Publication : 14/01/2004
Nombre de pages : 126
ISBN : 978-2-86424-878-1
Prix : 7 €

Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler

Luis SEPÚLVEDA

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Titre original : Historia de una gaviota y del gato que le enseñó a volar
Langue originale : Espagnol
Traduit par : Anne-Marie Métailié

en co-édition avec le Seuil jeunesse

Zorbas le chat grand noir et gros a promis à la mouette qui est venue mourir sur son balcon de couver son dernier oeuf, de protéger le poussin et de lui apprendre à voler Tous les chats du port de Hambourg vont se mobiliser pour l’aider à tenir ces promesses insolites.

A travers les aventures rocambolesques et drôles de Zorbas et Afortunada, on découvre la solidarité, la tendresse, la nature et la poésie.

Prix Sorcière 1997 de l’Association des libraires spécialisés jeunesse

  • "Luis Sepúlveda fait partie de ces auteurs que l'on ne présente plus. Oui, mais ! Beaucoup de personnes ignorent toujours que certains de ses livres peuvent être lus pour ou par les enfants. "Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler" en fait partie. Plus que raconter l'histoire, je vous dirai que ce livre a bercé mes fins d'après-midi de CE2. Quand la récréation se terminait on se dépêchait pour rentrer, s'asseoir et ouvrir grand nos oreilles pour écouter les aventures de Zorbas et Afortunada. Un texte empli d'humour, de tendresse et surtout de poésie. Un livre à lire, à raconter ou encore à offrir. Un indispensable !"

    Marlène
  • "La forte écriture de Sepúlveda, son sens des valeurs qui fondent toute existence, sa préoccupation pour l'avenir de notre planète, tout est là, dans ce conte, des axes de son oeuvre." Lire l'article ici
    Jean-Philippe Grillet
    Terre sauvage

  • « […] quand un chat du port fait une promesse, il en va de l’honneur de tous les chats du port ! »

    Stéphanie Buttard
    LE QUOTIDIEN DE LA REUNION

  • « Un récit bref, soigné, drôle et pathétique à la fois. »
    LE MONDE
  • "Kengah, la mouette aux plumes argentées, se trouve engluée dans une nappe de pétrole. Dans un ultime effort, elle parvient à s'échouer sur le balcon d'une maison où vit Zorbas, le chat noir et gros. Comme dans ce monde-là, les animaux se comprennent, elle lui arrache une promesse : il devra prendre soin de l'œuf qu'elle porte et apprendre à voler au poussin qui va naître, puis elle meurt. Zorbas, démuni mais fort de cette promesse, va chercher conseil auprès de ses amis : Colonello, figure autoritaire chez les chats du port, Secrétario son acolyte, Jesaitout qui vit dans ses encyclopédies, "voler, tome 23, lettre V". Tous tombe d'accord : Zorbas doit couver l'œuf. Le bébé mouette qui appelle Zorbas maman, se croit un chat puis avec l'aide de ses amis et d'un humain poète prendra finalement son envol. Au-delà de l'engagement tenu, c'est pour Zorbas une leçon de sagesse :"Seul vole celui qui ose le faire". Dans ce très joli récit dédié aux enfants, s'inscrivent deux réflexions : la pollution du monde et le droit à la différence, sujets rebattus mais qu'il ne paraît jamais futile de rappeler.
    Nathalie Agogué
    LIBERATION

 

1. Mer du Nord

– Banc de harengs à bâbord! annonça la vigie et le vol de mouettes du Phare du Sable Rouge accueillit la nouvelle avec des cris de soulagement.

Il y avait six heures qu’elles volaient sans interruption et bien que les mouettes pilotes les aient conduites par des courants d’air chaud agréables pour planer au-dessus de l’océan, elles sentaient le besoin de refaire leurs forces, et pour cela quoi de mieux qu’une bonne ventrée de harengs.

Elles survolaient l’embouchure de l’Elbe dans la Mer du Nord. D’en haut elles voyaient les bateaux à la queue leu leu, comme des animaux marins patients et disciplinés, attendant leur tour pour gagner la pleine mer et là, mettre le cap vers tous les ports de la planète.

Kengah, une mouette aux plumes argentées, aimait particulièrement regarder les pavillons des bateaux, car elle savait que chacun représentait

une façon de parler, de nommer les choses avec des mots différents.

– Comme c’est difficile pour les hommes. Nous, les mouettes, nous crions de la même manière dans le monde entier, cria un jour Kengah à l’une de ses compagnes de vol.

– C’est comme ça. Et le plus étonnant c’est que parfois ils arrivent à se comprendre, répondit sa compagne.

Au-delà de la ligne de la côte, le paysage était d’un vert intense. C’était un immense pré dans lequel on distinguait les troupeaux de moutons en train de paître à l’abri des digues et les ailes paresseuses des moulins à vent.

Suivant les instructions des pilotes, la bande de mouettes du Phare du Sable Rouge prit un courant d’air froid et se jeta en piqué sur le banc de harengs. Cent vingt corps trouèrent la mer comme des flèches et en ressortant de l’eau chaque mouette tenait un hareng dans son bec.

Délicieux harengs. Délicieux et gros. Juste ce qui leur fallait pour reprendre de l’énergie avant de continuer à voler jusqu’à Den Helder, où les rejoindraient les vols des îles Frisonnes.

Le plan de vol prévoyait de continuer ensuite jusqu’au Pas-de-Calais et à la Manche où elles seraient reçues par les bandes de la Baie de Seine et de Saint-Malo, en compagnie desquelles elles voleraient jusqu’au ciel de Biscaye.

Elles seraient alors un millier qu’on verrait comme un rapide nuage d’argent et que grossiraient les bandes de Belle-Ile, d’Oléron, des caps Machichaco, de l’Apio et de Peñas. Lorsque toutes les mouettes autorisées par la loi de la mer et des vents voleraient au-dessus de la Biscaye, la grande convention des mouettes des mers Baltique, du Nord et de l’Atlantique pourrait commencer.

Ce serait une belle réunion. Kengah y pensait en pêchant son troisième hareng. Comme tous les ans on y raconterait des histoires intéressantes, en particulier celles des mouettes du Cap de Peñas, voyageuses infatigables, qui parfois volaient jusqu’aux îles Canaries ou aux îles du Cap-Vert.

Les femelles, comme elle, feraient de grands festins de sardines et de calamars pendant que les mâles construiraient les nids au bord d’une falaise. Elles y pondraient leurs œufs, les couveraient à l’abri de toutes les menaces, et quand les premières plumes résistantes pousseraient aux poussins viendrait la plus jolie partie du voyage: leur apprendre à voler dans le ciel de Biscaye.

Kengah plongea pour attraper un quatrième hareng et n’entendit pas le cri d’alarme qui ébranla l’air.

– Danger à tribord, décollage urgent!

Lorsque Kengah sortit la tête de l’eau, elle était seule sur l’immensité de l’océan.

Luis Sepúlveda est né le 4 octobre 1949 à Ovalle, dans le nord du Chili. Étudiant, il est emprisonné sous le régime de Pinochet pendant deux ans et demi. Libéré puis exilé, il voyage à travers l'Amérique latine et fonde des groupes de théâtre en Équateur, au Pérou et en Colombie.

En 1978 il participe à une recherche de l'unesco sur « l'impact de la colonisation sur les populations amazoniennes » et passe un an chez les Indiens Shuars qu’il mettra en scène dans Le vieux qui lisait des romans d’amour. Après avoir vécu à Hambourg et à Paris, il s’installe en 1996 à Gijón, dans le nord de l’Espagne, où il fonde le Salon du livre ibéro-américain. Il écrit des chroniques pour plusieurs journaux italiens.

Auteur de nombreux romans, chroniques, récits, nouvelles et fables pour enfants, il a reçu plusieurs prix pour son œuvre. Il est publié dans 52 pays. Le vieux qui lisait des romans d’amour (1992), son premier roman traduit en français, connaît un succès planétaire, de même que l’Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler (1996) – cinq millions d’exemplaires !

Portrait par Bernard Sesé à découvrir ici.