Publication : 04/04/2003
Nombre de pages : 144
ISBN : 2-86424-466-7
Prix : 15 €
Disponible

La Peau et la Trace

sur les blessures de soi

David LE BRETON

ACHETER

David Le Breton, poursuivant son anthropologie du corps, montre comment le recours au corps marque la défaillance de la parole et de la pensée. Ces êtres qui se coupent, s'entaillent, se blessent volontairement et secrètement dont il parle ici tentent en réalité de porter le langage à un autre niveau, de transcender l'impasse relationnelle dans laquelle ils se trouvent. Ils s'entament le corps comme s'ils posaient des limites aux souffrances extérieures, ils font cela pour se sentir plus vivants. Leur peau est devenue surface d'inscription de leur mal-être et de leur refus. Ils changent leur corps à défaut de changer le monde.

A cette étrange auto-chirurgie du sens chez les adolescents, qu'il faut lire comme la recherche d'une redéfinition de soi, David Le Breton ajoute une réflexion sur les atteintes corporelles délibérées en situation carcérale, marquages indélébiles qu'il faut lire comme l'expression d'une résistance à l'humiliation et à l'enfermement, ainsi que sur les artistes de " body art " qui, à travers leurs performances sanguinolentes et douloureuses, essayent d'ébranler le miroir social.

Avec cet ouvrage très fort, parfois à la limite de l'insoutenable, l'anthropologue du corps montre que la recherche de la fabrique du sacré à usage personnel, la sollicitation de l'autre au-delà du social sont la manifestation du désir éperdu d'exister, serait-ce aux limites de la condition humaine.

  • "Réputé pour ses importants travaux sur l'anthropologie du corps, David Le Breton s'intéresse ici aux pratiques extrêmes de ceux qui découpent leur peau faute de trouver les mots pour dire leur identité ou leur révolte. Ce sont des adolescents qui expriment leur désarroi, leur désir et leur difficulté à exister, en découpant leur chair pour faire peau neuve. Mais aussi, en milieu carcéral, des prisonniers pour qui le marquage est une affirmation contre l'humiliation. Et enfin des artistes de "body art" dont les performances mutilantes renvoient aux souffrances de la société. Des sacrifices privés qui visent à fabriquer du sacré dans une "intensité d'être" "
    LE MONDE DES LIVRES
  • Automutilation, Le mal à fleur de peau Coupures au couteau, incisions au cutter, brûlures... Les actes de scarification et autres "autoblessures" sont en forte augmentation chez les jeunes, surtout du côté des filles. Une tendance alarmante. Trois questions à David Le Breton Phosphore: Quel sens donner à ces actes de scarification et d'incision de sa propre peau ? David Le Breton: Une première signification est de couper court à une souffrance intense, dévorante. On provoque de la douleur physique pour lutter contre la souffrance morale. Là, vous y mettez "un cran d'arrêt" en matérialisant votre désarroi par une plaie. Il peut être aussi question de purification, une signification que l'on rencontre beaucoup chez des victimes de sévices sexuels. Le sang qui coule matérialise le souhait d'évacuer une souillure personnelle. Les actes de scarification sont toujours un moyen de se prouver que l'on existe, que l'on reste maître de son corps, surtout quand on est sous l'emprise d'un chaos intérieur. Ils donnent l'impression que l'on s'arrache de ce chaos en se déchirant à l'extérieur. Ces actes concernent plus les filles que les garçons. Pourquoi ? Chez les garçons, l'incision est plutôt une affirmation de virilité et une démonstration de force de caractère... Ils vont alors davantage rechercher des témoins. Les filles, elles, sont plus dans l'intériorisation de leur souffrance. Ce sont des coupures silencieuses, dans le secret, discrètes, elles ne vont en parler à personne. ça ne se voit pas car le visage est le lieu sacré de notre identité personnelle. L'atteinte au visage est alors le signe du basculement vers la folie et la psychose. Un signal de non-retour vers le monde ordinaire. Pourquoi existe-t-il ce silence et ce malaise autour des actes d'automutilation ? Les entames corporelles bouleversent profondément les gens parce qu'elles viennent rompre une série d'interdits fondamentaux de nos sociétés. On attaque le corps. On fait couler le sang. On se fait mal sciemment. On joue symboliquement avec la mort... Et puis, si cette immense souffrance passe inaperçue, c'est aussi parce qu'elle ne pose pas de problèmes sociaux. Ils ont dit... "Dès que quelque chose va mal, je prends un couteau ou une lame de rasoir et je me coupe. Je m'entaille la peau doucement, sans aucune intention suicidaire. Et je m'arrache la peau, méthodiquement. Il y a quelques années, j'ai été l'objet sexuel d'une autre femme et ce secret m'a détruite. Je ne veux plus me faire du mal, je ne veux plus voir ces cicatrices sur mes bras." Malk "Dès que je m'énerve, je suis obligée de me faire du mal. C'est comme une drogue et, après, je me sens si bien. Je veux me sentir bien sans avoir à me lacérer mais j'y arrive pas. C'est plus fort que moi." Anonyme "C'est pour m'amuser. Je passe le couteau sur mon bras. ça coupe un peu la peau. C'est tout. La douleur, c'est psychologique, tu peux la maîtriser. C'est pas du sadisme, c'est juste le plaisir de jouer avec le couteau. Peut-être pour voir la couleur du sang, je sais pas." Thomas, dans La Peau et la Trace
    Anne Ricou
    PHOSPHORE

La Causette, Entretien avec David le Breton à lire ici

David Le Breton est né le 26 octobre 1953. Il est professeur en sociologie à l'Université de Strasbourg, membre de l'Institut universitaire de France et du laboratoire URA-CNRS "Cultures et société en Europe". Il est l'auteur, entre autres, de : L’Adieu au corps, Anthropologie de la douleur, Du Silence, La Saveur du monde et d'un roman noir, Mort sur la route.