Publication : 06/01/2011
Pages : 672
Grand Format
ISBN : 978-2-86424-755-5
Couverture HD
Poche
ISBN : 978-2-86424-900-9
Numerique
ISBN : 979-10-226-0122-1
Couverture HD

L'Homme qui aimait les chiens

Leonardo PADURA

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Titre original : El hombre que amaba a los perros
Langue originale : Espagnol
Traduit par : René Solis et Elena Zayas
Prix
  • Prix des Librairies Initiales - 2011
  • Prix Roger Caillois - 2011
  • Elu Meilleur roman historique par le magazine Lire - 2011
  • Prix Carbet de la Caraïbe - 2011

En 2004, à la mort de sa femme, Iván, écrivain frustré et responsable d’un misérable cabinet vétérinaire de La Havane, revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui promenait sur la plage deux lévriers barzoï. Après quelques conversations, « l’homme qui aimait les chiens » lui fait des confidences sur Ramón Mercader, l’assassin de Trotski qu’il semble connaître intimement.

Iván reconstruit les trajectoires de Lev Davidovich Bronstein, dit Trotski, et de Ramón Mercader, connu aussi comme Jacques Mornard, la façon dont ils sont devenus les acteurs de l’un des crimes les plus révélateurs du XXe siècle. A partir de l’exil de l’un et l’enfance de l’autre, de la Révolution russe à la Guerre d’Espagne, il suit ces deux itinéraires jusqu’à leur rencontre dramatique à Mexico. Ces deux histoires prennent tout leur sens lorsque Ivan y projette ses aventures privées et intellectuelles dans la Cuba contemporaine.

Dans une écriture puissante, Leonardo Padura, raconte, à travers ses personnages ambigus et convaincants, l’histoire des conséquences du mensonge idéologique et de sa force de destruction sur la grande utopie révolutionnaire du XXe siècle ainsi que ses retombées actuelles dans la vie des individus, en particulier à Cuba.

Un très grand roman cubain et universel.

  • «C'est extraordinaire, l'écriture est sublime et il s'agit là vraiment d'un très très grand roman! j'espère qu'il aura beaucoup de succès!!! »

    Anne Ploquin
  • « J'ai adoré gros, gros coup de coeur. »

    Pascal Thuot
    LIBRAIRIE MILLEPAGES (Vincennes)
  • « Padura m'a subjugué (...) c'est là une perle d'Histoire du XXème que vous avez édité »

    Thomas
    LIBRAIRIE L'AMANDIER (Puteaux)
  • « C’est à l’évidence un grand sujet romanesque, et Padura s’en empare avec maestria; une écriture très classique, qui nous fait ressentir les situations désespérées, les lueurs d’espoir, la montée des tensions (y compris celles très charnelles de Trotski pour Frida Kahlo).
    Mais le propos est non moins brillant, d’un style assez différent (on est dans le roman d’éducation), pour décrire l’irrésistible ascension d’un jeune communiste espagnol, combattant dans la Guerre d’Espagne, retiré du front et dressé, éduqué, pour devenir l’assassin du « Canard » réfugié au Mexique et dont Staline veut la peau.
    (...) Le grand art de Padura c’est d’arriver à écrire un grand roman avec cette pâte historique fascinante. De ce point de vue on est dans la lignée du plus grand roman de Vargas Llosa, La Guerre de la fin du monde.
    (...) Padura nous offre une réflexion shakespearienne sur la haine, le mensonge et la manipulation en politique. »

    Stéphane Bernard
    LIBRAIRIE DE LA RESERVE (Mantes-la-Ville)
  • « Je me régale. Padura est vraiment un très grand écrivain. »

    Pascal Pradon
    LIBRAIRIE LES PETITS PAPIERS (Auch)
  • « C’est un roman puissant, qui dégage pourtant une grande mélancolie : la trahison de l’idéal révolutionnaire, les mensonges éhontés élevés au rang de vérités suscitent rapidement un sentiment de tristesse. Et pourtant quelle énergie, quel tourbillon de personnages, de lieux, d’intrigues ! Quel foisonnement de détails, quel (colossal) travail de documentation on devine à la lecture de ce roman ! »

    Géraldine Huchet
    LIBRAIRIE LE COMPTOIR DES MOTS (Paris)
  • Article à lire ici.
    CCAS Infos
  • Lire l'article entier ici.
    Alexis Broca
    LE MAGAZINE LITTERAIRE
  • Lire l'article entier ici.
    Mireille Descombes
    L'HEBDO
  • « L’homme qui tua Léon Trotski. […] Leonardo Padura délaisse le polar pour un roman subtil qui suit Ramon Mercader dans son exil cubain. »
    Paulo Paranagua
    LE MONDE DES LIVRES
  • "Un grand roman vient de loin. Leonardo Padura a sans doute infusé le sien bien avant même de devenir écrivain."Lire l'article entier ici.
    Philippe Lançon
    LIBERATION
  • « C’est un livre bâti sur les ruines d’un rêve. »
    Marie-José Sirach
    L’HUMANITE
  • « Ce livre est un requiem. »
    André Clavel
    LIRE
  • « Avec maestria, porté par un époustouflant don narratif, il brasse les époques et les lieux (Cuba, Mexique, Paris...), convoque une foultitude de personnages illustres, tels qu’André Breton (qui avait rendu visite à Trotski en 1938), Diego Rivera, Frida Kahlo, Romain Rolland, entre autres. Impossible à résumer. Jamais on ne s’ennuie à la lecture de ce livre imposant, et qui n’est pas un roman historique. »
    Thierry Clermont
    LE FIGARO LITTERAIRE
  • « Au fil d’une narration dense et captivante suivant les itinéraires de Trotski et de son assassin, Padura brosse le portrait de ces hommes et femmes qui, pions de l’Histoire, ont cru, à force de peurs, de haines et d’engagement, rendre le monde meilleur, faisant de leurs bonnes intentions un enfer de désillusions. Déconseillé aux idéalistes. »
    Anne de Saint-Amand
    FIGARO MAGAZINE
  • « Plus qu’une fresque historique, un grand roman impressionnant d’ambition. »
    Alexis Liebaert
    MARIANNE
  • « L’Homme qui aimait les chiens est un livre "énorme", le plus puissant de son auteur et de cette rentrée littéraire 2011... »
    Philippe Chevilley
    LES ECHOS
  • « Quel souffle chez cet écrivain cubain qui excelle à montrer sans fard le revers de la révoluion ! »
    Alain Guillemoles
    LA CROIX
  • "Il faut laisser au lecteur le soin de découvrir toutes les nuances de rouge qui teintent ce superbe livre." Lire l'article entier ici.
    Gilles Heuré
    TELERAMA
  • "Mêlant fiction et réalité, Leonardo Padura interroge l’histoire et ses révolutions. Brillant et ambitieux."
    Christine Ferniot
    LIRE
  • Article entier à lire ici.
    1er décembre 2010
    TRANSFUGE
  • « L’homme qui aimait les chiens est un très grand roman, un hymne aux illusions perdues et un réquisitoire contre le communisme, l’utopie la plus meurtrière du siècle dernier. »
    Jean-Claude Perrier
    LIVRES HEBDO
  • « Grande cuvée pour Métailié : si l’on a retenu cette fresque sur l’assassin de Trostki, on aurait pu aussi choisir le livre de Couto. »
    TECHNIKART
  • « Padura bat les cartes, pour notre plus grand plaisir, alternant faits avérés et conjectures romanesques. »
    propos d’Eric Vigne recueillis par Marie-Laure Delorme
    LE JOURNAL DU DIMANCHE
  • « … un suspense haletant… »
    Marguerite Baux
    GRAZIA
  • « Touffu, gigogne, génial. »
    François Julien
    VSD
  • « Ce roman dans l’Histoire, d’une exceptionnelle puissance narrative, dénonce toutes les machines à broyer les hommes. Un vrai chef-d’œuvre. »
    Yves Viollier
    LA VIE
  • A lire ici.
    entretien avec Didier Jacob
    LE NOUVEL OBSERVATEUR
  • « Un ouvrage à lire et relire sans modération. »
    Thomas Delmonte
    TOUT EST A NOUS !
  • « Il y a comme trois romans dans ce livre puissant. »
    Maurice Nadeau
    LA QUINZAINE LITTERAIRE
  • « … bourreaux ou victimes, tous finissent écrasés… »
    Laurent Boscq
    ROLLING STONE
  • « En enchevêtrant ces trois histoires [celles de Trotski, Mercader et Iván, un jeune Cubain] Padura met en scène l’‘’effet papillon’’ de l’utopie socialiste : comment la barbarie stalinienne a fini, tant d’années plus tard, après tant de rêves déçus, de sang versé, par briser les vies anonymes d’Iván et de sa femme, Ana. »
    Suzi Vieira citant EL PAIS
    BOOKS
  • « Trois destins admirablement croisés dans un roman-réalité dru, peuplé et abouti, porté longtemps mais possible seulement maintenant, qui éclaire brillamment cette élégance de la nostalgie sans compromis propre à Padura, précise en écho son rapport à l’Histoire et nous emporte. »
    Clémentine Thiebault
    MAGAZINE 813
  • « Où les mensonges d’État s’avèrent constitutifs et l’endoctrinement une sinistre contagion… »
    TGV MAGAZINE
  • « Un tour de force extraordinaire… »
    Max Goudot
    REVUE ETUDES
  • « Padura mêle encore, de façon inextricable, l’invention et la documentation […] Il met à nu le système politique cubain, sclérosé par l’aveuglement idéologique, le mensonge et la manipulation. »
    Jacques Pasquet
    OUEST FRANCE
  • « Une fresque vaste et intime, documentée et vivante, narrée par Iván, écrivain havanais raté, dont l’auteur fait le témoin des ultimes confidences de Mercader, exécutant stalinien brisé par son propre acte. »
    François Montpezat
    DNA
  • « Il passionne de bout en bout. Par les subtilités de la narration, des suspenses tenus et des personnages d’une grande richesse. »
    Daniel Martin
    LA MONTAGNE
  • « Des romans qu’on savoure ligne après ligne, auxquels on revient dès qu’on a un moment de libre et dont, malgré leurs 600 et quelques pages, on se désespère qu’ils s’arrêtent si vite, on les compte sur les doigts d’une main. »
    Gérard Guégan
    SUD OUEST DIMANCHE
  • Plus d'infos ici.
    Paulo Paranagua
    LE MONDE / AMERICA LATINA
  • « … l’habile mise en abyme, les vies de Trotski et de son assassin… »
    Frédérique Bréhaut
    LE MAINE
  • « C’est le point de départ d’un grand roman, hymne aux illusions perdues et impitoyable réquisitoire. »
    LE POPULAIRE DU CENTRE
  • « Ambitieux et réussi. »
    Daniel Muraz
    LE COURRIER PICARD
  • « Dans un style puissant, et à travers des personnages ambigus, Leonardo Padura relate l’histoire des conséquences du mensonge idéologique sur l’utopie la plus importante du XXe siècle et de ses retombées actuelles dans la vie des individus, en particulier à Cuba. »
    Patrick Beaumont
    LA GAZETTE NORD-PAS DE CALAIS
  • « Époustouflant ! »
    Luc Monge
    LA SAVOIE
  • « Un très grand cru cubain. »
    Julie Coutu
    CHRONIC’ART
  • « Leonardo Padura nous plonge dans "L’Homme qui aimait les chiens" au plus sombre du siècle passé. Car en filigrane de ce puissant récit historique, c’est toute la trahison de l’utopie socialiste qui est exposée. »
    Julien Bisson
    TECHNIKART
  • « Du grand art. »
    Charles Dinje
    L’AMATEUR DE CIGARE
  • « On n’a pas tous les jours l’occasion de lire une dénonciation sans pitié de toute une tranche d’histoire qui mette les larmes aux yeux. C’est le cas avec ce très grand roman. » Lire l'article entier ici
    Christian Roinat
    ESPACES LATINOS
  • « Il est l’un des grands noms de la littérature noire cubaine et hispanique. Leonardo Padura, le père de l’inspecteur Mario Conde, revisite l’assassinat de Trotsky dans un roman minitieux, L’Homme qui aimait les chiens. »
    Marc Fernandez
    ALIBIMAG
  • « Un grand roman politique sur la puissance destructrice du mensonge, qui mêle avec art fiction et histoire. » Lire l'article entier ici.
    Géraldine Huchet
    PAGE DES LIBRAIRES
  • « Ce qui se joue dans ce drame s’appelle l’horreur moderne, les brisures d’une humanité bafouée dans son rêve d’égalité et de justice. »
    Benjamin Stora
    HORS SERIE MARIANNE / LE MAGAZINE LITTERAIRE
  • « Où les mensonges d’État s’avèrent constitutifs et l’endoctrinement une sinistre contagion… »
    François Perrin
    TGV MAGAZINE
  • « … telle une sublime et sombre fresque du XXe siècle, animée d’un souffle puissant qui emporte tout et d’abord le lecteur, de la première à la dernière ligne. »
    Dominique Ruffin
    LE MUTUALISTE
  • « … un roman sur la subtilité du mensonge et la force de l’aveuglement. »
    Laurent Bonzon
    TAGEBLATT
  • « D’une écriture puissante et directe, Leonardo Padura livre un récit haletant, aux multiples rebondissements rythmés par les mensonges, les fuites, les prises de risque, les trahisons, les menaces et les histoires d’amour. »
    Camille Perotti
    LA LIBRE BELGIQUE
  • « Un roman magistral, très documenté. »
    Isabelle Rüf
    LE TEMPS
  • « L’homme qui aimait les chiens, de Leonardo Padura revient sur l’ennemi de Staline. » Lire l'article entier ici.
    Boris Senff
    24 HEURES
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    FRANCE TV.FR
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    MEDIAPART
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    Jacky Sanudo
    SUD OUEST DIMANCHE
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    Paulo Paranagua
    LE MONDE / AMERICA LATINA
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    Marc Fernandez
    ALIBIMAG
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    Marion Oddon
    CULTUROPOING.COM
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    BIBLIOSURF.COM
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    David Assolen
    ECOLESJUIVES.FR
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    COULEURNOIRE.COM
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    Mikaël Demets
    L’ACCOUDOIR
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    NPA.ORG
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    Hecate
    TOURNEZLESPAGES’S BLOG
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    Joëlle Saulas
    EN LISANT EN VOYAGEANT
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    LE BLOG D’YSPADDADEN
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    LE BLOG DE YV
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    André Birukoff
    A-LIRE.IFO
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    Sarah Chelly
    LIVRES-A-LIRE.NET
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    Yoani Sánchez
    CONTREPOINTS.ORG
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    Pascale Arguedas
    CALOU
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    DISSIDENCES
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    Enrique Atonal
    RFI ESPAGNOL
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    Cosmopolitaine
    FRANCE INTER
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    La Fabrique de l’Histoire
    FRANCE CULTURE
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    La Grande Table
    FRANCE CULTURE
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    RADIO PFM
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    Laissez-vous tenter
    RTL
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    Damien Thévenot / Thomas Auxerre (Librairie L’Amandier)
    FRANCE 2 « TéléMatin »

Londres, 22 août 1940 (TASS). – Communiqué de la radio londonienne : “Léon Trotski est décédé aujourd’hui dans un hôpi­tal de Mexico, des suites d’une fracture du crâne, victime d’un attentat perpétré la veille par une personne de son entourage immédiat.”

Leandro Sánchez Salazar : Il ne se méfiait pas ?

Détenu : Non.

L.S.S. : Vous n’avez pas pensé que c’était un vieil homme sans défense et que vous agissiez avec la plus grande lâcheté ?

D. : Je ne pensais rien.

L.S.S. : Vous vous êtes éloignés de l’endroit où il donnait à manger aux lapins, de quoi parliez-vous en marchant ?

D. : Je ne me souviens pas s’il parlait ou non.

L.S.S. : Il n’a pas vu que tu prenais le piolet ?

D. : Non.

L.S.S. : Juste après que tu lui as asséné le coup, qu’a-t-il fait ?

D. : Il a sauté comme s’il était devenu fou, il a crié, comme un fou, je me souviendrai toute ma vie du son de ce cri.

L.S.S. : Montre-moi comment il a fait, vas-y.

D. : A………… a……… a……… ah…… ! Mais très fort.

(Extrait de l’interrogatoire de Jacques Mornard Vanden­dreschs ou Frank Jacson, assassin présumé de Léon Trotski, mené par le colonel Leandro Sánchez Salazar, chef du service secret de la police de Mexico D.F., dans la nuit du vendredi 23 et à l’aube du samedi 24 août 1940.)

I

1

La Havane, 2004

– Repose en paix, furent les derniers mots du pasteur.

Si cette phrase usée, si impudiquement théâtrale dans la bouche de ce personnage, eut jamais un sens, ce fut en cet instant précis où les fossoyeurs, avec une habileté désinvolte, descendirent le cercueil d’Ana dans la fosse ouverte. La certi­tude que la vie peut devenir le pire enfer, et que cette mise en terre me libérait du joug de la peur et de la douleur, m’envahit comme un soulagement mesquin et je me demandai si d’une certaine façon je n’enviais pas le passage final de ma femme vers le silence, car pour certains, la mort, être totalement et vraiment mort, est parfois ce qui ressemble le plus à une bénédiction de ce Dieu avec lequel Ana avait essayé de me réconcilier, sans beaucoup de succès, dans les dernières années de sa pénible vie.

Dès que les fossoyeurs eurent refermé la sépulture et dis­posé sur la pierre tombale les couronnes de fleurs que les amis leur tendaient, je fis demi-tour et m’éloignai, résolu à me soustraire aux nouvelles accolades et aux traditionnelles condoléances que les gens se sentent toujours obligés de pré­senter. À ce moment, toute autre parole au monde était superflue : seule la formule éculée du pasteur avait un sens et je voulais m’y raccrocher. Repos et paix : ce qu’Ana obtenait enfin et que je réclamais moi aussi.

Lorsque je m’assis dans la Pontiac pour attendre Daniel, je sus que j’étais au bord de l’évanouissement et j’eus la convic­tion que si mon ami ne me sortait pas du cimetière, je serais incapable de trouver une issue vers la vie. Le soleil de sep­tembre brûlait le toit de la voiture, mais je sentais que je n’étais pas en état de bouger. Avec le peu de forces qui me restait, désemparé et oppressé, je fermai les yeux pour ne pas succomber au vertige, tandis que je sentais une sueur aux émanations acides glisser sur mes paupières et sur mes joues, sourdre de mes aisselles, de mon cou, de mes bras, inonder mon dos calciné par le vinyle du siège, et devenir un courant chaud qui se précipitait le long de mes jambes avant de s’engouf­frer dans le puits des chaussures. Je me demandai si cette transpiration fétide et cette immense fatigue n’étaient pas le prélude à ma désintégration moléculaire ou tout au moins à l’infarctus qui me terrasserait dans les minutes sui­vantes, et je trouvai que dans les deux cas, cela pouvait être des solutions faciles, désirables même, bien que franchement injustes : je n’avais pas le droit d’obliger mes amis à supporter deux enterrements en trois jours.

– Iván, tu te sens mal ? La question de Dany, penché à la fenêtre, me fit sursauter. Merde, regarde-moi ça ! Tu es couvert de sueur…

– Je veux m’en aller… Mais putain, je ne sais pas comment…

– On y va, mon vieux, t’en fais pas. Attends une minute, que je donne quelques pesos aux fossoyeurs… dit-il. Je perçus dans les paroles de mon ami un sens évident de la réalité et de la vie qui me sembla étrange, décidément lointain.

Je fermai de nouveau les yeux et demeurai immobile, transpirant encore, jusqu’au moment où la voiture démarra. J’osai seulement soulever mes paupières lorsque l’air prove­nant de la vitre ouverte commença à me rafraîchir. Avant de quitter le cimetière, j’avais pu observer les dernières rangées de tombes et de mausolées, rongés par le soleil, les intempéries et l’oubli, aussi morts que leurs locataires, et (avec ou sans aucune raison de le faire à cet instant) je me demandai une fois de plus pourquoi, parmi tant de possibilités, de lointains scientifiques avaient choisi précisément mon nom pour baptiser ce qui serait la neuvième tempête tropicale de la saison.

Bien qu’arrivé à ce point de ma vie, j’ai appris (ou plutôt on m’a appris, pas très gentiment) à ne pas croire aux hasards, trop de coïncidences avaient poussé les météorologues à déci­der, plusieurs mois auparavant, d’appeler cet ouragan Ivan (nom masculin commençant par la neuvième lettre de l’alphabet en espagnol, et jamais utilisé à ces fins aupara­vant). L’embryon de ce que serait Ivan avait engendré une concentration de nuages de mauvais augure aux abords du Cap-Vert, mais seulement quelques jours plus tard, dûment baptisé et réunissant toutes les caractéristiques d’un authen­tique cyclone, il s’approcherait des Caraïbes pour nous placer dans son dévorant point de mire… Et vous allez voir pour­quoi j’ai toutes les raisons de croire que seul un hasard retors avait pu décider que ce cyclone, l’un des plus féroces de l’histoire, porterait mon nom, juste au moment où un autre ouragan menaçait mon existence.

Même si, depuis assez longtemps – peut-être trop – Ana et moi savions que sa fin était inéluctable, toutes ces années où nous avions traîné ses maladies nous avaient habitués à vivre avec elles. Mais la nouvelle que son ostéoporose (probablem­ent due à une polynévrite carentielle déclenchée au plus fort de la crise des années 90) avait fini par évoluer en cancer des os nous confronta à l’évidence d’un dénouement proche, et moi, à la macabre constatation que seul un destin machiavélique pouvait se charger de miner ma femme en lui infligeant, justement, ce mal.

Dès le début de l’année, son état s’aggrava rapidement, toute­fois son agonie finale ne débuta vraiment que vers la mi-juillet, trois mois après le diagnostic définitif. Bien que Gisela, sa sœur, vînt fréquemment m’aider, je dus pratiquement cesser de travailler pour m’occuper de ma femme et si nous pûmes survivre durant ces mois-là, ce fut grâce au soutien d’amis comme Dany, Anselmo ou Frank, le médecin, qui passaient souvent nous voir dans notre petit appartement du quartier de Lawton pour nous apporter une aide, prise sur le maigre ravitaillement que, pour leurs propres subsistances, ils parvenaient à se procurer par les voies les plus tortueuses. Plus d’une fois, Dany proposa aussi de venir me seconder auprès d’Ana, mais je refusai son offre, car parmi les rares choses qui ne font qu’augmenter si on les partage, il y a la douleur et la misère.

Leonardo PADURA est né à La Havane en 1955. Diplômé de littérature hispano-américaine, il est romancier, essayiste, journaliste et auteur de scénarios pour le cinéma. Il a obtenu le Prix Café Gijón en 1997, le Prix Hammett en 1998 et 1999 ainsi que le Prix des Amériques Insulaires en 2002. Leonardo Padura a reçu le Prix Raymond Chandler 2009 pour l'ensemble de son oeuvre. Il est l'auteur, entre autres, d'une tétralogie intitulée Les Quatre Saisons qui est publiée dans une quinzaine de pays. Ses deux derniers romans, L'homme qui aimait les chiens (2011) et surtout Hérétiques(2014) ont démontré qu'il fait partie des grands noms de la littérature mondiale. 

BIBLIOGRAPHIE : La tétralogie Les Quatre saisons Passé parfait, 2001; Suites, 2006 - Prix des Amériques Insulaires 2002 Vent de Carême, 2004; Suites, 2006 Electre à la Havane, 1998; Suites, 1999 - Prix Café Gijón 1997 et Prix Hammett 1998 L'Automne à Cuba, 1999; Suites, 2002 - Prix Hammet 1999 et Prix du livre insulaire 2000 Mort d'un Chinois à la Havane, 2001   Le Palmier et l'Etoile, 2003 ; Suites, 2009 ; Suites nouvelle couverture, 2014 Adios Hemingway, 2005 Les Brumes du passé, 2006 ; Suites, 2009 - Prix Brigada 21 du meilleur roman noir 2006 L'Homme qui aimait les chiens, 2011, Prix des libraires Initiales 2011, prix Roger Caillois 2011, Prix Carbet de la Caraïbe 2011, Elu Meilleur roman historique par le magazine Lire 2011 L'Homme qui aimait les chiens, Suites, 2013 Hérétiques, 2014  

Portrait de Philippe Lançon paru dans LIBERATION 

Coup de projecteur sur un auteur paru dans ELKAR

Il a aussi reçu le Prix National de Littérature cubain en 2012 et le prestigieux Prix Princesse des Asturies 2015. 

La tétralogie Les Quatre saisons est disponible sur Netflix sous la forme d'une mini série de quatre épisodes de 90 minutes intitulée Quatre saisons à La Havane ou Four seasons in Havana et réalisée par le réalisateur espagnol Felix Viscarret qui a aussi tourné une adaptation cinématographique de Vent de Carême. Le rôle de Mario Conde y sera tenu par Jorge Perugorria.Par ailleurs, Antonio Banderas devrait jouer lui aussi Mario Conde dans une série TV qu'il produit lui-même.

Enfin, L'homme qui aimait les chiens est aussi en phase de production cinématographique.