Publication : 21/01/2010
Nombre de pages : 276
ISBN : 978-2-86424-714-2
Prix : 20 €

Instructions pour sauver le monde

Rosa MONTERO

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Titre original : Instrucciones para salvar el mundo
Langue originale : Espagnol
Traduit par : Myriam Chirousse
Prix
  • Prix des lecteurs, Salon des Littératures Européennes de Cognac - 2011

Quatre personnages plongés dans l’apocalypse de la modernité d’une grande cité vont voir leurs destins se croiser.
Un chauffeur de taxi veuf qui ne peut pas se remettre de la mort de sa femme, un médecin sans illusions perdu dans les espaces virtuels de Second Life, une prostituée africaine accrochée à la vie que protège son totem, un petit lézard, et une vieille scientifique alcoolique et pédagogue sont les héros de ce conte philosophique sur fond d’assassinats en série, de terrorisme et de petits prodiges.
Rosa Montero écrit une histoire d’espérance, une tragicomédie entre humour et émotion. Un texte captivant qui nous montre que "la vie est belle, folle et douloureuse. Une fable pour adultes pour profiter de la beauté, maîtriser la douleur et rire de cette incroyable folie".

  • Rosa Montero aborde sur un ton ironique la solitude urbaine, les émotions exacerbées au cœur de la nuit dans un roman très construit. Aujourd’hui, plus rien n’est certain puisque les dieux et les idéologies sont morts, dit-elle ; il faut regarder la vie et la trouver séduisante. L’écrivain peut-il, tel le deus ex machina de la tragédie, changer le monde ? Non, bien sûr, mais créer "des gens biens" dans cette fable tragi-comique, oui.(Pages des libraires)

    Dominique Paschal
  • Un rythme endiablé secoue ce livre qui nous dit l’absurdité, la beauté et la douleur dans une grande ville, la nuit, à travers des personnages convaincants aux prises avec la solitude, le désespoir, l’indifférence.

    Claude Amstutz
    Librairie Payot (Nyon -Suisse)
  • « Dans le nouveau roman de la pétillante Rosa Montero, on est au croisement de quatre histoires, on voyage à la rencontre de quatre personnages amochés par la vie. Matias, le chauffeur de taxi qui vient de perdre sa femme, Daniel, un médecin urgentiste désabusé accro à Second Life, Cerveau, la scientifique alcolo et Fatma, la superbe prostituée africaine. Dans un décor de bas-fonds madrilènes, se noue une aventure humaine délirante, parfois douloureuse mais souvent drôle et pleine d’espoir. »

  • « Un médecin quadragénaire qui ne supporte plus son métier ni sa femme, un veuf éploré persuadé que son épouse a succombé à une négligence médicale, une splendide prostituée africaine au passé torturé, enfin une vieille prof de fac alcoolique : Quatre personnages amenés à se rencontrer au gré des circonstances et du hasard... mais s’agit-il bien de hasard ? Le sens de l’existence est mis à l’épreuve dans ce roman remarquable de subtilité. »

    Hélène Megret
  • « Journaliste, écrivaine : le dernier livre de Rosa Montero est une fable moderne, un conte de fées dont les protagonistes ne sont pas des enfants de chœur. Un roman construit comme un puzzle, noir et lumineux. »
    Marie-José Sirach
    L’HUMANITE
  • "Dans la banlieue de Madrid, une fable puissante mais désespérée sur la lutte contre le mal."
    Jean Soublin
    LE MONDE DES LIVRES
  • "Rencontre un peu brutale, mais bénéfique. Malgré ses airs sombres et glaçants, son parfum poisseux de polar, ce roman dispense un humour salvateur à coups de formules bien senties. Usant d’une langue colorée, Rosa Montero réussit un joli tour de force humain et littéraire, extraire de la mélancolie la plus profonde, du purin le plus nauséabond, des perles d’espoir et d’amour. Et si noir, c’était lumineux ?"
    Frédéric Théobald
    LA VIE
  • "[...] une méditation sur l’ordre caché de l’univers."
    Bernard Quiriny
    LE MAGAZINE LITTERAIRE
  • "La fable politique et humaniste permet alors à l’optimisme de prospérer : une humanité meilleure est peut-être en train de naître."
    Thierry Guinhut
    LE MATRICULE DES ANGES
  • "Le récit oscille entre drôleries arrangées, absurdités, deuils et pessimisme, autant de facteurs incontournables lorsqu’on dresse le portrait d’une société."
    Elisabeth Jobin
    PROFIL
  • "[...] cette écrivaine mêle avec finesse les ingrédients du conte et du polar pour illustrer les méandres de l’existence."
    Karin Soulard
    OUEST FRANCE
  • « Bien sûr que la vie "est belle, folle et douloureuse". Bien sûr que cette fable flotte et danse sur les douleurs des jours et les rires des nuits, parfois le contraire. Bien sûr qu’il y a là un joli talent de narratrice- le talent vous avez bien [...] l’oxymore la particularité du foisonnement. »
    Pierre Pelot
    LE REPUBLICAIN LORRAIN
  • "Rosa Montero met son magnifique talent de conteuse au service de ce beau roman dont l’épilogue ouvre une perspective réconfortante sur les ressources de la générosité humaine présentée comme antidote de la violence et du Mal."
    Pierre Schavey
    THE LION
  • "Dans ce récit d’une noirceur tonique, Rosa Montero donne, sans illusions, quelques "instructions pour sauver le monde". La principale peut se lire comme une apologie de l’amour, dépourvue de sentimentalité."
    Isabelle Rüf
    LE TEMPS
  • "[...] l’Espagnole demeure […] une grande romancière."
    Etienne Dumont
    LA TRIBUNE DE GENEVE
  • « L’aventure vaut le détour, comme si on se perdait dans les ruelles de Madrid un soir de pluie. »
    Nadine Monfils
    FOCUSVIF
  • « Le récit oscille entre drôleries arrangées, absurdités, deuils et pessimisme, autant de facteurs incontournables lorsqu’on dresse le portrait d’une société."
    Elisabeth Jobin
    PROFIL
  • « Un ensemble tragique mais non dénué d’humour, dans une ambiance de fin de l’homme, cet homme errant dans la modernité qu’il s’est lui-même créée, jusqu’à se vomir lui-même. Il y a aussi tout l’’espoir qui fait ce que nous sommes, qui fait que nous sommes à la croisée des chemins, l’espoir de l’humanisme, là, encore et toujours, malgré les apparences. C’est cela que montre, au-delà de la passion ressentie à le lire, ce roman. »

    Matthieu Baumier
  • "Un ensemble tragique mais non dénué d’amour, dans une ambiance de fin de l’homme, cet homme errant dans la modernité qu’il s’est lui-même créée, jusqu’à se vomir lui-même. Il y a aussi tout l’espoir qui fait ce que nous sommes, qui fait que nous sommes à la croisée des chemins, l’espoir de l’humanisme, là, encore et toujours, malgré les apparences. C’est cela que montre, au-delà de la passion ressentie à le lire, ce roman : nous n’avons qu’un geste humaniste à faire pour redevenir ce que nous sommes sans plus le savoir, des êtres et non des avoirs."
    Matthieu Baumier
    LAVIELITTERAIRE.FR
  • "Une fois de plus, Rosa Montero ne laisse pas indifférent."
    Françoise Bachelet
    LIVRES-A-LIRE.NET

  • Sylvie Sagnes
  • EN VOYAGEANT
  • Cécile Baudry
  • , chroniqué par Joseph Macé-Scaron à 17h

    Jeux d’épreuves le 16 janvier

    FRANCE CULTURE
  • , chroniqué par François Busnel
    A livre ouvert le 17 janvier
    FRANCE INFO
  • , Interview le 21 février à 14h05 par Paula Jacques
    Cosmopolitaine
    FRANCE INTER
  • , interview de Rosa Montero par Olivier Barrot le 10 mars à 17h05
    Un livre un jour
    FRANCE 3

L’humanité se partage entre ceux qui se plaisent à regagner leur lit le soir et ceux que le fait d’aller dormir inquiète. Les premiers considèrent que leur couche est un nid protecteur, alors que les deuxièmes ressentent la nudité du demi-sommeil comme un danger. Pour les uns, le moment du coucher suppose la suspension des préoccupations ; chez les autres, au contraire, les ténèbres provoquent un remue-ménage de pensées douloureuses et, si cela ne tenait qu’à eux, ils dormiraient le jour, comme les vampires. Avez-vous déjà senti la terreur des nuits, l’étouffement des cauchemars, l’obscurité qui murmure sur votre nuque de son haleine froide que, même si vous ne savez pas combien de temps il vous reste, vous n’êtes qu’un condamné à mort ? Et pourtant, le lendemain matin, la vie explose de nouveau dans son joyeux mensonge d’éternité. Cette histoire est celle d’une longue nuit. Si longue qu’elle dura plusieurs mois. Même si tout commença par un soir de novembre.
Dans la matinée, il avait pleuvassé de la neige fondue, mais à présent le ciel était une plaque sèche et plombée. Le froid montait des pierres tombales et de la terre dure, et léchait les chevilles comme une langue de glace. Le plus âgé des fossoyeurs essuya subrepticement son nez humide dans sa manche. C’était le dernier mort de la journée, il avait mal aux reins malgré sa ceinture de travail et hâte d’en finir. En plus, c’était un de ces enterrements merdiques auxquels nul n’allait, seulement trois ou quatre personnes, une tristesse, et pire avec ce jour horrible, avec cette obscurité, avec ce froid. Les enterrements solitaires et les enterrements d’enfants, c’était le plus dur. Le vieux fossoyeur prit sa respiration et donna un coup sur le côté du cercueil pour le redresser sur ses guides et qu’il rentre bien droit dans la niche. Quel froid, nom d’une pipe, se dit-il, transi. Pour sûr que les morts doivent avoir encore plus froid là-dedans, ajouta-t-il machinalement, comme toujours. Il jeta un coup d’œil à son jeune collègue, qui était fort comme un bœuf et qui transpirait et soufflait avec son visage de brute. En voilà un qui n’a pas de problèmes, se dit-il avec rancœur ; lui, en revanche, il était de plus en plus près du trou. Quelle saloperie d’être vieux. Il posa ses mains sur ses reins endoloris et s’adressa à la personne de la famille.
– On procède ?
La question n’obtint pas de réponse : le type semblait pétrifié. Le fossoyeur regarda d’un air interrogateur l’autre homme, qui se sentit obligé de faire quelque chose et secoua doucement le bras du veuf.
– Matias… Matias…
– Hein ?
– Les hommes demandent s’ils peuvent procéder.
– S’ils peuvent… quoi ?
– Refermer, expliqua avec gêne le cousin de Rita.
– Ah, oui, oui.
Matias fit un effort pour se concentrer sur ce qu’il voyait. Le cousin qui frappait le sol de ses pieds pour se réchauffer, un grand dadais de fossoyeur qui rangeait les outils, un autre qui mettait du mortier à l’entrée de la niche. La truelle raclait la pierre. Un petit bruit irritant. L’homme des pompes funèbres s’approcha de lui en murmurant quelque chose d’incompréhensible. Il avait des papiers à la main et un stylo qu’il lui introduisit expéditivement entre les doigts. Matias supposa qu’il devait signer et fit deux gribouillis là où l’ongle de l’homme le lui indiquait. Ce fut difficile car il voyait tout de loin, de très loin, de l’autre bout d’un tunnel obscur, du mauvais côté d’une longue-vue. De cette distance, les niches ressemblaient aux casiers d’une consigne de gare. Rita allait rire quand il le lui dirait.
– Je suis vraiment désolé, Matias.
– Oui, oui.
– C’était une femme formidable.
– Oui.
Les fossoyeurs avaient déjà disparu et les autres s’en allaient, à présent. L’infirmière. Le cousin. La chef de Rita à l’agence. Mal à l’aise, hâtivement. Pressés d’échapper à la grande nuit glacée qui tombait sur le veuf. Honteux d’être si peu. “Si j’avais su, je me serais chargé moi de prévenir les gens, mais cet homme ne se laisse pas aider”, se justifiait le cousin auprès de l’infirmière tandis qu’ils partaient ; il se sentait obligé de sauver l’honneur de la famille. Aucun d’eux ne savait alors qu’ils n’allaient plus revoir Matias. Et quand bien même ils l’auraient su, probablement que ça ne leur aurait rien fait non plus : la peine possède une charge magnétique négative, elle est comme un aimant qui repousse au lieu d’attirer. Ils s’en allaient là-bas tous les trois, sortant à toutes jambes du cimetière.
Or Matias ne ressentait aucune peine. Non. En réalité, il ne ressentait rien. Pas même le froid qui montait par vagues de la terre humide. Il cligna des yeux et regarda le ciel. Qui était noir comme… noir comme… Il n’arriva pas à trouver de comparaison pour ce ciel, car il était plus noir que le plus noir qu’il eût jamais vu, plus noir que le mot noirceur. La nuit était tombée très vite. Où suis-je ? se demanda-t-il soudain, déconcerté, dans un saisissement brusque, un pincement de panique, un vertige. Au cimetière, se répondit-il. Je viens d’enterrer Rita. Et de nouveau ce néant tranquille à l’intérieur. Pas un battement dans la poitrine, pas un petit souvenir dans la mémoire. La quiétude de la mort qui apaisait tout.
Il sortit du cimentière de la Sacramental sans penser, ses pieds cherchant le chemin et se déplaçant seuls. Il rentra dans son taxi, démarra et conduisit jusqu’à la proche M-30 avec le même automatisme engourdi. La ville brillait autour, tout éclairée et vivante, bondée de voitures. Matias plongea dans le fleuve métallique et se laissa porter. Conduire lui avait toujours plu. Conduire sans tenir compte de ce qu’il faisait, abrité dans son habitude de chauffeur de taxi. Pendant que ses mains se cramponnaient au volant, il songea à un train. Ou plutôt à un métro. Au retentissement du convoi qui approche, au wagon qui se précipite sur lui, en soufflant et en grinçant, sans pouvoir s’arrêter, aux roues qui broient et qui lacèrent. Et à la mort comme un endroit tranquille où se réfugier, une cachette où l’on pouvait aller. Il pensa aussi au couteau qu’il avait toujours dans la boîte à gants ; et il tenta d’imaginer la brève douleur froide que produirait la lame en tranchant son cou. Mais ensuite, pour la première fois depuis de longues heures, il se souvint de Toutou et de La Chienne.
Il sortit de l’autoroute circulaire et enfila vers chez lui. C’était un chemin bien connu, mais plus il approchait de son quartier, plus il se sentait loin. Loin du monde et de lui-même, loin de la normalité et de la raison.
– Bonsoir. Au rond-point de Cuatro Caminos, s’il vous plaît.
Matias se retourna, interdit, et contempla le passager qui venait de monter, profitant de son arrêt au feu rouge.
– Au rond-point de Cuatro Caminos, s’il vous plaît, répéta l’homme.
Matias sentit le rugissement bouillir dans sa poitrine, un geyser de désespoir et de rage.
– Descendez de ma voiture ! Descendez tout de suite ! hurla-t-il dans un cri monumental qui vibra dans son bas-ventre.
Le passager se recroquevilla sur son siège, abasourdi et terrorisé. C’était un timide informaticien de quarante-neuf ans qui n’avait jamais eu à faire face à une telle explosion de violence, ce qui, à l’époque où nous vivons, était certainement une chance.
– Descendez, imbécile ! beugla de nouveau Matias de toutes ses forces, en sentant que les mots lui éraflaient les cordes vocales en sortant.
L’homme tâtonna comme un fou pour tenter d’ouvrir la porte, jusqu’à y parvenir enfin et se jeter sur le trottoir. Matias démarra furibond, tremblant, effrayé par l’intensité de sa haine. Il l’aurait tué. En fait, il aurait voulu pouvoir le tuer. Il ravala sa salive avec difficulté. Dans un reste de bon sens, il éteignit sa lumière verte et mit le panneau occupé. Il avançait cahin-caha avec son taxi, comme ivre. Quelques conducteurs le klaxonnèrent, mais le bruit de la ville arrivait jusqu’à lui amorti, lointain. Il se passait quelque chose dans ses oreilles et dans ses yeux, quelque chose qui l’empêchait de voir et d’entendre normalement. Il se sentait très fatigué : il ne savait plus combien de jours il avait passé sans dormir. Et sans manger. Il arrivait dans sa rue mais ne parvenait pas à la reconnaître. La ville vibrait, s’estompait, palpitait comme une masse trouble et vivante au rythme du battement douloureux de ses tempes. Il se gara à l’angle. Monter dans sa maison vide le terrorisait.
Heureusement, la porte d’en bas était fermée et la concierge n’était pas en vue. Il alluma la lumière du palier, qui se mit à tictaquer comme un ancien taximètre. Comment avait-il pu oublier Toutou et La Chienne ? Ils devaient avoir passé au moins deux jours sans manger. Et sans sortir. Il les entendit pleurnicher de l’autre côté du battant. Tout doucement, car c’était des chiens abandonnés que Rita avait recueillis, et la vie dehors leur avait appris à être discrets et bien élevés. Il ouvrit la porte de la maison et ils sortirent en courant s’emmêler dans ses jambes. minuscules, malingres, ignobles, de vrais avortons d’animaux. Lui, marron avec des taches et des poils de rat. Elle, grisâtre et rondouillarde, avec un croc tordu en dehors du museau et des yeux globuleux. On ne peut pas donner de vrais noms à des chiens aussi laids, avait-il dit à Rita quand elle les avait sauvés de la rue. C’est pour ça qu’ils avaient gardé ceux de Toutou et La Chienne. Matias les revoyait couchés en rond sur le giron de sa femme quand la maladie avait déjà explosé comme une bombe. Quand la fin avait commencé.
Il ravala péniblement la douleur qui serrait sa gorge et regarda vers l’intérieur de la maison. Le couloir se perdait dans l’obscurité.
– Non, dit-il à haute voix. Non.

Rosa Montero est née à Madrid où elle vit. Après des études de journalisme et de psychologie, elle entre au journal El País où elle est aujourd’hui chroniqueuse. Best-seller dans le monde hispanique, elle est l’auteur de nombreux romans, essais et biographies traduits dans de nombreuses langues, parmi lesquels La Fille du cannibale (prix Primavera), Le Roi transparent et L’Idée ridicule de ne plus jamais te revoir.