Publication : 01/01/1999
Pages : 132
Grand Format
ISBN : 979-2-02-037154-5

Le Monde du bout du monde

Luis SEPÚLVEDA

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14 €
Titre original : El Mundo del fin del mundo
Langue originale : Espagnol (Chili)
Traduit par : François Maspero

« Soudain Petit Pedro m’empoigna par une épaule en me montrant un corps volumineux qui émergeait à tribord et, pour la première fois de ma vie, j’assistai aux sauts d’une baleine Chaudron. Le cétacé stoppait net ses six mètres en l’air, plongeait à tribord, et réapparaissait à bâbord quelques minutes plus tard pour recommencer sa gymnastique prodigieuse. La baleine nous escorta deux heures durant, jusqu’au moment où nous arrivâmes sur les lieux de la bataille, comme disait le capitaine Nilssen. »

Pendant ses vacances, un jeune garçon se fait engager comme mousse sur un bateau qui chasse la baleine dans le détroit de Magellan. Vingt ans après, devenu journaliste, il retourne en Patagonie pour enquéter sur l’êtrange naufrage d’un baleinier industriel japonais et lutter pour sauver les baleines en danger. Il nous fait rencontrer des personnages simples et hors du commun, parmi les récifs du cap Horn, sur une mer hantêe par les légendes des pirates et des indiens disparus, à la recherche des baleines redevenues mythiques.

 

 » Appelez-moi Ismaël… appelez-moi Ismaël…  » Je ne cessais de me répéter cette phrase en attendant dans l’aéroport de Hambourg, et je sentais qu’une force extraordinaire rendait mon mince billet d’avion plus lourd, toujours plus lourd à mesure que l’heure du départ approchait.

J’avais passé le premier contrôle et j’arpentais la salle d’embarquement, accroché à mon sac de voyage. Je ne l’avais pas rempli exagérément: un appareil photo, un carnet de notes et un livre de Bruce Chatwin, En Patagonie. J’ai toujours détesté les gens qui soulignent ou mettent des annotations dans les livres, mais dans celui-là mots soulignés et points d’exclamation s’étaient accumulés au bout de trois lectures. Et je comptais le lire une quatrième fois pendant le vol Hambourg-Santiago du Chili.

J’avais toujours voulu retourner au Chili. Oui, je le voulais vraiment, mais au moment de la décision la peur l’emportait, et le désir de retrouver mon frère et les amis que j’ai là-bas était devenu une promesse
en laquelle je croyais de moins en moins a force de l’avoir trop répétée.

J’avais passé trop d’années à vagabonder sans but précis et, parfois, l’envie de m’arrêter me conseillait un petit village de pêcheurs en Crète,
Ierapetra, ou une paisible bourgade asturienne, Villaviciosa. Et puis, un jour, le livre de Chatwin m’était tombé entre les mains, et voilà qu’il m’avait rendu à un monde que je croyais avoir oublié et qui m’attendait toujours: le monde du bout du monde.

Quand j’avais lu pour la première fois le livre de Chatwin, j’avais été pris de la nostalgie du retour, mais la Patagonie était trop loin des simples désirs, et les distances ne font souffrir que lorsqu’elles sont associées à des souvenirs.

Aéroport de Hambourg. Les voyageurs entraient et sortaient de la boutique hors-taxes, occupaient le bar, certains avaient l’air nerveux, ils regardaient leur montre comme s’ils doutaient de l’exactitude répétée sur des douzaines d’horloges électroniques. Le moment approchait où les portes allaient s’ouvrir et où, après le contrôle des cartes d’embarquement, un bus allait nous mener à l’avion. Je pensais qu’après vingt-quatre ans d’absence je revenais au monde du bout du monde.

Luis Sepúlveda est né le 4 octobre 1949 à Ovalle. En 1973, il est emprisonné sous le régime de Pinochet pendant 27 mois. Libéré puis exilé, il voyage à travers toute l'Amérique latine. Plus tard, il travaille comme journaliste et milite avec Greenpeace à Hambourg. Après avoir également vécu à Paris, il s’installe en 1997 à Gijón, dans le nord de l’Espagne, où il fonde le Salon du livre ibéro-américain pour faire connaître le travail des écrivains et des éditeurs indépendants d’Amérique latine. Grand lecteur et homme généreux, il aide les jeunes auteurs. Il écrit des chroniques pour des journaux espagnols et italiens. Il succombe au coronavirus en avril 2020. Auteur de nombreux romans, chroniques, récits, nouvelles et fables pour enfants, il a reçu de nombreux prix prestigieux pour son œuvre. En 1992, son premier roman Le Vieux qui lisait des romans d’amour connaît un immense succès mondial et change sa vie. Quatre ans plus tard, la parution de Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler vient asseoir sa renommée. Ses livres sont désormais publiés dans 52 pays et plusieurs ont été adaptés au cinéma. Portrait par Bernard Sesé à découvrir ici.   Hommage d'Anne Marie Métailié à Luis Sepúlveda : "Luis Sepúlveda a succombé au Covid-19. L’auteur du "Vieux qui lisait des romans d’amour", son premier roman, avait été découvert en 1992 par les libraires français qui en avaient fait un succès tel qu’il avait été immédiatement traduit dans 52 pays. Puis il y avait eu "L’Histoire de la Mouette et du Chat qui lui apprit à voler", un autre très grand succès. Et 20 autres romans et essais. Luis Sepúlveda était un formidable conteur d’histoires. Un écrivain majeur. Sa vie aventureuse dans l’Amérique latine des dictatures avait forgé son regard politique. Militant écologiste, il a su transmettre ses convictions à travers des œuvres inoubliables qui l’ont fait connaitre et aimer dans le monde entier. J’avais rencontré Luis Sepúlveda, alors inconnu, en avril 1992 et au long de ces 28 années de voyages, de galères et de succès, nous avons été des amis fraternels. De vrais amis." Anne Marie Métailié