancienne tristesse, je ne saurais le préciser – m’a fait sentir que je devais revoir tout cela par écrit : les faits qui m’ont conduit pour la première fois à Bangkok et leurs conséquences. Une vieille histoire située dans une ville, qui ouvre sur d’autres histoires. Ces années-là (l’époque dont j’ai envie de me souvenir) tout était différent et moi un autre homme. Ni meilleur ni pire, juste différent et un peu plus jeune.

Voyons. Par où commencer ?

* En français dans le texte, comme tous les mots en italique suivis d’un astérisque. (Toutes les notes sont du traducteur.)

Santiago Gamboa est une des voix les plus puissantes et originales de la littérature colombienne. Né en 1965, il étudie la littérature à l’université de Bogotá, la philologie hispanique à Madrid, et la littérature cubaine à La Sorbonne. Journaliste au service de langue espagnole de rfi, correspondant à Paris du quotidien colombien El Tiempo, il fait aussi de nombreux reportages à travers le monde pour des grands journaux latino-américains. Sur les conseils de García Márquez qui l’incite à écrire davantage, il devient diplomate au sein de la délégation colombienne à l’unesco, puis consul à New Delhi. Il vit ensuite un temps à Rome. Après presque trente ans d’exil, en 2014, il revient en Colombie, à Cali, prend part au processus de paix entre les farc et le gouvernement, et devient un redoutable chroniqueur pour El Espectador.
Sa carrière internationale commence avec un polar implacable, Perdre est une question de méthode (1997), traduit dans de nombreux pays, mais sa vraie patrie reste le roman (Esteban le héros, Les Captifs du Lys blanc). Le Syndrome d’Ulysse (2007), qui raconte les tribulations d’un jeune Colombien à Paris, au milieu d’une foule d’exilés de toutes origines, connaît un grand succès critique et lui gagne un public nombreux de jeunes adultes.
Suivront, entre autres, Nécropolis 1209 (2010), Décaméron des temps modernes, violent, fiévreux, qui remporte le prix La Otra Orilla, et Prières nocturnes (2014), situé à Bangkok. Ses livres sont traduits dans 17 langues et connaissent un succès croissant, notamment en Italie, en Allemagne, aux États-Unis.
Il a également publié plusieurs livres de voyage, un incroyable récit avec le chef de la Police nationale colombienne, responsable de l’arrestation des 7 chefs du cartel de Cali (Jaque mate), et, dernièrement, un essai politico-littéraire sur La Guerre et la Paix où il passe le processus de paix colombien au crible de la littérature mondiale.
Parce que « le seul endroit où l’on puisse toujours revenir, c’est la littérature ».

Retrouvez l'interview de Santiago Gamboa parue dans L'ours polar et disponible sous format pdf en cliquant ici